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Mémoires de la Société
d'agriculture, sciences ,...
Société des sciences,
belles-lettres et arts d'Orléans
g ^Francis GabotJiowell
AÛJ&fô <3c ilow ofJfariHirdColltgc 1&9519H.
and. Corne h a tpnmcjfoutcll. fus mtfè.
to supplément Au
Collection of ïiooks
relatinjf to
JOANOFARC
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MÉMOIRES
DE LA.
SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE,
SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS
/
d’orléans
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DE LÀ SOCIÉTÉ
✓
NOTE SUR LES PUBLICATIONS
£| Les travaux publiés parla Société comprennent, au i #r novembre 1895,64 volumes
complets, divisés en quatre séries :
La première, sous le titre de Bulletin de la Société des Sciences physiques , etc. ;
comprend tout ce qu elle a publié depuis son établissement, en avril 1809, jusqu'aux
événements politiques de la fin de i 8 i 5 , par suite desquels ses réunions ont cessé.
Ce Bulletin , dont les exemplaires complets sont rares, se compose de 7 volumes
formés de 43 numéros qui ont paru de mois en mois, le premier en juin 1810, et le
dernier en décembre 181 3 . Chaque volume comprend six cahiers. Seul le tome III
a de plus un supplément ou un septième numéro, ce qui élève le nombre de pages
de ce tome à 304. La pagination du tome IV recommence pour les deux derniers
numéros.
Dans la seconde série, dont le premier volume a pour titre : Annales de la So¬
ciété des Sciences , Belles-Lettres et Arts et dont le second et les suivants portent
celui d 'Annales de la Société Royale , etc , sont contenus tous les travaux que la
Sociéléamisau jourdepuissa réorganisation enjanvier 1818,jusqu’au 3 Mars 1837.
J.es Annales forment 14 volumes composés chacun de six numéros, dont le
premier a paru en juillet 1818. Le premier et le troisième volumes ont chacun une
planche, le quatrième en a deux, le sixième une, le septième trois, le neuvième
deux, le onzième sept, le douzième neuf, le treiziéme huit et le quatorzième une.
Le titre du premier volume, qu’on trouve en tète du sixième ou dernier cahier,
porte, par erreur, la date de 1819; c'est 1818 qu’il faut lire.
La troisième série comprend 10 volumes et s’étend jusqu’à l'année i 85 a. Les
sept premiers volumes de cette série portent le titre de (Mémoires de la Société
royale , etc. ; les trois derniers sont intitulés : (Mémoires de la Société des
Sciences , etc. De ces dix volumes, le premier renferme cinq planches, le deuxième
en a huit, le troisième une, le quatrième trois, le cinquième sept, le sixième deux,
le septième une, le huitième trois, le neuvième deux et le dixième sept.
Enfin, la quatrième série, publiée dans un format un peu plus grand que les trois
précédentes et sous le titre de : Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences ,
Belles-Lettres et Arts d'Orléans, comprenait, au ^novembre 1895. trente-trois
volumes : le premier commencé au 2 avril i 853 , porte la date de i 853 ; le dernier
porte la date de 1895. Cette série se continue.
Son premier volume contient sept planches, le second huit, le troisième et le
quatrième chacun trois, le cinquième deux, le sixième cinq, le septième dix-sept,
le huitième cinq, le neuvième dix-neuf, le dixième sept planches et trois tableaux,
le onzième une seule planche, le douzième quatre, le treizième deux, le quator¬
zième deux aussi, le quinziéme et le seizième chacun une seulement, le dix-
huitième six, le dix-neuvième huit, le vingtième cinq, le vingt et unième sept, le
vingt-deuxième une eau forte et 8 planches, le vingt-troisieme une planche de
musique, le vingt-quatrième n’en a pas, le vingt-cinquième en a huit, le vingt-
sixième une seule, le vingt-septième une seule aussi, le vingt-huitième dix-neut, le
vingt-neuvième n’en a pas, le trentième n’en a qu’une, le trente-troisième en a
trois.
Après le tome XV de la 4* série des Mémoires , la Société a publié une table
générale des matières contenues dans les 46 premiers volumes de la collection de
ces travaux.
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MÉMOIRES
DE LA
SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE,
SCIENCES,
BELLES-LETTRES ET ARTS
D’ORLÉANS
TOME TRENTE-QUATRIÈME
4* Série des Travaux de la Société. — 65 e volume de la collection
ORLÉANS
Imprimerie Georges MIC H AU et C".
9, Rue de la Vieille-Poterie, q
1896
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LISTE
DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ
Au 1 er Octobre 1895
Bureau de la Société*
Président. M. Paülmier, depuis 1892
Vice-Président. M. l’abbé Desnoyers, — 1892
Secrétaire général ar¬
chiviste . M. Loiseleur, — 1870
Secrétaire général ad¬
joint . M. Guerbier, — 1890
Secrétaire particulier. M. Pelletier, — 1894
Trésorier. M. le D r Deshayes, — 1894
Bibliothécaire. M. Jullien-Crosnier, — 1878
Membres honoraires résidants.
M. le Préfet du Loiret, président honoraire (élu de droit),
M. le Premier Président de la Cour d’appel d’Orléans (élu
de droit).
Mgr L’Évêque d’Orléans (élu de droit).
M. le Maire d’ORLÉANs (élu de droit).
Membres honoraires non résidants*
M. le D r Dbbrou, rue Jean-Goujon, 2, à Paris.
M. Maspbro, de l'Institut, boulevard Saint-Germain, 43,
à Paris.
Correspondants honoraires*
MM. Le Sous-Préfet de Gien.
Le Sous-Préfet de Montargis.
Le Sous-Préfet de Pithiviers.
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— 6 —
Membres titulaires
rangés par sections.
1° Section d'Agricultnre.
MM.
Anselmieb.
d’Ablon.
de Bozonnièbe (Edgard).
DE ÜBEÜZY.
des Fbancs (Timothée).
Domet (Paul).
Huaü (Victor).
JULLIEN-CfiOSNlEB.
MM.
de Laage de Meüx (Alfred).
de Eaage de Medx (Edou d ).
Masübe.
Paulmibb.
de Bbngy de Pdyvallée (A').
Qüantin.
Vicomte dd Roscoat.
2® Section des Sciences médicales.
MM. MM.
Abqué. Fadchon.
Babangeb.
Bbechemieb.
Caüssb.
Chaignot.
Chipaült.
Cœur.
Deshayes.
3° Section des
MM.
Baillet-Düjoncqüoy.
Bailly.
Basseville.
Bouchet (Emile).
Chaboy.
Chabpentieb.
Cochabd (l’Abbé).
CoiSSABD.
Geffbibb.
Le Page.
Lüizy.
Pilate.
Rocheb.
Vacheb.
Belles-Lettres.
MM.
Desnoyebs (l’Abbé).
Guebbieb.
Güillon.
Hdet (Emile).
Jabby (Louis).
Loiselbdb.
de la Rochrtbbib (Maxime).
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— 7
4° Section des Sciences et Arts.
MM.
Czajbwski (Cyprien).
Didibk (Albert).
Dühüÿs (Léon).
Dcsserrb.
Fauconnier.
Hbudb.
Jacob.
MM.
Maillard (l’Abbé).
Pellbtisr.
Perrin.
Sainjon.
de la Taillb (Irénée).
Thévenin.
Membres titulaires
rangés par ordre d'ancienneté.
4 mars 1859 . M. Loiseleur.
7 mars 1862.M. Desnoyers (l’Abbé).
Id. M. Jullien-Crosnier.
Id. M. Masure.
Id. M. Sainjon.
3 mars 1865 .M. Czajewski (Cyprien).
5 mars 1869 . M. Bailly.
1" mars 1872 .M. Arqué.
21 février 1873.... M. Fauconnier.
Id. M. des Francs (Timothée).
Id. M. du Roscoat.
21 février 1873.... M. de la Taille (Irénée).
6 mars 1874.M. d’Arlon.
Id. M. Brbchemier.
Id. M. de Dreuzy.
Id. M. Jacob.
Id. M. de Laaoe de Meux (Alfred).
19 février 1875.... M. Baillbt.
4 février 1876 .M. Chipault.
Id. M. Guerrier.
16 février 1877. ... M. Basseville.
Id. M. Dusserrb.
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— 8 —
16 février 1877... M. Jabry (Louis).
Id. M. Pilate.
Id. M. de la Rochbterie (Maxime).
21 février 1879... M. Paulmier.
5 mars 1880.M. Cochard (l’Abbé).
Id. M. Domuys (Léon).
4 mars 1881. M. Deshayes.
Id. M. Didier (Albert).
Id. M. de Laagb de Meüx (Édouard).
16 mars 1883.M. Pelletier.
6 mars 1885.M. de Bengy de Pü y vallée (Albert).
Id. M. Chaignot.
Id. M. Huau (Victor).
21 mai 1886 .M. Charpentier (Paul).
Id M. Rocher.
18 mars 1887.M. Chaboy.
Id. M. Luizy.
20 mai 1887. M. Geffribr.
l"juin 1888.M. Guillon.
Id. M. Hoet (Émile).
18 janvier 1889... M. Domet (Paul).
7 février 1890.... M. Fauchon.
20 juin 1890 .M. Anselmier.
6 mars 1891. M. Cœur.
Id. M. LePage.
Id. M. Maillard (l’Abbé).
Id. M. Vacher.
4 mars 1892. M. Bouchet (Émile).
Id. M. Hkude.
5 mai 1892. M. Quantin.
3 mars 1893.M. db Buzonnière (Edgard).
Id. M. Cuissard.
20 avril 1894. M. Causse.
16 avril 1895. M. Barangbr.
Id. M. Thévbnin.
*
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— 9
Membres correspondants*
MM. Coürcy (le marquis de), château de Claireau, à
Sully-la-Chapelle.
Cbjmotel, docteur en médecine, à Paris, rue des
Feuillantines, 90.
Debbou (Paul), au Mazuray, par Ménestreau (Loiret).
Bureau, bibliothécaire de l’Académie de médecine,
49, rue des Saints-Pères, Paris.
Liétard, docteur en médecine, à Plombières.
Seurbat de la Boülaye (Joseph), rue Montpar¬
nasse, 41, Paris.
Litote de* Société* avec lesquelles celle d’Orléans
échange ses publications.
Sociétés françaises.
Aisne . Société archéologique, historique et
scientifique de Soissons, à Sois-
sons (Aisne).
Id.Société académique de Laon.
Id. Société académique des Sciences,
Arts, Belles-Lettres et Agricul¬
ture de Saint-Quentin.
Alpbs-Maritimbs ... Société des Lettres, Sciences et
Arts de Nice, à Nice.
Aube . Société d’Agriculture, Sciences et
Arts du département de l’Aube.
Basses-Pyrénées ... Société des Sciences, Lettres et
Arts de Pau.
Belfort . Société belfortaine d'émulation, à
Belfort.
Boüchbs-dü-Rhone .. Académie des Sciences, Belles-
Lettres et Arts de Marseille.
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Calvados . Académie des Sciences, Arts et
Belles-Lettres de Caen.
Id. Société d’Agriculture et de Com¬
merce de Caen.
Id. Société des Antiquaires de Norman¬
die.
Charbnte . Société d’Agriculture, Arts et Com¬
merce de la Charente.
Cheb . Société d’Agriculture du Cher.
Id. Société des Antiquaires du centre, à
Bourges.
Cotb-d'Ob .Académie des Sciences, Arts et
Belles-Lettres de Dijon.
Id.Société d’Agriculture de la Côte-
d’Or.
Dbome . Société d’Agriculture de la Drôme.
Eübe .Société d’Agriculture, Sciences, Arts
et Belles-Lettres de l’Eure.
Eure-et-Loir . Société dunoise, à Châteaudun.
Gard . Société des Sciences naturelles de
Béziers, à Béziers (Gard).
Id.Académie du Gard.
Id. Société des Sciences naturelles de
Nîmes.
Gironde . Société linnéenne de Bordeaux.
Hautb-Gabonnb. ... Société d’Histoire naturelle de Tou¬
louse.
Hautb-Loibe .Société d’Agriculture, Arts et Com¬
merce du Puy.
Hérault . Académie des Sciences et Lettres de
Montpellier.
Indrb-bt-loirs .Société d’Agriculture, Sciences, Arts
et Belles-Lettres d'Indre-et-Loire.
Loire . Société d’Agriculture, Industrie,
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— 11 —
Sciences, Arts et Belles* Lettres
de la Loire.
Loibb-Infébieube .... Société académique de Nantes.
Id. Société des Sciences naturelles de
l’Ouest, à Nantes.
Loibet . Société archéologique de l’Orléanais.
Id. Société d’Horticulture d’Orléans et
du Loiret.
Id. Académie de Sainte-Croix d’Orléans.
Id... Comice agricole d’Orléans.
Id...... La Bibliothèque de la ville d’Orléans.
Id. La Bibliothèque administrative du
Département du Loiret, à la Pré¬
fecture.
Màine-et-Loihe .Société d’Agriculture, Sciences et
Arts d’Angers.
Id. Société académique de Maine-et-
Loire.
Manche . Société des Sciences naturelles de
Cherbourg.
Mabne . Société d’Agriculture, Commerce,
Sciences et Arts du département
de la Marne.
Matennb . Société d’Agriculture de l’arrondis¬
sement de Mayenne.
Mbubthb .Académie de Stanislas, à Nancy.
Nibvbb . Société nivernaise des Lettres,
Sciences et Arts.
Nobd . Comice agricole de Lille.
Oisb . Société d’Agriculture de l’arrondis¬
sement de Compiègne.
Id. Comité archéologique de Senlis.
Pct-db-Dôme . Bulletin historique et scientifique de
l’Auvergne, à Clermont-Ferrand.
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— 12 -
Puy-de-Dôme . Académie des Sciences, Lettres et
Arts de Clermont-Ferrand.
Id. Société d’Agriculture du départe¬
ment du Puy-de-Dôme, à Cler¬
mont-Ferrand.
Pyrénées-Orientales Société agricole, scientifique et lit¬
téraire des Pyrénées-Orientales.
Rhône . Acadéraiedes Sciences, Belles-Lettres
et Arts de Lyon.
Id. Société d’Agriculture, Histoire natu¬
relle et Arts utiles de Lyon.
Saône-et-Loire . Académie de Mâcon.
Sarthk . Société d’Agriculture, Sciences et
Arts du département de la Sartbe.
Seine . Musée Guimet, à Paris.
Id. Académie des Sciences de l'Institut,
à Paris.
Id. Société centrale d’Agriculture de
France, à Paris.
Id. Société bibliographique (Polybi-
blion), Paris, rue de Grenelle, 35.
Id. Feuille des Jeunes Naturalistes ;
M. Adrien Dolfus, directeur, rue
Pierre-Charron, 35, à Paris.
Id. Bibliothèque de l’Université, à la
Sorbonne, Paris.
Id.. . Comité des travaux historiques et
des Sociétés savantes, au Minis¬
tère de l'Instruction publique (5
exemplaires).
Sbinb-Infériburb. ... Académie des Sciences, Belles-
Lettres et Arts de Rouen.
Id. Société havraise d’Études diverses.
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- 13 —
Sbine-et-Oisb .Société des Sciences morales, Lettres
et Arts de Seine-et-Oise.
Id. Société des Sciences naturelles et
médicales de Seine-et-Oise.
Somme . Académie des Sciences, Belles-
Lettres et Arts de la Somme.
Id. Société d’Émulation d’Abbeville.
Tarn-et-Gabonne ... Société des Sciences, Belles-Lettres
et Arts de Montauban.
Sociétés étrangères.
Autriche . Société de Géographie de Vienne
(Autriche).
Belgique . Société malacologique de Belgique.
Id. Société de Microscopie, chaussée de
Wavre, 313, Ixelles-Bruxelles.
Brésil . Musée national de Rio-de-Janeiro.
États-Unis .Institution smithsonienne, à Was¬
hington.
Id. Geological Survey, U. S., à Was¬
hington.
Id.Académie des Sciences naturelles de
Philadelphie.
Italie . Académie de Lucques (Italie).
Id. Académie des Lincei, à Rome.
Luxembourg .Institut Royal Grand-Ducal de Lu¬
xembourg, à Luxembourg.
Suède . Université de Lund, préfecture de
Malmæ, province de Chonen
(Suède).
Suisse . Société des Sciences naturelles de
Neufchâtel (Suisse).
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LA SOLOGNE ET SA CHASSE
L’INVASION ET LA RÉPRESSION DU LAPIN
Par M. Edgabd de BUZONNIÈRE
Séance du 1” juin 1894.
Sans remonter plus haut qu’il y a cinquante ans, avant
que le premier chemin de fer traversât la Sologne, dans
ces plaines immenses composées de bruyère, de marais et
d’étangs, on rencontrait de loin en loin des sables blancs
ou gris, où poussaient maigrement des seigles clairsemés :
terres arables si légères que, dans les jours d’orage, le
vent en comblait les sillons.
C’était une sorte de pays sauvage où le chasseur, dans
l’exercice souvent très rude de son art, passait en conqué¬
rant ne connaissant pas de limites : il avait devant lui
l’horizon. — Le gibier peu nombreux était très varié; et,
parmi les espèces rares, on pouvait compter le lapin :
l’humidité constante des hivers l’éloignait des bruyères
marécageuses, des bois mal assainis, et les troupeaux
errants avec leurs chiens le chassaient des meilleurs taillis
où il aurait voulu vivre.
Tel était, fuyant les plaines inhospitalières, le lapin
blotti parfois dans l'ados du fossé d’un malheureux jardin.
Au cœur même de la France, la Sologne était un
désert.
Frappés de cette anomalie, des hommes d’initiative et
d’énergie entreprirent de transformer ces landes infertiles
en un pays florissant et prospère.
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— 15 —
Sans se préoccuper de la chasse, considérée alors comme
une valeur presque nulle, les créateurs de la Sologne
nouvelle, divisés en trois groupes d’abord bien distincts :
— les partisans des canaux, des chemins de fer et des routes,
— les forestiers, — et les agriculteurs, — se mirent à
l'œuvre avec le même entrain et concoururent au même but.
Nous le voyons bien aujourd’hui, ils réussirent pleine¬
ment, Dieu récompensa leur travail au-delà de leurs
espérances : la chasse même devint un produit appréciable.
Voulez-vous que nous suivions un instant ces vaillants
pionniers dans leur œuvre régénératrice?
Ils formaient, à vrai dire, trois écoles pratiques :
I. — Pendant que, d’une part, les ingénieurs : Machart,
Saint Clair de la Croix et leurs successeurs, parvenaient à
multiplier les voies de communication ;
II. — D’un autre côté, les sylviculteurs : les de Laage
de Meux, lesMorogues, les Montaudoin, les Mallet deChilly,
les Deloynes, Baguenault de Viéville, du Pré de Saint Maur,
Mainville, marquis de Tristan, la Selle, Vibraye, Colas des
Francs, la Matholiére et tant d’autres, délaissant la culture
ingrate, complétaient les assainissements de leurs terres,
et semaient, à la place des mauvais seigles et des maigres blés
noirs, les différentes espèces de pins, les glands des chênes,
et plantaient les blancs bouleaux, tentant ainsi de recons¬
tituer les anciennes forêts disparues.
III. — Enfin, encourageant les deux premières écoles et
en acceptant les bienfaits, les partisans de la culture des
prairies et des vignes voulurent, par le bon pain, par la
viande et par le vin, régénérer la race indigène ané¬
mique (1) : ils abandonnèrent aux plantations de bois les
(1) Si je nommais Malingié, de la Cbarmoise, et Thuault de Beau-
chesne, des Roches, il me faudrait nommer à leur suite presque tous
les habitants de la Sologne et redire ici les noms des grands sylvicul¬
teurs dont aucun ne délaissa complètement la charrue.
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16 —
terres appauvries : ils sillonnèrent de fossés les marais et
les brandes ; ils apprirent aux paysans à fertiliser, à l’aide
du noir animal et du phosphate de chaux employés dans
les défrichements, les bruyères dont l’humus était resté
jusqu’alors improductif : ils eurent ainsi des seigles bien
touffus dont les sillons laissèrent couler l’eau.
En extrayant les marnes et en vulgarisant l'usage des
calcaires, des engrais artificiels et des labours profonds,
ils firent croître des froments et des trèfles et même des
légumes dans les anciens marécages assainis; par les
nivellements en pente douce, par les irrigations bien
comprises et bien entretenues, ils multiplièrent les prairies
naturellés; ils y firent pousser les bonnes herbes en
répandant à la surface du sol des engrais chaque année;
ils purent alors nourrir leurs bestiaux qui cessèrent d'aller
pacager daDS les bois. Puis, faisant renaître d’anciennes
traditions négligées, associant en une même pensée la
pisciculture, les irrigations et les principes de salubrité,
ils régularisèrent dans chaque étang, à l’aide d’un fossé qui
le borde, l’entrée comme la sortie des eaux, et les y main¬
tinrent à un niveau plus normal. Ils plantèrent aussi les
bons cépages sur les coteaux, depuis longtemps déshabitués
de ce riche ornement.
Grâce à ce concours unanime et à la protection sensible
de l’État (1), sans parler de son chemin de fer qui n’avait
pas été fait pour elle, la Sologne eut son canal, ses routes
agricoles; elle produisit des bois, des fourrages, des
bestiaux, des poissons, des céréales et des vignes; sa
population s’augmenta de moitié et Romorantin, sa
capitale, obtint, grâce à l’heureuse influence de M. Thuault
(1) Napoléon III avait acquis les domaines de La Motte-Beuvron et
de la Grillière, auxquels il s’intéressa personnellement, et la sollicitude
du gouvernement s’étendit à la Sologne entière.
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— 17 —
de Beauchesne, son maire, une garnison permanente qui
lui apporta un nouvel élément de vie.
En même temps que le pays, rendu plus accessible et
couvert de nouveaux ombrages, devenait et fertile et
salubre, la chasse se modifiait aussi. Le lapin, ne craignant
plus de voir sa « rabouillère » et la nichée qu’elle contient,
noyée parles eaux stage antes des pluies ou fouillée par les
chiens des pâtres, pullula et se répandit dans les cultures,
dans les bois et surtout dans les jeunes pineraies qui lui
offraient un bon abri. Les perdrix et les lièvres vinrent
aussi dans ces refuges et le chasseur les y trouva. On y
mit même des faisans : il y eut là un tiré vraiment royal.
De riches étrangers le remarquèrent et demandèrent à
louer des chasses.
C’est alors que quelques propriétaires, ceux surtout qui
ne pouvaient pas habiter leurs terres, trouvèrent bon de
louer, avec leurs chasses, leurs manoirs délaissés.
Le nouveau locataire, pour mieux conserver son gibier,
détruisit les belettes, les putois, les fouines, les renards,
les oiseaux de proie, et fit garder avec un soin jaloux les
bois contre les bestiaux des colons. Je ne dis rien des bra¬
conniers, j’en aurais trop à dire. Les propriétaires purent
employer l’argent fourni par la location de la chasse au
repeuplement forestier, à l’assainissement parfait, à l’achat
des marnes, de la chaux et des engrais artificiels. Le gibier
mieux nourri et mieux protégé prospéra.
Et ainsi, ces trois éléments de richesse et de plaisir se
développèrent l’un par l'autre : la forêt, la culture et la
chasse.
Alors, comme si les bonnes années eussent trop longtemps
duré, vinrent successivement des années désastreuses ;
nous ne pouvons pas les passer complètement sous silence.
Le verglas mutila les forêts ; des froids excessifs gelèrent
les taillis et même les futaies de chêne, détruisirent presque
2
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— 18 —
toutes les pineraies de pin maritime et, alternant avec les
dégels du printemps, arrachèrent les céréales. Puis vint
la sécheresse de l'an dernier qui anéantit les jeunes semis
de bois, les fourrages, compromit la plupart des récoltes;
et, comme pour achever notre ruine, les grains, éludant
les tarifs intermittents des douanes, entrèrent chez nous,
de l’étranger, presqu’en franchise, et sont encore aujour¬
d’hui vendus sur nos marchés à des prix inférieurs à ce que
les nôtres coûtent aux laboureurs français.
Sans se laisser abattre par ces communes souffrances
qu’ils ont endurées comme la France entière, infatigables
comme la fourmi qui reconstruit sa fourmilière bouleversée,
les Solognots réparèrent vite les désastres, intimement
groupés autour de leur Comité central et de ses Présidents
aussi clairvoyants que dévoués qui leur prodiguaient leurs
conseils. Grâce à leur intelligence et à leur activité, non
seulement la Sologne n’est pas morte, mais elle semble
être restée entre toutes une contrée privilégiée.
Parmi les plus charmants attraits de ce pays, nous
pouvons parler de la chasse qui a traversé ces différentes
crises sans en souffrir la moindre atteinte. Elle est à juste
titre considérée comme une vraie richesse, qu’elle soit
exploitée par le propriétaire lui-même ou par un locataire
de chasse ; mais je veux, en l’analysant, réduire ce produit
à sa juste valeur.
Il est incontesté que les chasses de Sologne sont très
recherchées aujourd’hui et qu’on peut les louer depuis cinq
jusqu’à dix ou douze francs par hectare, quand elles ne sont
pas trop éloignées d une gare où s’arrêtent les express de
Paris.
Si l’on considère les chiffres, on peut dire que ces prix
sont supérieurs ou au moins égaux à ce que rapportaient
la culture et les bois il y a cinquante ans.
Quelques chasseurs ont conclu de ce fait que le loyer de
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la chasse, qui d’ordinaire se paye d’avance, est un produit
meilleur que celui de la terre. Ils cherchent à nous persuader
qu’ils doublent les revenus de la propriété, et ils vont même
jusqu’à nous proposer d’adopter exclusivement, pour
toute source de richesse, l’élevage du gibier et de lui
sacrifier, s’il le faut, tout le reste (1).
Disons d’abord qu’on ne peut pas prétendre que le produit
de la chasse soit égal à celui de la culture et prouvons-le.
Pour établir le rapport mathématique qui existe entre le
produit de la chasse et celui des exploitations, il ne faut
pas oublier que les terres bien cultivées, en Sologne, ne se
louent plus seulement dix francs l’hectare, mais bien au
moins le double; les bois, surtout les pins, rapportent
encore aujourd'hui plus de vingt francs; et bien des petites
cultures attenantes à de bons bâtiments et qui parviennent
à entretenir en bon état plus d’une demi-tête de gros
bétail par hectare, sont louées quarante et cinquante
francs (2). Ces derniers prix eux-mêmes n’ont rien
d’anormal, car la Sologne a, depuis un demi-siècle, absorbé
bien des sueurs et aussi bien des capitaux, dont elle doit,
en bon comptable, nous servir les intérêts.
Adressons, en passant, aux propriétaires, nos maîtres
dans l’art d’administrer les terres, et dont bon nombre
font partie de notre Société, les félicitations qu’ils méritent;
ils les partageront avec leurs courageux colons; nous
savons au prix de quels travaux personnels et de quels
efforts communs ils ont fait, en si peu de temps, sortir d’un
maigre sol des rendements aussi élevés et quelle activité
(1) Voir dans les Annales du Comité central de la Sologne , n° 40,
année 1890, le rapport de M. Paul Caillard sur le gibier et les fermes
à gibier.
(2) Voir le mémoire présenté à notre Société, en 1875, par M. Léon
de Buzonniôre : ses conclusions ont été confirmées par l'expérience
des années subséquentes.
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il faut déployer pour les y maintenir. Les annales de notre
Société, celles de notre jeune et vaillant frère, le Comité
central de la Sologne, et celles des Comices agricoles ont
publié et publient encore leurs noms.
Nous avons bien prouvé que le loyer de la chasse est
sensiblement inférieur à celui de la terre, à quelque taux
qu’on évalue l’entretien et le renouvellement des bâtiments,
et que, par conséquent, nous ne devons pas renoncer à la
culture, ni aux plantations qui peuvent prospérer sans
constructions agricoles.
Nous allons voir maintenant que les deux produits
ainsi comparés sont, à cause du nombre croissant des
lapins, de nature à se nuire l’un à l’autre et nous assis¬
terons de suite à la lutte qui s’engage dès aujourd’hui,
sérieuse, entre le locataire des exploitations et celui de la
chasse. Après une étude consciencieuse, il nous faudra
prendre une décision ; mais, si nous voulons juger avec calme
la question passionnante du lapin, jetons un coup d’œil
attentif sur le chasseur moderne ; cherchons quelles sont
ses tendances et quels sont les effets qu’il produit.
Le chasseur qui paye un gros fermage, et qui fait, pour
la chasse, de grandes dépenses dans un espace limité, n’est
plus l’infatigable disciple de saint Hubert que nous voyions
passer autrefois dans les marais et les landes sauvages à
a poursuite d’un gibier fuyard. Nous sommes en présence,
le plus souvent, de chasseurs élégants, de tireurs émé¬
rites qui, après un repas confortable, veulent, en quelques
heures, brûler de nombreuses cartouches et pouvoir expo¬
ser, en rentrant, le tableau des centaines de pièces abat¬
tues sans trop de peine. Et, pour qu’à chaque partie de
chasse cette source de joie reste toujours inépuisable, le
chasseur emploie ses meilleurs soins à repeupler et les
champs et les bois, à multiplier le gibier. Ses efforts dans
ce sens sont favorisés par la bonne culture, par les assai-
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- 21 —
nissements que les propriétaires perfectionnent constam¬
ment, et aussi, depuis quelques années, par les influences
climatériques ; les printemps et les automnes exceptionnelle¬
ment secs que nous avons traversés n’ont pas eu pour seul
résultat de supprimer les foins et de diminuer les moissons,
ils ont aussi développé outre mesure la fécondité du lapin.
Naguère, le lapin isolé était inoffensif; mais, par son
nombre, il devient un fléau et peut rendre la terre impro¬
ductive.
Si vous voulez, attardons-nous encore et voyons ce
rongeur & l’œuvre.
Non seulement le lapin mange pour vivre, mais il ronge
aussi pour le plaisir de ronger et il ne respecte rien : en
hiver, faute d’herbe, il détruit impitoyablement les semis
de bois ; il cherche, avec un soin minutieux et en jouant,
les plantations qu’on a repiquées dans les clairières : il les
coupe. En fouillant ses terriers dans les ados qu’il recher¬
che pour cet usage, il rejette derrière lui la terre émiettée
qui tombe dans le fond des fossés et nuit à l’écoulement des
eaux. Il attaque, en rongeant l’écorce, des taillis de chêne,
des jeunes bouleaux et des jeunes pins : certaines planta¬
tions au-dessous de cinq à six ans d'âge sont ainsi dévas¬
tées ; et, lorsque viendra le printemps, lorsque les blés et
les avoines, et même l’herbe des prairies voudront sortir
de terre, le lapin, délaissant les victimes qu’il a faites dans
la forêt, mangera la récolte à mesure qu’elle verdit.
Vous le voyez, les dégâts commis dans quelques bois
seront bien supérieurs au loyer le plus élevé qu’on puisse
rêver pour la chasse.
Il faut aussi parler de toucher le prix des fermages :
quand l’échéance sera venue, le chasseur qui paye d'avancu
et qui veut jouir de son gibier, donnera certainement ses
cinq ou dix francs de loyer ; mais le fermier du sol, indi¬
gné de voir ses intérêts les plus chers sacrifiés au plaisir
d’un étranger dont son maître tire profit, sera souve n
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tenté, et quelquefois avec juste raison, de ne plus payer
son fermage.
Si les propriétaires veulent continuer à louer leurs
chasses et à tirer de leurs terres tout ce quelles peuvent
donner, il faut, dès maintenant, quoi qu’il en coûte, qu’ils
se résignent à prendre parti contre le lapin ; car, si nous
voulons être absolument justes dans nos comptes et agir
avec impartialité, nous ne pouvons pas, malgré tout l’at¬
trait qu’il exerce sur nous, renoncer, en faveur du lapin,
à la culture et aux bois qui, nous l’avons déjà dit, peuvent
produire de deux à dix fois plus que la chasse.
Il n’y a pas besoin de démontrer que c’est au propriétaire
qu’appartient légitimement, dans son propre intérêt comme
dans celui du colon, le soin de réduire le lapin à l’impuis¬
sance réelle de nuire : nul plus que le propriétaire n’est
intéressé à conserver et à améliorer ses bois et ses cultures,
à rendre le pays prospère.
Mais nous nous permettrons de lui faire observer que,
pour obtenir ce résultat, et, s’il veut vivre sans procès avec
son locataire de chasse, le propriétaire devra se réserver,
pour lui-même et pour ses invités, le droit de détruire
l’ennemi: s'il se fiait à la parole souvent trompeuse du
chasseur qui promettra volontiers de faire disparaître jus¬
qu’au dernier des rongeurs, le propriétaire du sol risque¬
rait de voir, désarmé, la récolte des champs et des bois
dévorée devant lui par les lapins aimés du locataire de
chasse; car même les treillages dont on entoure les
champs que l’on veut protéger, et dont le prix vient s’ajou¬
ter aux frais déjà trop lourds de la culture, ne sont pas des
barrières infranchissables.
Mais, direz-vous, « le bail doit expliquer que c’est le
locataire de chasse qui sera responsable de tous les dom¬
mages causés par le gibier ; cela répond de tout. »
En droit, je suis de votre avis, mais en droit seulement:
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le droit ne simplifie pas toujours les affaires. Il y aura des
dommages causés, le locataire ne fera pas les battues
nécessaires ; vous ferez des procès, les meilleurs ne valent
rien; et, si vous les gagnez, tous les dégâts commis seraient
encore un mal, quand bien même ils seraient couverts par
une indemnité : l'indemnité en argent, qui est la seule
compensation connue, ne sera jamais, il faut en convenir,
un remède complet ; il faut quelque chose de plus pour ne
pas décourager la culture et pour favoriser le repeuple¬
ment forestier.
Tel est, bien clairement exposé, l’avenir qui serait réservé
à certaines contrées de notre belle Sologne par la vogue
de plus en plus grande des locations de chasse, si nous ne
nous opposions pas d’une manière efficace à la multiplica¬
tion rapide des rongeurs : c'est que les bois et la culture
attaqués constamment par le lapin, fléau d’un nouveau
genre, tendraient à disparaître, entraînant avec la ruine du
sol celle de l’habitant du pays.
-Et nous n’avions parlé jusqu’à présent qu’au point de vue
purement financier, comme si notre rôle social n’était pas
d’être des producteurs, bien plus que des spéculateurs ;
mais nous devons aussi tenir compte de ce qu’il y aurait
d’inhumain à protéger la multiplication du lapin, lorsqu’il
peut, comme cela se passe en Australie, devenir une plaie
qui dispute la vie de l’homme.
Voilà le lapin condamné ; les propriétaires sont chargés
d’ordonner l’exécution. Ils accompliront leur devoir en
conscience.
Depuis quoique temps les vrais Solognots, c’est-à-dire
ceux qui aiment leur sol et qui, avec l’aide de Dieu, conti¬
nuent à tirer sa courageuse population de la misère native
à laquelle elle semblait destinée, les propriétaires, dis-je,
qui ont acquis et conservent avec amour le titre de bienfai¬
teurs de la Sologne, avaient déjà compris la situation
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nouvelle ; autant qu’il est en leur pouvoir, ils en évitent
les dangers.
Ils ne renoncent pas au plaisir de la chasse ; au contraire,
ils activent et encouragent la reproduction du gibier, mais
seulement des espèces inoffensives qui sont l’ornement, le
luxe des campagnes. Et en même temps, prenant en main
la défense de la population et du sol menacés, sans attendre
qu’une législation vengeresse les prive d’une partie de leurs
droits (1), ils s’efforcent de détruire jusqu'au dernier les
lapins toujours renaissants : leur bonne œuvre n’est pas
sans attrait, ils en tirent même profit : ils les consomment
ou les vendent.
De leur côté, les propriétaires qui louent leurs chasses
consentent, s’il le faut, à les louer à des prix modérés ;
mais ils se gardent bien d’aliéner le droit de détruire eux-
mêmes les lapins. Tout en restant les maîtres de n’en
laisser que la quantité qu’ils jugeront convenable, ils asso¬
cient le locataire de chasse à leur œuvre de destruction et
lui accordent par bail le même droit de tuer les lapins en
nombre illimité.
Permettez-moi d’ajouter qu’il serait bon que les proprié¬
taires eussent tous le soin de rédiger leurs baux de chasse
en prévision des dégâts qui seront commis par le lapin. Je
voudrais les voir y insérer les deux clauses suivantes :
Premièrement, que les dégâts commis par le lapin
devront être constatés et estimés par deux experts choisis
par les parties, et qu’à défaut d’entente entre ces deux
premiers, un troisième arbitre nommé par le juge de paix
jugera sans appel ;
Deuxièmement, que les indemnités allouées seront payées
par le locataire seul ; ou, si on ne peut pas faire mieux, en
(1) On se souvient des menaces proférées contre les propriétaires
et contre les lapins par M. Jullien, député de Loir-et-Cher.
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— 25 —
commun : moitié par le locataire de chasse, moitié par le
propriétaire, qui tous les deux profitent du dommage.
Quoique, en droit, la première clause, qui prévoit les
arrangements amiables, ne lie pas absolument les contrac¬
tants, elle aurait, si les deux parties voulaient bien l’ob¬
server, l'avantage de diminuer les frais de procédure et
d’abréger les lenteurs ordinaires des procès.
Maintenant, je conclus. Pour rendre moins difficile la
destruction des lapins qui nous attaquent, les propriétaires
s’unissent aux fermiers pour formuler une prière ; ils de¬
mandent avec instance :
1° Que les lapins, combattus pendant huit mois comme
animaux nuisibles, soient reconnus nuisibles en tout temps
et que leur multiplication ne soit plus protégée par l’admi¬
nistration, pendant les quatre mois de l’année les plus favo¬
rables à leur reproduction ;
2* Que la destruction des rabouillères, dans les jardins
et les champs cultivés, ne soit plus considérée comme un
délit de chasse.
Tel est le double vœu, Messieurs, que je vous proposerais
d'émettre, si nous étions une assemblée délibérante, et je
prierais MM. les conseillers généraux, les députés et les
sénateurs de nos trois départements (1) de le soutenir jus¬
qu’à ce qu’il soit transformé en une loi réellement protec¬
trice du sol et de ses habitants.
Si nous parvenions à faire la lumière sur ce sujet qui,
justement, nous préoccupe, la Sologne, immolant les lapins
et les sacrifiant sans cesse à la prospérité du pays, ne serait
plus menacée de voir tarir la source de sa fécondité et
elle conserverait en même temps, dans une juste mesure,
le plus passionnant de ses charmes : la chasse.
Ne nous apitoyons pas trop sur le sort du lapin, les
(1) Loiret, Loir-et-Cher et Cher.
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— 26 —
chasseurs en verront encore, ils en verront toujours. La
Providence se chargera de conserver, malgré les nouveaux
ennemis que nous leur suscitons, les couples destinés à
perpétuer, comme autrefois, l'espèce des lapins d'autant
plus charmants qu'ils seront redevenus inoffensifs par leur
rareté.
J'ai fini. Permettez-moi pourtant d'enregistrer ici, à
cause de l'intérêt qu’il offre par lui-même en dehors du
récit, un genre de brigandage tout nouveau, je dis « de
brigandage » car c’est plus que du braconnage, qui prend
des proportions de plus en plus menaçantes et qu'il faut
vite réprimer.
Des groupes de cinq ou six hommes armés, marchant en
ligne, parcourent, la nuit, les chasses gardées, éclairant
et fascinant le gibier avec des lanternes qui projettent
devant eux la lumière ; ils vont ainsi à découvert, agitant
des grelots, et détruisent sûrement au fusil des compagnies
presqu'entières de perdrix, de faisans, des lapins, des
lièvres, réveillés par un son et éblouis par une lumière
insolites ; ces bandits ne craignent pas d’attirer par leurs
détonations l'attention des gardes et des paysans timides,
qu’ils terrorisent par leur nombre et par leur attitude. On
voit même certains cultivateurs audacieux exercer cette
déplorable industrie, comme le montrera prochainement
un procès dressé par la gendarmerie de Salbris, et actuel¬
lement pendant devant le tribunal de Romorantin. Un
procès analogue vient d'être fait par les gendarmes de
La Motte-Beuvron (Loir-et-Cher) : la lutte s’est engagée
en pleine nuit, deux contre deux ; les deux braconniers
poursuivis ont éteint leurs lanternes ; les gendarmes en
ont, malgré l'obscurité, saisi un, le second a fait feu sur
les gendarmes et s’est enfui.
Je veux encore vous dire que le Conseil général de Loir-
et-Cher, sur la proposition de M. Bozérian, a, cette année,
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voté un mode nouveau dans le répartement de l’impôt sur
les propriétés non bâties dans le département. Ce vote
dégrève l’arrondissement de Vendôme et une partie de
l’arrondissement de Blois, contrées dont le sol estnaturel-
lement riche; et, sous prétexte de rétablir l’égalité dans
la répartition des impôts, il double à peu près ceux de
l’arrondissement de Romorantin, dont la terre amendée
rapporte quelquefois, à force de soins et de dépenses,
autant que les pays meilleurs. Pour être dans le vrai, il
faudrait remarquer que le produit tiré de la terre de
Sologne, maigre par elle-même, ne représente guère que
le juste intérêt de l’argent qu’on y met. Dans ces condi¬
tions, augmenter les impôts, c’est abaisser le taux de l’in¬
térêt. Si le Conseil général ne rend pas à la Sologne, par
un nouveau vote annulant le premier, la récompense due
à ses capitaux et à ses efforts journaliers, les capitaux,
effrayés par la répartition nouvelle qui diminue le revenu,
délaisseront la Sologne. Et, si les capitaux délaissent la
Sologne, elle reviendra bientôt à un état de stérilité voisin
de celui où nos pères l’ont prise. Ne dovons-nous pas,
nous aussi, attirer l’attention publique sur cette éventua¬
lité redoutable ? Déjà le Comité central de la Sologne s’en
est ému.
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RAPPORT
SUR LE
MEMOIRE QUI PRÉCÈDE
Par M. V. HUAU
Séance du 16 novembre 1894
Messieurs,
Notre honorable collègue, M. Edgard de Buzonnière,
fils de M. Léon de Buzonnière qui fut, pendant 40 ans, l’un
des membres éminents et des plus laborieux de votre
Société, en même temps que, propriétaire en Sologne, il en
était l’un des pionniers, a voulu, à son tour et à l'exemple de
son père, apporter à cette contrée dans laquelle il a passé
son enfance et une partie de sa vie, le tribut de sa recon¬
naissance pour les plaisirs qu’il y a trouvés dans sa jeu¬
nesse et, dans une mesure, la faire profiter de l'expérience
et des connaissances qu’il y a acquises dans son âge mûr.
C’est dans ce double but, Messieurs, que, le l ar juin
dernier, il vous a lu en séance un mémoire sur La Sologne
et sa chasse , Vinvasion et la répression du lapin .
Après avoir exposé dans une rapide esquisse l’état de ce
pays, il y a cinquante ans, avant la construction du che¬
min de fer qui le traverse du nord au sud; vous avoir
dépeint ses plaines immenses de bruyères clairsemées de
marais et d’étangs, ses bois rabougris broutés par des
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troupeaux de moutons et de maigres et indolents bestiaux,
il vous a dit ce quêtait la chasse à cette époque, combien
elle était difficile, fatigante, le gibier varié mais rare,
parmi lequel on rencontrait par hasard le lapin blotti sous
un épais hallier, ou dans la haie fourrée d’un ados de
fossé.
Il est peut-être regrettable que l’auteur, pour compléter
son tableau, ne vous ait pas fait apparaître ici le chasseur
d’alors, qui, vêtu d’une blouse, sur le dos un lourd carnier
contenant un frugal déjeûner, partait dès l’aube pour s’en
aller, précédé de son chien, le fusil en mains, parcourir
ces déserts sans limites, en fouiller tous les buissons et en
rapporter quelques pièces de gibier, qui, le soir, pendant le
repas, étaient le sujet de longs récits invariablement ter¬
minés par l’énumération des qualités du fidèle Mèdor.
Vous eussiez mieux saisi, Messieurs, combien est différente
la chasse aujourd'hui.
Mais je reviens au mémoire.
Il vous a rappelé comment la Sologne s’était relevée de
sa misère sous l’impulsion d’hommes d’initiative et d’éner¬
gie, agriculteurs, sylviculteurs distingués, dont il cite les
noms, entre autres ceux de MM. François-Edouard de Laage
de Meux et le baron Pierre-Marie Bigot de Morogues, qui,
tous les deux, furent longtemps membres de votre Société,
et, par leurs travaux et leurs écrits, méritent plus particu¬
lièrement la reconnaissance de ses habitants ; comment ses
marais, ses bruyères s’étaient assainis, défrichés, ses
vieilles terres successivement boisées ; comment, avec la
vulgarisation de l’effet des amendements et des engrais
chimiques sur les terres nouvellement défrichées, la bonne
culture s’y était développée, pendant qu’à la même époque
l'ouverture du chemin de fer du Centre ouvrait à ses nou¬
veaux produits et à ses bois de pins un débouché considé¬
rable sur Paris, et que son territoire se couvrait de routes
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et de voies de grande communication dues à la haute bien¬
veillance du souverain, devenu l’un de ses plus grands
propriétaires: comment enfin, sous l'influence de cette
heureuse transformation, la population s’était accrue, le
bétail amélioré et le gibier abondamment multiplié ; le
lapin surtout qui, plus prolifique que les autres espèces,
trouvait dans l’assainissement du sol des conditions de vie
plus favorables et, sous le couvert des pinières, un abri
plus sûr contre ses ennemis.
C’est alors, ajoute-t-il, que devenue salubre, attrayante,
giboyeuse, la Sologne fut remarquée par de riches étran¬
gers, grands chasseurs, dont quelques-uns . devinrent
acquéreurs de vastes domaines, et d’autres, en plus grand
nombre, locataires de la chasse seulement.
Il fait voir comment de cette double location d’un même
sol, à deux personnes dont les intérêts également passion¬
nants sont opposés, devait naître un antagonisme, source
de plaintes, de réclamations, de procès.
Ici, l’auteur du mémoire, après avoir énoncé le prix
actuel de location des terres en culture, celui qu’on retire
des bois à l’hectare, et mis en opposition celui obtenu pour
le droit de chasse, essaie de démontrer que, loin de doubler
le revenu du sol comme il apparaît d’abord et comme on
le croit généralement, l’abondance du gibier cause, par ses
ravages, aux récoltes dans la belle saison et aux bois pen¬
dant l’hiver, un dommage et des pertes qui dépassent, à
son avis, le prix obtenu du locataire de la chasse et qui ont
pour effet, en plus, de décourager le cultivateur irrité,
indigné, de voir ses intérêts les plus chers, sacrifiés au
plaisir d’étrangers qui apparaissent de loin en loin pour,
après un confortable déjeuner chez l’amphy trion, s’en aller,
masqués par un arbre, une haie, ou commodément assis sur
un ados de fossé, abattre, massacrer, en quelques heures,
des monceaux de gibier poussé, conduit sous le canon des
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fusils par un peloton de rabatteurs, gibier qu’il a nourri,
dont il a souffert sans en avoir tiré la plus petite jouis¬
sance. De là, par suite, la tentation de ne pas acquitter son
fermage et, ce qui est plus grave, la secrète pensée d’aban¬
donner à la première occasion un pays si dur à son
intérêt.
Nous pensons avec notre collègue, Messieurs, que cette
dernière considération, venant s’ajouter et en quelque
sorte appuyer les théories malsaines, mensongères, impos¬
sibles, actuellement répandues dans les campagnes, appelle
de sérieuses réflexions et mérite toute l’attention des pro¬
priétaires de la Sologne.
C’est dans le louable désir de parer autant que possible,
dans le temps présent, à cet antagonisme et aux ruineuses
conséquences qu’il pourrait avoir dans l’avenir pour le
pays, que notre collègue demande aux propriétaires qui
afferment leurs chasses, et cela dans leur propre intérêt,
de réduire, au moins pour le lapin, la liberté laissée jus¬
qu’ici au locataire d’en augmenter le nombre à son gré
par les moyens en sa puissance, ou de ne procéder à sa
répression que selon sa fantaisie.
Il n’ignore pas qu’on a jusqu’à ce moment cherché à
remédier au mal; à calmer les justes plaintes des cultiva¬
teurs par des indemnités pécuniaires et la pose de grillages
au long des terres ensemencées ; mais ce sont, à son avis,
des palliatifs insuffisants. Il faut, dit-il, des mesures plus
efficaces pour arrêter le découragement des cultivateurs
et pour favoriser le repeuplement forestier. Il leur propose,
non de renoncer à louer leurs chasses et au produit qu’ils
en retirent, ni de restreindre la reproduction du gibier
dont les espèces sont inoffensives, mais de pousser à la
destruction du lapin en se réservant le droit d’y procéder
par lui-même ou ses agents, en associant le locataire à son
œuvre ; puis, pour l’arenir, d’insérer dans leurs baux de
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— 32 —
chasse, en prévision des dégâts commis par les lapins, les
deux clauses suivantes :
I. — Que les dégâts commis par les lapins devront être
constatés par deux arbitres choisis par les parties et qu a
défaut d’entente entre eux, un troisième arbitre nommé
par le juge de paix jugera sans appel.
II. — Que les indemnités allouées seront payées par le
locataire seul, ou, ce qui lui paraît plus équitable, par moitié
entre ce dernier et le propriétaire qui l’un et l’autre tirent
un profit du dommage.
Il y voit l’avantage, si les parties admettaient ces condi¬
tions, de diminuer en leur faveur les frais de procédure
et d’abréger les lenteurs des procès.
Enfin il conclut en demandant :
1 # Que propriétaires et fermiers s'unissent pour obtenir
de l’administration que les lapins combattus pendant huit
mois comme animaux nuisibles, soient reconnus nuisibles
en tout temps et que leur multiplication ne soit plus pro¬
tégée pendant les quatre mois de l’année les plus favo¬
rables à sa reproduction.
2° Que la destruction des rabouillères dans les jardins
et les champs cultivés ne soit plus considérée comme un
délit de chasse.
Tels sont, Messieurs, les moyens et les vœux formulés
par notre honorable collègue en vue de conserver à la
Sologne sa prospérité, développée par les persévérants
efforts de ses cultivateurs, en même temps que la chasse
qui en est l’attrait et le charme. Nous y applaudissons,
tout en gardant la pensée que les locations de chasse en
seront sensiblement atteintes, par suite le pays moins
recherché par les riches et passionnés chasseurs qui, pen-
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— 33 —
dant la saison, y viennent apporter et laisser leur argent,
ce qui lui est encore une source de richesse.
Mais l’humanité et la morale commandent de sacrifier la
chasse, qui est un plaisir, à l’intérêt général du pays et de
ses habitants.
C’est en outre un devoir, pour l’auteur du mémoire et
pour son rapporteur, de venir, par tous les moyens, en
aide à la Sologne que tous les deux ils ont longtemps
habitée, travaillée et qu’ils aiment toujours.
En terminant, nous vous ferons observer, Messieurs, que
les conclusions de cette intéressante étude ressortent de la
compétence de l’administration et des corps délibérants, et
qu’elle serait peut-être plus utilement à sa place au
Comité central agricole de la Sologne; mais, comme elle
confirme les résultats depuis longtemps prévus dans leurs
écrits par quelques-uns de nos prédécesseurs dans cette
enceinte, et qu’elle établit l’état avancé et de progrès de
cette contrée au moment présent, nous vous proposons
d’en autoriser l’impressiou dans vos annales.
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LE SYMBOLISME
DE
LA LICORNE
Par M. Ch. CUISSARD.
Séance du 7 mai 1894
La chapelle d’Orléans, dans le couvent des Célestins de
Paris, renfermait le tombeau d'une comtesse de Dunois,
qui a laissé peu de souvenirs dans l’histoire, n’ayant vécu
que sept ans ; mais cette mort prématurée n’a pas empêché
sa famille de lui élever un de ces magnifiques mausolées
qui faisaient autrefois la gloire et l’ornement des églises.
Née en 1505, Renée d’Orléans mourut le 23 mai 1512 (1).
Son épitaphe, empreinte d’une grande simplicité, nous a
été conservée (2). Le tombeau de cette jeune princesse,
(1) Il faut attribuer à une faute d'impression la date 1515 que donne
la nouvelle édition de YHistoire du Dunois , p. 262.
(2) Malingre, Antiquités de Paris , p. 584, édit. 1640, Ta mal repro¬
duite. — Je donne celle qu’a publiée Guilhermy, Inscriptions de la
France , t. I er , pp. 446-44*3 dans la Collection des documents inédits ;
elle est en caractères gothiques : c Ci gist très excellente et noble
damoiselle Renee d’Orléans a son vivant côtesse de Dunoys de Tan
carville de Montgomery, dame de Monstreubellay de Chasteau-Re-
gnault, etc. fille unique délaissée (c'est-à-dire orpheline ; elle avait
perdu son père en 1512 et sa mère se remaria en 1513 à Charles de
Bourbon, comte de Vendôme) de très excelles et puiss price et prîcesse
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sculpté en marbre et en albâtre par un artiste dont le nom
est demeuré inconnu, présente des arabesques riches et
variées et des figurines d’une exquise délicatesse, disposées
en forme de niches à voûte demi-circulaire ; son élégance
rappelle les admirables chapelles funéraires de la renais¬
sance érigées dans les nefs latérales de l’église florentine
de Santa-Croce. L’effigie de Renée, qui est parée de riches
joyaux et tient un chapelet dans ses mains, repose sur une
dalle de marbre noir; un cortège de huit vierges martyres,
choisies entre les plus illustres et les plus jeunes et dispo¬
sées quatre à quatre, semble assister l’enfant dans son der¬
nier sommeil.
Ce mausolée fut reproduit et décrit plusieurs fois (1), et
je n’aurais rien ajouté à toutes les descriptions qui en ont
été faites, si un détail, peu important en apparence, n’avait
été négligé : des licornes tiennent les écussons losangés
et écartelés d’Orléans-Longueville et d’Alençon, et, aux
pieds de la princesse, une licorne, tête baissée, paraît avoir
été mise avec une intention toute particulière par l’artiste
qui a conçu l’idée du tombeau (2). Que signifie cet animal,
quel est-il ? Sa légende, son symbolisme, son histoire pré¬
sentent-ils une analogie quelconque avec la jeune comtesse
deDunois? Est-ce un de ces animaux fantastiques créés
Frâcoysen sù vivat duc de Lôguevil cte et àr desd ctez et seignories
coüestable hêdital de Normandie, lieuteii güal et gouverner por le roy
en ses pays de Guyene et madë Facoise d’Alençon son espouse pere
et mere de la de damoiselle laquelle tspassa en leaige de sept ans au
lieu de Paris le XXIII» iour de may l’an mil V e et XII : Deu ait son
ame et de tôs aultres : pat. nost. : aue Maria. »
(1) Milun, Antiquités nationales, t. I er , n° 111, p. 103 (Église des
Célestins, Musée des monuments français, n° 93) ; A. Lenoir, Statis¬
tique monumentale de Paris, Célestins, pl. VIII, texte, p. 180.
A Malesherbes, dans la chapelle du château, se trouve la statue d’un
Balzac d’Entragues, a couché sur le côté droit, k ses pieds une licorne. »
(Bulletin de la Société archéologique de VOrléanais, t. III, p. 263.)
Dans la reproduction de Millin la licorne a perdu sa corne.
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par l'imagination des poètes (1) et des artistes, tels que le
griffon (2) et l'hippogriffe (3), ou bien la licorne a-t-elle
vraiment existé et peut-elle être comptée parmi les ani¬
maux symboliques que le P. Cahier a décrits avec tant de
science dans les Vitraux de Bourges (4)?
L'iconographie chrétienne ne nous offre que deux per¬
sonnages avec la licorne : sainte Justine est représentée
ayant cet animal à ses pieds (5), et, à l'abbaye de Saint-
Riquier, saint Firmin a deux licornes (6). La légende de
ces saints nous apprend que des licornes ont été vaincues
(1) On connaît les vers de La Fontaine :
Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !
Ce sont oreilles que Dieu fit :
On les fera passer pour cornes
De l’animal craintif et cornes de licornes.
V. 4.
(2) Cf. Millin, Dictionnaire des beaux-arts , p. 788. Cet animal,
lion à tête d'aigle, était l'emblème du soleil ; il a donné aux trésors
de nos rois, de nos églises et de quelques curieux du moyen âge, ses
griffes ou serres, son bec et même ses œufs, qui furent conservés
comme choses très précieuses. Helgaud, Vita Roberti , § 25, dit :
a Aliud quoque phylacterium jussit parari argento, in quo posuit
ovum cujusdam avis, quae vocatur grippis. » On le trouve employé
symboliquement sur des lampes chrétiennes. Cf. Bellori, Lucemœ
sépulcrales , pl. XXV, pars 2 a , in-4. Les miniaturistes l'ont pris pour
thème de leurs enluminures. — Cf. Mémoires de la Société archéo¬
logique de VOrléanais, t. II, pp. 495, J., 498, P.
(3) Animal chimérique, dont on trouve une figure en bronze au-
dessus du dôme de Pise. On croit qu’elle est un ouvrage grec apporté
par les vaisseaux pisans dans le temps de leur gloire navale. Cf. Gué-
nébaud, Dictionnaire d'iconographie \ Lalande, Voyage d'Italie, t. III,
p. 206.
(4) Ce savant a parlé encore de cet animal dans ses Nouveaux
mélanges d'archéologie , t. II, p. 225, dans les Caractéristiques des
saints , t. II, p. 504, et surtout dans ses Vitraux de Bourges , n° 72,
p. 130.
(5) Cf. Tableau de Pordenone de la galerie de Vienne, musée
Réveil, t. V, et Bolland ., 7 oct., t. III, pp. 824-826.
(6) Bolland ., 1« sept., t. !•% p. 178 et 25 sept., t. VII, pp. 51-57.
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par la puissance de la vierge de Padoue et de l’évêque
d’Amiens (1). C’est ainsi qu’on voit sainte Marthe avec la
tarasque et saint Mesmin avec un dragon (2).
Mais la vie si courte de Renée d’Orléans n’offre aucun
trait semblable. En étudiant l’histoire de la licorne et le
symbole qu’elle idéalise, on trouve que, sur le tombeau de
la jeune comtesse, la licorne présente l’emblème de la
pureté et de la virginité.
En effet, les descriptions laissées par les historiens
anciens et modernes, l’emblème que les Pères de l’Eglise
ont attribué à la licorne, les propriétés merveilleuses que
possédait la corne de cet animal, le soin et l’empressement
que l’on apportait â s'en procurer même au prix de sommes
presque fabuleuses, toutes ces raisons démontrent que l’ar¬
tiste du mausolée des Célestins, en sculptant une licorne
aux pieds de la jeune Renée d’Orléans, puisa son inspira¬
tion dans ce que le symbolisme et la légende offraient de
plus immatériel et voulut laisser à la postérité le plus bel
éloge de cette princesse si tôt moissonnée par la mort.
I. — HISTOIRE DE LA LICORNE
§ I. — LA BIBLE ET SES COMMENTATEURS
L'antiquité, le moyen âge et les temps modernes ont
admis l’existence de la licorne, et des auteurs de tous les
pays l’ont décrite en termes â peu près identiques (3).
(1) La ville d'Amiens a choisi cette représentation dans ses armes.
Voir Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, t. XX,
p. 58.
(2) Voir dans mon Histoire de Thêodulphe , p. 151, les nombreux
saints représentés avec un dragon.
(3) Les Annales archéologiques de Didron renferment des notes
nombreuses et intéressantes sur la licorne. Cf. 1, 125 ; V 71 ; XV, 82,
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Il y a dans la Bible un mot qui se rencontre neuf fois
avec les significations de rhinocéros ou d Mmcome, c’est
le vocable rem ou reem , au pluriel remim. Dieu, ques¬
tionnant Job, lui dit : c Le rem voudra-t-il bien vous servir
ou demeurera-t-il à votre étable ? Lierez-vous le rem aux
traits de votre charrue,afin qu’il laboure et qu’il rompe après
vousles mottes de vos vallons? Aurez-vous confiance dans sa
grande force et lui abandonnerez-vous le soin de vos tra¬
vaux ? Lui laisserez-vous vos semences à faire et le blé à
écraser dans votre aire (1) ? » Or saint Jérôme a traduit
le mot en question par rhinocéros ; il lui a donné le même
sens dans les Nombres (2) et le Deutéronome (3). Dans
Isaïe, au contraire, il l'a rendu par unico/me (4). Cette
dernière signification a été admise par la version des
Psaumes appelée Italique, qui diffère en beaucoup d’endroits
de la traduction hiéronymienne (5).
242, 415; XVII, 83, 200, 267; XXI, 112; XXII, 24, 33, 53; XXIII,
302, 323; XXIV, 5*3, 304; XXVI, 2t>4. Voir eacore Revue archéolo¬
gique, 9« année, décembre 1852, p. 551 ; de Bastard, Bulletin du
Comité de la langue , etc., t. IV, p. 761 et suiv. ; Scbneider, Annales
de la Société archéologique de Nassau, t. XX, article traduit en
français et publié dans la Revue de Vart chrétien , t. VI, pp. 15-22,
année 1888, Robert Brown (junior), The Unicom , London, 1881.
André Martin, docte médecin de Venise a fait, d’après le Diction¬
naire de Furetières, un traité spécial sur la licorne que je n’ai pu
voir.
(1) « Numquid volet rhinocéros serviretibi aut morabitur ad praesepe
tuum ? Numquid alligabis rhinocerota ad arandum loro tuo aut con-
fringet glebas vallium post te? » Job } XXXIX, 9, 10.
(2) « Cujus fortitudo similis est rhinoceroti, » Numeri , XXIII, 22;
a fortitudo similis est rhinoceroti. » Id. y XXIV, 8.
(3) « Cornua rhinocerotis, cornua illius. » Deuter ., XXXII, 17.
(4) « Et descendent unicornes cum eis et tauri. » lsai ., XXXIV, 7.
« Les licornes descendront avec eux et les taureaux avec les plus
puissants d’entre eux, » traduct. Sacy.
(5) « Salva me ex ore leonis et a cornibus unicornium humilita-
tem meam. » Psalm , XXI, 22; f et dilectus sicut filius unicornium. »
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Les versions d’Aquila, de Symmaque et de Théodotion,
aussi bien que la Syriaque et l’Éthiopienne, reproduites
dans les Polyglottes, ont donné à ce mot le sens d'« élevé »,
sans indiquer le nom d’un animal quelconque. Les Septante
ont traduit rem par /jwvoxeowç et la version chaldaïque met
« les cornes du remana » et n’ajoute aucune explica¬
tion.
Les Thargumim (1) admettent un animal ayant une
corne et lui donnent le nom hébreu rem ; le Talmud, au
contraire, dit que Noé attacha le rem à l'arche par les
cornes (2). Les commentateurs juifs embrassent le senti¬
ment de Kimihius et croient à une bête unicorne (3).
Bochart, qui a résumé toutes ces opinions (4), demeure dans
le doute et, après s’être posé la question : la corne est-elle
sur le nez ou sur le front, laisse à chacun la liberté de se
prononcer pour le rhinocéros ou pour la licorne.
Les commentateurs modernes, qui ont cherché à expli¬
quer le rem de la Bible, ne se sont pas montrés plus affir¬
matifs. Pineda (5), Alvarus (6), Paulus Venetus(7), Simon
Jd., XXXVIII, 6, a et exaltabitur sicut unicornU cornu meum, »
ld. 9 XCI, 11. — La version italique fut préférée par l'Église à colle
de saint Jérôme, par respect pour son antiquité.
(1) Ch. XXIII.
(2) Traité Zcbachim , ch. XIV, fol. 113 b .
(3; « Reem non habit nisi unum cornu. » Commentar. in psalm.
XXI, 22.
i4) « Haec afferenda putavimus in eorum gratiam qui reem volunt
esse monocerotem, ut eos lector sciât habuisse salfem in speciem
rationes non contemnendas quibus freti hanc sententiam arcplecte-
rentur ; in quibus tamen nihil esse solidi suo loco docuimus. » Riero-
zolci sive bipartiti o'peris de anitnalibus Scripturœ , t. II, C. XII.
p. 843.
(5) Comment, in Job } XXXIX, 9 et 10, p. 671. Paris, 1631.
(6) Cf. Oleaster in Esaiam XXXIX, 7, p. 671, Paris, 1622,
(7) Comment . in Esaiam , XXXIV,
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Moiolus (1), Génébrard (2), Galatinus (3) et Lorinus (4)
ignorent s’il s’agit du rhinocéros ou de la licorne. Gaspar
Sanctius (5) distingue ces deux animaux et croit que rem
désigne uniquement la licorne, bien que, ajoute-t-il, on
ait raconté sur cet animal un grand nombre de faits invrai¬
semblables. Cocceius (6), Mercier (7) et Harentals (8)
embrassent le même sentiment. Le chartreux Denis de
Rickel (9) résume, dans une dissertation fort étendue,
toutes les opinions émises par les commentateurs et par
les historiens, et conclut en admettant l'existence réelle
de la licorne, malgré l’opinion de saint Ambroise (10).
Les savants du moyen âge et de la renaissance, qui se
sont occupés d’histoire naturelle, ne pouvaient oublier la
licorne: Conrad Gesner (11), Ulysse Aldrovandus (12) et
Pierius (13), pour n'en citer que quelques-uns, ont reconnu
une différence entre la licorne, animal n’ayant qu'une
(1) Colloquium 7.
(2) Comment, in Ps. XXVIII, 6.
(3) De arcanis catholicœ veritatis , p. 528. Francfort, 1612.
(4) ln psalm. XXI, 22.
(5) In Job , p. 473. Lyon, 1625, et in Esaiam XXXIV, 14 p. 365.
Lyon, 1615.
(6) ln Job , p. 533. Franckeræ, 1644.
(7) t KectiuB monocerota dixeris quam rhinocerota. > In Job.)
p. 173. Genevae, 1573.
(8) ln psalm . XXI, fol. 40. Coloniae, 1487.
(9) ln psalmos comment ., fol. 45, Coloniae, 1531.
(10) c Ipsum unicornuum inter generationes ferarum, ut periti
aiunt, non inveciatur. » De Bénédiction, pair, liber, c. II, § 55, 1.1.
édit. Benodict. Paris, 1688. — Dans son commentaire littéral sur
tous les livres de l’ancien et du nouveau Testament, D. Calmet con¬
vient qu'il ne sait à quel animal attribuer le mot hébreu rem. Nombres
C. XXIII, p. 261, Paris 1709.
(11) Historia animal.^ lib. I, p. 781.
(12) De quadrupedibus bisulcis , c. 33, p. 878 et 888.
(13) Hiéroglyphiques , par J. de Montlyart, 1615, lib. Il, p. 27, et
J.Pierii , Hieroglyphica , p. 22; Lyon, 1610.
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— 41 —
corne au milieu du front, et le rhinocéros, qui porte aussi
une corne unique, mais placée sur le nez. Seul le célèbre
Albert le Grand met la licorne parmi les poissons (l).
On me pardonnera cette nomenclature aride de com¬
mentateurs, dont le sentiment n’a d’autre portée que de
montrer l'opinion admise par l’Église, au sujet de cet ani¬
mal de la Bible.
§2. — HISTORIENS ANCIENS
Si maintenant nous ouvrons les rares historiens grecs
et latins, qui ont parlé de cette bète, nous trouvons quel¬
ques détails plus précis.
Strabon (2) fait mention d’un monoeèros ou unicorne,
en parlant de la côte de Zanguebar, mais ne décrit point
l'animal. Ctésias dit qu’il existe en Asie des ânes sauvages
de la grosseur des chevaux ou même plus grands, qui n’ont
qu'une corne sur le front et qu’on ne peut prendre vivants,
tant ils sont farouches (3).
Elien donne une véritable description de la licorne que
les Indiens désignent sous le nom de Kartazonos. t Lemo-
nocéros, écrit-il, se trouve dans les contrées montueuses
de l’Inde ; il a la grandeur d'un cheval, le poil de couleur
foncé, des pieds semblables à ceux de l’éléphant, la queue
d’un porc, une crinière et, entre les yeux, une corne très
pointue, -noire et cannelée ; il marche avec une rapidité
extrême ; sa voix est désagréable, d’une force extraordi-
(1) a Monoceros est piscis marinus, cornu unum in fronte gérons, >
Historia animal.; inter Opéra, t. VI, p. 657. Lyon, 1651.
(2) Geographia, lib. XVI, p. 725, Bâle, 1549.
(3) a Sunt in Asia asini silvestres, equis pares aut etiam majores,
cornu habent in fronte cubitale, vivum capere nequeunt. i Fragmenta ,
p. 702, Genève, 1618. — Cf. Julii Càesàris Bulengbri, De Vena-
tione Ctrci, t. II, p. 437, Lyon, 1621.
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— 42 —
naire ; il peut cependant être dompté et élevé, lorsqu'il est
pris jeune (1). »
L'Inde était pour les Grecs un pays à peu près inconnu
avant l'expédition d’Alexandre, et les notions, qu'ils ac¬
quirent alors sur cette contrée, semblaient être encore
mêlées de beaucoup d'erreurs et de fables, qui ne disparu¬
rent que lorsqu'elle fut fréquentée et parcourue davantage
par les voyageurs. Du l’este les habitants eux-mêmes, à
ces époques reculées, ne pouvaient guère donner des
détails très exacts sur cet animal redoutable. Aussi les
commentateurs d’Elien se sont-ils demandé s'il avait voulu
décrire un animal réel ou imaginaire ; ils ont cru généra¬
lement qu’il s’agissait d'un rhinocéros, bien que sa corne
fût sur le nez et non au milieu du front, comme il rat-
firme.
Le Physiologue, c'est-à-dire Tatien (2), qui vivait au
second siècle, écrit que la licorne est un animal petit,
semblable au cerf, d’une très grande légèreté et n’ayaut
qu'une corne (3).
Enfin le voyageur Gosmas Indicopleustes, dans sa des¬
cription du monde, distingue le rhinocéros du monocéros
et décrit chacun de ces animaux en un chapitre spécial ; il
ajoute du reste qu’il n'a jamais vu d'unicorne, mais que le
roi d'Éthiopie possédait dans son palais quatre statues
d’airain représentant cette bête curieuse (4).
(1) « ... Inter supercilia cornu uno eodemque nigro, non laevi
quidem, sed versuras quasdam naturalcs habente atque in acutissi-
mum muc.ronem desinente ornatum existera. » De animalium natura ,
lib. XVI, c. 20.
(2) D’après le P. Cahier, Mélanges dCarchéologie , t. II, p. 89
et 220.
(3) a Totaurrjv yuatv t%ti' pttxpov Çwov ianv, o/iotov cptÿ>a>, Æptpiurarov
Sï ayo<îpa, cv & xcparov fyet, )>
(4) « Movoxfpw;. Touto to Çà>ov xaÀetr ai /lovôxcpwç. Oux èQcct 7 apnr,v ot
aùrb, aTriXaç 5'e aùroù ^aXxàç otvareOcpicvaç cv rrï AiOtoirca cv ocxw Tcrpa-
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— 43 —
Les historiens latins se sont bornés à reproduire les
témoignages des Grecs, sans en contrôler la valeur. Je me
défie eu effet de Pline (1), qui n’a pas vu la licorne
dont il décrit la chasse chez les Indiens Orséens, aussi
bien que de Solin (2), amplificateur du texte de Pline. Quant
à César (3), il parle du bœuf à figure de cerf n’ayant qu’une
corne au milieu du front: c’est le seul rapport de ressem¬
blance avec la licorne.
§3. — VOYAGEURS MODERNES
Les récits des voyageurs viennent confirmer l’autorité
des historiens.
Une ancienne relation, faite par deux Arabes, du ix®
siècle, qui avaient parcouru les Indes, s’exprime ainsi :
« Dans le royaume de Bahmi, ou trouve le fameux Car-
-ïcupyw (3aacXcx£> cupaxa. $ctot Sc irepc aùroû orr yo&pôv tare xac àxarapux-
^r/cov, tv t« xcparc ov rr t v o/yjv xac r/vcxa oô^rj Trop à ttoXXûv
(hcoxcaOac xac xaraXr/<p0ri>, ci; xprîpwov cfaWevat xac pcirrcc cauro ex roO
üij/ouç xac xarep^opicvov avrcarpcycrac xac t'o xepaç Oc^crat rr,v oXrjv ôpp iyjv. »
Montfaücon, Collectio nova Patrum et scriptorum , t. Il, p. 335.
Cf. Thésaurus linguœ grœcœ H. Stephani , v° Movoxcpc»;.
(1) • Asperrimam autem feram monocerotem, reliquo corpore equo
similem, capite cervo, pedibus elephaato, cauda apro, mugitu gravi,
unico cornu nigro media fronte cubiiorum duorum eminente. » Hist.
nat., 1. VIII, c. 31.
(2) « Atroci8simum est monoceros monstrum mugitu horrido, equino
corpore, elephanti pedibus, cauda suilla, capite cervino. Cornu e media
ejus fronte protenditur splendore mirifico ad longitudinem pedum
quatuor, ita acutum ut quicquid impetat facili ictu ejus perforetur.
Vivus non venit in hominum potestatem et interimi quidem potest,
capi non potest. » Solinus Polihistor , c. 65, p. 303. Bâle, 1557.
(3) « Est bisons cervi figura, cujns a media fronte inter aures unum
cornu existit excelaum. » De bello gallico , 1. VI, c. 26. — Le mot
bos était appliqué par les Latins non pas, comme le dit Vossius, à tout
grand animal qu’ils ne connaissaient pas, mais aux animaux qui avaient
quelque analogie avec le bœuf, à des herbivores, bêtes à cornes.
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— 44 —
candan (le Karkezonos d’Élien) ou licorne, qui n’a quune
seule corne sur le front, et sur laquelle on remarque une
tache ronde, représentant la figure d’un homme. Plus
petite que l’élépbant, depuis le coi jusqu’en bas, elle res¬
semble assez au bulle, sans avoir la corne fendue aux pieds
de derrière ni à ceux de devant. Sa chair n’est pas défen¬
due et nous en avons mangé (1). » Marco Polo (2) a vu
des unicornes de la taille des éléphants. « On trouve dans
les Indes, dit l’abbé Guyon (3), des ânes sauvages qui sont
proprement la licorne. Quoique cet animal soit des plus
dangereux et des plus méchants qu’il y ait dans la nature,
cependant les Indiens le prennent à la chasse. Delà grosseur
d’un cheval, il a une baie blanche sur le front et une corne
d’une coudée, dont la partie supérieure est rouge et
l’autre noire, la tête tirant sur le pourpre, l’œil bleu et le
corps blanc marqué de raies et de taches de différentes
couleurs qui font une peau admirable. *
Le portugais Gabriel (4) a vu dans le royaume de Damor
une licorne, qui avait au front une belle corne blanche,
longue d’un pied et demi, le poil du cou et de la queue
était noir et court et l’animai avait la grandeur et la
forme d’un cheval.
D’après la relation de Vincent Leblanc (5), il y avait,
dans le sérail du roi de Perse, une licorne, dont la tête
ressemblait à celle d’un cerf plutôt que d’un cheval. Chez
(1) Anciennes relations , traduites de l’arabe par Renaudot, p. 22,
Paris, 1718
(2) « Ils ont leofans sauvages et ont unicornes ; ne sont mie guères
moins corne un leofans ; ils unt dou poul le cerf, les pies a fait corne
leofans; il a un corn enmi le front moût gros et noir. » Histoire ,
1. III, c. 12, 15 et 28.
(3) Histoire des Indes orientales , p. 125, Paris, 1744.
(4) Relations nouvelles du Levant, p. 146, Lyon, 1671.
(5) Les Voyages fameux , p. 19 et 165, Paris, 1658.
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le Soudan de la Mecque se trouvaient, au dire de Louis
de Bartheraa (1), deux licornes envoyées par le roi d’Ethio¬
pie ; grandes comme un poulain de trente mois, de cou¬
leur fauve, elles avaient la tête presque semblable à celle
d’un cerf, une corne de trois brasses de long, quelque peu
de crin et les jambes menues.
Ce récit concorde avec celui de Marmol, qui donne à la
licorne d'Éthiopie une barbe de bouc et une corne de trois
pieds, polie, blanche et rayée de raies rouges (2). Le
P. Lobo (3) et Ludolphe (4) ne la décrivent pas autrement.
Dapper (5) dit que la licorne se trouve sur les monts
de la Lune, dans la Basse-Éthiopie (6).
Après avoir parié d’un cheval unicorne, qui existe au
cap de Bonne-Espérance, Sparman ajoute que, d’après
le récit d’un voyageur digne de foi, il existait dans
(1) Itinerario de Ludovico de Verthema nello Egipto, nella Suria,
nella Arabia, cité dans le Lexicon Martinianum , v # Monoceros,
Francfort, 1655. Le compilateur ajoute : « Unicornibus equi magni-
tudo, crura, pedes, cap ut cervi, pili color balius ; cornu unum inte-
grum Nicaeae vidimus. »
Schindlbr, dans son Lexique , appelle la licorne : « Wieselthier
a colore mustellino. •
(2) Description générale de VAfrique, t. I re , 1. I er , p. 65.
(3) Ce voyageur dit qu'il existe en Ethiopie un animal, nommé
Arrocharis, n'ayant qu'une corne, et semblable au chevreuil. Voyage
d? Abyssinie, p. 69. Paris, 1728.
(4) Historia Aethiopica, praef., n° 32, 1. I 8r , c. X, n 0# 78-87,
Francfort, 1681.
(5) Description de VAfrique, p. 17 et 420. — Sir Henri, Histoire
générale des voyages , t. V, c. 4, p. 7, édit, in-12, conserva précieu¬
sement une corne qu'il avait trouvée en Ethiopie et qui était longue
de trois pieds et demi. — Dans son voyage en Afrique, Ruppeel apporte
le témoignage suivant * a Un des indigènes m'a dit spontanément qu’il
avait vu, en Afrique, un animal, de la grandeur d'une vache, portant
une corne large et droite sur le front ; chez la femelle, la corne
manque. » Revue britannique , 1825, sept., p. 175.
(6) Aucun des voyageurs de notre époque n'a signalé cet animal,
et cependant leurs récits n'oublient aucune des curiosités de l'Afrique.
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une plaine des Hottentots-Chinois, sur la surface unie
d un rocher, un dessin grossièrement tracé il est vrai,
mais où Ton voyait cependant sans peine une licorne (1).
Barrow, Delalande et Verreaux (2) ont constaté le même
fait de leurs propres yeux.
Thevet (3) prétend que, dans ce pays du Cap, il y a
quantité d’ànes sauvages et une autre espèce (4), portant,
entre les deux yeux, une corne longue de deux pieds. « l’en
vis une estant en la ville d’Alexandrie, qui est en Égypte,
qu’un seigneur turc apportoit de Mecha (5). * La licorne
se trouverait aussi à Madagascar, d’après Flacourt (6) et
même, si l’on pouvait ajouter quelque foi aux récits un peu
fantaisistes de Dapper (7), on aurait constaté l’existence de
la licorne au Canada.
Le célèbro Leibnitz (8) dit que, d’après le témoignage
d’Otto de Guérik, on tira, en 1663, d’une carrière de
pierres à chaux de la montagne de Zunikenberg, dans le
territoire de Quedlimbourg, en Saxe, le squelette d’un
(1) Voyage au Cap , t. II, p. 272.
(2) Dictionnaire universel (Thistoire naturelle , par d’Orbigny,
t. VII, p. 353, Paris, 1846.
(3) Singularités de la France antarctique, nouv. édit., par Gaf-
farel, p. 108.
(4) Sans doute l’orvx du Cap. Cf. Baldwin, Tour du monde ,
n°* 207 et 208, Chasse en Afrique.
(5) t Qu'il y ait des licornes en l'isle de Madagascar, ie n’en ay eu
aucune cognoissaoce. Vray est qu'estant aux Indes Amériques quelques
sauvages nous récitèrent qu’en leur pais auoit grand nombre de vaches
sauvages, qu'ils ont portans une corne seule au front, longue d’une
brasse ou environ ; mais de dire que ce soyent licornes ou Onagres, ie
n’en puis rien asseurer. > Thevet, op. cit p. 119.
(6) « C'est un animal que les nègres de Manghabei disent estre dans
le pays des Antrianactes, qui n’a qu’une corne sur le front comme un
grand cabris. » Histoire de la grande islè de Madagascar , p. 151.
(1) Le Nouveau monde inconnu , p. 417, Amsterdam, 1671.
(8) Protogœa seu de formatione telluris , p. 63, (iœttingue, 1749.
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— 47 —
quadrupède terrestre, accroupi sur les pattes de derrière,
mais dont la tête élevée portait au milieu du front une
corne de sept aunes et grosse comme la jambe d’un homme,
mais terminée en pointe. Ce squelette fut malheureusement
brisé par les ouvriers ; il n’en resta que la tête et la corne,
avec quelques côtes de l’épine dorsale, qui furent por¬
tées à la princesse abbesse de Quedlimbourg (1).
De tous ces rapports des voyageurs, dont j’ai abrégé le
nombre pour éviter l'eunui (2), il est permis de conclure
qu’ils ont vu un animal ayant une corne au milieu du front
et que cette bête ne peut être le rhinocéros, malgré le doute
de G. Cuvier. « Il est possible, dit-il, qu’on ait vu quelque¬
fois de ces quadrupèdes réellement unicornes, soit par une
mutilation accidentelle, soit par une défectuosité de nais¬
sance. Les Anglais qui paraissent plus curieux que d’autres
de retrouver la licorne dans la nature, parce que c’est un
(1) Gmelin, dans son Voyage de Sibérie , rapporte qu'on trouva,
en 1124, sur le territoire de Jakutsk, une corne qu'il croit avoir été
celle d’un narval. Cf. Encyclopédie des sciences , arts et métiers , au
mot Licorne , Neufchastel, 1765. — « La grande et précieuse corne
que le roy de Danemark garde à Frédérisbourg, qui est son Fontai¬
nebleau, est d’une licorne (à ce que Ton m’a dit) prise sur les glaces
d’Islande. M. le comte de Welfeld en a une de deux pieds de long prise
sur les mêmes glaces. » Relation de l'Islande , par Isaac de la Pey-
rère, J 5, p. 11, Paris, 1663. — J. Picard vit à Rosembourg un
trône fait de cornes de licorne. Voyage d* Uranisbourg ou observa¬
tions astronomiques faites en Danemark. Paris, 1610, cité dans le
Dictionnaire de Trévoux.
(2) Thomas Bartholin, De Unicornu , cite différents témoignages
d’auteurs qui assuraient avoir vu la licorne. Cf. Dictionnaire de Tré¬
voux ; Dictionnaire de Furetiéres ; Vincent de Beauvais, Spéculum
doctrinale , 1. XV, c. 94, p. 1439, t. II, Douai, 1624; Spéculum na-
turale y 1. XIX, c. 91, fol. 245, Cologne, 1494; Raderus, 1. I er ,
De Spectacul. Epigramma Martialis, 22, p. 37, dit : « Unicornem
seu monocera negatum etsi falso scriptoribus nonnullis dico. » Ingol-
stadt. 1611 ; Nicolaus de Comitibus, Itinerarium , c. 7 ; Scaligerie xer-
citat. 205 contra Cardanum, p. 659. Francfort, 1601.
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— 48 —
support des armes de leur roi, out prétendu qu'il en existe
dans l’intérieur de l’Afrique et dans les montagnes de l’Hin-
doustan ; mais la première assertion ne repose que sur des
dessins gravés, dit-on, sur des rochers par des sauvages ;
la seconde que sur des relations d’habitants de ces contrées
éloignées ou d’indiens qui les avaient parcourues, elle n’a
jusqu’à présent en sa faveur aucun Européen témoin ocu¬
laire (1). »
Faudra-t-il donc taxer ces récits d’invraisemblance et
d’exagération? L’histoire naturelle devra-t-elle reléguer la
licorne dont, comme je le dirai tout à l’heure, les bas-
reliefs égyptiens et indous nous ont laissé l’image, dans la
catégorie des créations fantastiques de l’antiquité ou du
moyen âge (2) ?
« Malgré mon indignité, écrivait à son tour le P. Cahier,
et malgré l’exclusion formelle donnée par le savant Cuvier
à toute licorne passée ou future, j’avoue que je ne déses¬
père pas de l’avenir pour cet animal si décrié après tant
de panégyriques. La corne sera mobile ou non, persistante
ou caduque, ce n’est pas ce qui m’importe ; mais elle sera
unique, j’ose m’y attendre, et l’unicorne figurera dans nos
collections à côté de l’ornithorynque qui était bien aussi
improbable qu’elle, avant qu’on nous l'eût envoyée, ou bien
dans le voisinage de ces ptérodactyles (3), qui avaient été
à peu près absurdes aussi, jusqu’au moment où ils ont reparu
quasi de toutes pièces (4). »
(1) Notes sur le livre VIII de Pline, pp. 430-435, édit. Panckoucke.
(2) Dans la Revue des Sociétés savantes des départements , 4 e série,
t. X, année 1869, p. 257, so trouve une critique très partiale et peu
approfondie d’un travail de Peladan sur la Zoologie mystique des
églises de Lyon , où ce savant ose croire à l’existence de la licorne.
(3) Cf. A. Maury, Essai sur les légendes pieuses du moyen âge ,
pp. 146-150.
(4) Mélanges d } archéologie , t. II, p. 225; Vitraux de Bourges ,
t. I", p. 130, u° 72.
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— 49 -
Deux savants voyageurs se chargèrent de répondre à
G. Cuvier et de confirmer les espérances du P. Cahier, en
donnant sur la licorne des renseignements inattendus.
M. Hue (1) affirme que la licorne, si longtemps regardée
comme un être fabuleux, vit réellement au Thibet. On la
trouve souvent représentée parmi les sculptures et peintures
des temples boudhiques.En Chine même, on la voit dans les
paysages qui décorent les auberges des provinces septen¬
trionales. Elle est mentionnée pour la première fois, chez
les Chinois, dans un de leurs ouvrages, qui traite des deux
premiers siècles de leur ère. Les historiens chinois, maho-
métans et mongols, rapportent unanimement la tradition
suivante, relative à un fait qui eut lieu, quand Dgengiskan
se préparait à attaquer l’Indoustan. Ce conquérant, ayant
soumis le Thibet, se mit en marche pour pénétrer dans
l’Inde. Lorsqu’il gravissait le mont Djadanaring, il vit
venir à sa rencontre une bête fauve de l’espèce appelée
Serou , qui n’a qu’une corne sur le sommet de la tête. Cet
animal se mit trois fois à genoux devant le monarque,
comme pour lui témoigner son respect. L’armée fut éton¬
née de cet événement. Le prince s’écria : « L’empire de
l’Indoustan est, à ce qu’on assure, le pays où naquirent
les majestueux Boudhas et Bodhisatras ; que peut donc
signifier que cette bête me salue ?» Il réfléchit un instant,
puis retourna dans sa patrie.
« Quoique ce fait soit fabuleux, ajoute M. Hue, il ne dé¬
montre pas moins l’existence d’un animal à une seule corne
(1) Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet , t. II,
pp. 422-426, Paris, 1868. — Les Chinois vantent beaucoup la licorne
dans leurs discours, et sa présence est l’augure de prospérité, d’après
Fernandez de Navarette, Tradados hiatoricos , politicos, ethicos y
religiosos de la Monarchia de China . Madrid, 1676 cité dans le
Dictionnaire raisonne des animaux , par M. D. L. C, D. B. Paris,
17b9.
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— 50 —
dans les montagnes du Thibet, animal que j'ai vu maintes
fois en mes voyages. »
Autre fait : Hodgson, résident anglais dans le Népal, est
parvenu enfin à se procurer une licorne. Les gens, qui la
lui amenèrent, lui dirent que cette bête se plaisait princi¬
palement dans la belle vallée ou plaine de Tingri, située
dans la partie méridionale de la province thibétaine de
Tsang et arrosée par l’Arroum. Cette vallée est remplie de
couches de sel, autour desquelles ces animaux, appelés
Schirous , se rassemblent en troupeaux. Farouches, quand
ils sont à l'état sauvage, ils ne se laissent approcher par
personne et s'enfuient au moindre bruit. Leur forme est
gracieuse, leur espèce celle des antilopes. Sa couleur est
rougeâtre, comme celle du faon, à la partie supérieure du
corps et blanche à l'inférieure. Ses caractères distinctifs
sont une corne noire, large et pointue, ayant trois légères
courbures, avec des anneaux circulaires vers la base ; ces
anneaux soilt plus saillants sur le devant que sur le der¬
rière de la corne. Deux touffes de crin sortent du côté
extérieur de chaque narine ; beaucoup de soies entourent
le nez et la bouche et donnent à la tête de l'animal une
apparence lourde. Son poil est dur et paraît creux, comme
celui de tous les animaux qui habitent au nord de l'Hima-
laya, et spécialement comme celui des chèvres dites de
Kachemire (1).
Toutes ces descriptions de Tunicorne, depuis l'antiquité
jusqu’à nos jours, se rapportent donc à deux animaux, le
rhinocéros et l'antilope, ayant une seule corne, l’un sur le
nez, l’autre au milieu du front (2).
(1) Revue britannique , 1827, août, p. 371, et Courrier du Comptoir ,
n° 8, année 1867.
(2) Cf. Lettre lue par M. Jomard Bur un quadrupède unicorne, dont
toutes les relations des voyageurs constatent l'existence dans l’inté¬
rieur de l’Afrique. Mémoires de VAcadémie des Inscriptions et
Belles-Lettres , t. XVIII, p. 352.
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— 51 —
§ 4. — BESTIAIRES ET POETES.
Les bestiaires et les trouvères ne pouvaient oublier ce
singulier animal.
Les poètes, qui ont décrit, dans leurs vers, la nature des
animaux et qui, pour cette raison, furent appelés bestiaires,
cédant à l’imagination, à la peur et surtout à l'éloigne¬
ment dans lequel on avait observé la licorne, ne conser¬
vèrent sur cette bête que ce que leur en rapportait la tra¬
dition la plus éloignée. Comme ils recherchaient partout
le merveilleux, ils adoptèrent les récits de Ctésias et d’Élien.
Pour eux la licorne avait le corps d’un cheval, les pieds
de l’éléphant, la tête du cerf, la queue d’un porc et sur le
front une corne (1) ; son audace la poussait à s’attaquer
même à l’éléphant (2).
(1) Cors do cheval, piés d’olifant,
Tieste de cerf, vois clere et grant,
Keues hautes com truies ont
Et une corne enmi le front,
Qui de longeur a.IIII. piés
Droite, ague corne espees.
(Image du Monde.)
« Une beste qui est apeléa en grieu monoceros, c’est en latin uni-
cornis. Physiologes nos dist de sa nature qu’il est rault bel de cors et
si n’est une grant beste, ha cors de ceval et piés d'olifant et teste de
cerf et halte vois et clere et coq torte corne porcel et une corne enmi
le front qui de longor a III1 piés, droite et ague. » Mélanges d'archéo¬
logie du P. Cahier, p. 223. — « Unicorne est une fiero beste, auques
resemblable a cheval do son cors, mais il a piez d’olifant et coe de
cerf ; et enmi sa teste est une corne, qui a bien quatre piez de long,
mais ele est si fors et si ague, que il perce legierement, quanque il
ataint. » Brunetto Latini, Trésor , p. 252.
(2) Or vus dirrai del unicorne
~ Beste qui n’a fors une corne
Em el mileu del front posée.
Iceste beste est tant osée,
Si combatante et tant hardie
C’al elefanz pront aatie.
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Le P. Cahier, dans ses Vitraux de Bourges, a rapporté
tous les témoignages des bestiaires ; il est donc inutile de
les répéter.
Les trouvères ou troubadours remplirent leurs longs
poèmes des mêmes idées. Le Roman de la Rose (1) et celui
d’Alexandre (2) ont parlé du courage de la licorne. Dans le
Roman du Renarl (3), l’unicorne est le rhinocéros. Thi¬
baut, comte de Champagne, s’est comparé à la licorne (4),
La plus egre beste del mond
De totes ccles qui i sont :
Ben se conbat à l’olefant,
Tant ad le pié dur et tranchant
Et l’ongle del pié ei a gu
Qu’en ren nen poet estre féru
Quele nel perce et nel fende
N’est pas pour que s’en défende.
P. Cahier, Mélanges d’archéologie , p. 227.
(1) Sus ses oreilles port tex cornes
Que cers ne lués ne unicornes
S’ils se dévoient effronter
Ne puUt ses cornes sormonter.
Vers 13894 — 13897.
(2) Propriétés des bestes, extraites du 9« livre, par Berger de
Xivrey, traditions tératologiques, p. 559.
(3) L’unicorne rinoceros
Voelle u non fiancier prison
Font et puis Hardi le lupart.
Edit. Meon, p. 148, vers 599. Cf. p. 200, v. 1932,
et p. 200, v. 2110.
(4) Ainsi com unicorne sui,
Qui s’esbahit en regardant
Quant la pucelo va suivant,
Tant est lie de son ami,
Pasmée chiest en son geron.
Lors locit on en traïson
Et moi ont fait de tel semblant
Amors et ma dame, por voir,
Mon cuer n’en puis pas ravoir.
Poésies du roi , t. II, p. 70.
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— 53 —
et Richard de Fournival a montré, dans son Bestiaire
d'Amour (1), toutes les propriétés que le moyen âge attri¬
buait à cet animal.
Dans Y Histoire littéraire de la France (2), on trouve
une allégorie attribuée au prêtre Herman. Un prud’homme,
fuyant devant une licorne, rencontre au fond d’une vallée
un serpent ; il monte sur un arbre, mais bientôt il tombe et
est dévoré. « La licorne, c’est la mort ; le malheureux
voyageur, c’est nous tous ; l’arbre, c’est la vie (3). »
Ces dernières paroles montrent que la licorne a joué un
grand rôle dans le symbolisme. Les Pères de l’Église, pour
qui tout était figure emblématique, ne pouvaient manquer
(1) « Par le flairier meisme fui-je pris corne li unicornes qui s’en¬
dort au doue flair de la pucele. Car tieus est la nature del unicorne qu’il
n’est nule beste si crueuse à prendre ; et a une corne en la narine,
que nule armeure ne le puet contretenir, si que nus ne li ose corre
sus ne attendre, fors virge pucele. Car, quant il en sent une au flair, il
s’agenolle devant li et si s’umelie docement aussi corne por servir. Si
que li sage veneor, qui sevent la manière de sa nature, metent une
pucele en son trespas et il s’endort en son giron. Et lors, quant il est
endormis, si vienent li veneor ; qui en veillant ne l’osent prendre, si
l’ocient. En tel manière s’est amors vengié de moi. Car j’avoie esté
plus orgueilleus vers Amors, qui fus de mon aage, et me sembloit
que je oneques n’avoie veue feme, que je vousisse mie avoir del tôt à
ma volenté, par si que je l’amasse aussi très durement, corne je ooie
dire c’en amoit. Et Amors, qui est sages veneres, me mist en mon
chemin une sage pucele, à qui doceur je me suis endormis et mors
d’itel mort corne à Amor apertient. C'est desespérance, sanz atente de
merci. Por ce di-je que jou fui pris au flairier et encore m’a-elle adies
tenu au flairier. Et ai ma volenté lessie por la sine à porsivir. » — Le
Bestiaire d*Amour, publié par Hippeàu, Paris, 1860, p. 23. Cf. encore,
p. 72, où l’on lit : «... Je sai bien que si trenchans chose n’est corne
beaus parlera. Car, a droit parler, nule chose ne puet si tost un dur
cuer percier corne douce parole et bien assise, » Une gravure snr bois
représente la licorne.
(2) T. XVIII, p. 352 et t. XXIII, p. 257.
(3) Gaston Paris, Vie de saint Alexis , p. 212, cite le ras. 12471 de
l'Arsenal avec la rubrique de l'Unicorne. Cf. Jubinal, Nouveau recueil ,
t. II, p. 113, et Martin, Le Besant de Dieu , p. XXXIII.
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— 54 —
de rechercher le symbole de cet animal bizarre et ils ne
faisaient en cette étude que suivre des traditions anciennes,
sans être des novateurs, comme on semblerait le croire
d’après leur enseignement peut-être un peu trop négligé et
méconnu.
II. - SYMBOLISME DE LA LICORNE
§ 1. — pères de l’église et bestiaires
Quand on s’occupe du symbolisme chrétien, il ne faut
pas oublier qu’il comprend deux époques comme deux
caractères fort différents. A l’origine, c’est-à-dire au
commencement de l’Église catholique, les données sont
pures, simples et puisées dans la nature, parce que la
source, où elles furent prises, est large et abondante, claire
et limpide : mais, avec le temps, l’eau se trouble, devient
obscure et perd entièrement sa transparence. La doctrine
des Pères et des premiers commentateurs de la Bible ren¬
ferme une conformité parfaite avec les traditions des peu¬
ples anciens, tandis que l’enseignement des auteurs du
moyen âge et des temps modernes diffère totalement des
croyances antérieures. Tels nous apparaissent les symbo¬
lismes variés de la licorne que je vais exposer, en suivant
ce double courant (1).
Je ne m’arrêterai pas à l’opinion de La Mothe le Yayer
qui voit, dans la licorne, l’image du caractère fantasque.
« Je pense, dit-il, qu'on le peut comparer à ce monoceros de
llnde, qu’on nomme Gartazonos. Êlien assure qu’il vit
paisiblement avec tous les animaux qu’il rencontre, à la
réserve de ceux de son espèce avec lesquels il est perpé-
(1) Cf. Hippkau, Bestiaire divin et sa savante introduction . Caen,
1852.
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tuellement en guerre (1). » Plus élevé est le symbolisme
des commentateurs de l’Écriture Sainte. La plupart ont
trouvé dans la licorne l’emblème de l’orgueil (2), de la
présomption (3) ou du mauvais exemple (4). Quelques-uns ont
écrit qu’elle représentait les Juifs (5), le démon (6), tandis
que d’autres ont vu en elle l’image de la force (7), de la foi
robuste (8), de la sainteté (9) et de l’amour de Dieu (10).
(1) La bonne réputation , Œuvres complètes, t. II, p. 743, Paris,
1662.
(2) « Unicomes, superbi, » dit S. Mkliton, XLIII, p. 57, du Spici -
legium Solesmense, t. III, p. 57. c Superbi et violenti, » dit S. Eucher,
Formules spirituelles, dans Biblioth . Max . Pàtrum % t. VI, p. 832. —
« Unicornis est imago superbiae aut violenti, hostes Christi. » Catena
graecorum patrum in Job t collectore Niceta, p. 559, Londres, 1637.
(3) « A coruibu8 unicornium, a praesumptionibus atque superbiis
malignorum. Bene nomine unicornis designantur præsumptuosi, quum
unicornis est animal superbum. > Dionysius a Rickel, in Psalmos %
fol. 45; fol. 57 : « Unicornis seu rhinocéros ponit distinctionem inter
superbos et humiles. »
(4) < In eo quod cornu hoc animal feriat et pungat ad malorum, in
eo autem quod cornu al tins efferat et liber um sit ad bonorum simili-
tudinem et naturam exprimendam saepe numéro sumi videtur ex
Basilio. » Catena , p. 559.
(5) « Judaei dicuntur unicomes pro una lege quam habuerunt, per
quam in superbia se extulerunt. » S. Bruno Herbipol., BiMiofA. Max, y
t. XVIII, p. 117.
(6) « Ipse diabolus merito unicornis dicitur, quia et ipse prae ceteris
habuit cornu elationis. » Petrus de Capua, apud Spicileg . Solesm .,
t. III, pp. 57, 355 et 385.
(7) Joh. Drusius, Proverbia sacra . Tiguri, 1673; Jér. Lauretus
Silva allegoriarum , p. 798, Lyon, 1622.
(8) « Habes in monocerote exemplum fidei robustae ac generosae,
omnem servitutem diaboli et mundi aspernantis et ütrique impavide
resistentis. » J. Cocceius, in Job , p. 533. — Cf. Aupert, De Divinis
officinis , 1. V, c. 10, p. 942, Paris 1610.
(9) a Vir sanctus est monoceros, quia Deum solum intuetur et,
contemptis omnibus terrestribus, in eo fiduciam collocat. • Olympio*
dorus, in Catena , p. 559.
(10) « Quid est quemadmodum filius unicornium? An forte hoc
genus animalium prae ceteris diligit fœtum suum, ut unicornis para-
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Je laisse de côté ces interprétations, que j'appellerais
volontiers secondaires, pour en apporter d’autres d’un
ordre plus élevé et plus conforme aux traditions anciennes.
S. Justin (1), dont l’opinion fut partagée par Clément
d’Alexandrie (2), Eusèbe(3)et Théodoret(4), dit que la corne
de la licorne ne peut représenter que l’image de la croix.
Les commentateurs de ce Père furent embarrassés pour
expliquer ce symbolisme. Sylburge (5), comprenant, par
ces paroles, que la licorne elle-même figurait la croix, pré¬
tendait que ce sentiment était insoutenable. Tout autre
cependant apparaît la pensée de S. Justin. Qu'est-ce en
effet que la croix, sinon un bois droit comme la corne de
la licorne, sur lequel est fixé un autre bois en forme de
Taû ? Cet animal devient donc l’emblème du Christ.
Tertullien (6) et S. Cyrille (7) ne raisonnent pas autre-
tior ait pro fœtu suo perire quam fœtum suum perdere, ut malit pro
ipso mortem incurrere quam ipsum vel vivum amittere ? Dilectores
Chriati sunt unicornes, quia diliguut eum ut unicornis filium. »
Richard de Saint-Victor, in psalm ., XXVIII, p. 319, Rouen, 1650.
— P. Ravànelle résume la plupart de ces interprétations dans Biblio-
theca sacra , Genève, 1660.
(1) « Movox/pwroç yoep xc/doctoc oufovoç aXXou irpaypaToç ri txjpiparoç fytt
av ti; clircTv xal à'iroÆcTÇou, c! pi tou tuttou Sç xbv cravpov dctxvuotv. »
Dialog. cum Try phone , § 91, p. 188, édit, des Bénédictins.
(2) Paedag., 1. I, c. 4.
(3) Demonstr X, c. 8.
(4) Questioncs in Numéros, 44.
(5) « Non dicit Justinus unicornis speciem cruci similem esse, ut
opinatus est Sylburgius ; sed cornibus unicornium crucem significari
contendit, quia crux nihil aliud est quam lignum erectum aive unum
cornu, cui duo extrema veluti totidem cornua adduntur ; aliud eliam
cornu inspicitur in illo ligno quod in medio crucis fixum est, ut insi-
deant qui crucifîguntur ; utique Christus in illo significatur. Uni¬
cornis ergo cornua crucem représentant, quia media stipitis palus sive
unum illud lignum erectum est unicornis quædam. » In Justinum .
ubi supra, note g, p. 188 et 200.
(6) Contra Judaeos , 1. II, c. 10, et Contra Marc., 1.4.
(7) Catecheses , XII, 15, et XIV, 19.
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57 —
ment. Eusèbe (1) ajoute même que quelques Pères furent
nommés Unicomes, parce qu’ils appelaient le Christ leur
seule corne et leur unique appui. La licorne, disait S. Ba¬
sile (2), est la véritable image du Christ ; parce que, comme
la corne de cette bête est une et constitue sa force et sa
défense, de même le Fils de Dieu étend sa domination sur
tous les êtres de la création et ne contient qu’un seul prin¬
cipe qui est son Père. Enfin le Vénérable Bède(3) enseigne
que la licorne est l’image de l’Église et de son unité, et
Wolfgang Franzius partage ce sentiment (4), dont le sym¬
bolisme a été chanté par Pierre de Riga (5).
Mais le Christ n’est pas seulement Dieu ; à la divinité
est jointe l’humanité et le mystère de l'Incarnation devait
aussi trouver son emblème dans la licorne.
Voici, dit le Physiologue (6), de quelle manière les
chasseurs s’emparent de cet animal. Ils font avancer une
jeune vierge, qui découvre son sein, lorsque l’animal s’ap¬
proche, et la bête, déposant tout à coup sa férocité, appli¬
que sa tête contre ce sein et se laisse prendre, comme si la
(1) « Ex sanctis Patribus orti sunt qui olim uuicornes vocitabantur,
quia uno Deo veluti cornu sunt usi. » Montfaucon, Collectio nova
t. I, p. 109.
(2) Comment . in psalm ., XXVIII, t. I., p. 361, Paris, 1721.
(3) « Solet unicornis, quia unum tantum habet cornu, pro unitate
ecclesiae accipi. » Opéra, t. VIII, p. 780, Cologne, 1688.
(4) Animalium historia sacra , c. 11, pp. 72-79, Amsterdam, 1643.
— Cf. Politiani, Miscellan , c. 56. Hure, Dictionnaire universel
(l'Ecriture Sainte , Paris, 1715 ; D. Calmet, Dictionnaire de la Bible ,
Paris, 1722.
(5) Hoc cornu veræ crucis inclyta cornua signant
Quæ nos exaltant conciliantque Deo.
Spieileg. Solesm t. III, p. 58.
(6) « IlapGcvov àyvtjv prirr ovvtv fytirpooOev avrov, xat aXXtrat riç rbv
xôXicov tt|ç irapOivov xat ri 7rapGeY0ç QaXittt to Çwov xac acpet tiçrb 7TaXariov
twv (üaacXccov. » Id ., ibid. t p. 355. Voir dans le même ouvrage, p. 386,
la version arménienne et son interprétation.
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nature ne l’avait point armée» et conduire dans le palais
des princes, dont elle fait l’ornement ; mais, malheur à
l’imprudente jeune fille qui, n’étant pas en état de pureté,
croirait qu’elle peut tromper la licorne subtile ! une mort
terrible et prompte la punirait de sa témérité.
Ces paroles expriment la croyance de l'Église, au second
siècle de l’ère chrétienne, et l’opinion, que la licorne était
l’emblème de la pureté, d’après des traditions anciennes,
fournissait aux fidèles du nouveau culte une magnifique
image de l’Incarnation. Aussi les Pères et les bestiaires
s’empressèrent-ils de l’embrasser.
Pour le Vénérable Bède, la licorne est un animal
chaste et il n’existe aucune trace de souillure dans sa
demeure (1).
Sur les collines élevées qui sont mon domaine, lui fait
dire S. Adhelme, je me ris des fureurs de la guerre et les
combats ne m’épouvantent point. Assurée de ma force
irrésistible, j’attaque les éléphants et leur fais une blessure
mortelle. Chasseurs, chiens, traits, tout est un jeu pour
moi. Cependant, que la fortune est cruelle ! Je triomphe
des puissants et des forts et une vierge désarmée me maî¬
trise sans peine ; elle ouvre son sein, sa beauté me captive,
sa chasteté m’attire et me voilà vaincue (2).
(1) « Unicornis est animal castissimum et dicitur habere mundis-
simum diverticulum. » Opéra, t. VIII, p. 712, Cologne, 1688.
(2) Collibus in celsis sævi discrimina Martis
Nil vereor, magis sed frétas viribus altis,
Belliger impugnans, elepbantes vulnere sterno,
Quamvis venator, frustra latrante molosso,
Garriat artiferi contorquens spicula ferri.
Hœc fortuna feras quæ me sic arte fefellit ?
Dum trucido grandes, et virgine vincor inermi ;
Nam gremium pandens mox pulchra puerpera prodit
Et, voti compos, celsam deducit ad urbem.
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— &9 —
Quelle belle image du Fils de Dieu que la licorne, s’écrie
à son tour S. Thomas de Villeneuve ! Ne s’éprit-il pas
d’amour pour une vierge ? Oubliant la majesté divine, il se
laissa enchaîner par des liens de chair (1).
Jésus-Christ n’est-il pas cette licorne spirituelle, lui qui,
descendant dans le sein de la Vierge Marie, s’y incarna,
fut pris par les Juifs et monta triomphant sur la croix pour
étendre de là son empire sur l’univers entier (2).
Cette pensée de Hugues de Saint-Victor inspirait aussi
Pierre de Capoue disant : « Le Christ ne se reposa-t-il pas
dans le sein d une vierge, vierge et saint lui-même, comme
la licorne qui est son emblème (3) ? »
Les bestiaires s’emparèrent de cette idée et la répétèrent
dans tous les dialectes. Philippe de Thaun (4) et Conrad de
Incidit ex cornu nomen mihi lingua pelasga.
Sic itidem propria dixerunt voce latini.
Poetica, Biblioth. maoo. Patrum , t. XIII, p. 29. — Baudoin, dans
son Iconologie y dit que la virginité est représentée par une belle jeune
fille qui caresse une licorne, l w partie, p. 203, Paris, 1644.
(1) et Quid Dei filio similius quam unicornis ! captus est et ipse
amore virginis et, majestatis oblitus, carneis vinculis irretitur. »
ln Nativitate Dni, concio IV.
(2) c Sic Dominas J.-C. spiritualis unicornis, descendons in uterum
virginis, per carnem ex ea sumptam captus a Judœis morte crucis
damnatus est. » Institutiones monasticœ de bestiis , 1. II, c. 6, Opéra ,
t. II, p. 420, Rouen, 1648.
(3) « Nonne J.-C. capitur amplexu virginis, quando ipse qui virgo
et Banctus est super basiliscum et draconem ambulabit ? » Spicileg .
Solesm ., p. 57.
(4) Monoceros grui est, en francois unicorn est ;
Beste de tel baillie Ihesu Christ signifie :
Un Deu est et serat et fuct et parmaindrat.
En la virgene se mist et par hom charn i priât.
A virgene se parut et virgene le conceut,
Virgene est et serat et tuz jurz permaindrat.
(Wright, Reliquiœ antiquœ.)
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Wurtzbourg (1) chantent ce symbolisme merveilleux, pen¬
dant que les trouvères (2) se bornent à raconter la chasse
de la licorne, qui se laisse vaincre par une vierge. Un
commentateur de la Bible n'a pas craint de rechercher la
raison qui donne une victoire facile à la jeune fille. L’ani¬
mal est très chaud de sa nature, c’est ce qui explique
l'impétuosité avec laquelle il s'élance et fond sur son
ennemi. La femme au contraire a un tempérament froid ;
son souffle humide est aspiré par la bête et les contraires
s'attirent (3).
§ 2. — Origine persane
Je me borne à ces citations d’auteurs d'époques diffé¬
rentes ; car, pour être complet, il m'eût fallu apporter le
( f.) Das Einhoru in der Magde Schoos
Giebt der Keoscheit seinen Leib...
D&gg suchtest du der Jungfrau Schoos
Wie’s Einhom, wild, in seiner Noth
Zu einer Junfrau fliehest.
(Maness, Minnesinger Sammlung , I, Mi, II, 101 )
(2) « Cele beste ne puet estre en nule manière prise, fors par une
vierge bien parée. Li veneor amainent une vierge meschine, là où ele
converse, et la laisent là séant en une chaière seule ou bos Si tost
corne li unicornes la voit, il vient à ele et la meschine li oevre le giron.
Et la beste flecist ses jambes devant la meschine et met son chief en
son giron tôt simplement et si endort ens. Lors sont li veneor près,
qui le gaitent et le prennent en dormant et mainent on tel roial
palais. » Mélanges d'archéologie du P. Cahier, t. II, p. 225.
(3) « Est animal furiosissimum et valde impetuosum, quia calidis-
simæ est naturæ, unde præabundat spiritibus ferventissimis, qui im-
petuosi dilatant cor. Sed femina frigida est et humida, animalibns
alterius speciei temperatior et præcipue virgo, quæ adhuc retinet
humilitatem et temperantiam nativitatis, spiritum habet frigidum et
humorem illecebrem, quo ioficit aerem. Animal, natura ferventissi-
mum, attrahens aerem, sentit eam sibi idoneam, quasi temperaturæ
sui spiritus fervore, magis eam prosequitur ». Alani, Quæstiones , ap.
Spicileg . Solesm ., t. III, p. 58. Cf. Tzetzes, Chiliad., V, c.8, Carm. 7.
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— 61 —
témoignage de tous les Pères des églises grecque et latine,
dont l’unanimité suppose une tradition commune et an¬
cienne. Or quelle est l’origine de cette croyance univer¬
selle que la licorne est l’emblème du Christ ?
J’ai déjà dit que les bestiaires, dans leur symbolisme,
s’appuyaient uniquement sur Tatien, tandis que les histo¬
riens latins citaient les paroles d’Élien. Ces deux auteurs
à leur tour s’étaient fait l’écho docile de Ctésias qui, au
cinquième siècle avant l’ére chrétienne, avait écrit l’his¬
toire de Perse et d'Assyrie et donné une curieuse descrip¬
tion de l’Inde. Cet historien voyageur avait-il donc tout
inventé; ses récits, qui amusent, doivent-ils être attribués
complètement à l’imagination ?
A mesure que nous pénétrons plus profondément dans la
connaissance des religions anciennes et surtout de la reli¬
gion des Perses, Ctésias semble moins légendaire et paraît
s’être borné à décrire les animaux d’après les monuments
qui s'étalaient sous ses yeux ; et, si de nos jours, les tou¬
ristes dans leurs excursions et les érudits dans nos musées
en admirent les débris échappés aux ravages des temps et
surtout des révolutions, le magnifique spectacle que pré¬
sentaient alors les temples encore debout et les palais
somptueux, où se réfiétaient les pures images de ce symbo¬
lisme oriental, pouvait-il laisser indifférent ce Grec, élevé
dans une religion, calque fidèle de la nature, idéal sublime
de la beauté dans sa perfection ?
* Chez les Perses, dit Creuzer (1), la licorne de Ctésias
était un symbole du règne entier des animaux purs, comme
le montrent les attributs divers qui lui étaient donnés ; son
image se composait de différentes parties des animaux les
(1) Religions de Vantiquité , t. I ,r , p. 340. Voltaire, Princesse de
Babylone , Œuvres complètes, t. XLV, édit. 1784, p. 118, § 3, dit, en
parlant de la licorne : « C’est le plus bel animal, le plus fier, le plus
terrible et le plus doux qui orne la terre. »
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62 —
plus utiles, le bœuf, le cheval et l’âne ; à la tête du règne
impur figurait au contraire le Martichoras ou le meurtrier
des hommes, décrit encore parCtésias et par Élien, et qui est
devenu pour les chrétiens le serpent type du démon. C’est
pour cette raison que, dans quelques zodiaques, la vierge
est accompagnée de la licorne, emblème demeuré inexpli¬
cable pour beaucoup de personnes. » Pour Guigniault, tra¬
ducteur et commentateur de Creuzer (1), < la licorne est
ici le chef et le père de la création terrestre tout entière,
admirablement placée à l’entrée d’une dèfue où Herder,
fidèle à la renommée de l’Orient, a si bien reconnu, selon
moi, un tableau développé de la création ; elle est le chef
des quadrupèdes purs, créatures d’Ormuzd. »
Sur les monuments perses (2), la licorne se présente sous
deux formes : ou ailée avec des pattes de lion, ou sans ailes
avec un corps et des pieds de taureau. La première image
se trouve sur un tombeau sculpté en bas-relief dans le roc
à Persépolis, et qui peut être celui de Darius, fils d’Hystape.
« La façade s’élève perpendiculairement et forme deux
étages inégaux ; l’étage inférieur figure une porte à chacun
des côtés de laquelle sont deux colonnes, dont les chapi-
(1) Creuzer, Traduction , t. II, p. 719. — Parmi les bas-reliefs
d’Ankhor, on trouve un Iaksha ou géant traîné par un cerf unicorne.
Delaporte, Voyage au Cambodge , p. 222„
M. E. Schrader prétend que l’idée do cet animal vient de Perse ;
les dessins persans de la licorne remontent à des types assyro-baby-
loniens, oü certains animaux paraissent n’avoir qu’une corne, unique¬
ment parce qu’ils se présentent de profil et que les artistes ignoraient
encore les lois de la perspective. — K. Preussische Ahademie der
Wissenschaften. Sitzunsberichte, Stück 31, analysé dans la Revue
historique, t. LI, p. 420.
(2) Scaliger, dans ses Notes sur Manilius , parle d’une sphère per-
sique où l’on trouve la licorne. Au 15« jour du Verseau (Janvier) :
« Duo viri unicornem equitantes. » Au 4« jour des Poissons (février) :
t Unicornis supina humi jacens. » Monomœriœ ascendentes insin-
gulis signis cum sigmficationibus et decanis suis œgyptiacis , p. 662,
dans Poetœ latini minores , t. VI, de la collection Lemaire.
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— 63 —
teaux sont ornés d’un demi-bœuf unicorne. Aux deux
coins de l'estrade, qui occupe le centre du plan supérieur
de l'édifice, paraissent en quelque sorte enchaînées deux
véritables licornes ailées, à la gueule menaçante, aux
griffes de lion et dont les pattes de derrière, sortant d’un
quintuple anneau, posent sur un lotus renversé qui s’épa¬
nouit autour d’un globe formant support (1). >
Un cylindre d'agate blanche montre la licorne sans ailes,
dans une scène qui semble représenter une espèce d’initia-
tipn. < Un personnage à longue barbe, tenant en main
un instrument symbolique, est monté sur une licorne ac¬
croupie et adresse la parole (2). >
Lajard (3) a reproduit de son côté un très grand nombre
de monuments, où figure la licorne avec ou sans
ailes.
Telle est l’origine du symbolisme de la licorne admis par
les Pères et cette image d’un Dieu créateur du monde et
d’un Homme-Dieu, le sauvant par la croix, devait amener
l’idée de la pureté qui inspira les artistes du moyen âge et
de la renaissance, et produire même une certaine confu¬
sion entre cet animal et le cerf, autre emblème du
Christ (4).
(1) Creuzer, pl. XXII, n° 117. — Cf. Chardin, Voyage , pl. XLVII.
(2) Id. 9 pl. XXIII, n° 120. Dans la pl. XXIII, n° 118, la licorne,
chef des animaux purs, est assaillie par un lion, l’un des animaux
impurs.
(3) Recherches sur Mithra , ch. V, pp. 174-199, et pl. XIII, n* 8 1-6 ;
pl. XIV ; XV, no» 2, 3 ; XVI, n®‘ 6, 7>, 7° ; XXI ; XXXVI, n® 8 ;
XXIX, n° 3 , L11I, n° 8. — Glaire, Encyclopédie catholique , dit que,
dans l’ancienne Perse, « la licorne était le symbole de la force et de
la vitesse. » — Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de Vart dans Vanti -
quitê , t. II, pl. XIV et pl. XV, où se trouve le taureau unicorne, et
p. 648, qui représente la chèvre unicorne ; t. V,p.544, avec la licorne.
(4) Dans une légende d'une bible du xiu* siècle, citée par Leroux
de Lincy, Introduction au livre des légendes , p. 27, on raconte qu'un
cerf apportait la nourriture à sainte Anne enfant. L'empereur Pha-
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— 64 —
III. — MONUMENTS REPRÉSENTANT LA LICORNE
§ 1. — Sculpture
L'antiquité chrétienne n’a laissé aucun exemple de cet
emblème de la licorne. Munter (1) cite une crosse d’un
abbé de Fulde, qui semble appartenir au vm* siècle et dans
la courbure de laquelle se voit une licorne agenouillée
sous la croix. Le même sujet se retrouve sur un chapi¬
teau de Saint-Regnobert de Caen (2) et sur les vitraux de
Bourges, si savamment décrits par le P. Cahier (3).
Sur un des pilastres de l’abside de l’église d’Ainay, on
remarque une licorne et une vierge qui se tiennent embras¬
sées ; l’une et l’autre sont debout. La jeune Hile entoure
le monocéros de ses bras et elle en est également serrée.
Elle se penche affectueusement et confond en quelque sorte
sa tête avec celle du vigoureux animal, qui s’abandonne
volontairement à elle, et de manière à n’appuyer sur le sol
que ses deux pattes postérieures (4).
Montfaucon (5) a vu, dans le cabinet de l’abbé Fauvel,
nuel aperçut à la chasse cet animal qu'il poursuivit. Le cerf alla se
réfugier sur le sein de la jeune fille qui reconnut Phanuel pour son
père. — Ce dernier trait montre qu'on a attribué au cerf la propriété
de la licorne. Cf. Stalpartii tan der Wiel, Observationes rariores
medicœ anatomüe chirurgicalis , t. 1, p. 263, Leyde, 1727, in-12.
(1) « Sinnbilder und Kunstvorstellungen der alten Christen », v* Mo-
noceros, Altona, 1825. Ce monument est également cité par Cyprien
Robert, Cours d’hiéroglyphique chrétienne , dans Y Université catho•
ligue , t. VI, p. 438.
(2) Delarue, Essais historiques sur Caen , t. I er , p. 99.
(3) Vitraux de Bourg es , p. 30, § 72.
(4) A. Peladan, Zoologie mystique des églises de Lyon , dans les
Mémoires de la Société littéraire de Lyon y p. 189, année 1867,
(5) Supplément à VAntiquité expliquée , t. III, p. 1757.
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- G5 -
sur une pierre gravée, une jeune fille, qui, le sein dé¬
couvert, et assise au pied d’un arbre, embrasse une
licorne.
Enfin le Trésor de numismatique et de glyptique (1)
montre une licorne fouillant avec sa corne au fond d’une
source.
Cette représentation s’explique par le récit suivant que
nous a laissé Jean de Hesse (2). < Auprès du champ d'Hélyon
en Terre-Sainte, dit-il, est le fleuve appelé Marath, très
amer, sur lequel Moyse frappa de sa verge. Il lui commu¬
niqua ainsi la douceur, et les enfants d’Israël en burent.
De nos jours encore, d’après ce qu’on nous a raconté,
après le coucher du soleil, des animaux venimeux empoi¬
sonnent cette eau, de telle sorte que dès lors on n’en peut
plus boire de bonne. Mais le matin, aussitôt après le soleil
levé, la licorne arrive, plonge sa corne dans le fleuve et
en chasse le venin, afin que les autres animaux puissent y
boire le reste du jour. J’ai été moi-même témoin du fait
que je rapporte, » Malgré une assertion aussi formelle, je
crois que ce voyageur n’a fait que reproduire le récit du
Physiologue. Le serpent, dit cet auteur (3) remarquant
l’endroit où les animaux ont coutume de se désaltérer, se
hâte d’y répandre un poison subtil. Les bêtes prudentes ne
boivent pas avant la venue de la licorne, qui, promenant
(1) Médailles de Pisan , pl. XII, 2 ; XIV, 2 ; XV, 4.
(2) Itinéraire de Jérusalem , en latin, accompli en 1389 et imprimé
en 1486.
(3) Év tqûtocç totto iç ivc XifitviQ pyaÀy) xoci cuvayovrocc rà Qrçla
irciïv. n P iv toc Ortpia ouvoc^Ôûaiv, 'Koptverai o oycç xoci prrcTcc tov iov
ocutou iv tw u£octi. Toc ycûv (hipta octffôotvoptfvoc tov cpotppxxov, oâ to Xp&xjt
ttccTv, avaptcvovr tç tov piovoxcpov. Ép^iTOtc xoci cùOicoç cfocpxopcvoç cv tri
Xtpcvv) xat <7Tocupov Èxruiruxraç t y xcparc ocûrou âyavtÇcc tou cpocppaxou ttîv
£uvocpuv xocc ircvou et toc Ovjpca itocvtoc ixctvoc. ». Spicileg . Solesm t. III,
p. 355.
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sa corne sur l’eau, y trace une croix et fait évanouir ainsi
la force du venin (1).
§ 2. — Peinture
Les peintres n‘oublièrent pas la licorne. Un tableau de la
bibliothèque de Weimar représente l’ange Gabriel sonnant
du cor, d'où sort une banderole portant ces mots : Ave,
gratia plena . Il tient une lance et quatre chiens en laisse;
la gueule de chacun de ces chiens laisse échapper aussi
une banderole, sur laquelle on lit : Veritas au-dessus
d'un chien noir, misericordia au-dessus d’un second,
paæ au-dessus d’un chien blanc et enfin justitia au-dessus
du dernier (2). Un cerf court dans la plaine ; sur la droite,
une femme assise auprès d’un puits ouvre son sein sur
lequel se précipite une licorne. Ce tableau, dans la pensée
du peintre, figure Y Annonciation (3).
Le même sujet se trouve sur le devant de l’autel de
(1) M. Dumuÿs vit à Royan, en 1892, une vieille gravure, apparte¬
nant à M me Courbebaisse, boulevard Thiers, 14. Cette gravure, fort
grande, était intitulée : c La fontaine enchantée de la vérité d'amour. >
Dessin de C. M. Cochin, eau-forte de O. de Saint-Albin, terminée au
burin par C.-P. Mairet (?), dédiée à M. Alexandre Roslin par De-
monchy.
On lit au-dessous : « Céladon, sous les habits de prêtresse druide,
et Sylvandre, désespérées des rigueurs de leurs bergers, s'exposent à
la rigueur des lions qui gardent la fontaine enchantée de la vérité
d'amour. Astrée et Diane, affligées de la perte de leurs amans, s'en
vont à la fontaine avec le même dessein ; elles y trouvent ces bergers
et se jettent entre eux et les lions. Les licornes prennent leurs def-
fenses. » Astrêe , livre IX. — Cf. Montfaucon, Monuments de la
Monarchie française 9 1. V, p. 12, ou se trouve « le char de la Reli¬
gion tiré par deux licornes. •
(2) Ces quatre mots résument les deux versets suivants de la Bible :
« Misecordia et veritas obviaverunt sibi. Justitia et pax oscillât»
sunt. » Ps. 84, 16.
(3) P. Cahier, Caractéristiques des saints, p. 504.
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l’église de Brunswick (1), et John Carter (2) donne une
sculpture, en ivoire, appartenant à un coffre du xv* ou du
xvi* siècle, représentant une chasse semblable.
Jean Duvet ou Danet, dit le maître à la licorne, qui tra¬
vaillait sous Henri II, a gravé quatre chasses avec des per¬
sonnages allégoriques où figure ranimai symbolique.
Dans l’une, un roi s’enfuit avec une suite nombreuse,
pour échapper à une licorne qui a déjà blessé plusieurs
chasseurs. La seconde montre une licorne conduite en
triomphe par un roi et une reine, accompagnés de quelques
dames qui portent des palmes et jouent de divers instru¬
ments. Le troisième tableau représente le sujet indiqué par
le Physiologue. Des animaux nombreux sont rassemblés
sur le bord d’une fontaine dans laquelle une licorne trempe
sa corne pour en purifier l’eau. Enfin, dans le dernier
tableau, un ours et une licorne combattent contre un dragon,
qui mord un Jion ; à gauche, un homme nu et assis sur un
tertre se garantit contre le dragon en se couvrant d’un bou¬
clier rond ; à droite, une licorne arrive au galop et enfonce
sa corne dans le ventre du dragon (3).
M. de Montégut possédait dans sa collection une poire à
poudre, dite pulvérin, sculptée sur un andouiller de cerf
par Jean Goujon, représentant Diane de Poitiers nue,
s’appuyant sur une licorne (4).
(1) Curiositaten des physich-litterarisch , t. VII, p. 135, n® 2;
Revue archéologique , t. I #r , pl. n° 14.
(2) Specimen ancient sculptur and painting , t. I er , p. 113. —
Du Sommerard cite une licorne dans les Arabesques d'un miroir, les
Arts au moyen Age , album, pl. XXIII de la 10* série, t. V, p. 277. —
Cf. t. I er , p. 420, où le même auteur parle d’une corne de narval
sculptée, représentant l’ancienne chapelle du Saint-Sépulcre.
(3) Bartsch, Peintre graveur , école française, t. VII, p. 513 et 515 ;
Ghrist, Dictionnaire des monogrammes , p. 173 et 340, Paris, 1750 ;
Leblanc, Manuel de Vamateur d'estampes . t. II, p. 173.
(4) Inventaire des bijoux de Jeanne de Bourdeille y p. 38, note 1,
Périgueux, 1881.
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Dans le château de Verteuil, appartenant à M. de
La Rochefoucauld, sont conservées des tapisseries repré¬
sentant notre animal (1).
L’Inventaire de Richard Picque (2) signale c deux tappis
vermaux à licorgnes. *
On ne pouvait oublier de reproduire la licorne sur les
vêtements. Eméric David l’affirme (3) et le pape Grégoire IV,
parmi les présents qu'il fit à la basilique de Saint-Marc de
Venise, en 827, envoya un ornement de soie sur lequel
étaient représentés des gryphons et des licornes (4;.
§3.—Imagiers
Ai-je besoin de dire que les manuscrits et les imprimés
rappellent l’image de la licorne ?
(1) « Ladite chambre étendue d’une tapisserie de haute lisse en cinq
pièces presque mi-usée appellée de la licorne. » Inventaire des
meubles dans le château de Verteuil , par de Fleury, p. 56, Angou-
lôme, 1866. Ci. Bulletin de la Société archéologique de la Charente ,
année 1886. — Muntz, La Tapisserie , a signalé deux tapisseries aux
licornes : 1° le Combat des Vices et des Vertus, collection du baron
Erlanger, tapisserie flamande du commencement du xvi e siècle :
dans cette œuvre, le chevalier des Vertus est monté sur une licorne
harnachée, p. 200; 2° Histoire d’Artemise, Apollon et les Muses,
tapisserie parisienne du xvi® siècle, au Garde-Meuble national ; le
char triomphal d’Apollon est traîné par deux licornes, p. 243. — Notre
savant collègue, M. Dumuÿs, auquel je dois ces renseignements, m’en
signale un autre : La chasse à la licorne, tapisserie conservée dans le
vieux castel féodal de Cenevières (Lot), propriété de M. Lesage,
ancien maire de Limoges, sous l’Empire ; qu’il en reçoive le sincère
hommage de toute ma reconnaissance.
(2) Fr. Michel, Recherches sur le commerce , etc., t. II, p. 148,
note 4.
(3) Histoire de la peinture au moyen âge , p. ^6, note 2, et p. 86,
note 1.
(4) € Obtulit sanctissimus præsul vestem de oloserico cum grjphis
et unicornibus. » Anastàsius, biblioth., in Vita Romanorum pontir
ficum, apud Müratori, Rer. ltal. scriptores , t. III. pars I, p. 222.
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— 69 —
Une jolie vignette, provenant d’un manuscrit du
xiv* siècle, montre une jeune fille ouvrant son sein à
une licorne, poursuivie par un chevalier qui semble vou¬
loir s’en emparer (1).
Le même sujet se trouve reproduit deux fois dans le
Bestiaire de l’Amour (2).
Enfin, sur une planche du Bestiaire de l’Arsenal, on
voit une jeune fille assise et devant elle se tient une
licorne (3).
Les Bollandistes (4) ont fait graver une licorne montée
par un moine et poursuivant des brebis qui sortent de la
galerie d’un couvent. La licorne ici représente l’abbé Rat-
gaire qui fut déposé, en 818, à cause de sa cruauté à l’égard
des moines de Saint-Boniface (5).
Bernard de Breydenbach (6) et Ambroise Paré (7) ont
reproduit dans leurs ouvrages une licorne d’après la des¬
cription de Gtésias.
§ 4. — Filigranes
Les historiens des filigranes (8) nous montrent que, dès
le xiv* siècle, le papier représentait la licorne ou unicorne
(1) Angleterre pittoresque de Minguet et Pellàne, t. II.
(2) P. Cahier, Mélanges , t. II, pl. XXI.
(3) Richard de Fournival , édit. Hippeau, p. 23 et 72.
(4) Acta SS, jun ., t. I er , p. 359; Leckhart, Le rebus Franciœ
Orientais , t. I er , p. 040. Cf. Brower et Schaussart, Antiquités de
Fulde .
(5) « Considerandus venit etiam is Bonifacius in quo Ratgariurn
abbatem tertium ob saevitiam in monachos depositum : idem scrip-
tores et pictores expressere, addito symbolo monocerotis incurrentis
in oves easque dessipantis. » Bolland. ut supra .
(6) Sanctœ peregrinationes , après la signât, d’, Spire, 1502.
(7) Œuvres , 1. 21, p. 796.
(8) Sotheby, Typographia , 1845, pl. U, V, X ; Principia typogra -
phica , 1858, t. III, pl. 70; Gazette des beaux-arts , t. II, p. 234
et pl. 224 ; t. III, 1859, p. 155-159.
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en buste et avec la forme du cheval ; au xv% c’est une
bête douce et qui marche ordinairement d'un pas tran¬
quille ; une licorne barbue et passante, avec des variantes
infinies, se rencontre dans les incunables xylographiques
et typographiques et dans les papiers fabriqués par des
Orléanais (1). Le dernier spécimen de cet animal se voit
dans les Archives royales de La Haye et date de 1520-
1521, époque ou période historique signalée par l'avène¬
ment du rationalisme et de la réforme.
§ 5. — Armoiries
Les imprimeurs les plus renommés pour la pureté de
leurs éditions adoptèrent une licorne comme emblème (2).
Le blason ne pouvait oublier cet animal. La ville de
Saint-Lô porte une licorne dans ses armoiries et il suffit
d'ouvrir les Traités héraldiques pour voir les nombreuses
familles qui en ornèrent leurs écussons (3). Qui ne connaît
le support de la couronne d’Angleterre (4)? Le pape
(1) « A défaut du nom de Leroy, on pourrait cependant lui attribuer
avec quelque certitude des livres sans nom d'imprimeur, sans lieu ni
date, mais qui reproduiraient l’empreinte des types employés par
Mathieu Vivian, moins usés, dont le papier porterait le même fili¬
grane : la licorne. » M. Jakry, la Typographie orlèanaise , dans les
Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais , t. XX, p. 16.
(2) Th. Kees (1507-1514), O. Senant (1505-1511), les Kerver
(1501-1535), S. Vincent (1508-1534), L. Martin (1511-1516), J. du
Moulin (1519), J. Richard (1490-1511), H. Hecker (1496-1507), etc.
(3) Jouffroy-d’Eschavànnes, Armorial universel , p. 62; Sêgoing,
Trésor héraldique , p. 243 ; Promptuaire armorial , p. 28; Indice
armorial , p. 231 ; Ch. Grandmaison, Dictionnaire héraldique , p. 488;
Collection de Sceaux, Archives de VEmpire , n 0B 5367, 6497 et 10529;
Inventaire des sceaux Clairambault , n* # 4404, 4515, 4516, 5598 et
9256, etc.
(4) Victor Hugo a dit :
La licorne du roi, le lion d'Angleterre
Serviraient de supports à nos deux écussons
Que je ferais encor des vers et des chansons.
Cromvoel , acte I er , sc. 3, à la fin.
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— 71 —
Paul III (1) prit pour armoirie la licorne purifiant l’eau
et le cardinal Martinusius (2) la choisit aussi et adopta
remblème indiqué par saint Grégoire. La licorne, dit ce
Père, éprouve une sympathie mystérieuse pour la colombe
et aime à se reposer sous l’arbre où elle a posé son nid.
L’oiseau, de son côté, ne reste pas insensible à cette amitié
et vient se percher sur l’arme meurtrière de l'animal, qui
la tient immobile, pour ne pas gêner son amie dans ses
ébats (3), image du jeune homme qui, pour se livrer aux
charmes de l’étude, doit fuir le bruit et se retirer du monde
et de ses plaisirs (4).
« Sur une quittance du Bâtard d’Orléans, du 1 er mai
1429, l’écu a deux licornes pour supports. Sur les quit¬
tances de 1437, 1438 et 1447, l’écu a pour supports
deux aigles et pour cimier une tête d’animal de race che¬
valine ; l’altération de la cire dans la partie supérieure ne
permet pas de reconnaître avec certitude si cet animal
est une licorne. Sur l’une des empreintes cependant
existe une saillie qui pourrait avoir formé la base d'une
corne.
c Dans l’intérieur de la basilique Sainte-Croix, dans la
basse-nef du nord, existe une porte ogivale surmontée
d’un écusson de France sculpté, dont les supports sont
deux licornes.
c Quelques écus des rois de France présentent égale¬
ment des licornes pour supports ; mais, dans la suite, la
figure de cet animal a été remplacée par deux anges.
« L’adoption de deux licornes par l’illustre guerrier
comme supports de ses armes, si bien en rapport avec les
événements au milieu desquels il apposait son sceau à la
(4) Ciaconius, Vitœ et res gestœ pontificum, p. 1556.
(5) irf., ibid ., p. 1588.
(6) Moral XXXI, c. 13.
(1) S. Basilii Orat. XIII post reditum.
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quittance du receveur des deniers de la ville d'Orléans,
semble n’avoir été que temporaire, comme il arrivait fré¬
quemment aux seigneurs du moyen âge, et dans le but de
s’unir intimement au concours de la vierge de Domrémy,
dont il était accompagné, et l'adoption de ce symbole par
les rois de France doit se rapprocher de ces événements
eux-mêmes, auxquels ils faisaient peut-être allusion. Mais
les deux licornes ont dû disparaître de l'écu de la maison
royale de France et être remplacées, et elles l'ont été avec
bonheur par deux anges, symbole de la pureté par excel¬
lence et d’une ineffable douceur, lorsque le sentiment
chrétien eut définitivement effacé les superstitions des
temps antérieurs (1). »
Malgré la longueur de ces détails, je me reprocherais
de ne pas mentionner le Recueil d'emblèmes de Ver-
rien (2), où se trouve une licorne avec ces mots : c Casla
'placent » (ce qui est pur me plaît), et l'Ordre de la licorne
d'or, association religieuse et militaire, instituée, dit-on,
vers 998, par le comte d’Astrevant, seigneur du pays de
Brabant, à l'occasion d’un voyage qu’il fit en Palestine (3).
Enfin, d'après Leibnitz (4), parmi les antiquités retrouvées
à Paris, en l’église Notre-Dame, figure une pierre, avec
l’inscription : Tarvos trigaranos y et sur laquelle est repré¬
senté un taureau unicorne adossé h un arbre ; dans les
branches, des oiseaux jouent sans crainte. Cette image
rappelle les armoiries du cardinal de Martinusius.
(1) Bulletins de la Société archéologique de VOrléanais , t. IV,
p. 433.
(2) PI. LVI, Paris, 1696.
(3) Dictionnaire de Larousse , v° Licorne.
(4) Opera y t. VI, l r * partie, p. 88, et 2* partie, p. 94, Genève, 1768.
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IV. — USAGE DE LA CORNE DE LICORNE
§ 1 er . — La corne en général
La licorne étant le symbole de l’innocence et l’emblème
de la pureté, il n’en fallut pas davantage pour attribuer de
grandes vertus à la corne de cet animal. « Venena pello »,
telle était l’inscription de la célèbre corne dont parle Paul
Jove (1).
Toute l’antiquité en effet a cru à l’efficacité de certaines
dents et surtout de certaines cornes, pour reconnaître la
présence du poison dans les boissons et dans les aliments,
et le moyen âge ne lui a cédé en rien sur ce point. La
crainte de l’empoisonnement étant devenue pour les rois
et pour les grands seigneui's une juste préoccupation, la
crédulité se chargea de trouver les moyens de la prévenir,
et, dans ce but, on employa la corne de la licorne, qui,
plus que toute autre matière, n’a cessé d’être en usage que
dans le xvi* siècle. Quelle est donc la raison qui porta les
hommes à ne pas mettre en doute la vertu de cette corne ?
Tous les peuples ont adopté ce mot de .corne comme
emblème de la force. David appelle Dieu la corne de son
salut, c’est-à-dire l’instrument de sa délivrance (2). Les
poètes (3) en ont fait le synonyme de puissance et d’abon-
(1) Historia sut temporis, t. II, 1. XXXI, p. 124, Florence, 1552.
(2) David parle souvent de cette corne. Cf. Psalm., XVII, 3;
LXXIV, 11 ; LXXXVI1I, 18 et 25 ; CXXXI, 17 ; CXLVIII, 14.
(3) Nec in re secunda nnnc mihi obvortat cornua.
Plaute, Pseud ., II, 3, 5.
Venerunt capiti cornua sera meo.
Ovide, Am. 3, il, 6.
Tu addis cornua pauperi.
Horace, Od. f 3, 21, 18.
Cf. Thésaurus linguœ grœcœ ) v f Kcpocç. — Moïse, après avoir reçu
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dance. On connaît la corne d’Amathée; le sommeil était
représenté tenant, d’une main, une corne et, de l’autre, une
dent d’éléphant, la Richesse elle-même, fille du Travail et
de l’Épargne, portait une corne d’abondance.
Les Centaures, les Thraces et les Paphlagoniens ne bu¬
vaient que dans des cornes (1). Philippe, roi de Macédoine,
en avait une couverte d’or pour le même usage (2). So¬
phocle parle d'une corne enchâssée d’argent, servant à
table (3). Horace fait mention d’un huilier de corne (4).
Pline affirme que les cornes de cerfs jouissaient d’une
grande efficacité contre le poison et contre les morsures
des serpents (5) et Albert le Grand attribue une semblable
vertu à celles du céraste (6). Les Abyssins (7) apportent à
la table de leur roi une corne, avec laquelle les ministres
essaient les aliments qui lui sont présentés. Enfin les In¬
diens des bords du Phase confectionnent, avec la corne de
l'onagre, des coupes de toutes formes, et ils assurent que
ceux qui s’en servent sont certains de n’éprouver aucun
effet du poison et de n’en ressentir aucune douleur (8).
les tables de la loi de la main de Dieu, descendit do la montagne
et les Hébreux crurent voir sur son front deux cornes brillantes.
D. Calmkt, o p: cit., p. 261, dit : « Agatharcides, c.26, assure que les
Ethiopiens combattent avec la corne de l’oryx, comme les autres hommes
avec des épées. »
(1) Athénée , IV, p. 184.
(2) Calpurn, Ecl, , X, 48.
(3) « ApyuprîXaTa xtpar a », fragm. 170. — « A oXeî tw xcparc, »
dit Lucien, D. deor, 12, 1. Cf. Polluæ y 4, 75 et Lexiques grecs ,
v° Kejpaç.
(4) Sat ., 11,2, 61.
(5) Hist. nat., VIII, 27 ; XI, 45.
(6) « Sunt qui dicunt præsente veneno sudare et ideo ferri ad
mensas nobilium et fieri inde manubria cultellorum quæ infixa mensis
prodant præsens venenum. » Opéra , t. VI, 1. XXIV, p. 667.
(7) Beyerlinck, Magnum theatrum vitæ humanœ y p. 313, M.,
Lyon, 1656.
(8) « Ex illorum cornibus Ipdi pocula conficiebant asseruntque qui
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§ 2. — Essai.
Or, si la corne d’uu animal quelconque renfermait une
vertu remarquée de tout temps et dans tous les pays, quelle
efficacité plus grande ne devait pas posséder celle de la
licorne, qui était considérée comme l’emblème de la pureté,
et qui, dit le Conciliateur, sue en présence de la vipère (1) ?
Un auteur arabe (2) n'assure-t-il pas que, si l’on coupe cette
corne par le milieu en long, on y trouve la figure d’un
homme, d’un oiseau ou de quelque autre objet, dessiné en
blanc, avec beaucoup de délicatesse, et en occupant toute
la surface interne depuis la base jusqu’au sommet ?
Aussi s’en servait-on pour faire ce qu’on appelait au
moyen âge, l’essai (3). < L’essai, dit La Borde (4), nommé
encore touche ou épreuve, c’était laprétention de connaître
si un mets, une boisson ou un ustensile de table étaient
empoisonnés, rien qu’en les touchant avec une épreuve
faite de langue de serpent, de pierre précieuse ou de corne
de licorne. Cetle pratique a été maintenue à la cour par
l’étiquette ; on la trouve dans l’ordonnance de 1681 sur le
cérémonial et elle n’a été mise de côté qu’avec la Révolu¬
tion de 1793. »
Voici du reste la manière de faire l’essai, d’après Olivier
ex taii poculo biberint, eo die nullo morbo nec vulneris dolore aut
ignis flamma offendi nec veneno intoxicari posse. » G. Stuckius,
Antiquitates convivales % Tiguri, 1582. Cf. Mercurialis Gymnastica ,
1. I er , et Variar. lection , 1. I er ; Philostbate, De Vita Apollonii,
1. III.
(1) Dictionnaire de Furetieres , v® Licorne.
(2) Notes de Hippeau sur le Bestiaire d'amour , p. 122.
(3) Chéruel, Dictionnaire historique des institutions de France ,
t. II, p. 661, Paris, 1885 ; Legrand-d’Aussy, Histoire de la vie privée
des Français , t. III, p. 357.
(4) Notice des émaux du Louvre , 2 e partie, p. 303,
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de la Marche (1). c Le sommellier porte en ses bras la nef
d'argent, ensemble le baston d’argent et la licorne dont on
fait la preuve en la viande du prince (le duc de Bourgogne).
Et doibt le vallet servant prendre la petite nef, où est la
licorne, et la porter au sommellier, qui est au buffet, et le
sommellier doibt mettre de leaue fresche sur la licorne et
en la petite nef et doibt bailler lessay au sommellier, vuy-
dant de la petite nef en une tasse, et la doibt apporter en
sa place et faire son essay devant le prince, vuydant leaue
de sa nef en sa main. »
Les essais de licorne sont souvent mentionnés. Les
Comptes royaux de 1391 (2), de 1399 (3), d’Isabeau de Ba¬
vière (4), de Marie d’Anjou (5), de Charles VIII (6), de
1416 (7), de 1467 (8) parlent d’ c épreuves * dorées ou
argentées. Les précautions contre le poison avaient été pous¬
sées plus loin encore. Non seulement les coupes (9), les
(J) Estât du duc de Bourgogne , 1474.
(2) « Ung manche d’or d’ung essay de licorne pour attoucher aux
viandes de Mgr le dauphin. *
(3) « Une espreuve dor en laquelle il y a do la licorne, quatre
langues et une machouere de serpent, garnie de trois sapphirs et une
esmeraude pesant quatre onces d’or. »
(4) « Une espreuve de licorne pour la royne ». Compte de 1404. —
« Une pièce de licorne à faire essay à ung bout d’argent ». ld. y 14C8.
(5) « Demi-pièce de licorne à servir d’espreuve à toucher sur les
viandes de ladite dame. »
(6) a Pour une pièce de licorne... à une petite chesnete d’argent
doré, envirolée et attachée au dedans du couvercle d’un des pots d’ar¬
gent doré de l’eschanconnerie où se met le vin de bouche dudit sei¬
gneur. »
(7) « Une tousche en quoy a esté mise une pièce de licorne pour
toucher la viande. »
(8) « Cinq assaies d’argent doré garnis de lycorne et de langues
serpentines avec une pelecte d’argent doré à prendre espices k ung
drageoir. »
(9) « Une grande couppe dor goderonnée, y a au fons licorne et
autres choses contre venin, que donna au duc de Bretagne le roy dan-
gleterro. »
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— 77 —
gobelets (1), les salières (2) contenaient des fragments de
cette précieuse corne, mais on en mettait encore aux agra¬
fes (3), aux anneaux (4), aux aiguières (5) et aux épées (6);
on en suspendait des morceaux à une chaîne d'or (7) et à
des fils de soie (8), tant était grande la peur d’être em¬
poisonné. Il y avait même des bijoux (9) faits avec la corne
de ces animaux.
§ 3. — Valeur
Il suivait de là que la corne de la licorne jouissait
d’une valeur considérable.
Olivier de la Marche parle de cornes <c moult grandes
(1) Ysabeau de Bavière, en son hôtel de Saint-Paul, avait soin de
se munir toujours de corne de licorne. Une épreuve, fixée à une
chaînette d'argent doré, était attachée au gobelet et à la salière d’or
de la reine. Gazette des Beaux-Arts, t. II, p. 234, 1859. — « Une
petite sallière carrée à cinq tables do licorne. » Inventaire de 1542
de Fr . de la Tremoille , p. 13, Nantes, 1887.
(2) « Ung gobelet garny dor assis sur trois lycornets d’or. » Inven¬
taire de Charles-Quint (1536.)
(3) a Une troussouere en laquelle a une licorne dor et une pointe
do dyament en la teste de la licorne » (1481).
(4) « Ung anneau dor en la teste duquel a de la licorne » (1498).
(5) « Une aguière de lyncorne » (1470).
(6) «Une espée le pommeul de licorne a (1467).
(7) a Une licorne noire pendant à une petite chesne d'or. »
(8) «Une dent de licorne enchasseo en argent pendant à un lacs
de soie. »
(9) « Une licorne anchasee dans de l'argent pezant an tout deulx
escus et demy moins seze greins. — Une autre licorne faicte corne la
moytié ou anviron d’ung sercle pezant ung oscu et demy. » M. de Monté-
güt, Inventaire des bijoux de Jeanne de Bourdeille (1595), Périgueux,
1881, p. 38, n 0B 58 et 59. — « Ung dour de licorne, que le roy donna
et envoïa à la royne sa mère. » Inventaire de Charlotte de Savoie ,
publié dans la Bibliothèque de VEcole des chartes, 6« série, t. I er ,
p. 429.
« Pour avoir fait un manche auquel avoit une pierre d’unicorne »,
1405. Ducs de Bourgogne , 79.
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— 78 —
et belles », qui étaient aux coins du buffet du duc de Bour¬
gogne, au festin somptueux qu’il donna en 1468 (1). Bran¬
tôme parle d’un seigneur, qui, vendant un jour une de ses
terres à un autre pour cinquante mille écus, demanda qua¬
rante-cinq mille écus en or et argent et prit pour le reste
de la somme une corne de licorne : * de là grande risée
pour ceux qui le sçurent, corne si, disaient-ils, ce prince
n’avoit assez de cornes chez soi sans adiouster celle-là (2). »
Au rapport d’André Rocci , médecin de Florence, un
Allemand vendit une corne douze mille écus (3). c Je
trouve, dit à son tour dom Calmet (4), dans les papiers de
la maison de Lorraine, sur la fin du xvi° siècle, soixante
mille florins donnés pour l’achat d’une seule corne. »
Les rois et les princes n’épargnaient rien pour s’en pro¬
curer, et les pierres du plus grand prix leur semblaient
bien inférieures à ces cornes, surtout quand elles étaient
entières (5). Le Pape Pie II croyait à leur efficacité (6), et
Clément VII, voulant témoigner sa reconnaissance à Fran¬
çois I* r , lui fit présent d’une corne enchâssée d’or ; le roi
la couvrit d’un voile précieux et s’en servit dans tous ses
repas (7).
(1) Estât du duc.
(2) La Curne de Sainte-Palaye, Dictionnaire historique de Vancien
langage françois .
(3) Cité dans le Dictionnaire de Furetières .
(4) Dictionnaire historique de la Bible , t. III, p. 445.
(5) « Nihil est in rerum natura quod tanto apud iraperatores, reges,
principes mundique magnates in precio habeatur quam cornu mono-
cerotis, ita ut aurum ejus comparatione nihili ducatur. » Kircher,
Mundus subst .
(6) « Cornu monocerotis veneno medetur ideoque in honore est. >
De Asia , c. 10.
(7) « Quum pontifex magnus monocerotis bicubitale cornu aureæ
cælate basi inclusum ad depellenda epulis venena dono dedisset,
id latissimo aulæo rependit in quo Belgarum arte suprema Christi
cœna cum discipulis serico atque auro intexta visebatur. » P. Jove,
Historia y t. II, p. 124, Paris, 1553.
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< Quant le seigneur de Ballassat, dit Commines, sceut la
fuite de Pierre de Médicis, il se print à piller tout ce qu’il
trouva en ladicte maison (à Florence) et, entre aultres
choses, il print une licorne entière qui valoit six ou sept
mille ducats (1). »
D’Aubigné, parlant des exploits du maréchal de Foix,
raconte « qu’il sauta à pied avec quelques-uns des siens,
monstra le chemin à ses harquebusiers et emporta la rue
et la ville où il gagna pour butin principal une licorne
estimée quatre vingt mille escus (2). » En 1553, le maréchal
Cossé de Brissac, ayant pris la ville de Verceil, s’empara
de toute la vaisselle du duc d'Anjou et garda pour lui, entre
autres objets précieux, une grande corne de licorne (3) qui,
plus tard, ne se retrouva plus dans le trésor de son fils (4).
Ces détails trop longs peut-être, dans lesquels je suis
(1) Histoire , t. VII, p. 9.
(2) Hist ., III, 139.
(3) « Brissacus... ornai Caroli ducis pretiosa supellectile quæ in
palatio urbis reposita erat atque ingenti illo ac famoso monocerotis
cornu secum aaportato. » Thuani, Historia sui temporis y 1. XII, t. I er ,
p. 371, édit. 1630.
(4) t ... Nihil omnino repertum ait, ne quidem famosum illud
monocerotis cornu prodigiosa longitudine, quod olim a parente ejus
in Vercellarum direptione captum fuerat. » icL, I. LXXXI1, t. IV,
p. 52.
Le sieur de Brissac, un des chefs du parti de la Ligue, perdit au
siège d’Angers, en 1585, c force précieux meubles, avec ses licornes et
ses etuis, dont fut fait par un mauvais garson de politique le quatrain
suivant qui se moque plaisamment d’Antragues, gouverneur d’Orléans
et de lui :
• Brissac, tu as perdu l’estui de tes licornes
• Pour t’estre trop fié aux soldats de léans ;
« Et moi, je suis ici enfermé à Orléans
■ Avec mes soldats, mon espouse et mes cornes j> (1).
(4) P. de Lestoile, Registre-Journal de Henri III , édition Michaud et Poujoulat, t. I* r ,
p. 191. — Dans le pamphlet intitulé : Articles de paiœ entre le roy et M. de Mayenne ,
on lit : « La licorne sera rendue à M. de Brissac, accompaignée des deux autres par le
moyen de sa femme, demourant l’estui de la première au pouvoir de M. de Pichers. »
Id ., ibid.. . W9.
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entré, montrent l'importance qu'on attachait à cet objet
dans les cours des princes, qui voulaient même que la
licorne figurât sur les cartes ou tarots, servant à leurs
amusements, persuadés que son image devait empêcher
toute supercherie (1).
§ 4. — Trésors des églises
Cette corne ne pouvait manquer de faire partie des tré¬
sors des particuliers et des églises.
Manfred Settala en possédait quatre dans son cabinet (2).
J'ai dit plus haut que le roi de Danemark en gardait une
avec le plus grand soin.
A Saint-Denis, on voyait « une corne de licorne de six
pieds et demy et un pouce de hauteur, qui estoit une des
rares pièces et peut estre la plus rare qui fust en Europe.
Elle fut envoyée à l'empereur Charlemagne par Aaron, roy
de Perse, avec plusieurs autres riches présens, environ
l’an 807. Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, la
dona à nostre église (3). » On conservait dans la même
basilique une main de justice « qui est de licorne et posée
sur une hante d'or (4). *
Philippe de Voisins vit, en 1490, dans le trésor de la
cathédrale de Venise, deux cornes de licorne, dont l’une
avait deux aunes et un quart de long et l’autre une aune et
demie (5). La sacristie de l'église de Saint-Bertrand de
(1) Jeux de cartes et tarots du xiv* au xvm* siècle, représentés
d'après les originaux, avec un précis historique et explicatif publié
par la Société des bibliophiles français, p. 86, pl. A, Paris, 1844.
(2) Misron, Nouveau voyage d'Italie , p. 23.
(3) G. Millet, Trésor sacré ou inventaire des sainctes reliques du
tkrêsor de Vabbaye royale de Saint-Denis , p. 134.
(4) Id ., ibid., p. 125.
(5) « Splendor urbis Venetiarum, p. 12, Leyde, s. d. Petrus Van-
der Aa ». Cf. Denis Possot, Voyage de Jérusalem t p. 23, édit. Sche-
fer, 1890.
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Comminges en possédait une bien plus longue encore, si
l’on en croit Scaliger (1). D’après Ambroise Paré (2), une
de sept pieds et demi était conservée dans le chœur de
l'église de Strasbourg ; « encore, ajoute-t-il, l’on a couppé
furtivement le bout de la poincte, laquelle sans cela seroit
plus grande. * Parmi les reliques de Fécamp se trouvait
un petit crucifix de licorne en or et en argent (3). Il y avait,
en 1589, dans Y Inventaire des reliques de la Sainte-
Chapelle de Vivier , « une Nostre-Dame que on dict de
lycorne (4). » On conservait au château d’Amboise, en
1499, comme relique guerrière, une dague emmanchée
de licorne, nommée la dague Saint-Charlemagne (5). Le
monastère des Blancs-Manteaux exposait à la dévotion
des fidèles « une licorne enchâssée d’argent doré par les
deux bouts, l’enchaseure faicte à feuillages, et, au graille
(1) Lettre du 5 juin 1586, dans ses Lettres inédites , p. 227, Agen,
1881.
(2) Delaborde, op. et*., p. 364.
(3) Fr. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française ,
v° Licorne. — Les Jésuites de Paris possédaient une fort belle corne,
d’après le Dictionnaire de Trévoux .
(4) Delaborde, op. cit. y p. 364. — Mon collègue et ami, M. Du-
muÿs, me communique la note suivante :
« J’ai vu, au mois d’août 1892, à Nuremberg, une tête naturalisée
de licorne, ornée d’une longue défense, mesurant environ deux mètres
de longueur. La tête de l’animal était simulée et préparée comme le
chef d’un cerf. La corne émergeait du front de l’animal. Cette défense
blanche et tordue sur elle-même, à la manière d'une corne, était
conique. Cette pièce se trouve dans la tour du château de Nuremberg,
dite Tour du bourreau, à l’étage le plus élevé, dans la salle même où
se voit la fameuse « Vierge de Nuremberg », l’horrible instrument de
torture que chacun connaît. La licorne était appendue très haut, à
gauche, le long du mur, par rapport au spectateur qui contemplait la
Vierge face à face. J'ignore la provenance de cette pièce ; aucun nu¬
méro, aucune indication n’y était appendue. Cette tour renferme
d’ailleurs une collection très riche d’instruments de torture et quan¬
tité de souvenirs du moyeu âge. »
(5) Laborde, op. cit M p. 482, A D.
6
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— 82 —
bout de ladicte enchaseure, a ung petit bout d’argent
doré (1). » Enfin, sur l'une des aumônières des comtesses
de Champagne, exposées au trésor de la cathédrale de
Troyes, est < une licorne, se réfugiant dans les bras d’une
vierge, et brodée en points couchés parallèles sur un fond
également couché, mais en sens contraire (2). >
♦
y. — CONCLUSION
§ l et . — Croyance populaire
Maintenant, que doit-on penser de ces cornes de licorne
auxquelles les princes attachaient tant de prix et que les
églises conservaient dans leurs trésors ?
Il est probable que, pendant les premiers siècles de l’ère
chrétienne et durant le moyen âge, les gens superstitieux
eurent à leur disposition des cornes de licornes véritables,
et rien ne nous autorise à croire le contraire (3). Bientôt
de hardis navigateurs explorent les mers du Nord et ren¬
contrent sur les côtes des cornes extérieurement semblables
à celles dont on vantait les vertus curatives. Cette circons¬
tance fortifie les croyances : leur beauté et leur rareté
donnent une nouvelle valeur à cet objet, et on n’épargne
aucune dépense pour se procurer ces cornes auxquelles, à
tort ou à raison, chacun attachait tant de prix, la santé et
(1) Fr. Godkfboy, Dictionnaire .
(2) Gazette des beaux-arts , t. II, p. 337 (1864).
(3) Hippeau, dans son Introduction au Bestiaire divin de Guil¬
laume, clerc de Normandie, a montré comment s’était formée la tra¬
dition concernant le symbolisme des animaux, des oiseaux et des
pierres précieuses ; il parle de la licorne, page 387, et rapporte l'em¬
blème de cet animal, page 441. Mémoires de la Société desantiquaires
de Normandie , t* IX, 2* série, ou t. XIX, année 1852.
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— 83 —
la vie (1). Qu’importait après tout, si elles étaient réelle¬
ment identiques à celles qu’avaient signalées les anciens !
Pouvait-on connaître leur provenance? Ne devenait-il pas
impossible de distinguer si elles avaient été prises sur le
front, sur le nez ou dans la mâchoire d’un animal, si cet
animal était un quadrupède ou un cétacé du genre des
delphidiens (2)? L’amour du gain suffisait, d’un côté, pour
engager à vendre la défense du narval comme la véritable
corne de licorne ; la croyance populaire, de l’autre, trou¬
vait dans cette vente un objet dont on était avide : ces deux
raisons suffisaient assurément pour contenter et vendeurs
et acheteurs. Pourquoi, d’ailleurs, n’aurait-on pas admis
l’identité et la véracité de cette corne, quelle quelle fût ?
Avait-on quelque moyen de contrôler l’assertion des ma¬
rins qui, eux-mêmes, ne concevaient aucun soupçon ? et
quand bien même on en aurait possédé, la croyance n’au¬
rait pas changé, la crédulité fût devenue aussi grande et
restée inébranlable, tant était profond alors l’amour du
merveilleux.
Du reste, le peuple lui-même chercha de son côté le
moyen de défendre sa vie contre le poison, à mesure qu’il
comprit mieux le prix de son existence. Aussi les rois
et les princes ne furent-ils plus les seuls à posséder ce
précieux talisman. On se mit à débiter la corne par petites
(1) Cf. De la monocêrologie , traité curieux composé, en 1676, par
Sachs, médecin do Hambourg.
(2) < En 1577, Tanglais Martin Forbisher entreprit un voyage dans
le Nord. Ses compagnons virent, sur le rivage, un poisson mort, de
la gueule duquel sortait une corne droite et creuse, d'une aulne et
demie de longueur, un peu froissée ou cassée par le bout, qui se
trouva, par l'expérience, être un remède aussi souverain contre le
poison que nos cornes de licorne, dont on fait tant de caB et qu'on dit
sortir dn front d’un animal terrestre que personne n’a jamais vu. >
Histoire universelle de Thou , traduite sur l’édition latine de Londres,
t. VII, p. 577, Londres, 1734.
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pièces, et, de la sorte, il y en eut pour toutes les bourses.
Des commerçants et des détaillants trafiquèrent spéciale*
ment de la licorne, et, comme la fraude devenait facile,
puisqu’il est établi qu’on vendait de l’ivoire pour de la
licorne, c’était une sorte de notoriété et de renom lente¬
ment acquis, qui désignait à la confiance telle ou telle
boutique. Une fois la licorne admise comme contrepoison,
n’était-il pas naturel de croire que l’eau dans laquelle on
l'avait laissé plonger quelque temps dût posséder cette
même vertu ? Jusqu’au xvn e siècle, on vendit chez ces
mêmes marchands de l’eau de licorne que l’on pouvait se
procurer presque sans bourse délier (1).
§ 2. — Vertus curatives
D’après le tarif du 18 septembre 1664, la corne de licorne
payait 50 sous la livre. Lemery dit que cette corne conte¬
nait beaucoup de sel volatil et d’huile ; elle était cordiale,
sudorifique, propre pour résister à l’empoisonnement et à
l’épilepsie. La dose variait depuis un demi-scrupule jusqu’à
deux (2). On en portait aussi des amulettes pendues au cou
pour préserver du mauvais air (3). On lui attribuait, à la
fin du irai* siècle, des vertus contre le mal caduc, les
spasmes, la peste, la fièvre quarte, la morsure des chiens
enragés et des vipères et contre toutes les plaies veni-
(1) Dans ces deux dernières pages, je me suis borné à reproduire
les idées et même les expressions de Delaborde.
(2) Le scrupule est un petit poids de 24 grains.
(3) Dictionnaire des drogues , p. 522, Paris, 1760. Cf. Magasin
pittoresque , t. VIII, p. 273. — « Habet Diouysii fanum integrum cornu
unicornis in obscuro aræ fornice, aquæ extrema sui parte immersum.
Potanda datur aqua cryptam subeuntibus, ea hausta subito in copio-
sum exsolvuntur sudorem. > J. Johnstoni, Thaumatographia natu-
ralis , c. 43, p. 338, Amsterdam, 1661 ; Laur. Bbyerlinck, Magnum
theatrum vitœ humanœ , t. VI, p. 296 F.
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— 85 —
meuses en général. Cependant, si l’on ajoute quelque foi à
un manuscrit d’Orléans (1), Charles IX aurait été empoi¬
sonné pour avoir bu de l’eau dans laquelle on aurait mis
< de la poudre de corne de licorne marin, qui fait long¬
temps languir la personne, puis après elle s'éteint comme
une chandelle. » Quoi qu’il en soit de cette assertion, que
je n’ai lue nulle part ailleurs, je rapporterai l’opinion du
célébré médecin de ce roi, Ambroise Paré.
§ 3. — Opinion d’A. Paré
« Parlez, dit-il, à tous les apothicaires de la France, il
n’y a celuy qui ne vous die et asseure avoir de la licorne
et de la vraye et quelquefois en assez bonne quantité. Il y
a une honneste dame, marchande de cornes de licorne en
ceste ville, demourant sur le pont au change, qui en a des
grosses et menues, des jeunes et vieilles. Elle en tient
tousiours un assez gros morceau attaché à une chesne
d’argent, qui trempe ordinairement à une aiguière pleine
d’eau, de laquelle elle donne assez volontiers à tous ceux
qui lui en demandent. Je puis asseurer, après l’avoir esprouvé
plusieurs fois, n’avoir iamais cognu aucun effect en la corne
prétendue de la licorne. — Quelqu'un me dira que possible
la corne n’estoit de vraye licorne. — A quoy ie responds que
celle de Saint-Denis en France, celle du roy, que l’on tient
en grande estime, et celles des marchands de Paris qu’ils
vendent à grands prix, ne sont pas vrayes cornes de
licornes, car ça esté do celles là que i’ay faict espreuve. —
le veux bien encore advertir le leoteur quelle opinion avoit
(1) Ms. 611 (457 *), b» 81. — Dans les Mémoires de Brantôme,
p. 20, on lit : « De la poudro de lièvre marin. » — L’auteur du Dic¬
tionnaire des arts et des sciences , M.D.C. de l’Académie française,
dit que la licorne est le symbole de la chasteté, parce qu’elle guérit
les vierges; v° Licorne, Paris, 1694et supplément, 1TT7. Cf. Trésor
de Brunetto Latini, v* Monocéros.
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de ceste corne feu monsieur Chappelain, premier médecin
du roy Charles neuvième. Un iour, luy parlant du grand
abus qui se commettoit en usant de la corne de licorne, le
priay, veu l’authorité qu’il avoit à l’endroit de la personne
du roy nostre maistre, pour son grand scavoir et expé¬
rience, d’en vouloir oster l’usage et principallement d’abo¬
lir ceste coustume, qu’on avoit, de laisser tremper un
morceau de licorne dedans la coupe où le roy beuvoit,
craignant le poison. Il me feit response que, qaant à luy,
il ne cognoissoit aucune vertu à la corne de licorne, mais
qu'il voyoit l'opinion qu’on avoit d’icelle estre tant invé¬
térée et enracinée au cerveau des princes et du peuple,
qu’ores qu’il l’eust volontiers ostée, il croyoit bien que par
raison n’en pourroit estre maistre (1). »
§ 4. — Opiniâtreté de la croyance
Ainsi, la science avait beau parler contre les vertus pré¬
tendues de cette corne, on voulait croire néanmoins à son
efficacité, on n’osait changer une habitude et surtout on
(1) Œuvres , I. XXI, pp. 722-814. — « Discours a scavoir, de la
mumie, des venins, de la licorne et de la peste, par A. Paré, Paris,
Gabriel Buon, 1582, in-4, fig. sur bois.
« Response au discours d’A. Paré touchant l’usage de la lycorne
veue et prouvée par Grangier, doyen de l’escolle de médecine, Paris,
Abr. Daniel, 1583.
< Réplique d’A. Paré à la response faicte contre son discours de la
lycorne, Paris, G. Buon, 1584, in-4. »
J’ai trouvé un auteur portant le nom de la licorne. « Dell’ aritme-
tica universale del signor Joseppo Unicorno », Venise, 1598, in-4. —
A Paris, il y avait une rue de la Licorne. V. Géraud, Paris sous
Philippe le Bel et le rôle de la taille , p. 300, Paris, 1837.
On trouve aujourd’hui au Mans un hôtel de la Licorne. — Il y avait
autrefois à Orléans une maison portant ce même nom. Voir l’acte de
vente ms. sur parçhemin, dans les Bulletins de la Société archéo¬
logique de VOrléanais, t. X, p. 101, n° 146, 1891.
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— 87 —
redoutait le poison, à cette époque de procès célèbres et
d’illustres empoisonneuses, et la corne de licorne continua
d'être recherchée, vendue et achetée.
En 1635, une nouvelle constellation méridionale ayant
été introduite par Bartschius, pour désigner le groupe des
étoiles situées entre le Grand-Chien, le Petit-Chien, Orion
et l’Hydre, on lui donna le nom de licorne (1).
En 1662, le roi de Danemark ayant envoyé une expé¬
dition dans la mer du Groenland, on en rapporta non seule¬
ment des cornes, mais l’animal lui-même, c’est-à-dire le
narval. La crédulité triompha et rien ne put vaincre la
persuasion (2).
Que faut-il donc penser de cette corne ? D’après les textes
que j’ai rapportés, la couleur de ces cornes était noire ou
blanche ; on doit donc admettre qu’on avait au moyen âge
deux substances de nature différente et que l’on compre¬
nait pourtant sous la même dénomination de licorne ; par
la blanche, il faut entendre des dents de narval, d’hippopo¬
tame ou des défenses d’éléphant et, par la noire, des cornes
de rhinocéros ou d’oryx. Le Muséum d’histoire naturelle
conserve une très belle canne faite d’une défense de nar¬
val ; elle a appartenu à Buffon. La corne du rhinocéros
a quelque valeur en Orient où l’on en fabrique des vases
auxquels les Indiens et les Arabes attribuent la vertu de
faire découvrir les poisons, si l'on y versait des liqueurs
(1) D’après l'ancienne astronomie, il y avait une constellation de la
Licorne, située vers la queue de l’Hydre.
(2) Je ne veux pas citer les ouvrages dont les frontispices, rappelan^
la création du monde, reproduisent la licorne parmi les animaux.
qu’il me suffise de rappeler ici celui de Naudé dans son Apologie pour
les grands hommes soupçonnés de magie, Amsterdam, 1512, avec
cette devise : « Hoc ipso affines fuisse videmur maleficio quod tuis
imbuti disciplinis. i
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qui en continssent. Arrien, dans son Périple de la mer
Rouge (1) compte déjà les cornes de rhinocéros au nombre
des objets de commerce.
En résumé, la licorne, telle qu'elle a été représentée ou
décrite, n’a jamais existé : c’est un animal symbolique
emprunté à la religion des Perses. Les cornes, dont on
vantait les vertus curatives et que l’on se procurait au prix
de fortes sommes d’argent, appartenaient à l’oryx, à l’élé¬
phant ou au narval. L’emblème de la pureté, qu’elle figure,
a justement inspiré l’artiste qui a sculpté le tombeau de la
jeune Renée d’Orléans, dans le couvent des Célestins de
Paris, et qui, en reproduisant les armoiries de la famille
Orléans-Longueville, en a exprimé le traditionnel symbo¬
lisme.
(1) < Ex eisdem locia( Arabise) affertur ebur atque rhinocéros s, p. a 2,
Lyon, 1577.
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TABLE
Préambule.
Pages.
I. — HISTORIQUE
§ 1 er . — La Bible et ses commentateurs. 37
82. — Les historiens anciens. 41
§ 3. — Les voyageurs modernes. 43
§ 4. — Les bestiaires et les poètes. 51
!I. — SYMBOLISME
S 1 èr . — lies Pères de TEglise.... 54
§ 2. — Origine persane. 60
III. — MONUMENTS
§ l #f . — La sculpture. 64
§ 2. — La peinture. 66
§ 3. — Les imagiers. .... 68
S 4. — Les filigranes. 69
§ 5. — Les imprimeurs. 70
8 6. —Le blason... 70
IV. — USAGE
8 l #r . — La corne en général. 73
8 2. — Essais. 75
83. —Ustensiles divers. 77
8 4. — Meubles. 77
S 5. — Valeur. 77
8 6. — Trésors des églises. 80
V. — CONCLUSION
8 l #r . — Croyance populaire. 82
82. — Vertus curatives. 84
§ 3. — Opinion d’A. Paré. 85
8 4. — Opiniâtreté des croyances. 86
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RAPPORT
SUE LE
3SÆÉIMlOrEWE Q,TTI FiR^CÈDE
Par M. Émilb HUET
Séance du, 4 janvier 1895.
Le Symbole est aujourd’hui fort à la mode. Du nord,
d’où nous venait autrefois, disait-on, la lumière, s’est
abattue tout à coup sur notre centre une nuée littéraire,
ténébreuse, opaque, pleine de mystères inexpliqués ; et, la
inode aidant — cette enjôleuse qui fait adopter tout — nos
esprits gaulois, si amoureux de clarté et de simplicité, se
laissent aller à ce vent qui souffle et qui, menant la nuée à
grand renfort d’éclats, la veut proclamer d’autant plus
littéraire qu’elle est plus mystérieuse, plus ténébreuse et
plus opaque. Symbole est roi, Ibsen et Mœterlinck sont ses
prophètes !
Ce n’est point de ce symbolisme que notre confrère
M. Cuissard s'est occupé dans l’intéressant mémoire qu’il a
lu à la Société. Il est plus ancien, puisqu’on le reucontre
dans le premier des livres, la Bible. Il est moins général,
puisqu’il n’affecte point un genre de littérature, mais un
fait spécial qui se retrouve, il est vrai, dans toutes les
littératures. Il n’est pqs seulement littéraire, puisque son
iconographie est riche en images. Plus heureux que l’Ibsé-
nisme, le symbolisme de la Licorne a su se créer au moins
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une forme définie, un corps bien tangible. Réalité ou Ima¬
gination, au moins on peut le voir. Mais quelle idée sa vue
doit-elle donc évoquer et pourquoi ? Tel est le problème.
M. Cuissard l'a savamment résolu. Voici sa conclusion :
« En résumé, la Licorne, telle qu’elle a été représentée ou
« décrite, n’a jamais existé. C'est un animal symbolique
« emprunté à la religion des Perses. Les cornes, dont on
« vantait les vertus curatives et que l'on se procurait au
« prix de fortes sommes d’argent, appartenaient à l’Oryx,
< à l’Éléphant ou au Narval. L’emblème de la pureté, qu'elle
c figure, a justement inspiré l’artiste qui a sculpté le tom-
« beau de la jeune Renée d’Orléans dans le couvent des
« Célestins de Paris, et, qui, représentant les armoiries
< de la famille Orléans-Longueville, en a exprimé le tradi-
c tionnel symbolisme. »
Chacun a vu pour le moins une fois une licorne, en effigie
s'entend ! Il n’est pas besoin d’être grand clerc en blason
pour remarquer ce joli animal au corps gracieux de cheval,
de petite taille et de formes agiles, dont la tête porte au
milieu du front une corne longue et acérée. C’est le sup¬
port ordinaire des armoiries de la couronne d’Angleterre.
Vous est-il venu jamais la pensée de vous demander : cet
animal a-t-il jamais existé?
C’est la première question que se pose notre confrère et
avec juste raison : les habitudes, les mœurs de la bête,
alors qu’elle vivait, seraient l’indice le plus sûr du symbo¬
lisme qu’on a attaché à son image alors qu’elle est devenue
légendaire. L’Ornithorinx et les Ptérodactyles ont bien
vécu, pourquoi pas la Licorne ? Cuvier prétend que non.
M. Hue affirme l’avoir vue par corps, maintes fois, dans ses
voyages au Thibet. M. Cuissard a lu la Bible et ses commen¬
tateurs ; les historiens anciens et les voyageurs modernes ;
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— 92 —
les Bestiaires et les Poètes. Il les cite tons au moins par
renvoi, et, de son étude si consciencieuse, il résulte indubi¬
tablement que l'animal est légendaire et que l’imagination
créatrice a fabriqué de toutes pièces ce quadrupède cornu,
empruntant à celui-ci sa forme générale, à celui-là sa
gracieuse agilité et à tel autre la corne qu’elle lui a mise
sur le front.
Mais cette imagination, pour folle qu’elle soit, ne l’est pas
assez pour ne pas attacher à ce qu’elle a créé une significa¬
tion. A cette création, surtout quand elle est aussi vieille que
le monde et qu'elle persiste sans varier à travers toutes les
vicissitudes et le bouleversement des idées, il faut une
raison d’être. Voyons-la. « Chez les Perses, dit Creuzer
« transcrit par M. Cuissard, la Licorne de Ctésias était un
« symbole du règne entier des animaux purs. * Le symbo¬
lisme chrétien en fait l'image du Christ. La Sculpture, la
Peinture, l’Imagerie, le Blason suivent l’idée, et les gra¬
vures sont nombreuses qui représentent la Licorne reposant
sa tête sur le sein d’une vierge : pureté encore. Nombreuses
aussi sont les images où l'on voit la bête légendaire toucher
de sa corne l’eau d’une source pour la purifier: pureté
toujours. La superstition s’en mêle ; et, exagérant l’idée en
voulant la faire passer dans le domaine des faits tangibles,
elle en arrive à faire considérer l’usage de la corne de
Licorne comme souverain pour conjurer tout empoisonne¬
ment par breuvages. Un morceau de cette corne, une
pincée de poudre dans l’eau, et voilà l’eau pure et à jamais
inoffensive. Ce chapitre est fort curieux et il n’est pas pen
étrange d’y voir nos Rois se soumettant à cette croyance et
et se servant de pareilles amulettes pour essayer leur
breuvage. Croirait-on que « cette pratique a été main-
< tenue à la Cour par l’étiquette à tel point qu’on la trouve
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< dans l'ordonnance de 1681 sur le Cérémonial et qu’elle n’a
c été mise de côté qu’avec la révolution de 1793 ! >
Aussi, jugez du prix qu’avait atteint pareille panacée !
Qui faut-il admirer le plus, ceux qui l’achetaient, malgré
Ambroise Paré qui la déclare inefficace, ou ceux qui la
vendaient au poids de l'or, de confiance sans doute, n’ayant
jamais vu la bête ? Il y a quelque viDgt ans, nous avons vu
dans les foires le fameux rat à trompe ; j’ai ouï dire que
même la science s’en émut. Mais, quand le scalpel impi¬
toyable eut découvert la supercherie de la greffe artificielle,
tout s’évanouit, rat, trompe et symbole. A vrai dire, il
n’avait pas eu le temps d’en acquérir un. La Licorne a
été plus heureuse et le scalpel d’Ambroise Paré n’eut pas à
s’exercer in anima vili. La superstition seule s’est évanouie :
nous avons, Dieu merci, d’autres philtres pour rendre
notre eau pure. Le symbole, lui, est resté.
Le symbole est resté dans l'idée et dans l'image. C’est ce
qu'établit sa vamment M. Cuissard, à grand renfort de textes
et de renvois, tous contrôlés avec une érudition profonde.
L’étude de la superstition trouvera dans ce travail un cha¬
pitre admirablement traité. Et tous ceux qui sont curieux
d’approfondir l’histoire de la transmission de l’idée par
l’image légendaire, auront, à titre d’exemple particulier,
dans le Symbolisme de la Licorne, la « Somme > où elle
est définitivement écrite.
Votre Commission vous propose l’impression aux
Mémoires du travail de M. Cuissard.
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SYNTHÈSE
DE
l’Acide Italique et Italate de Bismuth
Par M. H. CAUSSE
Séance du 5 Octobre 1894
L’oxydation de la glycérine a été, dans ces dernières
années, l’objet de nombreuses recherches. M. Grimaux l’a
d’abord traitée par l’oxygène, en présence de la mousse
de platine; il obtint un mélange complexe, d’où il ne put
tirer aucune substance cristallisée, mais qui renfermait,
cependant, un composé de la famille des sucres. En effet,
le mélange sirupeux réduisait la liqueur de Fehling et
fermentait au contact de la levûre de bière, en donnant de
l’alcool et de l’acide carbonique, dédoublement caractéris¬
tique des sucres.
Les produits qui prennent naissance dans cette oxyda¬
tion seraient restés longtemps des corps hypothétiques, si
M. Fischer, de Wurtzbourg, n’avait, au cours de ses travaux
sur la phénylhydrazine, trouvé dans cette base un puissant
auxiliaire pour résoudre le problème.
Rien n’est plus difficile que d’amener les sucres à cris¬
talliser ; le plus souvent ils conservent un état visqueux,
même lorsqu’ils sont entièrement privés d’eau, ce qui rend
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leur séparation analytique très pénible et incomplète, lors¬
qu’elle est possible. Heureusement, la phénylhydrazine
tranche la difficulté : elle se combine aux aldéhydes et aux
acétones en donnant des composés hydraziniques com¬
plexes, de couleur jaune, peu solubles, et partant faciles à
purifier ; en faisant agir ce réactif sur le mélange précé¬
dent, M. Fischer reconnut qu’il était formé d’aldéhyde
glycérique et de dioxyacétone ; poussant plus loin ses
investigations, il observa que les sucres tels que le glucose
et le lévulose s’unissent à la phénylhydrazine et possèdent
une fonction aldéhydique ou acétonique, propriété admise
depuis longtemps mais non démontrée directement ; enfin
il remarqua que, si l’on double la formule de l’aldéhyde
glycérique,
COH — CHOH — CH* OH
on obtient celle du glucose ; tous ces rapprochements enga¬
gèrent le chimiste de Wurtzbourg à tenter la synthèse des
matières sucrées en partant de la glycérine. Dans ce but, il
soumit cet alcool à une série d’oxydations méthodiques et
successivement fit agir le brôme et les carbonates alcalins,
l’acide nitrique faible, l’oxyde de plomb. Dans tous les cas,
l’oxydant, généralement peu énergique ou employé en
quantité insuffisante, limitait son action à une fonction
alcoolique primaire ou secondaire et donnait les acroses <*
et p avec lesquels on a obtenu, par condensation, des
corps ayant les propriétés et la formule des sucres, mais
s’en distinguant toutefois par l’absence du pouvoir rota¬
toire.
Tels sont les résultats directs de l’oxydation ménagée
de la glycérine.
Traitée par l’acide nitrique concentré, elle subit une
oxydation commune à tous les alcools, d’ordinaire très
énergique, difficile à modérer, donnant une série nom¬
breuse de dérivés, parmi lesquels l’objet des recherches
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— 96 —
figure souvent pour une quantité minime ; cette réaction
est régularisée par la présence d’un oxyde métallique
susceptible de former, avec l’acide naissant, une combi¬
naison insoluble. Le sel, aussitôt formé, quitte le champ de
la réaction et la limite par cela même au premier composé
insoluble, dans le milieu où se fait l’expérience. C’est ce
qui arrive quand on traite la glycérine par le nitrate
neutre de bismuth, dans les conditions que nous allons
indiquer ; il se dépose un sel cristallin.
Cette propriété, la glycérine la partage avec les sucres,
l’acide lactique et, en général, avec tous les composés
renfermant des fonctions alcooliques primaires ou secon¬
daires, ce, pendant que les dérivés à fonction simple, con¬
tenant des groupes saturés, comme l’acide acétique,
résistent à l’action du réactif.
Nous ne décrirons, dans ce qui suit, que ce qui concerne
la glycérine, nous réservant de revenir en temps opportun
sur les sels dont nous signalons seulement l’existence.
Mèsoxalate de bismuth. — Dans un mélange de 100“
d’acide nitrique D = 1.39 et de 200" de solution saturée
de nitrate de potasse, on dissout du sous-nitrate de bis¬
muth jusqu’à refus. On chauffe ensuite vers 50° en présence
d’un excès de co même sel. La solution filtrée est addi¬
tionnée du tiers de son poids glycérine D = 30° distribuée
dans des ballons de 150“ de capacité à moitié remplis et
chauffée jusqu’à ce que des bulles apparaissent; à ce mo¬
ment, le feu est supprimé. La réaction ainsi amorcée débute
lentement, mais elle progresse avec rapidité et devient,
après quelques minutes, extrêmement violente ; du bioxyde
d’azote, de l’acide carbonique se dégagent en abondance;
puis un calme relatif s’établit, le liquide se trouble et laisse
déposer des cristaux blancs brillants dont la quantité aug¬
mente, tant que se manifeste le dégagement gazeux.
La formation des cristaux est irrégulière. Une même
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— 97 —
solution, placée dans deux ballons différents, donne sou¬
vent un poids de mésoxalate inégal. Tout semble dépendre
du point de départ, et, dans tous nos essais, la quantité de
cristaux était d’autant plus grande que la réaction avait été
plus vive à l’origine.
Cette particularité peut, croyons-nous, être expliquée
en tenant compte de la relation incontestable qui existe
entre le dépôt de mésoxalate et la disparition de l’acide
nitrique.
Lorsque le mélange de glycérine et de nitrate de bis¬
muth est abandonné à lui-même, il se dégage au bout de
quelques jours de la vapeur nitreuse, indice certain d’une
oxydation suivie de la destruction de l’acide azotique ;
mais les choses demeurent en cet état un temps fort long
et nous n’avons jamais observé la formation d’un corps
cristallisé; quand, au contraire, on vient à chauffer le même
liquide, une partie de l’acide nitrique du nitrate de bismuth
oxyde la glycérine, la convertit successivement en acides
complexes, tels que : acides glycérique, tartronique, etc. ;
mais il arrive un moment où l’oxyde de bismuth se trouve
à l’état libre, il s’unit alors avec l’acide mésoxalique, l’en¬
traîne dans sa précipitation et le soustrait à une oxydation
secondaire qui aboutirait à l’acide carbonique.
Quoi qu’il en soit de cette explication, revenons à la
réaction.
Dès que le dégagement gazeux a cessé, le précipité est
jeté sur un filtre soumis à une forte pression entre des
doubles de papier Joseph et séché complètement à l’air,
lavé ensuite à l’eau distillée jusqu'à élimination des sels
étrangers et desséché de nouveau dans un courant d’air.
Cette double opération est ici nécessaire ; les sels de bis¬
muth étant décomposés par l’eau, si l’on ne prenait le soin
de les éliminer au moment des lavages, il se produirait des
sous-azotates très difficiles à séparer du mésoxalate de
7
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bismuth et qui le suivraient dans toutes les réactions et
fausseraient ainsi les résultats.
Propriétés du mèsoxalate de bismuth. — Ce sel est en
petits cristaux qui, vus au microscope, paraissent être des
plaques rhomboïdales. Ils présentent, outre les réactions
caractéristiques de ce métal, le caractère le plus constant
de ses combinaisons, la décomposition par la chaleur et la
dissociation par l’eau.
Exposés à une température de 50 à 60°, ils jaunissent,
et, si elle est prolongée, ils charbonnent ; l’eau froide est à
peu près sans action, mais l’eau bouillante enlève toujours
de l’acide mésoxalique facile à mettre en évidence par
l’une des réactions que nous allons indiquer.
Avec les acides minéraux, l’attaque à froid est incom¬
plète ; à chaud, il se dégage de l’acide carbonique provenant
de l’acide mésoxalique.
Les alcalis caustiques se comportent de même ; si on les
fait agir en solution concentrée, on observe que le mésoxa-
late noircit ; l’acide mésoxalique est, dans ces conditions,
détruit, mais avant il réduit l’oxyde de bismuth et se
comporte comme le ferait le glucose.
Chauffé avec de l’anhydride acétique, en tube scellé, à la
température de 100*, le mèsoxalate se dissout; par le re¬
froidissement, il se dépose inaltéré.
Composition. — Le sel desséché dans un courant d’air,
puis exposé longtemps au-dessus de l’acide sulfurique, a
donné à l’analyse les chiffres suivants :
Trouvé Calculé pour la formule C* HO* Bi.
C •/« — 10,42 —10,40 C •/• — 68,00
Bi O* o/, — 68,21 — 68,15 Bi O» •/<, — 10,49
Les nombres obtenus font de la combinaison bismuthique
précédente un mèsoxalate basique de bismuth.
On admet généralement que l’acide mésoxalique, acide
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— 99 —
à fonction mixte, contenant deux fois le groupe car-
boxyle CO’H et une fois le groupement CO, renferme aussi
une molécule d’eau H’O, unie à CO constituant le groupe
dioxyméthylène C(OH)’.
La formule de cet acide, développée, conduit au schéma
suivant :
CO’H — C(OH)’ — CO’H.
Celle du mésoxalate de bismuth devient, en tenant
compte de la triatomicité du bismuth,
CO’H —
Si, au contraire, on s'en tient à la formule simple, l’acide
mésoxalique
(CO’H. CO — CO’H)
étant considéré comme acide bibasique et monoacétonique,
le mésoxalate de bismuth sera représenté par l’expression
suivante :
CO’
co
I
CO’
Bi OH.
Cette formule ne diffère de la précédente qu’en ce que
la fonction acétonique n'est pas engagée dans la combi¬
naison. Cependant, la haute température à laquelle le mé¬
soxalate de bismuth prend naissance, aussi bien que l’action
de l’anhydride acétique, rendent la première plus favorable
que celle-ci.
Acide mésoxalique. — Théoriquement, il dérive de la
glycérine par oxydation régulière des fonctions alcoo¬
liques.
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— 100 —
On a en effet :
CH’OH — CHOH. — CH’OH -f O» = 3 H’O + CO'H — CO — CO'H
Glycérine Acide mésoxalique
Toutefois, cet acide n'avait été obtenu que par le dédou¬
blement de certains uréides et par saponification des
dérivés brômés de la série propylique. Le passage direct de
la glycérine à l’acide mésoxalique n’avait pas été encore
réalisé ; aussi avons-nous pensé qu’il était nécessaire de
l’isoler et de le caractériser par d’autres réactions.
Le mésoxalate de bismuth est mis en suspension dans
l’eau contenant une petite quantité de bicarbonate de
potasse et traité par un courant très lent d’acide sulfhy-
drique. Quelques chimistes ont avancé que cet acide détrui¬
sait l’acide mésoxalique ; c’est là, croyons-nous, une
assertion erronée. La vérité est que la décomposition est
très difficile, le mésoxalate de bismuth se recouvre d’une
couche de sulfure qui protège l’intérieur ; en outre, il se
forme, ainsi que nous l’avons reconnu, un mésoxalate acide
peu soluble. Toutes ces circonstances diminuent les ren¬
dements et font que l’on n’obtient que des traces libres. On
tourne cependant la difficulté en fermant fréquemment le
flacon où se fait la réaction et en agitant vivement ; le gaz
hydrogène sulfuré est absorbé, et, lorsque l’odeur hépatique
est persistante, indice que la décomposition est totale, on
filtre, on chauffe au bain-marie pour chasser l’acide sulfhy-
drique et la solution présente les réactions suivantes :
La liqueur de Fehling est réduite à froid lentement ;
à chaud, il se produit une réduction semblable aux glu¬
coses. Le chlorure de baryum y détermine un précipité
blanc cristallin de mésoxalate de baryte insoluble.
Dérivé hydrazinique C*H' — Az H — Az = — Il
se sépare, sous forme de cristaux blancs légers, quand on
verse une solution de chlorhydrate de phénylhydrazine
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— 101 —
au 1/10“* saturée d’acétate de sodium dans le liquide pré¬
cédent. Après deux cristallisations dans l’alcool bouillant,
où ils sont d'ailleurs peu solubles, ils se présentent sous la
forme de feuillets blancs nacrés, fusibles en se décorapo-
posant à la température (164° — 165°) (163° — 164°).
(M. G. Fischer).
Mèsoxalale d'argent. — Ce sel s’obtient, en versant du
nitrate d’argent dans la solution au sein de laquelle a été
effectuée la décomposition par l’acide sulfhydrique. Préci¬
pité blanc, cailleboté, devenant rapidement cristallin, noir¬
cissant à la lumière ; il répond à la formule :
C’H’O'Ag’.
En effet, en pratiquant sur ce sel desséché un dosage d’ar¬
gent, nous avons obtenu les nombres suivants :
Trouvé Calculé pour la formule 6*H*0*Ag’
Ag »/„ — 60,05 — 60,08 Ag »/„ — 60,H
Mèsoxalale acide de potassium C s H 3 0 8 K, H 2 0. — Il se
dépose par concentration de la solution précédente. Ce sel
non encore décrit se présente en gros cristaux pennés, de
saveur acide, solubles dans l’eau, insolubles dans l’alcool
et l’éther. Après un lavage à l’éther, il donne à l’analyse
des chiffres qui s’accordent avec la formule ci-dessus :
Trouvé Calculé pour la formule C3HsO«H, H’O
C «/. — 18,60 — 18.65 C •/„ — 18,15
K •/. — 20,25 - 20,28 K ■>/. — 20,31
Mèsoxalate de potassium et d'antimoine CH 2 (Sbo)
KO*H 2 0. — Cet émétique se prépare en faisant bouillir
l’oxyde d’antimoine, obtenu par voie humide, avec le mé-
soxalate acide de potassium. La solution filtrée, bouillante,
abandonne par le refroidissement des cristaux qui, vus au
microscope, sont constitués par des prismes groupés en
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— 102 —
rosette. Un dosage d’antimoine conduit à la formule
indiquée :
Trouvé Calculé pour la formule CjH*(Sbo) HO*H’0
Sb O, •/.— 49,65 — 49,71 SbO, — 49,99
La quantité d’émétique dont nous disposions ne nous
a pas permis d’établir la constitution de ce sel; l’acide
mésoxalique, supposé contenir le groupement dioxymé-
thylène, renferme dans sa molécule autant d’atomes d’hy-
drogène libre que l’acide tartrique :
CO’H
CO’H
L*>H
C VOH
1
1
CHOH
|
CHOH
CO’H
|
Acide
CO*H.
mésoxalique.
Acide
tartrique.
Dès lors, il est intéressant de comparer les deux émé¬
tiques : c’est-à-dire l’émétique mésoxalique et l’émétique
classique, ou tartrate double de potassium et d’antimoine ;
cette comparaison, nous nous proposons de la faire aussitôt
que nous disposerons d’une quantité suffisante de mésoxa-
late acide de potassium.
Enfin, le sel d’argent décomposé par une quantité d’acide
chlorhydrique, légèrement inférieure à la dose théorique,
cède son acide mésoxalique à un mélange d’alcool et
d’éther ; à l’évaporation, ce dissolvant abandonne des cris¬
taux fusibles à 120°, et ce point de fusion est précisément
celui de l’acide mésoxalique.
Telles sont les réactions sur lesquelles nous pensons
pouvoir nous appuyer pour conclure que l’acide obtenu
en partant de la glycérine est bien l’acide mésoxalique.
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LA BIBLIOTHÈQUE
DE M. L’ABBÉ
LAURENT DE SAINT-A1GNAN
Par M. l’abbé DESNOYERS
Séance du 16 novembre 1894
Messieurs,
Comme les peuples, les villes ont leur histoire : si la
seconde n’a pas la grandeur et l’éclat de la première, elle
a ce qui en rachète la simplicité, le piquant, l'intime, un
goût savoureux de famille. Oh ! combien il est doux de se
sentir vivre avec ses aïeux, de les voir dans leurs habi¬
tudes, de les entendre dans leurs langages ; les voilà
au milieu de nous et, si leurs tombeaux n’étaient pas sous
nos yeux, cet heureux rêve serait presque une réalité.
J’accomplis, Messieurs, un devoir de famille, en venant
vous livrer une page de notre histoire locale, vous parler
d’un événement qui, sans doute, n’a pas fait de bruit en
France, mais qu’il me semble bon de ne pas laisser dans
l’oubli, car il a son importance, puisqu’il s'agit de l'enri¬
chissement de notre ville et de l’honneur de l’un de nos
concitoyens.
Au mois de décembre 1893 mourait, dans la rue des
Grands-Ciseaux, n* 5, M. l’abbé Laurent de Saint-Aignan,
chanoine de la cathédrale. Depuis longues années, un goût
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— 104 —
très vif l’avait porté vers l’étude de la Terre-Sainte. Un
voyage qu’il accomplit dans la Palestine en 1861 accrut et
ce goût et ces études ; il livra à l’impression le résultat
de son voyage et plusieurs fois donna, dans l’A.cadémie de
Sainte-Croix, dont il était membre, des lectures intéressantes
sur différents sujets concernant les Lieux saints. Comme
tout homme qui concentre dans un attrait unique ses re¬
cherches, ses études, sa volonté et ses ressources, M. de
Saint-Aignan poursuivit avec une activité continuelle et
infatigable tout ce qui pouvait accroître ses richesses
bibliographiques sur la Palestine : la France ne fut pas le
seul pays où il moissonna avec ardeur les ouvrages qu’il
convoitait ; les pays étrangers furent ses tributaires et,
quand les correspondances et les ventes ne lui fournissaient
rien, il allait chaque année, quelquefois plus souvent, visi¬
ter à Paris les libraires et les étalagistes pour y glaner de
nouveaux ouvrages. C’est ainsi qu’il s’était formé une
bibliothèque spéciale relative à ses études préférées, même
exclusives ; elle devint très nombreuse et, quand on entrait
dans son cabinet, il fallait voir les monceaux de livres
qu’il avait réunis : il n’y avait, nous le dirons à sa louange,
aucun désordre ; mais, là, se dressaient plusieurs pyramides
montrant l’acquéreur sans repos, le fureteur sans découra¬
gement. Les murailles de ce cabinet étaient couvertes d'ob¬
jets représentant la Terre-Sainte, il ne voulait pas d’autre
plaisir pour ses yeux ; sa conversation elle-même n’était
animée qu’autant qu’elle parlait de l’Orient, elle languis¬
sait en dehors du sujet qui captivait son âme.
Je veux vous donner, Messieurs, un exposé des richesses
orientales de cette bibliothèque ; vous les apprécierez
ainsi facilement, et votre joie sera grande en apprenant
que ce trésor ne sortira pas d’Orléans et qu’un de nos
établissements en est devenu l’héritier et l’heureux 'pos¬
sesseur.
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— 105 —
Cette bibliothèque, composée de deux mille volumes, se
divise en trois parties.
La première renferme la collection des anciens pèleri¬
nages en Terre-Sainte, notamment :
Caumont, au xv e siècle ; Lehuen, 1489 ; Salignac, 1530 ;
Villamont, 1583, le premier qui signale l’épée de Godefroy
de Bouillon à Jérusalem ; Zuallart, Yergoncey, 1614 ;
Besnard de Paris, 1630, curieux pèlerinage; Morisseau,
curé de Lorraine, intéressante description du Sinaï ; Dou-
bedent, Darvieux et le Pèlerinage inédit du frère Tondeur,
minime de Rome, en 1715.
Cette première partie, sans doute, n’est pas complète ;
plusieurs ouvrages énumérés par Rorhricht, dans la Biblio-
graphia geographica Palæstinœ, Berlin, 1890, manquent
dans la bibliothèque de M. Laurent, particulièrement les
deux pèlerinages de Bertrandon de la Brocquière, envoyé
au xv* siècle par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et
celui de Jean Palerme-Forésien; mais elle présente néan¬
moins un ensemble fort rare de livres anciens sur la Terre-
Sainte.
La seconde partie contient les anciens ouvrages géogra¬
phiques, topographiques et critiques : Zeland, Adrichonius,
Quaresmius, en ses deux éditions ancienne et nouvelle, et
beaucoup de vieilles dissertations latines sur la Terre-
Sainte et la Bible.
Cette partie est, en outre, composée de la collection
presque complète de tout ce qui a été publié sur la Terre-
Sainte au xix* siècle, jusqu’à 1889, c’est-à-dire : pèleri¬
nages, dissertations, brochures intéressantes sur des points
d’histoire orientale, écrites par Clermont-Ganneau, Mas-
Latrie, Démarsy, Victor Guérin et autres écrivains ; on
doit y remarquer les beaux volumes de l'Orient latin par
Riant, les grands ouvrages de Victor Guérin, de Saulcy,
de Vogué, Rey, les belles éditions de voyages en Terre-
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— 106 —
Sainte publiées par Schetfer, chez Leroux, l’ouvrage de
Rohaut de Fleury sur la Passion et les explorations du duc
de Luynes à la mer Morte.
A ces ouvrages se joignent une collection de vues et de
cartes sur la Terre-Sainte, dont plusieurs sont précieuses
par leur ancienneté, les photographies de Saltzmann et
surtout les magnifiques cartes anglaises gravées et for¬
mant un atlas grand in-folio qui, à cause de son prix élevé,
350 fr., a trouvé peu de souscripteurs et doit être placé
parmi les raretés topographiques.
Je passe maintenant aux manuscrits.
Voici le registre original de l’ancienne Confrérie du
Saint-Sépulcre de Jérusalem, fondée à Paris au xiv e siècle,
et qui avait pris, du xvi® au xvm® siècle, une grande exten¬
sion : ce manuscrit, commencé en 1557, finit en 1783 ; il
contient les noms des confrères, les brevets de pèleriaages
délivrés à Jérusalem aux confrères, l’office du Saint-Sé¬
pulcre publié par Couret, les statuts de l’Ordre et un
curieux Guide du pèlerin à Jérusalem, au xvi' siècle.
Un autre registre superbement relié en maroquin rouge,
aux armes de France et plus précieux encore, accompagne
le premier : c’est celui sur lequel les rois de France, les
princes et princesses du sang, les seigneurs de la cour ont,
depuis Louis XIV jusqu’à 1789, placé leur signature d’affi¬
liation à l’archiconfrérie du Saint-Sépulcre : ce volume
constitue un précieux recueil d’autographes.
Trois autres petits volumes renferment une collection
nombreuse de brochures et pièces relatives à la tentative
de restauration de la Confrérie du Saint-Sépulcre et de sa
transformation en Ordre de chevalerie par le comte Alle¬
mand, de 1816 à 1824 : la tentative n’a pas réussi.
Votre attention, Messieurs, a pu être éveillée par ce que
je vous ai dit du volume relié en maroquin, armes de
France sur le plat et contenant grand nombre de signa-
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— 107 —
tures royales, princiêres et seigneuriales, et tous pouvez
tous demander comment M. de Saint-Aignan a pu acquérir ce
volume de grande valeur : c’est demander comment, dans
les grandes tempêtes sociales, les richesses de tous genres
sont dispersées ou par le vol audacieux ou par un cache-
ment sauvour. L’époque de 1789 a été un de ces cyclones
qui a ravagé les paisibles fruits recueillis par nos ancêtres ;
notre registre a été enveloppé dans ce ravage, sans périr
néanmoins comme les victimes de l’incendie du Louvre
en 1870 ; il resta caché jusqu’en 1887 où M. Laurent apprit
son existence. Son voyage en Terre-Sainte pendant l’année
1861 avait développé en lui un amour passionné pour la
Palestine et, dès son retour, il avait entrepris la formation
d'une bibliothèque spéciale de livres concernant ce pays ;
toutes ses recherches personnelles et par correspondance,
toutes ses ressources d’argent allaient vers ce but unique :
les marchands le savaient bien et un jour, en 1887, on lui
proposa l’achat du livre dont je parle et, pour le lui faire
acheter, un piège fut tendu à sa bonne foi et à sa passion
pour les raretés bibliques : on lui fit valoir l’authenticité du
livre, le rarissime du volume qui était unique, sa conser¬
vation splendide, tout cela était vrai ; mais voici maintenant
la ruse : on ajouta que le duc d’Aumale, ce redoutable
acheteur, connaissait ce livre, qu’il fallait donc prompte¬
ment prévenir sa terrible et invincible concurrence; le
volume valait 8,000 fr., un marchandage pouvait com¬
promettre l’achat..., les 8,000 fr. furent donnés !...
Ce prix vous paraît inadmissible, Messieurs, et il l’est,
car la somme de 1,000 fr. eût suffi; maisM. de Saint-
Aignan, prêtre vertueux, savant en Palestinat, était un de
ces hommes de grande droiture, de vraie simplicité, qui, ne
trouvant pas d’astuce en eux-mêmes, ne l’admettent pas,
ne la soupçonnent même pas chez les autres ; il faut donc
lui pardonner une ignorance que nous devons préférer à la
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— 108 —
finesse si voisine de la finasserie : à l’une notre indulgente
compassion, à l’autre notre inexorable mépris.
Mais le joyau de la bibliothèque de M. l'abbé Laurent,
c’est le livre d’heures manuscrit du pape Alexandre VI
Borgia. Il lui a appartenu, sans doute possible, car dans
la première miniature, représentant la Sainte-Face tenue
par sainte Véronique, ses armoiries sont placées dans la
partie supérieure architecturale : parti au 1" de sable, à
deux pals d’or ; au 2*, d’or à un Bœuf de Gueules passant
sur une terrasse de Sinople, l’Ecusson est surmonté de la
tiare pontificale et accompagné des clefs de Saint-Pierre
passées en sautoir. Les mêmes armoiries sont à moitié
peintes en regard du premier dessin.
Outre l’intérêt historique de ce livre qui a été la pro¬
priété d’un pape dont le nom est resté célèbre, dans les
fastes pontificales, et conserve encore son premier état de
reliure et ses fermoirs en vermeil, il est d’une rare beauté :
le vélin est de premier choix ; il compte 207 feuilles ; les
miniatures sont au nombre de 58 : 24 petites au calendrier
des mois, 16 à pleine page, 18 moyennes avec figures de
saints et saintes ; il faut y joindre 74 encadrements, des
centaines de lettres initiales et des fins de lignes en or et
en couleur.
Le dessin, avec toute la naïveté du xv* siècle, est vrai ;
les couleurs brillantes et harmonieuses, les scènes bien
conçues, la calligraphie parfaite, tout concourt à faire de
ce livre un des plus remarquables chefs-d’œuvre du grand
siècle des miniatures.
L’appartenance de ce livre au pape Alexandre VI est
incontestable ; il n’y a plus que trois questions à poser, et
je tâcherai de les résoudre :
Quel est l’artiste dessinateur et enlumineur de notre
manuscrit ?
A quelle occasion a-t-il été composé ?
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- 109 —
Pourquoi et comment est-il sorti d'Italie pour venir en
France?
On a dit que le travail avait été exécuté par des artistes
italiens, d’après les ordres d’Alexandre VI, pour servir à
son usage; mais il suffit de regarder attentivement les
peintures pour exclure l'École italienne dont le travail est
tout autre, et même l’École française qui, malgré son affi¬
nité avec l'École flamande, ne lui ressemble pas entière¬
ment ; et c’est à cette École flamande, surtout à celle de
Bruges, qu’il faut attribuer le travail du manuscrit. On la
reconnaît surtout dans les encadrements, car c’est l’École
de Bruges qui, s’affranchissant de la banalité des ornemen¬
tations en usage avant le xv* siècle, a introduit dans l’en¬
cadrement le monde végéta] et animal ; la flore indigène
s’y épanouit dans tous ses charmes et la zoologie y place
ses oiseaux, ses mouches, ses chenilles et son armée de
papillons : c’est un ravissant parterre délicieusement animé.
Il y a plus : le peintre a pensé aux archéologues, et ils l’en
remercieront de bon cœur, car, sur la bordure de la page
représentant l’apôtre saint Jacques habillé en pèlerin, il a
placé bon nombre de médailles et enseignes de pèlerinages
fidèlement exécutés. Peintre de Bruges, je vous remercie
au nom de mes confrères, car vous n’avez pas fait de la
fantaisie, ce qui tente souvent les artistes, mais vous êtes
exact et sincère, ce qui est une grande victoire sur le
désordre trop fréquent de l’imagination et un beau sacrifice
offert à la vérité.
Mais il ne suffit pas de dire que la peinture du manuscrit
a pour auteur un artiste brugeois; quel est cet artiste? Il
ne peut être qu’un travailleur de grand talent, et, bien
qu’il n’ait pas signé son œuvre, ce que ne faisaient pas les
enlumineurs du xv* siècle, même les plus habiles, nous
irons le chercher et le découvrirons dans l’ombre où sa
modestie l’a caché.
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— 110 —
Cet artiste au goût si délicat, à la main si sûre, au coloris
si harmonieux, est certainement un des plus remarquables
peintres de cette pléiade de miniaturistes de Bruges qui nous
a laissé de si belles œuvres, et, parmi eux, le choix ne peut
que se porter sur Gérard David, un des meilleurs de cette
radieuse phalange : tout l’indique et le prouve. L’Académie
de Bruges possède de lui deux miniatures authentiques,
dont les nôtres sont le vif reflet ; le musée de Rouen conserve,
de la main de Gérard, un panneau représentant la Sainte
Vierge, Jésus et deux anges musiciens : il ressemble, d'une
étonnante manière, au même sujet traité dans le livre
d’Alexandre VI ; on y reconnaît la même douceur d’ex¬
pression, la même fraîcheur de coloris. Il y a plus : le roi
David en prières, dans notre manuscrit, est certainement
un portrait ; or, il ressemble singulièrement à celui de
David Gérard qui s’est peint lui-même dans un tableau
offert par lui aux carmélites de Bruges. Ajoutons que le
célèbre hôpital de Bruges, peint dans le manuscrit, désigne
intentionnellement la ville où le maître Gérard se fixa
en 1483 et mourut en 1517 ; c’est également une partie de
Bruges qui est placée dans la miniature de la Résurrection
de Lazare ; et cette double circonstance indique évidem¬
ment un artiste brugeois, David Gérard.
La seconde question concerne l’auteur du don fait à
Alexandre VI. Ici, la solution est moins facile, et, cepen¬
dant, elle repose sur de grandes probabilités où l’imagina¬
tion n'entre pas, mais qui sont formées à l’aide de l’histoire :
Domenico Grimaldi, de l’illustre famille des Grimaldi qui
donna deux doges à Venise, fut à 33 ans, en 1493, créé car¬
dinal par Alexandre VI. A ce premier titre de reconnais¬
sance, le cardinal Grimaldi devait en joindre un autre :
celui d’avoir vu son père, Antonio Grimaldi, accueilli par
Alexandre VI, lorsqu’il vint lui demander un asile à Rome
après un arrêt d’exil porté contre lui à Venise. Cette double
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— 111 —
bienveillance du Pape envers Grimaldi a dû vivement
exciter le sentiment d’une reconnaissance tout à la fois
naturelle et filiale dans l’âme du jeune cardinal, qui aimait
déjà beaucoup les arts et surtout les beaux monuments. Il
est donc très admissible, pour ne pas affirmer davantage,
que Grimaldi a voulu donner à Alexandre VI un témoi¬
gnage de sa vive gratitude. Des mains d’Alexandre VI, le
manuscrit a dû passer dans celles de son fils Jean, duc de
Gandia, qui, de Rome, passa en Espagne, d’où la famille
Borgia était originaire et s’v établit ; et c’est effectivement
de ce pays qu’il y a une trentaine d’années, ce chef-
d’œuvre de miniature est venu en France, pour y être mis
en vente publique, le 6 juin 1891, à l’bôtel Drouot.
Le bruit du projet de cette vente, remarquable entre
toutes par son fameux manuscrit, parvint aux oreilles de
M. Laurent de Saint-Aignan qui donna à un libraire com¬
mission de l’acquérir, et il fut acheté, le 15 juin, 28,500 fr.
Vous ouvrez les oreilles, Messieurs; oui, 28,500 fr. Son prix
vrai devrait être 6,000 fr. ; allons jusqu’à 10,000 pour
répondre à toute considération, à toutes circonstances ;
mais disons que le prix de vente a dépassé les bornes du
raisonnable, et cependant je défendrai l’acquéreur contre
une accusation mordante : il avait, sans doute, eu le tort
de donner une commission sans limites au libraire ; mais
pouvait-il penser qu’une manœuvre déloyale et criminelle,
ourdie en secret, ferait monter le prix de vente à ce prix
fabuleux ? L’acquéreur se crut engagé par une parole sans
restriction, et pour lui l'honneur passa avant l’argent. Je
vous ai déjà dit, Messieurs, que M. de Saint-Aignan était
doué de cette droiture à laquelle on peut tendre des pièges,
parce qu’elle ne les croit pas possibles : le premier achat
du livre d’affiliation à l’Archiconfrérie du Saint-Sépulcre
eu est la première preuve ; des deux côtés, l’astuce a tendu
un piège à l’honnêteté, la duplicité à la bonne foi ; et
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— 112 —
M. Laurent est devenu la victime de cette odieuse conspi¬
ration, mais son honneur est resté sans tache.
Il n’en est pas moins vrai que M. de Saint-Aignan a fait
eutrer dans sa bibliothèque des ouvrages d’une grande
valeur, et que, si elle n’est pas la plus riche en écrits sur
la Terre-Sainte, elle est certainement une des plus pré¬
cieuses. Ce qui est également certain, c’est que le manuscrit
d'Alexandre VI est une œuvre admirable et pouvant fière¬
ment soutenir comparaison avec les plus beaux travaux de
miniature aux xiv et xv* siècles. M. de Saint-Aignan avait
toujours un très vif désir de posséder un livre de minia¬
tures de haute valeur, et il me l’a dit à moi-même, son
désir l’a sans doute quelque peu enivré : pardonnons-lui ce
noble enivrement qui a donné à son âme une si grande et
si pure joie et, à Orléans, un si grand honneur; car
ce manuscrit, ainsi que les livres orientaux, sont aujour¬
d’hui la propriété du Grand Séminaire auquel, par dispo¬
sition testamentaire, il a légué en outre ses richesses sur
la Terre-Sainte.
Nous conserverons, Messieurs, la mémoire de celui qui
a doté notre ville avec si grande magnificence ; un pareil
donateur doit vivre à tout jamais dans la reconnaissance
de ses concitoyens.
j
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RAPPORT
SUE LE
^ÆBÜÆOIK/E Q/TJI PRÉCÈDE
Par M. L. JARRY
Séance du 4 janvier 1895
M. le Vice-Président vous a donné lecture d’une courte
notice consacrée à la bibliothèque de M. Laurent de Saint-
Aignan.
Ce bon chanoine, que plusieurs de nous rencontraient
dans une autre Société, était un prêtre aussi modeste que
timide, de relations agréables, de goûts simples, d’une
générosité à toute épreuve et sans aucune ostentation. Si
l’on ne craignait de blesser outre-tombe sa délicatesse, il
serait aisé de citer les œuvres qu’il fonda ou soutint, à
Orléans et ailleurs, car il s’enthousiasmait facilement pour
toutes les nobles causes. Mais il convient d’imiter la réserve
de M. Desnoyers et de parler seulement des livres de
M. Laurent de Saint-Aignan, qui ont fait la consolation
de sa vie et qui resteront l’honneur de sa mémoire.
M. l’abbé Desnoyers vous a raconté, avec son humeur
habituelle, comment son confrère du Chapitre s’éprit des
Lieux saints, et comment un voyage en Palestine, ac¬
compli en 1861, aviva cette passion si naturelle pour un
prêtre : c’était sa seule distraction, une fois ses devoirs
8
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— 114 -
du ministère sacré ponctuellement remplis ; et il y déploya
toute l’ardeur d'une nature généralement calme.
Achetant donc et lisant tout ce qui existait sur la Terre-
Sainte, il en Ht une étude approfondie et publia sous ce
même titre un volume de souvenirs inoubliables. Notre
doyen vous a fait pénétrer, à sa suite, dans ce cabinet si
vide aujourd’hui et si rempli jadis ; car les livres sont
d’excellents amis, mais qui vraiment absorbent trop de
place. Avec un pareil guide, nous avons apprécié toutes les
raretés amassées dans ce petit espace ; mais, par une
malice de celui qui nous a demandé le rapport, il ne nous
reste rien à dire, après lui, de ces 2,000 volumes.
Nous nous vengerons à grand’peine en citant les trois
principaux manuscrits de cette importante collection,
attendu qu’eux aussi ont été décrits en détail par un fin
connaisseur. Ce sont : 1° le curieux registre original de
l’ancienne confrérie du Saint-Sépulcre de Jérusalem, de
1557 à 1783 ; 2° le beau registre d’affiliation à cette
confrérie des rois de France, princes et princesses du
sang et seigneurs de la cour, de Louis XIV à la Révolu¬
tion, avec de très nombreuses signatures autographes ;
3° le superbe bréviaire offert par là cardinal Grimaldi au
pape Alexandre VI, un pur chef-d’œuvre de calligraphie
et d’enluminure de la fin du xv* siècle. Sur ce dernier
manuscrit, que nous avons eu le plaisir de tenir deux heures
durant dans nos mains, chez M. Couret qui en a l’usufruit,
l'auteur a écrit une dissertation historique, artistique et
critique, inattaquable, même dans ses suppositions.
Nous savons, de plus, que ces manuscrits ont été payés
un prix exorbitant. M. Desnoyers s’efforce de laver l’abbé
de Saint-Aignan d’avoir été, par sa droiture, la dupe de
marchands indélicats qui ont abusé, en même temps que
de sa bonne foi, de l’envie de posséder des raretés. Cela
est bien commode à dire au doyen des collectionneurs
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Orléanais, au conservateur d’un musée où il a entassé une
foule d’objets achetés au prix raisonnable, parce qu’il
connaît parfaitement la valeur des choses, ainsi que les
truquages des faiseurs et les ficelles de chaque marchand,
parce qu’il sait s’arrêter à temps ou guetter le bon moment.
Mais, à part lui, qui de nous peut se vanter de résister
toujours à la tentation et de n’avoir jamais, au sortir du
magasin ou sur le coup de l’adjudication, dépassé le prix
qu’il s’était sagement fixé en regardant l’exposition, lorsque
l’objet lui plaisait fort ?
La bibliothèque de l’abbé Laurent de Saint-Aignan est
venue enrichir le fonds considérable du Grand Séminaire
d’Orléans, si accessible aux travailleurs. Concluons donc,
avec M. l’abbé Desnoyers : * Nous conserverons. Messieurs,
la mémoire de celui qui a doté notre ville avec une si
grande munificence ; un pareil donateur doit vivre à tout
jamais dans la reconnaissance de ses concitoyens >.
Pour atteindre ce but, la section des belles-lettres pro¬
pose l’impression du mémoire de M. l’abbé Desnoyers.
Elle propose aussi l’impression du rapport.
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DICTIONNAIRE GREC-FRANÇAIS
Rédigé avec le Concours de M. EGGER
Par M. A. BAILLY
Correspondant de l’Institut, professeur honoraire du Lycée d’Orléans
COMPTE-RENDU
Par M. GUERRIER
Séance du 18 janvier 1895.
Nous possédions en France, depuis plus de soixante
ans, (1) un excellent dictionnaire grec, celui d’Alexandre.
Je ne dis pas qu’il fût parfait, la chose étant impossible ;
mais c'est un fait qu’il a pu suffire aux besoins de quinze à
vingt générations d’élèves et que nous lui devons, en très
grande partie, ce que l’on sait de grec en France. Aussi me
déplairait-il d’en médire. L’auteur, du reste, eut toujours soin
de corriger les défauts de son livre, à mesure qu’ils lui étaient
signalés, ou qu'il les avait découverts. Mais, au bout d’un
temps, une autre imperfection se montra, plus difficile à
réparer, et qui allait grandissant toujours. En France,
comme à l’étranger, les connaissances philologiques, les
études grecques en particulier, les procédés d’enseigne¬
ment, avaient fait des progrès marqués, dans l’espace d’un
(1) La première édition est de 1830.
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demi-siècle ; et il devint aisé de s'apercevoir que le diction¬
naire avait vieilli. Ce n'est pas une honte que de vieillir ;
c’est un inconvénient grave, auquel on ne peut pas se sous¬
traire, et qu’il faut savoir accepter.
Le besoin se fit donc sentir d'un ouvrage plus complet,
où fussent résumées toutes les acquisitions de la science
contemporaine. C’est ce travail que notre savant collègue,
M. Bailly, eut le courage d’entreprendre, et qu’il vient de
terminer. Je ne chercherai point à en faire connaître tous
les mérites : ce serait à n’en pas finir ; mais seulement à
signaler quelques-uns de ceux qui, dès l’abord, m’ont par¬
ticuliérement frappé.
I
La première chose à remarquer dans le nouveau diction¬
naire, c’est son étendue : il est double, à peu près, do celui
d’Alexandre. Comme les deux volumes ont le même format
et sensiblement la même épaisseur, ce que je viens de dire
doit sembler contestable et demande à être démontré.
Autant qu’il me sera possible, j’y mettrai de la précision.
Le dictionnaire d’Alexandre compte 1800 pages, en y
comprenant un dictionnaire des noms propres, ajouté au
dernier tirage ; celui de M. Bailly en a 2227, soit 427 pages
en plus. Mais ce n’est là qu’un côté de la vérité. 11 est
facile, en effet, de s’apercevoir que les pages du nouveau
dictionnaire sont autrement pleines que celles de l’ancien :
la différence peut se calculer. Il y a trois colonnes de part
et d’autre; chez Alexandre, 70 lignes à la colonne, 82 chez
M. Bailly ; ici 30 lettres à la ligne, là 27. Je crois inutile
de donner le détail d’un calcul que chacun peut faire ; on
constatera que chaque page du nouveau dictionnaire est à
chaque page de l’ancien, dans le rapport de 4 à 3 ; c’est-
à-dire que 3 pages du premier contiennent autant de ma-
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tière que 4 pages du second, que les 2227 pages de M. Bailly
équivalent à 2967 pages d’Alexandre, et que son diction¬
naire, comparé à l'autre, peut être représenté par une unité
deux tiers.
Ce n’est pas tout : les articles, chez M. Bailly, sont plus
longs que chez Alexandre ; il en résulte que les alinéas
sont moins nombreux et qu’il y a moins de blancs dans les
colonnes. La différence me paraît être d’un tiers en moins;
et ce n’est pas une quantité négligeable, si l’on veut bien
réfléchir que les blancs d’une colonne, mis bout à bout,
atteignent, dans le dictionnaire d’Alexandre, une longueur
qui va jusqu’à égaler quinze lignes.
Une autre particularité dont il faut tenir compte, ce
sont les abréviations, soumises dans le nouveau diction¬
naire à un système de condensation sévère. J’ai su ce détail
qu’un remaniement opéré, lors de l’impression, dans l’abré¬
viation des noms propres et des signes, a produit une éco¬
nomie qui ne s’élève pas à moins de deux cents pages.
Il m est donc permis de répéter que l’on n’est pas loin de
la vérité en disant que le dictionnaire de M. Bailly est deux
fois plus étendu, ou plus exactement qu’il contient deux
fois plus de matière que le dictionnaire d’Alexandre.
J’ai l’air d’avoir fait un calcul d’épicier, comme si ces
choses étaient de nature à se mesurer au mètre cube ou
au poids. Bien loin de là est assurément ma pensée : que de
livres et que de discours qui vaudraient quatre à cinq fois
plus, s’ils étaient deux ou trois fois moins longs ! Il n’en
reste pas moins vrai que deux ouvrages étant donnés sur le
même sujet; écrits d’un bout à l’autre avec le même soin,
la même concision, la même clarté, le même talent, le plus
long sera préférable à l’autre, en raison même de son éten¬
due. N’est-ce pas, en effet, sur cette étendue qu’il faut
mesurer les services qu’il peut rendre, le travail qu’il a
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— 119 —
coûté, le mérite de l’auteur ? Or c’est le cas présent. C’est
le cas, à supposer, ainsi qu'il a été dit, que les deux livres
s’offrent à nous avec des qualités équivalentes. Qu’en
est-il ici ? Un exemple le fera voir.
Cet exemple, j’ai tenu à ne le pas choisir, ne voulant pas
être exposé à faire valoir un peu trop mon auteur. Que
l’on surfasse à l’excès, à titre de revanche ou par bonté
d’âme, le mérite d’un écrit, et qu’on prodigue à l’auteur
l’encens et les couronnes, cela me semble un tort ; mais il
paraît que c’est permis, et Dieu sait si l’on s’en prive ! Soit,
à la condition que, s’il s’agit d’une œuvre supérieure, on ne
s’autorise point à la traiter ainsi : ce serait faire tort à
l’auteur et donner à entendre qu'il ressemble aux autres.
Et le lecteur serait dans la perplexité, se disant qu'il en
faut rabattre, mais sans savoir jusqu’à quel point. J’aime
mieux que l’on me reproche de rester au-dessous de la
vérité et qu'on sente la nécessité de remonter ce que
j’aurai dit.
C’est donc au hasard que j’ai ouvert le dictionnaire, et
c’est sur le mot irpàëXvfta que sont tombés mes regards.
Je pouvais, sans doute, être mieux servi ; et n’eût été
l’engagement que j’avais pris envers moi- même, j’avoue
que je me fusse adressé ailleurs. Soit donc irpô6Xrjf»o; je
cherche le mot au dictionnaire d’Alexandre, pour être à
même de comparer.
L’article, ici, a sept lignes, et ving-neuf chez M. Bailly.
Sur quoi on va se récrier. Puisque le nouveau dictionnaire
est double, tout au plus, de l’ancien, comment se fait-il que le
premier article venu y occupe quatre fois plus d’espace ?
Où donc est la proportion, la mesure ? — Entendons-nous.
Quand Alexandre a dit tout ce qu'il fallait en deux lignes,
pourquoi M. Bailly en écrirait-il quatre ? Voilà comment il se
fait que l’on trouve dans son dictionnaire un grand nombre
d’articles qui ne sont guère plus longs, qui ne sont pas
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— 120 —
plus longs, qui sont même quelquefois plus courts quo chez
son devancier. Par contre, il y en a qui ont trois fois, ou,
comme ici, jusqu’à quatre fois plus d’étendue. Leur lon¬
gueur n’a rien d’absolu ; elle se règle, à chaque endroit, sur
la nature et l’importance du sujet ; de manière à nous
donner toujours tout ce qui est nécessaire, et rien de trop.
J’ai saisi l’occasion qui se présentait de faire cette
remarque, qui m’a semblé très importante. On ne se ferait
pas une idée juste du livre, en se disant simplement qu’il
est double en étendue ; il faut de plus considérer de quelle
manière l’espace y est distribué, et quelle idée nous devons
nous faire, ici, de la mesure et de la proportion. Exami¬
nons à présent comment est rempli l’espace attribué au
mot irpôSXrifMt, dans le nouveau dictionnaire. Alexandre
n’avait trouvé pour ce mot que trois significations réelle¬
ment différentes (1). Aussi rencontre-t-on dans Hérodote,
dans Sophocle, dans Euripide et ailleurs, des endroits que
son dictionnaire ne permettrait pas d’expliquer. M. Bailly
est autrement riche : au lieu de trois significations, il nous
en fournit dix ; il est complet.
Ce qui n’a guère moins d’importance que l'abondance
des renseignements, c’est l’ordre méthodique dans lequel
ils sont disposés. Cette ordonnance est fort claire et rendue
sensible par des procédés de typographie. Comme la rédac¬
tion en est d’une concision extrême, je demande à la
développer un peu.
A chaque terme s’attache une signification fondamen-
le, qui lui vient généralement de sa racine, quand il est
simple, et de ses éléments, quand il est composé. C’est
ainsi que irp6SXr,fia, venu de wpo - f3aÀAw(je jette en avant), désigne
essentiellement un objet mis en avant, une saillie. Cet
objet, envisagé d’une manière absolue, sera un promon-
(1) Il y joint quelques synonymes qui, évidemment, ne comptent
pas.
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J
— 121 —
toire, un cap. Considéré par rapport à nous, cette chose
mise devant nous, jetée sous nos pas, deviendra un
obstacle, npê&upux se trouve donc avoir pris une accep¬
tion nouvelle, mais qui se greffe, pour ainsi dire, sur
sa signification primitive, et la laisse subsister. Il en est
toujours de même, ainsi qu’on va voir. Cet objet, qui est
devant nous, qui nous arrête ou qui nous gêne, peut gêner
aussi, arrêter même quiconque voudrait nous attaquer ; et
alors il devient pour nous une défense : autre acception
de «ptëXflpa. Analysons cette nouvelle idée. Une défense
peut être considérée comme ayant deux faces, tournées,
l’une, du côté de l’objet protégé et l’autre, du côté de
l’agresseur. De là deux nuances, fort distinctes, dans la
signification qui vient d’être signalée : irpôSXtifia toç,
sera une défense pour le corps, une armure, un bouclier
par exemple ; et *po6Xnpta xpiov?, une défense contre le froid,
un abri, un vêtement. Dans les deux cas, le complément
de jrpo6Xmp«x se met, comme on voit, au génitif.
Je suis resté, jusqu’à présent, dans le domaine des choses
matérielles. Dans l’ordre intellectuel et moral, les mêmes
mots revêtent, par métaphore, des acceptions souvent
plus nombreuses encore. C’est ainsi que irpé&upw, pris
dans le sens de défense, voudra dire, au figuré, une justifi¬
cation et, dans la langue des affaires, une garantie. A un
autre point de vue, et en revenant à la signification primi¬
tive, cet objet mis devant nous, sous notre main, sous nos
yeux, sera une tâche à remplir, une question à discuter, un
problème à résoudre. Le terme grec est ici passé en
français et nous fait voir l’origine et la signification éty¬
mologique de notre mot problème.
Tout n’est pas dit ; mais en voilà assez peut-être pour
donner la mesure du chemin parcouru. Quelle ressemblance
peut-il y avoir entre un problème et un bouclier, par
exemple ; entre un promontoire et un paletot ? Aucune à
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— 122 —
première vue, et à considérer les objets dans leur ensemble.
Mais, si l’on passe à l’analyse, l’esprit découvre, au fond
de chacun d’eux, une idée qui leur est commune, et qui
permet de les désigner par un nom commun. Ce terme, à
son tour, sans se dépouiller de sa signification radicale, se
prête, par l’association des idées, à toutes les significations
que nous venons de distinguer. C’est comme une tige, d'où
sortent des branches, qui se subdivisent à leur tour en
rameaux, dont chacun porte son feuillage et ses fleurs. Si
c’est une illusion, qu’on me la pardonne ; mais il me semble
qu’il n’est pas sans intérêt d’étudier ainsi le grec, et que
l’on peut même y trouver du plaisir. Si nos écoliers
pouvaient s’en apercevoir !
II
Abondance des renseignements, classification des faits,
enchaînement des idées, sage proportion établie entre
l’étendue des articles et leur importance, voilà, jusqu’ici,
ce que j’ai voulu montrer.
On dira : qui nous garantit la légitimité de tant d’accep¬
tions différentes, attribuées à un terme grec ? — C’est une
objection à laquelle aucun dictionnaire classique n’a jusqu'à
présent répondu. Alexandre cite bien, par endroits, des
noms d’auteurs et quelques exemples ; Quicherat, dans ses
dictionnaires latins, va plus loin et met des justifications
partout. Mais qu’elles sont insuffisantes ! Nous voilà bien
avancés de savoir que tel mot fut employé, dans tel sens,
par Aristote ou par Cicéron, si, voulant en avoir la preuve,
nous avons à le chercher à travers quinze à vingt volumes
de grec ou de latin î
A M. Bailly revient l’honneur d’avoir introduit dans la lexi¬
cographie classique une innovation considérable. A chaque
signification de chaque mot, il indique non seulement chez
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— 123 —
quel auteur on la trouve, mais dans quel ouvrage de cet
auteur, et à quel endroit. Nous savons ainsi que irpô6XufMtest
employé, au sens de promontoire, dans YAjax de Sophocle,
au vers 1219. Bien qu'il fût un helléniste de premier ordre,
Alexandre n’avait point éprouvé, pour lui-même ni pour son
lecteur, le besoin d'une telle précision, par suite de la
conception qu’il s’était faite d’un dictionnaire. Son procédé
consiste à dégager d’abord le sens primitif du mot grec ;
il en tire ensuite, par voie de déduction logique, les signi¬
fications dérivées, sans trop se préoccuper de savoir si ces
significations se trouvent, en effet, ou ne se trouvent pas
dans les auteurs. Elles sont possibles, cela suffit. M. Bailly
procède autrement. Fidèle à la méthode d’observation, qui
est celle des sciences philologiques, comme de la physique et
de l’histoire naturelle, il ne travaille pas sur des conceptions
abstraites, mais sur des réalités ; ce ne sont pas des possibi¬
lités qu’il constate et qu’il enregistre, ce sont des faits. Ces
justifications qu’il nous donne, il en a eu d’abord besoin
pour lui même, pour avoir conscience de ne rien écrire
qui ne fût certain. Quant à la somme de travail qu’il
y fallut mettre, je vais tâcher d’en donner une idée,
dussé-je encore une fois m’engager dans les chiffres. Il est
vrai que je ne saurais faire autrement, persuadé, comme je
le suis, que le calcul est préférable aux phrases, dans les
choses qui peuvent se compter.
L’article du mot wp iBXvpa ne comporte pas moins de 22 ré¬
férences. A côté, dans une colonne entière, j’en trouve 43.
Cette colonne me paraissant compacte, j’en choisis une
autre d’une construction plus légère, composée qu’elle est
de petits articles, qui laissent entre eux des lignes incom¬
plètes et des blancs (1). Aussi n’y trouvé-je plus 43 jus¬
tifications comme tout à l’heure, mais seulement 41. La
(1) Page 1533, 2* col.
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moyenne serait donc 42 ; j’écris 40, pour être plus sûr
de ne rien exagérer. Or, 40 à la colonne donne 120 à la
page ; et, pour les 2227 pages du livre, un nombre énorme,
compris entre deux et trois cent mille : 267,240. Tel est,
dans le dictionnaire de M. Bailly, le total de ces indications
précises qui comprennent le nom de l'auteur, le titre de
l’ouvrage et l’endroit précis, où chaque mot se trouve, dans
chacune de ses acceptions.
J’ai dit qu’il y a 120 justifications à la page. S’il avait fallu
mettre une minute à chacune, chaque page aurait exigé une
application de 120 minutes ou de deux heures. Mais il est
bien évident qu’une minute pour chaque indication ne
saurait suffire, et nous verrons tout à l’heure que cinq
minutes sont un minimum. C’est donc cinq fois plus de
temps que je n’ai dit qu’il a fallu dépensersur chaque page,
pour ce seul objet ; c’est-à-dire dix heures, une journée
entière, et, à travailler autrement que ne font d’ordinaire
ceux qui s’appellent les travailleurs. Les 2,227 pages
du livre ont donc ainsi absorbé 2,227 journées, ou ce
qui revient au même, sept ans et cinq mois, à raison de
300 jours de travail par année.
L’auteur a-t-il cherché directement dans la collection des
écrivains grecs les indications consignées dans son livre ?
Evidemment non : plusieurs vies d’homme n’y suffiraient
pas. Il a donc mis à profit les travaux de ses devanciers ;
mais il s’est imposé la tâche, écrasante encore, de tout
vérifier. S’assurer qu’un mot se trouve dans tel ouvrage,
dans tel chapitre, qu’il y est pris dans l’acception donnée ;
rectifier, s’il y a lieu ; et, dans les cas, trop fréquents, où
l'indication est insuffisante ou inexacte, chercher ailleurs,
ailleurs encore, jusqu’à ce que l’on ait trouvé ; y mettre une
heure, s’il le faut, et jusqu’à une demi-journée : voilà ce
qu’il a fallu faire. Il est impossible d’entrer dans tous les
détails ; mais, si quelqu’un veut en faire l’épreuve, il verra
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qu’une moyenne de cinq minutes, pour chaque justification,
n’est pas suffisante ; et qu’à répéter l’opération deux à trois
cent mille fois, on aura largement dépensé, en travaillant
dix heures par jour, sept ans de sa vie. Et ce n’est là qu’une
partie de l’œuvre : les recherches multipliées qu’il a faites,
le soin minutieux, la conscience avec laquelle il a traité
l’ensemble et les détails, ont fait que le dictionnaire n’a pas
coûté moins de vingt ans à son auteur.
C’est à se demander comment un homme a pu rester si
longtemps, et sans relâche, capable d’un tel effort, et ne pas
succomber à la peine. De longues et fortes études l’y
avaient préparé sans doute ; un éminent helléniste, son
maître et son ami, M. Egger, l’aida de son expérience, de
sa science et de ses conseils ; M. Clairin, pour la correction
des épreuves et la vérification des textes, lui prêta son
concours; un indomptable courage fit le reste. Je crois
pourtant pouvoir ajouter, bien que je n’aie reçu aucune
confidence, qu’il a dû trouver près de lui ces soins affec¬
tueux et dévoués, dont nous avons tant besoin, dans ces
moments de lassitude où le fardeau paraît s’appesantir
encore et où nos forces ne suffisent plus. Lui-même a
consacré, dans sa préface, quelques lignes émues à la
mémoire de ce cher enfant, qui l’aidait aussi dans son tra¬
vail, et que la mort est venu lui ravir. Jeune homme si
bien doué, que je crois voir encore, plein d’intelligence et
de modestie, laborieux, affectueux et doux, ayant toujours
le sourire dans le regard et sur les lèvres, comme pour
empêcher qu’on ne s’aperçût qu’il souffrait ! On ne pouvait
le voir sans l’aimer. Oh ! je le dirai, dussé-je faire couler
des larmes, si jamais un enfant fut envoyé du ciel pour
réjouir le cœur de sa mère, pour aider son père à porter le
poids du jour, et faire naître autour de soi les plus douces
espérances, c’était lui : Tu Marcellus eris !
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une jeunesse qui ressemble mieux à nos ancêtres, et qui soit
digne de reconquérir ce que nous avons perdu. Qu’elle soit
vigoureuse et sensée, généreuse et souriante, nourrie avec
amour de ce qu’il y a de plus sain, de plus fort à la fois et
de plus doux : la moelle des lions et le miel de l’Hymette.
Force et douceur, beauté, harmonie, n’est-ce pas ce qui
nous a frappés d’abord, ce qui nous émeut toujours et nous
enchante, dans ces grandes littératures qui ont élevé nos
pères et qui continueront de faire, si nous savons être
sages, l’éducation de nos enfants ?
Qu’on ne croie pas que j’aie perdu de vue, un seul instant,
dans ce que je viens d’écrire, le livre dont j’avais à parler.
La base naturelle, éprouvée, nécessaire, de toute éduca¬
tion libérale, c'est l’étude approfondie des lettres antiques.
La condition indispensable pour y pénétrer, c’est la
connaissance des langues savantes, de ces langues admi¬
rables, que I’od appelle mortes, mais qui sont immortelles.
Le mot est de Lamartine ; il est vrai du latin et du grec,
surtout du grec :
Ce langage sonore aux douceurs souveraines,
Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines (1).
Par elles-mêmes, pour des raisons qu’il serait trop long
de développer, les langues sont un instrument merveilleuse¬
ment approprié à la première éducation de l’enfance. Dans
la suite, elles nous ouvrent plus ou moins largement, selon
ce que chacun a reçu à sa naissance, selon surtout ce qu’il a
mérité, le trésor sacré de la poésie et de la sagesse antique,
et nous font entrer dans un commerce familier avec les
plus beaux génies du monde ; avec Cicéron, Horace et Vir¬
gile; avec Homère surtout, avec Sophocle et Platon. Ce
n’est pas un monde où l’on s’amuse, encore moins où l’on
(1) André Chénier : L'Invention•
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— 129 —
s'ennuie ; c'est un monde où l’on chante, où l’on rit quelque¬
fois ; où l’on entend toujours parler le plus pur et le plus
noble langage, où l’on voit se déployer sous ses yeux toutes
les beautés de la nature et de l’art ; le monde des senti¬
ments délicats et des inspirations sublimes, de tous les dons
de l’esprit et du cœur, de la sagesse, de la liberté, du
dévouement à la patrie ; au milieu duquel, sans que l’on
ait à« s’en apercevoir, la pensée s’élève, le caractère se
trempe, le cœur se met à battre, l’âme s’épanouit tout
entière dans sa force et dans sa beauté. N’est-ce pas la
véritable éducation libérale de l’homme, que celle qui
consiste à se développer à l’école et sous l’influence des plus
glorieux représentants de l’humanité sur la terre î
Je ne crois pas qu’il y ait lieu d’insister, pour faire
comprendre la reconnaissance, le respect affectueux, dont
il est juste d’entourer ceux d’entre nous qui, renonçant aux
agréments de la vie, ont durant de longues années dépensé
leurs forces et leurs talents, sacrifié leurs jours, une partie
de leurs nuits, leur santé peut-être, pour montrer le but à
leurs contemporains et leur faciliter la tâche. Je ne vois
qu’un mot à dire : en se dévouant, sans mesure, à l’éduca¬
tion de la jeunesse, et en préparant ainsi, autant qu’il était
en eux, l’avenir de la patrie, ils ont rendu un service na¬
tional.
Le livre de M. Bailly est daté d’Orléans. C’est ici, au
milieu de nous, qu’il a été fait ; et c’est, dans un autre
genre, à côté des Pandectes de Pothier, l’œuvre d’érudition
la plus considérable qu’Orléans ait vue naître, sous la main
d’un de ses enfants.
9
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STTR
LES NITROSALICYLATES DE BISMUTH
Par M. H. CAUSSK
Séance du 1" février 1895.
La série aromatique a pour pivot fondamental la ben¬
zine CW. Ce carbure présente des propriétés remarquables
que ne possèdent pas ses congénères de la série grasse, tel
l’acétylène. Toutes les fois que l’on pratique dans le noyau
benzénique la substitution au premier degré, on se trouve
en présence d’un composé unique; on ne connaît qu’un
seul phénol ou acide phénique ordinaire, qu’une seule
aniline, qu’une seule nitrobenzino ou essence de mirbane.
Lorsque la substitution atteint le second degré, invariable¬
ment il se présente trois composés ayant la même formule,
mais différents cependant par les propriétés physiques et
chimiques. Trois diphénols, par exemple, répondent à la
même formule CWO* ; ce sont : la pyrocatéchine, la résor-
cine et l’hydroquinon ; l’analyse serait incapable de dire
s’il s’agit d’un corps unique ou d’un mélange. L’étude
approfondie de ces phénols montre qu’ils ont un point
d’ébullition et de fusion particulier et que chacun d’eux
cristallise dans un système qui lui est propre. On les dit
alors isomères ; c’est ainsi que, outre les trois diphénols
dont il a été parlé plus haut, il existe trois dinitrobenzines et
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— 131 —
trois acides salicyliques ou oxybenzoïques. Toutefois l’expé¬
rience apprend que le nombre d’isomères ne dépasse jamais
trois pour le second degré de substitution, tandis que, pour
le troisième, elle peut arriver au chiffre 6 ; dans ce cas,
chacun des dérivés substitués au deuxième degré fonc¬
tionne comme un dérivé au premier par rapport au tri-
substitué. Pour se reconnaître au milieu de cette abon¬
dance de corps, il est convenu de désigner par un pré¬
fixe chacun des trois dérivés : le premier s’appelle ortho,
le second méta et le troisième para. L’acide salicylique
offre un exemple de chacun d’eux ; on connaît, en effet,
l’acide ortho-salicylique ou salicylique ordinaire et même
naturel comme dans le castoréum et l’essence de Gaultheria
procumbens, l’acide méta-salicylique et para-salicylique ;
cependant, en vue de simplifier l’écriture, on supprime le
préfixe et l’on affecte alors les fonctions qui caractérisent
le composé des chiffres 2-3-4. Les trois acides salicyliques
s’écrivent :
r 6 H 4 ^CO*H(l) rem/ 008 ^ 1 ) re H4/ c ° 8 H ( l )
C ® H4 V.OH (2) 06 H4 N.OH (3) C H N.OH (4)
Ortho Méta Para
Nous avons dit plus haut que les dérivés au troisième
degré comportaient plusieurs isomères ; le plus souvent on
s’aide alors de l’alphabet grec <*, 0, y. L’acide nitro-salicy-
lique, dont nous allons nous occuper, appartient à la série 0 ;
c’estun trisubstitué dérivé de l’acide salicylique ordinaire ou
ortho C# H4 Mais la nouvelle fonction que nous
allons introduire, c’est-à-dire le radical AzO 8 se portant
en position méta, par rapport à la fonction phénolique de
l’acide salicylique, on le désigne sous le nom d’acide 6 ni-
tro-salicylique ; si le même groupement Az O 8 eût été en
ortho, l’acide se serait appelé a nitro-salicylique. Ceci dit,
abordons le sujet de nos recherches.
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— 132 —
La double décomposition qui a lieu entre un salicylate
soluble et le nitrate de bismuth, double décomposition qui
engendre du salicylate de bismuth insoluble, est le plus
souvent incomplète ; à moins de neutraliser le liquide par
un alcali, il reste toujours une faible quantité des composés.
Les eaux-mères deviennent le siège d’une réaction dont
l'effet est différent suivant la concentration, mais dont
la cause, toujours identique, réside dans la formation d’un
nitro-salicylate de bismuth insoluble. Tantôt elles aban¬
donnent de longues aiguilles blanches et soyeuses, tantôt un
précipité cristallin de couleur variant du jaune à l’orange.
Au cours de nos recherches sur le salicylate de bis¬
muth (1), nous avions fréquemment observé qu’il se colorait
en rouge, et, suivant un usage reçu, la coloration était
attribuée à la présence du fer. Cependant, dans bien des
essais où les réactifs n’accusaient pas la présence de ce
métal, le salicylate était teinté ; parfois même la coloration,
assez prononcée au moment de la dessication, s’atténuait ;
dans d’autres cas, l’inverse se produisait.
Tous ces indices, et bien d’autres observations qu’il serait
trop long de rapporter ici, indiquaient que le bismuth n’était
pas étranger aux réactions et que la formation des différents
sels présentait des points communs avec les faits que nous
avons signalés, quand nous avons établi la coustitution du
dermatol ou sous-gallate de bismuth.
Dans ce travail, corroboré par M. le professeur Caze¬
neuve (2), on a montré, d’une part, le rôle des fonctions
phénoliques, et, d’autre part, que l’aspect jaune citron du
dermatol était dû à la combinaison de l’oxyde de bismuth
avec les fonctions phénoliques de l’acide gallique.
Ici, les même remarques sont applicables. En effet, le
(1) Comptea rendus de l'Académie des sciences (1881).
(2) Bulletin de la Société chimique (1893).
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— 133 —
nitro-salicylate neutre est incolore, le sel basique est
jaune, les sous-sels sont rouge orangé.
P Nitro-salicylate de bismuth (C 6 H 5 AzO*. OH. CO’) 3 Bi
+ 2H*0. — On dissout 20 81 d’acide salicylique dans 100 “
d’acide acétique ; on ajoute 156 cc d’eau distillée et 15 81 de
nitrate neutre de bismuth dissous dans 50 co de solution
saturée de nitrate de potassium. Au moment du mélange, il
se développe une coloration violette qui passe au brun ; en
même temps, des bulles gazeuses apparaissent, la tempéra¬
ture s’élève peu à peu, et la réaction deviendrait énergique,
si on ne refroidissait ; après quelques heures de contact, il
se sépare de fines aiguilles qui envahissent le liquide.
Le même nitro-salicylate se dépose en abandonnant à
elle-même l’eau-mère de la préparation du salicylate de
bismuth par le procédé que nous avons indiqué ; il se sépare
à la longue des aiguilles, et leur formation se prolonge
pendant plusieurs mois.
Quel que soit le procédé employé, les cristaux sont
séparés, essorés, comprimés pour enlever l’eau-mère très
acide, desséchés à l’air, puis lavés à l’eau distillée et des¬
séchés de nouveau.
On obtient un amas d’aiguilles feutrées incolores, que
l’eau bouillante décompose en acide (3 nitro-salicylique et
en oxyde de bismuth et que le perchlorure de fer colore
en rouge intense.
Composition. — La formule du nitro-salicylate a été
établie en dédoublant un poids connu de ce composé par
l’eau bouillante, ensuite avec le même liquide chargé
d'hydrogène sulfuré, pour éliminer la petite quantité de
métal qui échappe à la dissociation ; l’acide est dosé par
voie alcalimétrique et le bismuth à l'état d’oxyde. Comme
le montrent les chiffres suivants, il y a accord entre ceux
que donnent la théorie et l’expérience :
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Trouvé
Calculé
I II
C7 HS AzO« 03 °/. 70,15 70,10 69,40
Bi03o/ e . 28,90 28,75 29,40
•a»
P Nitro-salicylate basique de bismuth :
ca H3 < o°* > Bi 0H + H * O-
I AzO»
Dans un ballon de capacité convenable, on introduit une
solution de 20 81 d'acide salicylique dans 100“ d’acide acé¬
tique et 300 “ de solution saturée de nitrate de potasse
contenant 30 gr de nitrate de bismuth. Le mélange se colore
et dégage des bulles gazeuses ; on favorise la réaction en
chauffant au bain-marie à 40-45°. Lorsqu’elle est devenue
rive, le ballon est retiré du bain et abandonné à la tempé¬
rature ordinaire. Il se forme un magna cristallin qui est
traité et purifié comme le sel neutre.
Le p nitro-salicylate de bismuth est en petites aiguilles
jaune citron possédantles mêmes propriétés que le sel neutre.
Il est dissocié par l’eau, coloré par le perchlorure de fer, et
la seule différence, outre l’aspect, consiste en une teneur
plus grande en oxyde de bismuth.
En appliquant à ce composé la méthode d’analyse que
nous avons indiquée plus haut, il a donné des nombres
s'accordant avec ceux de la formule qui lui a été attribuée :
Trouvé Calculé
(P H 5 AzO* 0* °/o. 43,20 43,10 42,90
Bi03°/o. 54,20 51,30 54,79
Sous P nitro-salicylate de bismuth :
( C# H5 Az O* OH C02 ) * Bi* O* H* + Ht O.
Il se dépose, quand on neutralise par le carbonate de
soude le liquide qui a donné le sel basique. Si l’on a soin
de laisser une légère réaction acide, il se présente sous
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— 135 —
la forme d’un précipité cristallin composé d’aiguilles mi¬
croscopiques de couleur orange.
Traité comme les sels précédents et analysé par le même
procédé, il répond à la formule ci-dessus :
Trouvé Calculé
C«H5AzO5»/.. 44,30 44,10 44,80
Bi03 ./„. 50,45 50,50 50,01
C6 H3 / co * HW
Acide û nitro-salicylique S OH (2) . — Cet acide,
y * I AzOS (5)
isolé par l’action de l’eau bouillante sur l’un quelconque
des nitro-salicylates, débarrassé de la petite quantité
d’oxyde de bismuth entraîné par l’hydrogène sulfuré et
cristallisé dans l’eau bouillante, fond à 227°5; il donne,
avec le perchlorure de fer, une coloration rouge sang ; sa
saveur amère rappelle celle de la gentiane; enfin, avec
l’eau de baryte, on obtient un nitro-salicylate de baryte en
lamelle jaune citron. Ces réactions, ajoutées à celles des
sels de bismuth, permettent de conclure qu'il se produit
dans l’action du nitrate de bismuth sur l’acide salicylique
de l’acide p nitro-salicylique.
Des recherches précédentes, il résulte que, même en
solution étendue, l’acide nitrique, combiné à l’oxyde de
bismuth, transforme l’acide salicylique en acide p nitro-
salicylique, susceptible de donner une série de sels dont
l’aspect varie avec la composition. Cette propriété, l’acide
P nitro-salicylique semble la devoir à la présence du
groupe Az O 2 dans sa molécule ; il se passe ce qui a lieu
d’ordinaire pour les autres composés nitrés ; la fonction
phénolique se trouve exaltée. Son aptitude à la combinaison,
rendue par là plus grande, explique l’existence d’une série
de composés que, jusqu’ici, on n’a pu obtenir avec l’acide
salicylique. Quant à la coloration rouge du salicylate de
bismuth, en admettant la présence du fer, il est difficile de
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— 136 —
l’attribuer à la présence d’un salicylate de ce métal : elle
est due à un nitro-salicylate.
En effet, si l’on fait évaporer au bain-marie un mélange
de sous-nitrate de bismuth cristallisé et de salicylate
de sodium, vers la fin de l’opération, la masse pâteuse
s’échauffe, dégage de la vapeur nitreuse, et, en quelques
minutes, le tout se colore en rouge ; dans ce cas, la teinte
est évidemment provoquée par la formation d’un nitro-
salicylate de bismuth, ce qui montre que le fer ne paraît
nullement indispensable pour colorer le salicylate de bis¬
muth ordinaire.
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RAPPORT
SUR LE
^ÆÉliÆOII^E QXTI PBÉOÈ3DE
Par M. l’abbé MAILLARD
Séance du 1" mars 1895.
L’étade que M. Gausse intitule: Sur les Nitrosalicylates
de Bismuth, nous fait connaître les préparations nouvelles
de trois de ces sels : le sel neutre, le sel basique et le
sous-sel, tous trois dérivés de l’acide (3 nitro-salicylique.
Elle éclaircit en même temps un point de chimie mal
interprété jusqu’ici.
Dans la préparation du salicylate de bismuth, on observe
fréquemment une coloration rouge qu’on attribuait à la
présence du fer dans la réaction ; or la coloration a lieu,
même lorsque l’analyse et les réactifs ne parviennent pas
à déceler la plus petite parcelle de ce métal; le phénomène
est donc dû à une autre cause. Notre savant collègue l'at¬
tribue à la présence d’un nitro-salicylate de bismuth et des
expériences consciencieuses et répétées prouvent cette
affirmation.
A un autre point de vue, le mémoire de M. Gausse
pourrait porter pour titre: Contribution à l’étude des
Isomères chimiques et ce n’est pas là le côté le moins
intéressant de la question.
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— 138 —
On rapporte que Napoléon demanda un jour à Berthol-
let (1) quelle différence il mettait entre le sucre ordinaire,
l’amidon et le papier. Le savant chimiste dut se trouver
quelque peu embarrassé ! Sans doute, l’analyse montre que
les deux molécules de sucre et d’amidon renferment toutes
deux 12 atomes de carbone combinés dans le sucre avec il
molécules d’eau et avec 10 seulement dans l’amidon ; mais
aussi, l’amidon, la moelle de sureau, le papier, la cellulose
renferment mêmes poids de charbon, d’hydrogène et
d’oxygène.
La réponse était d’autant plus difficile à Berthollet que
c’était, à cette époque, une opinion arrêtée que l’identité
des propriétés physiques et chimiques était une consé¬
quence nécessaire de l’identité de composition.
Aujourd’hui on appelle c Isomères » des corps qui
offrent, avec des propriétés différentes, la même compo¬
sition centésimale, et dont les molécules d’égale grandeur
renferment les mêmes atomes, en même nombre, mais
groupés différemment.
Le mot et la chose ne sont pas nouveaux. 500 ans avant
J.-C., le philosophe Anaxagore, le précepteur de Périclès,
soutenait la théorie de l’Homéomérie. Pour lui, tous les
corps sont isomères, c’est-à-dire décomposables dans les
mêmes éléments ; ce qui fait leur diversité, c’est uni¬
quement la différence de leurs relations dans l'espace et
dans le temps. Évidemment, cela ne saurait être vrai de
tous les corps, mais il en existe qui, sous les mêmes modes,
cachent une substance différente. Ainsi l’amateur du jeu
de domino peut édifier avec les mêmes pièces, en suivant
l’ordre des points, différentes figures ; ainsi l’amateur d’ana-
(1) Berthollet né en 1748, mort en 1822. Professeur à l’Ecole poly¬
technique, accompagna Bonaparte en Egypte. Napoléon le nomma
grand-officier de la Légion d’honneur et sénateur, en 1805.
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— 139 —
grammes peut faire avec les cinq lettres a, e, i, m, r, les
trois mots, Maire, Aimer, Marie.
Or l'un des grands progrès de la chimie moderne, de la
théorie atomique dont M. Causse est le zélé partisan et
qu’il connaît à fond, c’est de prévoir a priori , le nombre
d’isomères d’un corps dont on connaît la formule chimique.
C’est ce que nous a excellemment expliqué l’auteur du
mémoire, dans l’avant-propos de son travail.
Ces études théoriques un peu ardues, il faut bien l’avouer,
méritent donc dans les Mémoires de la Société la place
qu’on leur a donnée dans les Comptes rendus de l’Aca¬
démie des sciences et les Bulletins de la Société chimique
de France.
Qui les lira ? Assurément on peut être savant, académi¬
cien même, sans posséder la clef de la chimie, et sans
cette clef, inutile de chercher à entrer dans l’enceinte
réservée aux successeurs de Lavoisier. On ne saurait
pourtant nier l’utilité de telles études. Quelque étudiant y
découvrira peut-être le sujet d’une thèse de doctorat ;
quelque chercheur, esprit curieux, y trouvera le point de
départ d’une découverte importante pour le commerce, les
arts, la médecine. L’Hydroquinine en photographie, l’Ani¬
line et ses vives couleurs dans l’industrie, la tant fameuse
Antipyrine en médecine ont eu, elles aussi, de très modestes
débuts.
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REGISTRES
DES SÉANCES DE LA
Société d'Agricnltnre, Sciences, Belles-Lettres et Arts d’Orléans
Par M. l’abbé DESNOYERS
Séance du 1" février 1895
Qui d’entre nous, en voyant blanchir les cheveux de sa
mère et la majesté du temps couronner son front toujours
radieux, n’a pas éprouvé un sentiment de respectueuse
émotion, n’a pas voulu ressaisir les détails passés de cette
vie maternelle si remplie d’honneur et la reconstituer au
fond de son âme ?
C’est le sentiment que j’ai éprouvé, Messieurs, lorsque
notre Secrétaire particulier a déposé aux Archives le volume
qui contient les détails de nos séances de janvier 1882 à
juillet 1894, En regardant ce volume aux formes modestes,
mais vigoureuses, aux couleurs de cette belle nature que
Dieu a faite si simple mais ravissante, s’étant régulière¬
ment, chaque quinzaine, le vendredi, ouvert avec joie pour
écrire votre présence, vos paroles, vos travaux, je lui
adressai non pas un adieu de séparation complète, car il
revivait dans un successeur, mais une parole de souvenir
filial, puisque notre Société, Messieurs, est la mère com¬
mune de nos intelligences et je lui donnai, avec cette
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— 141 —
parole, la promasse de vous raconter sa vie, durant les
douze années consignées dans les pages de son existence.
A la première page, le nom qui tomba le premier sous
mes yeux fut celui du Président M. Baguenault de Vié-
ville que les infirmités seules ont privé de l'honneur de
présider longtemps nos séances: il me semble le voir
encore avec sa figure paisible, aimable, son œil bienveil¬
lant, sa politesse gentilhommière. Avant de le placer à
votre tête, vous l’aviez plusieurs fois entendu vous lire des
travaux de fine littérature, d’histoire locale, de culture
agronomique, et c’est pour couronner l’exquis bibliophile,
le délicat littérateur, le savant historien, l’intelligent
agronome de Sologne, que vons lui aviez confié le gouver¬
nement de la Société : il ne fut que trop court au gré de
l’estime dont nous l’entourions.
Auprès de sa signature, vous dirai-je, Messieurs, la dou¬
loureuse impression que je ressentis, en voyant celle du
Secrétaire qui rédigeait alors nos séances avec une plume
si fidèle et si ferme, aussi bon rédacteur de Société savante,
qu’il avait été brillant officier de cavalerie et qui a laissé
parmi nous un profond sillon de savoir artistique, de col¬
lègue aimé ayant surtout devant lui un glorieux avenir
que le vers plaintif de Virgile peut seul exprimer :
Si fata aspera rampas,
Tu Marcellus eris (1).
M. Emile Davoust devait être un jour un artiste remar¬
quable, le chef de notre Musée de peinture, de nos écoles
scientifiques, et de lui il ne nous reste plus que le buste
en bronze ornant notre salle ; ah ! sans doute, il nous le
rend avec sa figure intelligente, sa douce fierté, son atti¬
tude des beaux combats de 1870; mais M. Didier qui les a
si heureusement exprimés, n’a pu nous le rendre avec cette
(1) Énèide, 6, 883.
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— 142 —
vie expansive qui faisait le charme de sa société : voilà
pourquoi nous gémirons toujours sur le 18 juillet 1890 où
la plume est tombée des mains de notre cher Emile
Davoust.
Mais elle a été ressaisie par un Secrétaire que nous avons
tous beaucoup estimé : quelles pages prestement écrites où
l'œil suit sans fatigue et un vif intérêt la reproduction de
nos séances et pourquoi M. Dumuys a-t-il cru devoir
abandonner une fonction si bien remplie ? Je sais que d’au¬
tres travaux plus importants pouvaient commander cet
abandon, mais donnons à son départ des regrets mérités.
La troisième signature est celle d’un ancien magistrat
aussi habile à rédiger un procès-verbal qu’à rédiger des
arrêts; en parcourant ses rédactions, vous pourrez faci*
lement voir que sa plume magistrale n’a rien à demander
aux écrivains du passé : nous le saluerons donc comme
l’ancien et habile défenseur des lois et aujourd’hui comme
le fidèle représentant de nos intelligences.
Notre registre peut donc, dans son fonctionnement de
ses douze années, se montrer comme un modèlo d’exac¬
titude, de lumières, une reproduction vivante de l’âme de
la Société, et cela n’est pas peu dire pour l’honneur de nos
trois secrétaires.
J’assistais un jour. Messieurs, à une réunion scienti¬
fique où l’un des membres passait en revue nos Sociétés
orléanaises. Arrivé à la nôtre, le diseur laissa tomber de
ses lèvres cette parole qu’il ne voulait pas, j’aime à le
croire, rendre accusatrice, mais qui cependant nous faisait
une blessure acérée : notre Société, disait-il, a longtemps
dormi d’un sommeil si tranquille, qu’on n’y entendait
même pas le souffle du ronflement ; c’était, je répète sa
piquante parole, la Belle au Bois dormant du conteur
Perrot. Il faut avouer que si nos devanciers ont pu avoir
les allures ingénues de bonshommes endormis, nous
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— 143 —
sommes allègrement sortis de ce candide endormissement
et que nous avons tous l’œil bien ouvert et la main fort
agile.
Voyez-vous en effet, Messieurs, dans les pages in-4* de
ce registre aux douze années, les noms brillants et l'ex¬
posé des œuvres de MM. Mazure, Jarry, Cochard, Bim¬
benet, ûavoust, Baillet, Du Roscoat, Guerrier, Sainjon,
Loiseleur, Charpignon, Devauzelles, Huet? Ne vous semble-
t-il pas voir l’antre enflammé où les Cyclopes, sous l’œil et
la direction de Vulcain, forgent les armes d’Achille par un
travail que Virgile a si heureusement rendu (1)
Uli inter eese magna vi brachia tollnnt
In nnmernm, versantque tenaci forcipe ferrum,
ou, si vous l’aimez mieux, voir une ruche d’abeilles au
travail moins bruyant, mais si doux et si utile, dépeint
par le même poète (2).
Fervet opns, redolentque thymo fragrantia mella.
Mon but n’est pas de louer ces travaux, je ne suis et ne
veux être qu’un narrateur et non pas un juge ; cependant
il me sera permis de dire que nos Mémoires ne sont pas
indignes de figurer dans une bibliothèque sérieuse et qu’ils
ne seront jamais condamnés aux injures du marchand sans
pitié et de l’industriel dont une balance et un couteau sont
la seule règle de conduite.
Qu’on nous dise en effet, Messieurs, quel sujet vous
n’avez pas résolument traité ? Dans quel champ vous n’avez
pas fait une moisson de science ? Histoire, Littérature,
régne animal, végétal, minéral, Sciences physiques, rien
ne vous est resté étranger ; une science, et c’était la seule,
n’avait pas été abordée, elle était si haute, si mystérieuse !
(1) Géorgiques, 4, 174.
(2) Géorgiques, 4,169.
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— 144 —
les pyramides d’Egypte n’étaient pas plus élevées, ses nécro¬
poles plus cachées, eh bien ! l’un de nos collègues, M. Baillet
a soulevé, déchiré même devant vous le voile qui couvrait la
science égyptologique ; les hiéroglyphes de la vieille terre
des Pharaons lui ont livré leurs secrets, et vous pouvez
maintenant, grâce à M. Baillet, visiter facilement, avec une
lumière dans votre intelligence, notre Musée historique
où trois grandes vitrines et quatre sarcophages contien¬
nent les nombreux objets appartenant à la vie égyptienne.
Honneur donc à vous qui avez soutenu avec éclat et
confiance la vieille réputation scientifique d'Orléans : ses
écoles l'ont illustré, votre Académie n’a pas laissé tomber
sa couronne de gloire.
Mais vous avez fait plus encore : la science est, sans nul
doute, admirable, c’est le rayonnement de Dieu dans l’àme
humaine, saluons-la, j’oserai le dire, jusqu’à l’adoration à
cause de sa céleste origine : il y a cependant quelque chose
de meilleur encore quelle, c’est le culte de ce qui est bon
et noble, c’est l’amour de ce qui honore une ville, une
province, la France, vous avez montré tout cela !...
Le 2 août 1887 vous avez accordé un jeton de notre
Société frappé en or au jeune Maurin, élève du Collège,
pour ses brillants succès dans un concours entre les lycées
départementaux où il a obtenu le second prix et son admis¬
sion simultanée aux Écoles normale et polytechnique.
Votre patriotisme ne s’est pas refroidi et en 1884 vous
accordiez deux médailles de vermeil à l’occasion du Con¬
cours régional, l’une pour l’exposition des arts appliqués
à l’industrie, l’autre pour le concours musical.
Mais votre âme orléanaise, franchissant les limites de
cette enceinte s’est associée à l’appel que lui a fait la
Commission d’érection d’une statue à l’honneur de Duha¬
mel du Monceau à Pithiviers, en 1893 ; le don d’une somme
de 100 fr. a témoigné combien vous était chère la gloire
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— 145 —
de notre compatriote, dont un artiste Orléanais, M. Blan¬
chard, a si admirablement exprimé l’âme et la touchante
simplicité.
Quand on écoute ainsi sa ville, sa province, on écoute
plus attentivement encore la parole de la France: elle vous
a parlé en faveur d’un illustre Français qui a su trouver
une garantie contre les horreurs possibles de la disette et
dont il a été dit avec raison que Parmentier, avec sa pomme
de terre, a rendu la famine impossible, et, le 22 janvier 1886,
vous avez ouvert la main pour contribuer à la reconnais¬
sance française pour le nourricier de notre pays et de
l’univers.
La France, en 1887, est venue vous dire que la prospérité
de ses vignobles était en grand danger par les envahisse¬
ments du mildiou et vous avez donné à notre mère com¬
mune une médaille d’argent, pour récompenser les entre¬
prises qui combattraient les ravages de ce cruel ennemi et
rendre ainsi l’espoir aux cultivateurs.
Tout cela est beau et honore grandement la Société ;
mais, en agissant ainsi, vous avez eu néanmoins à traiter une
question d’argent et cette question a toujours quelque
chose de matériel ; en d’autres circonstances, il vous a été
donné de faire mieux encore, de pratiquer ce qu’il y a de
plus noble, de plus élevé dans l’âme humaine ; les ques¬
tions de l’amour pur, de l'amour désintéressé, de cet
amour qui, par son admirable détachement du terrestre,
fait monter l'âme presque au niveau de Dieu.
Cet amour si rare, vous l’avez pratiqué trois fois en 1882
et 1887.
Si vous aviez quelque nuage dans vos souvenirs pour le
fait de 1882, je vais le dissiper entièrement.
Un de nos collègues fit paraître un savant travail sur
Guillaume de Lorris et le testament d’Alphonse de Poi¬
tiers : un écrivain, demeurant dans Orléans et qui avait
10
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— 146 —
travaillé sur le même sujet, accusa durement notre col¬
lègue d’avoir puisé dans son travail les éléments du sien :
cette accusation de vil plagiat était fausse. Justement
indigné, M. Jarry en appela à votre section des belles-
lettres qui, jugeant l’accusation comme elle devait l’être et
se regardant comme blessée elle-même, protesta énergi¬
quement contre l'auteur de la calomnie, puis, voulant ven¬
ger publiquement l'honneur de notre collègue, demanda &
la Société tout entière de s’associer à la protestation, ce
qui fut fait à l’unanimité en mars 1882.
En 1887, le gouvernement affirma la prétention d’être
le maître des Bibliothèques provinciales, assimilant les
villes à un simple dépositaire, de sorte qu’il avait le droit
de disposer librement de nos trésors littéraires. M. Loi¬
seleur prit cette plume dont vous connaissez la science,
la richesse, l’autorité, et combattit sans crainte cette injuste
prétention d’un odieux césarisme ; vous avez approuvé
notre fier collègue. Hélas ! le droit a été très habilement
défendu ; mais, quand on s’appelle l’État, les meilleures
causes ont le sort de l’agneau devant un lion : M. Loise¬
leur a été noblement courageux, et, dans votre séance de
mai 1887, vous avez vivement applaudi à la défense d’une
cause qui était la vôtre : à lui la vaillance, & vous l’hon¬
neur ; mais que ne puis-je dire en s’avouant vaincu par
l’État, qu’il a voulu oublier le respect dû au droit ; celui-
là est au-dessu3 de tout.
Aux nobles sentiments dont j'ai trouvé les traces
glorieuses dans vos séances de 1882 à 1894, il en est un
qui l’emporte sur tous ceux dont j’ai parlé : il vous man¬
quait non certainement dans son germe, car vous le pos¬
sédiez, mais une occasion de le manifester; cette occasion
est venue et vous l’avez saisie avec empressement.
C’était le 6 mai 1887. Vous aviez ouvert vos portes aux
deux Sociétés savantes , aux hommes qui représentent
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— 147 —
notre pays Orléanais dans la culture du savoir et dans la no¬
blesse des sentiments. Il y avait peu de jours que la ville
de Gien avait, à l’occasion d'uue statue qu’elle voulait
ériger à Vercingétorix, élevé publiquement, dans une
circulaire, la prétention d’être le Genabum de César:
cette sournoise audace ne pouvait, ne devait rester impu¬
nie, le silence était un crime : un de vos collègues se leva
au commencement de la séance, avant toute autre affaire,
et, après avoir publiquement rétabli la vérité historique,
flétri l’audace de Gien, demanda que les trois Sociétés
réunies s’associassent à ces paroles de protestation : elle
fut chaleureuse et unanime, et les pages de cette séance du
6 mai 1887 resteront comme le témoignage de tout ce qu’il
y a de grandeur, de noble fierté, dans l’existence de notre
Société.
Après cette belle protestation, pourrait-on s’étonner
que vous ayez, en 1888, puisé à large main dans vos res¬
sources, pour contribuer à l’érection d’une statue en l’hon¬
neur de Jeanne d’Arc dans la ville de Reims? Encore
moins pourrait-on ne pas remarquer avec quelle attention
soutenue vous avez écouté les lectures que M. Huet vous à
faites sur la place de Jeanne d’Arc dans l’art musical ; la
politesse, la bienveillance n’étaient pas les seules conseil¬
lères d’une attention que vous ne refusez jamais ; un autre
sentiment, on le voyait bien, vous inspirait : c’était de
Jeanne d’Arc, c’était d’Orléans, c'était de la France que
notre collègue vous parlait et votre âme tout entière s’est
laissé captiver par des lectures dont elle n'aurait pas voulu
la fin.
Voilà votre vie durant douze années; je ne l’ai ni embel¬
lie, ni contrefaite; le registre, avec toute sa petitesse, sa
simplicité, nous l’a bonnement placée sous les yeux dans
sa réalité. Encore une fois cet humble registre n’a pas les
allures d’un grand seigneur de l’in-folio et les pompes do-
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- 148 —
rées de la reliure, mais il est sincère, vrai; tous pouvez le
croire sur parole : cette parole est pleine de candeur,
d'honnêteté, de bonhomie même, mais cette bonhomie,
c’est la vérité sans affectation, sans ruse diplomatique :
ah ! quelle joie, quand, forcé par de tristes expériences de
se méfier de la parole humaine débitée, imprimée, échan-
gée, de ne l’accepter qu’avec une impérieuse réserve, on
la rencontre enfin telle que notre registre la contient,
pure, limpide, sans masque, sans truquage ! Oui, quelle
jouissance, quel bien-aise pour des âmes honnêtes comme
les vôtres !...
Cette jouissance , je l’ai éprouvée durant la lecture des
pages de notre petit registre et j’ai voulu vous la faire
partager ; acceptez-la sans réserve, car vous en goûterez,
hélas ! bien rarement, une semblable ; c’est le rayon de
soleil durant les rigueurs de l’hiver, un coin de ciel bleu
durant les angoisses de l'orage. Elle est d’ailleurs une
joie de famille, car ce nom si doux ne vous appartient-il
pas ? ne sommes-nous pas les membres d’une réunion fra¬
ternelle où nous pouvons nous regarder affectueusement,
nous serrer franchement la main, parce que tous ont tra¬
vaillé à l'honneur de la Société et sont bien résolus à le
léguer intact, avec accroissement même, aux générations
futures.
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RAPPORT
SUR
UNE COMMUNICATION DE M. L’ABBÉ DESNOYERS
Relatin au Registre des Procès-Verbaux
de la Sooléti d'Agrioulture, Sciences, Belles-Lettres et Arts d'Orléans
IDE 1882 A. 1894
Par M. PELLETIER
Séance du 15 février 1895.
Lorsque le vieux Rosny, après la mort de son glorieux
maître, le bon roi Henri, dut quitter la scène politique, il
songea, dans sa retraite de Sully-sur-Loire, à fixer ses
souvenirs, et il invita quatre de ses secrétaires à lui
retracer par le détail les différentes actions de sa vie, les
événements auxquels il avait été mêlé, les motifs qui
avaient guidé sa conduite et arrêté ses déterminations.
Sans exagérer une comparaison qui, poussée trop loin,
pourrait manquer d’exactitude, notre Société a trouvé
dans son sein un secrétaire qui s’est offert spontanément
à elle pour lui raconter son passé, établir le bilan de ses
travaux et rendre hommage aux sentiments élevés qui les
ont inspirés. Notre vice-président, M. l’abbé Desnoyers,
s’est chargé de cette tâche. Il a parcouru, avec la curiosité
émue d’un fils qui jette un regard sur les années écoulées
de la vie de sa mère, le registre récemment déposé à nos
archives qui contient le compte rendu de nos séances, de
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janvier 1882 à juillet 1894, et c’est le récit des impressions
qu’il y a puisées que notre excellent collègue nous rap¬
porte, dans le langage vif et animé dont il possède le
secret. Il a donné la vie à ces procès-verbaux arides; il a
caché sous un manteau de pourpre la sécheresse de la
rédaction ; il a fait revivre dans toute leur intensité les
séances dont ils ne sont que le calque effacé. Puis, comme
un juge désintéressé et impartial, il prononce, après examen
de son dossier, un jugement tout à l’honneur des travaux
de la Société et de l’inspiration élevée sous laquelle ils
ont été conçus.
Mais ici se présente un scrupule. Est-il permis de qua¬
lifier M. l’abbé Desnoyers de juge impartial, alors qu’il
partage au contraire toutes les passions de ceux qu’il s’est
donné la mission de juger? En est-il une seule à laquelle il
soit resté étranger ? Passion de la charité, dans le sens le
plus élevé du mot, amour pur et désintéressé de la science
et des lettres, patriotisme embrassant la ville, la province
et la grande patrie du drapeau français, personne ne les
professe avec plus d’ardeur que notre collègue et ne les
manifeste avec plus d’éclat. N’a-t-il pas adopté la belle
devise, à laquelle il a été constamment fidèle : * Præstat
amor patriœ »? Et quelle énergie dans la lutte, lorsque se
présente pour lui l’occasion de combattre le bon combat
pour la défense du droit violé et de la vérité méconnue !
Nul n’a oublié la généreuse initiative avec laquelle il s’est
élevé, dans une réunion des trois sociétés savantes d’Or¬
léans, contre la prétention, accusée dans une circulaire
publique, de la ville de Gien d'être le Genabum de César,
et la protestation vigoureuse de notre collègue qui a
entrainé une déclaration rétablissant la vérité des faits, en
l’honneur des droits de la ville d’Orléans. Faut-il parler
aussi de son dévouement à Jeanne d’Arc, à cette cause
qu’il a faite sienne au point de lui consacrer sa vie tout
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entière et de lui élever ce superbe monument qui s'appelle
le musée de Jeanne d’Arc, à l’inauguration duquel il a
prononcé un discours qui est un modèle de chaleureuse et
vibrante éloquence ?
Nous ne savons si nous nous trompons, mais il semble
bien que la modestie bien connue de M. l’abbé Desnoyers
a fait illusion à lui-même, et qu’en retraçant devant nous
le tableau des sentiments qui passionnent les membres de
cette Société pour tout ce qui est grand, noble et beau, il
a fait son propre portrait et rendu compte inconsciemment
de l’état de son âme et de son grand cœur.
Quoi qu’il en soit, le travail de M. l’abbé Desnoyers est
un travail utile, qui fait passer sous les yeux de la Société
l’œuvre des douze années qui viennent de s'écouler, et la
section en propose l’insertion dans le recueil de ses
Mémoires.
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LE PHYSICIEN CHARLES
Par M. l’abbé MAILLARD
Séance du 29 novembre 1895.
Dans la seconde moitié da xvm* siècle, l’Académie des
Sciences compta deux Orléanais parmi ses membres : le
naturaliste Duhamel et le physicien Charles. Depuis 1894,
le premier a sa statue à Pithiviers ; le nom de Charles sort
à peine d’un oubli qui a duré près de cent ans. Les Anglais,
il est vrai, ont toujours appelé « Loi de Charles > la loi
relative à la dilatation des gaz parfaits ; les Français en
ont fait honneur à Lavoisier. Des articles de journaux, à
propos de Lamartine et d’Elvire, lui ont attiré la sympa¬
thie de quelques délicats lettrés, et c’est tout !
Il nous semble pourtant que Charles mérite mieux qu’une
notice biographique de ses oublieux compatriotes.
Charles (Jacques-Alexandre-César) est né à Beaugency,
le 12 novembre 1746. Son acte de baptême, dressé par
Baudin, vicaire de la paroisse Saint-Firmin, indique qu’il
est fils de Charles (Jacques-Alexandre), conseiller du roy
et son procureur en l’élection de Beaugency, et de dame
Marguerite-Claude Humery de la Boissiére ; il eut pour
parrain Firmin-César Humery de la Boissiére et pour
marraine dame Anne-Louise Charles, veuve de feu M. Jean-
Louis Michau, conseiller du roy en son vivant.
Rien dans l’enfance de Charles ne fit prévoir l’habile
physicien qu’il fut quelques vingt ans plus tard; rien, sinon
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une facilité singulière d’assimilation, un goût délicat pour
les arts et une mémoire étonnante au service d’une intel¬
ligence précoce.
Il se distingua d’abord par de nombreux succès dans ses
études littéraires ; et, dans les loisirs que lui laissait sa
grande facilité, il s'était fait un jeu d’apprendre Y Enéide
du premier au dernier vers et de le réciter du dernier au
premier. L’étude de la Peinture et de la Musique complé¬
tèrent cette éducation et firent de l’écolier un homme du
monde et un savant.
De bonne heure, il quitta sa ville natale pour se rendre
à Paris où il obtint dans les finances un modeste emploi ;
mais le royaume réclamait des réformes et, comme de tout
temps les économies sur les petites bourses ont servi à
équilibrer les budgets, le Contrôleur général des Finances
combla son déficit en supprimant quelques emplois. Charles
y perdit le sien. On lui ôtait peu de chose, on lui laissa
beaucoup, dit son Panégyriste (1) à l’Académie. On lui
laissa ce qui, heureusement, suffit à ceux qui doivent un
jour exceller dans les arts : la libre disposition de son
temps et de ses talents.
En ce moment même, le nom de Franklin, traversantes
mers, arrivait en France ; le paratonnerre venait d’être
inventé; une fièvre nouvelle, la fièvre de l’électricité, s’em¬
parait des esprits ; elle pénétra et fit séjour dans ce petit
coin de terre Orléanais. A Beaugency, Charles ne fut pas
le seul sans doute qu’elle secoua (2), il fut le seul peut-
il) Eloge historique deM. Charles, prononcé à l’Académie royale
des Sciences le 16 juillet 1828 par M. le baron Fourier. (Mémoires de
VAcadémie des Sciences, tome vin, 1829).
(2) M. Dumuis possède le cabinet de physique d’un de ses grands
oncles, M. H.-F. Savart, né et mort à Beangency. Le catalogne des
instruments et le cours de physique expérimentale sont écrits de la
main du physicien amateur. On y lit la date 1770. Ce furent peut-être
les premiers instruments dont Charles se servit pour ses expériences
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être en France pour qui les phénomènes électriques ne
furent pas simplement articles de curiosité. Les expé¬
riences les plus difficiles des physiciens de l'époque
devinrent un jeu pour lui, il y apportait une dextérité que
l’on pourrait dire incomparable. Entouré de ses amis et des
paysans qu’il admettait à ses essais, il se formait ainsi un
auditoire qui grandissait chaque jour; leurs encourage¬
ments et ses succès l’enhardirent à donner des séances
publiques. Ce fut à Paris, place des Victoires, que furent
organisés ces cours, les premiers peut-être établis en
France ; ce ne furent pas les moins brillants.
Le nom de Oharles revint à l’administration des Finances
qui se rappela ses premiers services et lui offrit un nouvel
emploi. Mais Charles avait trouvé sa voie, et, comme il
pouvait disposer de sa place, il la céda, et avec ce capital
inattendu enrichit son cabinet de physique de précieux
instruments.
Bientôt le nom du professeur franchit les murs de Paris;
à l’étranger même, on parlait des merveilleuses expé¬
riences de la place des Victoires. Son cabinet de physique
devint un salon brillant où se rencontraient les person¬
nages illustres et les plus grands savants de l’Europe, parmi
lesquels on cite Volta et Franklin. Ce dernier fut frappé
de la grande habileté du jeune professeur ; « la nature,
disait-il, ne lui a rien refusé, il semble qu’elle lui obéisse ».
Mais aussi Charles ne faisait rien de vulgaire ; il repro¬
duisait en grand, exagérait même les phénomènes de la
nature, au lieu de les rapetisser entre les quatre murs du
laboratoire. C’était là son grand souci. Voulait-il montrer
les effets du microscope? Il produisait un grossissement
énorme. Parlait-il de la chaleur, des miroirs ardents et
à Beaugency. Quoi qu’il en soit, ils sont identiques i ceux laissés par
celui-ci au Conservatoire des Arts et Métiers, identiques à ceux que
l’abbé Noltet a fait graver dans son livre bien connu de physique
expérimentale.
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des lentilles? Il enflammait un bûcher à de grandes dis¬
tances. Dans ses leçons sur l’Electricité, il foudroyait un
animal. * Dès qu’un orage s’annonçait, dit encore le baron
Fourier, ou voyait Charles diriger vers le ciel son appareil
électrique; il faisait descendre du sein des nuages des mil¬
liers d'étincelles formidables, de plus de douze pieds de
longueur, et qui éclataient avec un bruit pareil à celui
d’une arme à feu ». Et, quand on le complimentait sur son
habileté, il répondait qu’elle n’était qu’apparente; rien
n’était laissé au hasard; il répétait dix fois, vingt fois,
pendant des heures entières, une expérience qui devait le
lendemain durer une minute. Ennemi de l’à peu près, il
voulait le succès certain et complet ; cherchant les causes
de non réussite, écartant les obstacles, il y mettait une
sorte de coquetterie, celle des savants ; pendant trente ans,
il fit des milliers d’expériences, il n’en manqua pas une
seule ! D’ailleurs, la beauté de ses traits, la sonorité de sa
voix et jusqu’à son costume étrange composé d’une robe
à la Franklin, ajoutaient encore à l’effet de ses discours.
On était en 1783. Charles avait alors 37 ans, lorsqu’une
découverte inattendue, inouie, jeta l’Europe dans la sur¬
prise et l’admiration. Joseph Montgolfier, dont l’idée pre¬
mière était de pénétrer dans les places fortes au moyen
d’un nuage artificiel contenu dans une enveloppe flexible,
avait envoyé dans les airs, à 1060 toises de hauteur et en
dix minutes, un globe de 110 pieds de circonférence.
Plus que personne, Charles fut frappé d’une si brillante
expérience. L’Académie avait, il est vrai, promis à Mont¬
golfier de lui faire répéter à Paris l’expérience d’Annonay ;
mais les commissions, chacun le sait, sont boiteuses comme
la justice, et le public s’accommodait mal des lenteurs des
académiciens. Faujas de Saint-Fond, professeur au Jardin
des Plantes, ouvrit une souscription, et 10,000 francs furent
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recueillis en quelques jours. Les frères Robert, habiles
constructeurs d’instruments de physique, se chargèrent
d’édifier la machine, Cbarlesdevait diriger leur travail. Sans
chercher quel était le gaz dont se servaient les Montgol¬
fière, il comprit que, si l’expérience avait réussi avec un
fluide deux fois plus léger que l’air, elle réussirait mieux
encore avec le gaz inflammable, quatorze fois plus léger.
Mais ce gaz, l’hydrogène, était encore mal connu, on prit
pour le préparer une méthode grossière. Il fallut quatre
jours, mille.livres de fer, cinq cent livres d’acide sulfurique,
pour gonfler un globe qui soulevait à peine un poids de
dix-huit livres ! Le public assistait à l’opération, place des
Victoires. Il fallut requérir l’assistance du guet pour con¬
tenir l’impatience des curieux.
Le 27 août, tout se trouvant prêt pour l’expérience, on
s’occupa de transporter la machine au Champ-de-Mare où
l’ascension devait s’effectuer. Pour éviter l’encombrement
de la foule, la translation se flt à deux heures du matin.
« Rien n’était si singulier, écrit Faujas de Saint-Fond, que
* de voir ce ballon porté sur un brancard précédé de
* torches allumées, entouré d’un cortège et escorté par un
< détachement du guet à pied et à cheval. Cette marche
* nocturne, la forme et la capacité du corps qu’on portait
c avec tant de pompe et de précautions, le silence qui
* régnait, l’heure indue, tout tendait à répandre sur cette
« opération une singularité et un mystère véritablement
« faits pour en imposer à tous ceux qui n’avaient pas été
« prévenus ; aussi les cochers de fiacre qui se trouvaient
« sur la routeen furent si frappés, que leur premier mouve-
* ment fut d’arrêter leur voiture et de se prosterner hum-
< blement, chapeau bas, pendant tout le temps qu’on défi-
* lait devant eux. »
Dés que le jour parut, on s’occupa de préparer du gaz
pour achever de remplir le ballon et, à midi, il était prêt à
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partir. Trois cent mille personnes, c’est-à-dire la moitié delà
population de Paris, s’étaientdonné rendez-vous au Champ-
de-Mars. A cinq heures seulement, un coup de canon tint
lieu du beaucoup moins solennel « lâchez tout > et, en deux
minutes, le globe fut porté à 1,000 mètres; là il rencontra
un nuage au sein duquel il disparut; mais on le vit bientôt,
perçant la nue, reparaître à une grande hauteur, puis dis¬
paraître de nouveau.
L’idée qu’un corps parti de la terre voyageait en cet ins¬
tant dans l’espace avait quelque chose de si merveilleux,
de si étranger aux lois ordinaires, que l’on ne pouvait se
défendre des plus vives impressions. Beaucoup de personnes
fondaient en larmes, d’autres s’embrassaient, tous rece¬
vaient sans sourciller une pluie violente qui ne cessait de
tomber.
L’aérostat ne fournit pourtant pas la course qu’il aurait
dû ; trop gonflé au départ, il se déchira dans les régions
élevées et descendit après trois heures de marche, au milieu
d’une troupe de paysans de Gonesse qui s’imaginèrent que
la lune tombait du ciel ! Cependant ils ne tardèrent pas à
se rassurer et, pour se venger de la terreur qu'ils avaient
éprouvée, ils firent subir à l’orgueilleux monté si haut le
plus humiliant abaissement ! Le pauvre aérostat fut attaché
à la queue d’un cheval et traîné honteusement à travers les
champs et dans la boue des chemins.
Cet accueil peu bienveillant des habitants de Gonesse au
premier aérostat parti de Paris fit assez de bruit pour que
le gouvernement crût nécessaire de publier un < Avis au
peuple (1) ». On l’avertissait que < l’aspect de globes obs¬
curcis ressemblant à la lune n’était pas un phénomène
effrayant, mais que ces globes étaient des machines com¬
posées de taffetas, non seulement inoffensives, mais desti¬
nées à rendre un jour de grands services à la société. »
(1) Cf. Figüiïr, les Merveilles de la science, tome II.
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— 158 —
Cependant, de leur côté, les frères Montgolfier s’agitaient
et se pressaient, et, le 21 novembre 1783, Pilâtre des
Roziers et le marquis d’Arlande s'élevaient courageusement
dans les airs, et au bout de quelques heures leur ballon,
parti des jardins de la Muette, allait tomber à laButte-aux-
Cailles, aujourd'hui la Barrière d’Enfer. Accompagner
ainsi le globe dans les airs avait été un trait d’audace ;
Charles vit surtout dans ces sortes de voyages le parti que
la physique pouvait en retirer. De concert avec Robert, il
ouvrit une souscription de 10,000 francs pour un globe de
soie devant 'porter deux voyageurs et tenter dans l'air
des observations et expériences de physique.
La souscription fut couverte en quelques jours. La pré¬
paration du ballon montra ce que peut la science entre des
mains habiles ; Charles, en cette occasion, créa tout d’un
coup et tout d’une pièce l’art de l’aérostation.
La soupape qui donne issue au gaz et détermine la des¬
cente graduelle et à la volonté de l’aéronaute, la nacelle
des voyageurs, le filet qui soutient la nacelle, le lest qui
règle l’ascension, l’enduit de caoutchouc qui rend l’étoffe
imperméable, le baromètre qui mesure à chaque instant la
hauteur du ballon furent de l’invention de Charles ; on n’a
fait ni mieux ni plus aujourd’hui.
Dix jours donc après l’ascension du marquis d’Arlande,
le l ,r décembre 1783, le ballon prêt à partir se balançait
sur la place des Tuileries. A midi, le corps académique et
les souscripteurs qui avaientdonné quatre louis furent intro¬
duits dans l’enceinte réservée; les souscripteurs à trois
francs se répandirent dans le reste du jardin. Tout à coup,
le bruit circule dans la foule que Charles et Robert ont reçu
un ordre exprès du roi qui leur défend de monter dans la
nacelle. La foule murmure, les lazzis se croisent, on
répand à profusion la méchante épigramme suivante :
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- 159 —
Profitez bien, Messieurs, de la commune erreur,
La recette est considérable,
C'est un tour de Robert le Diable,
Mais non pas de Richard sans peur.
Charles indigné court chez le baron de Breteuil, et,
comme il est trop tard pour tenter une démarche auprès
du roi, le ministre, heureusement, prend sur lui d'autoriser
la transgression de l’ordre. A une heure et demie donc, le
bruit du canon annonce que l’ascension va s’exécuter.
Avant de monter dans la nacelle, Charles s'avance vers
Étienne Montgolfier, tenant à la main, à l’aide d’une corde,
un petit ballon de six pieds de diamètre. < C’est à vous,
Monsieur, lui dit-il, qu’il appartient de nous montrer la
route des cieux ». Le petit globe était destiné à faire con¬
naître la direction du vent, le mot était donc charmant et
la pensée délicate. Le public la comprit et acclama les deux
rivaux. Le ballon d’essai vola vers leN.-E., faisant reluire
au soleil sa belle couleur d’émeraude, la couleur de l’espé¬
rance.
Une deuxième fois le canon retentit, les voyageurs se
placent dans leur char, comme on disait alors, et, quelques
instants après, l’aérostat monte au-dessus du palais avec
une majestueuse lenteur.
L’enthousiasme longtemps contenu éclate de toutes parts,
les soldats présentent les armes, les officiers saluent de
l’épée, et trois cent mille poitrines lancent vers les voya¬
geurs autant de bravos cent fois répétés.
Parvenu à la hauteur de Montceau, le globe suivit la
direction du vent, traversa la Seine entre Saint-Ouen et
Asnières, et, après une course de quatre heures, remontant,
s’abaissant au moyen de la soupape et du lest, descendit
dans la prairie de Nesles, à neuf lieues de Paris. Robert
quitta la nacelle, mais Charles voulut recommencer le
voyage pour procéder à quelques expériences de physique.
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— 160 —
Vite donc en présence du syndic, du curé du Tillage et du
duc de Chartres qui, seul parmi les cent cavaliers partis ‘de
Paris à la poursuite du ballon, avait pu le rejoindre, on
signa le procès-verbal de la descente (1).
Puis après avoir embrassé les principaux assistants,
Charles frappa dans ses mains et les paysans lâchèrent les
cordes du captif. En dix minutes, le ballon monta à 1,500
toises, le baromètre marquait 18 pouces, le thermomètre
— 5°. Charles eut le plaisir, comme il le dit lui-même, de
voir deux fois le soleil se coucher dans le même jour ;
mais, au bout de 35 minutes, le froid l’obligea à descendre,
il se trouvait à une lieue du second point de départ.
Le Physicien donna lui-même une relation pittoresque
de son ascension (2). Quand les détails arrivèrent à Paris,
ils y causèrent une émotion extraordinaire. A son retour
dans la capitale, Charles fut porté en triomphe : le roi lui
accorda une pension de 1,000 livres, il voulut que l’Aca¬
démie ajoutât le nom de Charles à celui de Montgolâer sur
la médaille que Von se proposait de consacrer à l'invention
des aérostats. On peut s'étonner que Charles neût pas la
(1) Ce procès-verbal, écrit de la main de Charles, est entre les
mains de M. G. Tissandier. On y lit: < Nous soussignés, Charles,
Robert; Jean Burgot, curé de Nesles et Charles Philippet, curé de
Fresnoy; Thomas Hatin, syndic perpétuel de ladite paroisse; Lheu-
reux, curé d’Hedouville, certifions que la machine aérostatique est
descendue entre Nesle et Hedouville dans la prairie de Nesles, à trois
heures trois quarts, en foi de quoi nous avons signé le procès-verbal
écrit dans le char aérostatique par M. Charles •. Suivent les signa¬
tures et celle de P. d'Orléans, duc de Chartres, qui arriva sans doute
après la rédaction du procès-verbal.
Au verso du papier, on lit au crayon le certificat du second voyage
de Charles c et il est reparti à quatre heures et un quart en présence
de Mgr le duc de Chartres et d’autres s ; signé : Burgot, curé de
Nesles.
Voir La Nature , 1882, 3 décembre, n° 444.
(2) Voir cette relation et d’autres détails curieux dans le livre de
Figuier, les Merveilles de la science , tome II.
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modestie de refuser ; ou s’étonnera davantage d’apprendre
que là se borna le cours de sa carrière aérostatique. Com¬
ment le désir de nouvelles découvertes scientifiques ne
l’entraîna-t-il pas cent fois dans les airs ? On l’ignore ; on
prétend que, pour rien au monde; il ne voulut renouveler
l’impression qu’il ressentit, quand le ballon, délesté du poids
de son compagnon, l’emporta à 4,000 mètres avec la rapi¬
dité d’une flèche. En tout cas, dit une méchante langue,
répétant le mot de Condé « il eut du courage, ce jour-là »
et ce jour-là lui valut une renommée européenne. Les vers
et la prose le célébrèrent, la gravure (1) et les chansons
le rendirent populaire.
Voici quelques couplets où l’événement est raconté
avec des accents enthousiastes et grotesques tout à la fois,
sur l’air du « Curé de Dole : »
Ecoutez, ma mie :
Dans les Tuileries
On a vu Charles et Robert
S’allant promener dans les airs,
Ça faisait envie.
Les cœurs s'attendrissent
Pendant qu'ils se hissent.
— En saluant du drapeau
Un d’eux lâche son chapeau,
Sur un cent de Suisses.
Sur une montagne
Pierre et sa compagne
S’effrayent en le voyant,
Quittent leurs travaux disant :
V’ià le diable en campagne.
Un curé de village
Accourt tout en nage.
(1) M. O. Tissandier possède dans sa collection un grand nombre
de gravures et estampes à la gloire de Charles. La caricature Be mit
aussi de la partie, il fallait s’y attendre. M. Dumqis en possède un
curieux exemplaire.
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Il apporte du papier,
Sa plume et sou encrier ;
Et son personnage.
Toute chose écrite,
Charles tout de suite
Donne des coups sur les doigts
Chacun lâche son endroit.
Zest ! il prend la fuite.
Le beau de l'histoire,
Y t’nait l'écritoire.
Le curé crie au voleur,
Qu'on l'arrête ! Il n’a pas peur,
Vous pouvez m’en croire !
Que pareille histoire
Est digne de gloire
Et bien vite à la santé
De leur intrépidité,
Ma mie, allons boire 1
Et cette autre que toute la France chanta :
L'autre jour quittant mon manoir
Je fis rencontre sur le soir
D’un globiste de haut parage.
Il s’en allait tout bonnement
Chercher son lit au firmament.
Et moi je lui dis : bon voyage.
Dans sa poche un bonnet de nuit
Pour la lune un mot de crédit
Chacun le comblait de louanges,
D'après ce secret merveilleux
On s’en va dîner chez les Dieux,
Prendre son café chez les anges.
Sœur Colette, dans son couvent,
A l’aspect d’un globe mouvant
S'écriait ah ! chose incroyable !
Il va pleuvoir dans nos jardins
Des étourdis qui, par essaims,
Répandront un air inflammable
Etc..., etc...
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L’Europe entière se passionna bientôt pour ce genre de
spectacle. Paris, Grenoble, Mâcon, Lyon eurent leur
ascension.
En avril 1784, Charles lui-même ât partir sur le grand
Mail d’Orléans un ballon assez considérable, dans l’inten¬
tion de faire connaître aux Orléanais un globe aérosta¬
tique (1).
Enfin le caprice de la mode ne manqua pas de s’emparer
de cet attrait nouveau (2). M m ® Bertin, la première modiste
du temps, confectionnait pour dames des chapeaux à la
Montgolfière, au globe volant, à l'air inflammable. On
vendait sur les quais des estampes comiques au Globe ; les
objets d’art, les bonbonnières, les pendules, les cages d’oi¬
seaux même figuraient des aérostats. Les rubans et les
cravates étaient à la Charles et Robert.
Vers cette époque, Charles eut avec Jean-Paul Marat
une querelle qu’il n’avait pas cherchée. Le futur Ami du
peuple, alors âgé de 41 ans, était en ce temps là médecin
des gardes du comte d’Artois. De son cerveau enflammé
par la maladie et bouillant de fièvre sortaient déjà des idées
étranges sur toutes choses. Pour le moment, il étudiait la
physique. Il avait même écrit un ouvrage sur l’optique où
il combattait les vues de Newton. Un jour, il se présenta
chez Charles pour lui exposer ses théories. Charles ne se
fit aucun scrupule de combattre les opinions de son visiteur.
Peut-être le fit-il un peu vertement ; quoi qu’il en soit,
Marat tira tout à coup une petite épée qu’il portait tou¬
jours et se précipita sur son contradicteur. Charles la lui
arracha, la brisa sous ses pieds et, perdant lui-même la
tête dans l’ardeur du triomphe, il infligea à l’insolent ren¬
versé sur le parquet l’humiliante punition que les enfants
(1) Recherches historiques sur l’Orléanais , par Lottin.
(2) La Nature a reproduit des gravures de modes de cette époque
(12 octobre 1895).
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— 164 —
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connaissaient encore à la fin du siècle dernier. Accablé
par la colère, la honte et le châtiment lui-même, Marat
perdit connaissance’; on appela le guet qui le transporta
chez lui évanoui. Charles conserva le tronçon de l’épée
de Marat. L’Ami du peuple eut le bon goût de ne pas songer
à venger, en 1792, les offenses faites neuf ans auparavant
au physicien méprisé.
Au 10 août, quand le peuple de Paris envahit les Tui¬
leries, une troupe d’hommes armés pénétra dans le cabinet
de Charles. Pensionnaire du roi et membre de l’Académie
des Sciences, Charles était logé dans la galerie d’Apollon.
C’est là que les patriotes, ivres de leur victoire, le trou¬
vèrent au milieu de ses instruments de physique. On dit
qu’ayant montré aux envahisseurs le char dans lequel il
s’était élevé dans les airs et qu’on voyait suspendu au
plafond de la galerie, ces hommes saisis de respect se reti¬
rèrent en silence (1). Quand le torrent se fut écoulé, le
physicien respira comme un homme sorti de la plus cruelle
angoisse. A deux pas de là, il tenait caché depuis deux mois
son frère, curé de la paroisse de Saint-Paterne d’Orléans (2).
★
* *
Charles ne fut pas inquiété pendant la Terreur et, lors
de la création de l’Institut national en 1795, il fut admis
l'un des premiers dans la section des Sciences. Les événe-
(1) Fourier. Loc. cit.
(2) Charles (Charles-Jules-César) fut curé de Saint-Paterne de 1781 à
1813, puis chanoine de la Cathédrale d’Orléans. 11 prêta probablement
serment à la Constitution civile du clergé en 1790 ; mais il dut aussi
se rétracter, car il refusa énergiquement de prêter celui de 1795
beaucoup moins important pour la foi catholique et fut poursuivi par
les Jacobins d’Orléans comme « aristocrate et fanatique, b II mourut
le 22 mars 1823, quinze jours avant son frère le physicien, laissant
dans sa paroisse, à laquelle il fit un legs généreux, le souvenir d'un
prêtre zélé et charitable.
La Paroisse de Saint-Paterne par M. l'abbé Surcin (Herluison,
éditeur).
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ments politiques ne semblent pas l'avoir distrait de ses
chères études. Il s’occupa exclusivement de mathématiques
et de physique jusqu’en 1804, époque à laquelle il épousa
M Ue Julie-Françoise Bouchaud des Herettes qui, plus tard,
fut chantée par Lamartine dans ses Méditations , sous le
nom d’Elvire, et, sous celui de Julie, dans Raphaël .
L’histoire de ce mariage est un vrai roman. Le récit n’en
est autre pourtant que celui fait par Julie elle-même à
Raphaël. Il est vrai que M Uc des Herettes était créole et
qu’elle vint en France à l’âge de neuf ans ; mais ce ne fut
pas « dans une de ces somptueuses maisons où l’État recueille
les filles des citoyens morts pour la Patrie, qu’un vieillard
envoyé par l’Empereur pour visiter la maison d’éducation »
remarqua la joune créole et lui proposa d’accepter, « aux
yeux du monde et pour le monde seul, le nom, la main
d’un vieillard qui ne serait qu’un père sous le titre d’é¬
poux. »
L’historien de Beaugency (1) donne au mariage une pré¬
face plus simple, mais non moins romantique, bien que vraie
dans son ensemble, croyons-nous. Charles se promenait,
aux environs de sa campagne de Guignes, près de Tavers,
quand il aperçut cette jeune fille de vingt ans. Sa figure
pâle et maladive fit sur lui une impression que l’on retrouve
dans toutes les lettres où il parle d’elle : c’est un mélange
d’amour pour l’idéal rêvé et de sympathique pitié pour
l’être souffrant. Julie ne dédaigna pas la main d’un homme
de 58 ans, mais célèbre, bien de sa personne et charmeur
par dessus tout.
Il le fit bien voir quelques semaines plus tard. M. des
Herettes, un terrible homme, ne voulait pas entendre
parler de cette union. Charles, sans se faire connaître par-
(1) Histoire de Beaugency par M. Lorrin de ChaffiD, un parent de
'Charles. Nous pensons que cette rencontre se fit près de Tours, à La
Grange, oû habitait M. des Herettes.
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vint & s’introduire chez lui et fit sa conquête en si peu de
temps, que celui-ci se mit à lui dire ses tourments et les
folles idées de sa fllle qui voulait épouser un vieillard. Si
encore ce vieillard était son aimable visiteur!!.C’était
lui en effet, mais le dénouement ne finit pas ainsi. Il y eut
une année pleine d’incertitudes. M. des Herettes refusa
d’abord, puis promit sa fille dans un an, puis jura, sacra,
renia Dieu et enfin pleurant, cédant, la donna à Charles (1).
Lui-même raconte ainsi cette scène, dans une lettre
qu’il écrivait à ses bons amis Les Vindé :
La Grange, près Tours, le 4 thermidor an XII
(23 juillet 1804)
c Enfin je puis aujourd’hui vous donner des nouvelles
positives ; jeudi prochain, j'épouse cette bonne Julie et,
dans quinze jours, j’espère être de retour avec elle à Paris]».
Et quelques lignes plus loin, parlant de son futur beau-
père qu’il appelle Western, personnage d’une comédie de
Desforges : < 11 disait encore hier entre ses dents à l’un de
nous : oh ! si j'étais le maître !... et si nous ne l’avions pas
aussi bien emmaillotté, ce gros poupard, qui sait si jeudi
matin il ne lui prendrait pas la fantaisie d’apposer son veto
à la cérémonie !
< Je n’ai pas le loisir de vous donner des détails, j’irai
quelque beau matin vous compter tont cela; en attendant
il faut bien que vous et M“* de Vindé, vous vous conten¬
tiez du titre des chapitres :
« 1* Voyage, arrivée à Orléans et départ pour Tours;
< 2* Arrivée chez le bon oncle, réception de Julie et de
l’oncle. Accueil terrible de Western ;
(1) M. Anatole France a réuni bous le titre : VElvire de Lamartine ,
des documents fort carieux et inédits sur M. et M m * Charles, dont
nous avons largement profité pour cette partie de notre étude (B.
Champion, libraire, 9, quai Voltaire).
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< 3° Scène du soir avec le père. Il s’amadoue, etc. ;
* 4* Western promet sa fille dans un an, jure, sacre,
renie Dieu et au bout de la même phrase il prend la main
de sa fille en pleurant, la met dans celle de son ami :
Hé bien! là, je vous la donne, ma fille, la voilà, elle est à
vous, à présent n’en parlons plus !
« 5* Le lendemain il ne veut plus de tout cela. Enfin, au
bout d’un mois de tergiversations, de repentirs et de va¬
riantes, Julie est unie à son ami.
CHAPITRE DBBNIBE
< Charles et Julie, à La Celle, racontent leurs aventures
à M“* de Vindé qui parle toujours en les écoutant et qui,
lorsque c’est fini, dit : * Vous en passez, ce n’est pas là
tout ».
Julie des Herettes avait alors 22 ans. C’était en vérité
une excellente créature, à imagination vive et quelque peu
folle. Comme chez tous les pauvres malades atteints à la
poitrine, la phtisie donnait à son cœur une soif exagérée de
tendresse. Personne ne chercha plus qu’elle à répandre des
bienfaits pour mériter la reconnaissance de ses obligés.
Jamais on ne vit solliciteuse plus tenace, mais aussi plus
désintéressée pour ses amis. Charles se flattait de réparer
par ses soins cette constitution délabrée ; il se montre plus
inquiet de la santé de Julie que de la sienne, mais Julie
devait rester toute sa vie une malade et mourir jeune. c De
toutes les héroïnes poétiques, dit M. A. France (1), celle-là
est certainement la plus souffrante, et elle a bien fait pour
sa gloire de vivre dans un temps où la langueur était un
charme chez les femmes. >
De 1804 à 1811, ils vécurent à Paris, recevant quelques
amis; mais, vers 1809, Charles se sentit atteint de la terrible
(1) Loc. cit. p. 16.
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maladie dont il devait mourir. Il souffrait de la pierre et
l’incommodité de ce mal était telle qu’en 1811, il pouvait à
peine sortir de chez lui, redoutant deux heures de voiture
pour se rendre chez ses amis les Yindé.
Pourtant il supportait ses infirmités avec une gaîté cou¬
rageuse qu’il traduisait parfois dans ses lettres par une
boutade quelque peu rabelaisienne, à côté d’une réminis¬
cence classique. Toujours il conserva cette bonhomie
souriante qu’on aime à rencontrer chez un vieillard ac¬
cablé d’infirmités; il écrit aux Yindé :
< J’ai grand regret qu’il n’y ait pas seulement un pauvre
petit ruisseau qui mène de Paris à Celle. Je me laisserais
aller à vau l’eau comme une grenouille. Que dirait M“* de
Yindé, si j’allais lui rappeler l’apparition d’Ulysse à la prin¬
cesse Nausicaa, tout au beau milieu de sa prairie? »
Au commencement de la Restauration, Charles qui avait
été nommé chevalier de la Légion d’honneur, professeur au
Conservatoire, membre de l’Institut (1) et son bibliothécaire,
habitait un petit appartement du Palais Mazarin, près de
la coupole. Il y recevait avec sa femme une société choisie
où se rencontraient Suard, Lally-Tollendal, Lainé, Rayne-
val et le baron Mounier, qui servit tour à tour l’Empire, la
première et la seconde Restauration. C’était un homme
puissant dont Julie se servit pour le grand bien de ses pro¬
tégés. Les Vindé et Vaudreuil étaient de toutes les réu¬
nions. Un nouvel ami, M. de Bonald, venait aux thés de
l’Institut et Lamartine fit, à la prière d’Elvire, une ode (2)
au grand écrivain catholique dont le spiritualisme plaisait
à la rêveuse Julie.
En 1816, les médecins l’avaient envoyée à Aix, en Savoie,
demander aux eaux quelques années de santé. Elle y souf-
(1) Le successeur de Charles, à l’Académie des Sciences, fut Fresnel.
(2) « Le Génie >, Premières méditations.
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— 169 —
frait depuis six semaines, seule et ennuyée, quand elle y
rencontra Alphonse de Lamartine, venu lui-même soigner
un engorgement de foie et des palpitations de cœur. Nous
ne chercherons pas quels liens les unirent. Lamartine
trouva, dit M. A. France, en M m * Charles la figure de ses
rêves, un beau fantôme avec des bandeaux noirs et de
beaux yeux battus. Dans le roman que le poète aurait pu
intituler « Mes Confidences», Raphaël dit à Julie: c Je vous
ai comprise et le serment de l’éternelle innocence de mon
amour a été juré dans mon cœur avant que vous eussiez
achevé de me le demander ». Quoi qu’il en soit, Elvire fut
pour Lamartine un motif lyrique dont il tira des effets mer¬
veilleux. Le Lac, l'Immortalité, le Temple, le Crucifix, le
Désespoir, les plus belles Méditations sont les échos har¬
monieux et vagues de cet amour, fait de joies et de dou¬
leurs, de chasteté et d’abandon du cœur, d'effusions reli¬
gieuses et de dangereuses confidences.
Revenue à Paris, M m * Charles présenta à ses invités son
jeune ami; elle voulait lui donner la fortune et le renom,
ce fut lui qui lui donna l’immortalité. Lamartine resta six
mois à Paris, puis il partit pour Mâcon. Il ne devait plus
voir Elvire (1) ; elle mourut l’année suivante à l’âge de
36 ans (18 décembre 1811). Dans Raphaël, Julie d’athée
qu’elle était croit subitement en Dieu dans une promenade
qu’elle fait avec Raphaël sur les hauteurs du parc de Saint-
Cloud (2). M m * Charles mourut en effet en chrétienne con¬
vertie sans doute par M. de Bonald. M. de Virieu prit le
crucifix qu’on avait placé sur le lit mortuaire et l’envoya
à Lamartine. A la nouvelle de cette mort, le poète erra trois
(1) Lamartine était à Aix en septembre 1817. Il y composa le Lac
trois mois avant la mort d’Elvire. Le poète la savait perdue et la
chantait déjà comme une morte.
(2} Raphaël, LXXXVIII. Voir aussi la lettre de Julie où elle fait
part à Raphaël de sa réconciliation avec Dieu, CIL
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— 170 —
jours et trois nuits dans la montagne : ce fut la première
grande douleur de sa vie, ce fut aussi la plus durable (1).
Charles survécut cinq ans et quatre mois à sa jeune femme.
Après avoir enduré une opération qui était presque sans
espoir, il mourut en chrétien trois jours après, le 7 avril
1823. Il avait 76 ans.
< Les témoins de ses derniers instants se rappelleront
toujours, dit le baron Fourier, ce mélange inaccoutumé de
sérénité et de douleurs, et ces paroles si ingénieuses qu'in¬
terrompaient des souffrances cruelles. La tendre piété de
sa famille, les beaux arts toujours fidèles, l’amitié l’avaient
consolé dans le cours de sa vie ; nous l'avons entendu dire
qu’il allait mourir sans regret, parce qu’il espérait de
n’être pas entièrement oublié de ses amis. Les sciences
honorent sa mémoire, sa famille consacre le souvenir de
ses vertus, tous ceux qui ont pu le connaître se plaisent à
s’entretenir de ses talents, de son caractère noble, aimable
et généreux; ses derniers souhaits sont accomplis ».
★
¥ ¥
Noblesse, amabilité, générosité, telles sont en effet les
trois qualités qui caractérisent cette âme sympathique à tous
ceux qui l’ont connue ou étudiée. Elles se lisaient sur son
visage. « Les traits de cet homme illustre, dit le Pseudo-
Raphaël, étaient réguliers comme ces lignes pures des pro¬
fils antiques, ses yeux bleus avaient le regard adouci, mais
pénétrant... sa bouche était fine, enjouée. *
La ville de Cluny garde un portrait au pastel du physi¬
cien Charles, il vient de son frère, le curé de Saint-Paterne.
Son buste, œuvre fine et distinguée du sculpteur Boizot, fut
(1) < Les grandes douleurs sont muettes, a-ton dit, cela est vrai.
« Je réprouvai après la première grande douleur de ma vie. Pendant
« six mois, je me renfermai comme dans un linceul avec l'image de
c ce que j'avais aimé et perdu ». Lamartine écrivit ces lignes en 1819
(Méditations).
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- 171 —
doQné par le père de Charles à la ville de Beaugency, à
la suite d'un vœu émis par le Conseil municipal le 21 plu¬
viôse de l'an IX (10 février 1801) (1). « Ce buste, dit
M. J. Lemaître, est d’un très joli homme, cheveux bouclés,
front noble, nez droit un peu long, visage aminci par le
bas, une expression de finesse et de douceur (2) ». On sait
que M. Lemaître possède à Tavers la maison que le physi¬
cien habita pendant la Terreur et jusqu’aux premières
années de la Restauration. On l’appelle encore la « maison
de Charles ». < Elle n’est pas belle, écrit-il dans un billet du
matin adressé au journal le Temps } ce n'est qu'une grande
(1) Voici le texte de cette demande :
< Un membre fait observer au Conseil municipal que la salle des
a séances était ornée de bustes d’hommes illustres : qu’il voyait avec
c peine qu’on avait négligé de se procurer celui du citoyen Charles
« fils aîné, notre contemporain aéronaute, et membre de l’Institut de
c France, natif de cette commune, qui, par ses profondes connais-
< sances dans les hautes sciences, s’est élevé au rang des hommes
« célèbres ; qu’on verrait avec plaisir le buste du citoyen Charles
f figurer avec ceux de J.-J. Rousseau, Voltaire, Franklin ; que l’étran-
t ger y apprendrait qu’il a pris naissance dans nos murs, et que nous
€ nous honorons de le compter au nombre de nos concitoyens : qu’il
c sait que le citoyen Charles, son père, possède le buste de son fils ;
a qu’il propose à l’assemblée d’arrêter que par son président il sera,
< au nom du Conseil municipal, écrit une lettre au citoyen Charles
c père pour lui témoigner combien le Conseil serait flatté de posséder
c le buste de son fils aîné pour le placer honorablement au lieu de ses
« séances et l’inviter à s’en dessaisir en faveur du Conseil ».
Avis unanime fut donné.
Ce buste orne aujourd’hui la bibliothèque municipale ; il porte la
devise suivante :
Auras ascensu super ans, Deus ipse videtur,
Communiqué par M. J. Destràs, secrétaire de la mairie de Beau m
gency.
(2) Boizot, né en 1743, sculpteur renommé à la fin du siècle der¬
nier. On lui doit le buste de Racine placé à l’Institut, les ornements
des tours de Saiot-Sulpice et la fontaine du Châtelet. Le sculpteur
Monceau a fait le buste de Charles, c’est presque la copie de celui de
Boizot.
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— 172 —
maison de paysan, mais il y a, au premier, une chambre
assez vaste avec une large fenêtre d’où l’on voit de beaux
prés et à l’horizon, do l’autre côté de la Loire, la ligne
bleuâtre des bois de Sologne (1). »
Un habitant de Beaugency m’écrit : « Il existe encore à
Tavers des vieillards qui ont connu M. Charles. L’illustre
physicien allait pendant la belle saison voir les vignerons,
causait familièrement avec eux ; il était très affable. Je ne
leur ai jamais entendu parler de M"" Charles. >
L’État acheta au professeur son cabinet de physique et
lui en laissa la jouissance jusqu’à sa mort, c’était un des
plus beaux de l'Europe. Il est tout entier au Conservatoire
des Arts et Métiers (2).
La tombe de Charles est au Père-Lachaise dans la 11
division qui porte le nom du poète Delille. Quoique an¬
cienne, il est visible qu’elle est l’objet de soins particuliers.
Un petit fusain verdit devant la pierre funèbre. Les
registres du cimetière mentionnent que Charles fut inhumé
seul, on n’y trouve aucune trace de l’inhumation de sa
femme.
Reste-t-il quelque chose de l’œuvre scientifique de
Charles? Sans doute ses découvertes furent peu nom¬
breuses, elles furent surtout importantes. Sans parler des
aérostats identiques encore à ce qu’ils étaient en 1784, ses
expériences et lois sur la dilatabilité des gaz sont devenues
classiques. Biot a reproduit ses études dans son Traité
de 'physique expérimentale et mathèmathique. C’est
Charles qui trouva que le paratonnerre protégeait une zone
de rayon égal à deux fois la hauteur de la tige. On lui
doit l’invention du goniomètre et du mégascope en optique
et le perfectionnement de l’aéromètre de Fahrenheit.
(1) Le Temps, 9 juillet 1889.
(2) Charles en avait un autre, paraît-il, cher un de ses amis, dans le
Vendômois. J’ignore ce qu’il est devenu.
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— 173 —
On pourrait penser que Charles ne fut qu’un habile pré¬
parateur de physique, comme on dirait aujourd’hui. Les
théorèmes de mathématiques supérieures qu’on trouve à
son nom dans les Bulletins de l’Académie des Sciences
de 1785 à 1791, prouvent toute l’étendue de son savoir.
Tels sont ses travaux sur les Équations en différences
finies qui oni deux intégrales complètes (quatre rapports:
en 1785, 1786,1781) et ses Recherches sur le calcul inté¬
gral (1786). Citons encore : unEssaisurla comparabilité
des thermomètres et des moyens de s'en servir comme
aèromètres (1789, avril) et quelques articles dans la partie
mathématique de l'Encyclopédie méthodique. Enfin,
nommé bibliothécaire de l’Institut, il fut toujours désigné
pour coopérer aux travaux communs à l’Académie des
Sciences et celle des Beaux-Arts de 1800 à 1816. Le baron
Fourier fait, en effet, allusion au goût artistique du savant
dans les lignes que nous avons citées plus haut.
Un dernier mot et un souhait : Depuis vingt ans, il n’est
pas si petite ville de province qui ne cherche dans ses An¬
nales le nom de quelqu’un de ses enfants ayant illustré les
lettres, les sciences ou les arts.
Charles, que l’Europe et l’Amérique envièrent à la
France, à la fin du siècle dernier, n’aura-t-il pas sa statue
avant la fin de ce siècle, sur la place du vieil et pittoresque
Beaugency ? Si j’étais académicien et possesseur de la
maison de Charles, je me mettrais volontiers à la tête d’une
liste de souscription.
J’ai voulu du moins faire revivre cette figure inconnue
peut-être, oubliée sûrement de ses compatriotes. Je n’étais
qu’un chercheur curieux en commençant cette biographie,
je suis devenu en la finissant l’admirateur sincère et
aimant d’un très aimable savant.
*****
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RAPPORT
SUE LE
ILÆÉaÆCXER/IE Q,TTI iFRÆQCÈIDE
Par M. E. PELLETIER
Séance du 6 décembre 1895.
M. l’abbé Maillard, par une notice rédigée dans une
forme très littéraire, vient de reconstituer devant nous la
figure aimable d’un de nos compatriotes de l’Orléanais,
savant un peu trop oublié aujourd’hui, mais qui a eu, en
son temps, une célébrité assez retentissante pour lui valoir
une bruyante popularité.
Le physicien Charles, né à Beaugency, a, en effet,
attaché son nom aux premières découvertes de l’aérosta-
tion. C’était au temps où Montgolfier avait imaginé de
s’élever dans les airs au moyen d’une certaine quantité
d’air échauffé, contenu dans une enveloppe, et devenu
ainsi plus léger que la masse atmosphérique. Charles, que
désignaient ses travaux de physique et ses talents d’habile
expérimentateur, fut choisi pour répéter à Paris l’expé¬
rience que les frères Montgolfier avaient exécutée à
Annonay. Mais, en se livrant aux préparatifs de cette opé¬
ration, il comprit que, si, au lieu de l’air échauffé, il
employait un gaz plus léger, les résultats seraient plus
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considérables, et il eut l’idée de gonfler un ballon avec le gaz
hjrdrogêne, nommé alors gaz inflammable. Le 28 août 1783,
en présence d’une quantité prodigieuse de curieux qui
s’étaient donné rendez-vous au Champ-de-Mars, on vit le
ballon s’élever, en quelques instants, à 1,000 mètres dans
les nues, où il disparut, puis reparaître de nouveau pour
aller tomber dans la campagne, à la grande terreur des
paysans qui croyaient voir la lune descendre sur la terre.
Cette expérience fut renouvelée d’une manière plus com¬
plète, le 1 er décembre suivant, avec cette différence que
Charles monta dans la nacelle avec Etienne Montgolfier.
Les voyageurs atterrirent doucement, après une course de
quatre heures, au village de Montereau ; mais. Charles
remonta de nouveau à 1,500 toises et dut redescendre au
bout d’une demi-heure, chassé par le froid, non loin de ce
second point de départ. Ce succès lui valut un véritable
triomphe, il obtint une renommée européenne que ren¬
dirent populaire la gravure, la poésie, et même des chan¬
sons, dont quelques-unes nous sont rapportées par M. l’abhé
Maillard. Il n’est pas jusqu’aux caprices de la mode qui ne
se missent de la partie en faisant figurer des aérostats dans
les objets de toilette des femmes et les divers articles de
bimbeloterie du temps.
Ici s’arrête la partie retentissante de la carrière de
Charles, qu’on voit, non sans un certain étonnement, cesser
de s’occuper de recherches aérostatiques.
Plus heureux que le chimiste Lavoisier, il passa le temps
de la Terreur sans avoir été inquiété. Il se consacra tout
entier à des études de mathématiques supérieures et de
physique. En 1795, il fut compris dans la section des
sciences de l’Institut, et les bulletins de l’Académie des
Sciences contiennent de nombreux mémoires qui donnent la
mesure de l’étendue de son savoir. Il avait également
l'amour des arts et des belles-lettres, car, nommé biblio-
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thécaire de l'Institut, il était fréquemment désigné pour
coopérer aux travaux communs à l’Académie des Sciences
et des Beaux-Arts.
En 1804, il épousa M"* des Hérettes ; il était alors âgé
de 58 ans. Il faut lire, dans le récit animé de l’auteur du
mémoire, les épisodes romanesques qui accompagnèrent la
conclusion de ce mariage, combattu, à raison de l’âge du
prétendant, par la famille de la jeune femme. Celle-ci tint
bonnéanmoins et fut célébrée plus tard, sous lenomd’Elvire,
par Lamartine, qui trouva à son sujet les plus belles inspi¬
rations de ses Méditations, notamment la pièce duLac, que
la musique de Niedermeyer a encore popularisée. Charles
lui survécut cinq années, et mourut à 75 ans, à la suite
d’une longue et cruelle maladie, courageusement supportée,
laissant autour de lui le souvenir d’un homme de bien,
aimable et digne de toutes les sympathies.
Telle fut la carrière de ce savant, dont la gloire posthume
n'est pas certainement à la hauteur de sou mérite et de ses
talents. M. l’abbé Maillard exprime le regret qu'une statue
de Charles ne figure pas sur une des places publiques de la
ville de Beaugency. Il est certain qu’un pareil hommage
n’aurait rien d’exagéré, à une époque surtout où le marbre
et le bronze sont prodigués à des héros d’une envergure
assurément plus mince. La Société des Sciences s’est asso¬
ciée à ce regret en exprimant le vœu, dans sa dernière
séance, qu’une demande fût adressée à la municipalité de
Beaugency à l’effet de faire reproduire par un moulage le
buste de Charles, œuvre du sculpteur Boizot, offert par la
famille du savant à sa ville natale et conservé dans une des
salles de la Mairie.
Nous demandons à la section d’approuver le fin et inté¬
ressant travail de M. l’abbé Maillard et de conclure à son
insertion dans les Annales de la Société.
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RECHERCHES
SUR LES
QUALITÉS HYGIÉNIQUES DES VINS
Employés comme boissons
Par M. Félix MASURE
Mémoire lu dans les séances d’Avril, Mai, Juin
et Juillet 1895
AVANT-PROPOS
A MM. les membres de la Société d’Agriculture, Belles-Lettres,
Sciences et Arts d'Orléans.
Nous prions nos collègues de nous permettre d’indiquer
pourquoi nous avons entrepris ces recherches et comment nous
les avons poursuivies et achevées.
Nous devons l’avouer, nous avons commencé celte étude dans
un intérêt personnel. Notre organisme, fatigué pendant de
longues années par de cruelles atteintes de gastralgie, ne pou¬
vait être reconstitué, d’après l’avis de la Faculté, que par un
régime sévère, par le choix d’aliments et surtout de boissons
hygiéniques. Or, à Orléans, la boulangerie et la boucherie nous
donnent de bons produits, l’eau du Loiret est excellente ; les
vins seuls peuvent être bons ou mauvais. C’est pourquoi nous
avons consacré nos loisirs à l’étude des vins, pour apprendre
à en connaître les qualités hygiéniques et pouvoir ainsi faire
des choix favorables à notre santé. Nous avons réussi.
12
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— 178 —
Nous avons d’abord étudié à fond les Pasteur, les Gautier,
les Girard et leurs élèves, qui, par leurs travaux, ont pu établir
avec autorité les bases scientifiques de l’œnologie (1). Nous
avons avec soin analysé leurs ouvrages et résumé leurs doc¬
trines.
Puis, nous avons installé chez nous un laboratoire modeste,
mais pourvu des instruments et des produits chimiques néces¬
saires et suffisants pour faire les analyses de vins.
Nous avons eu, qui plus est, la mission d’enseigner l’œno¬
logie pendant cinq années, de 1887 à 1892, à plusieurs de nos
anciens élèves, fils d’honorables négociants d’Orléans, qui en
avaient compris l’importance pour leur commerce. Nous avons
fait, dans ces leçons, d’innombrables expériences et plus de
cinquante analyses complètes de vins de toutes sortes.
Enfin, en 1894, chargé par le Ministère de l’Agriculture de
faire au Concours régional une conférence publique sur les
vins du Loiret, nous avons dû analyser complètement plus de
40 espèces de vins. (Le mauvais état de notre vue ne nous a
pas permis de donner la conférence, mais le travail de ces
recherches était complet et achevé).
(1) Pasteur : Études sur le vinaigre , 1868 — Études sur les vins ;
ses maladies; causes qui les provoquent.
A. Gautier : Article Vin du dictionnaire de Wurtz. — Sophistica¬
tion et analyse des vins , 4 e édition, 1891.
Ch. Girard : Documents sur les falsifications des denrées alimen¬
taires, , 1885. — Travaux du Laboratoire municipal de Paris.
Magnier de la Source : Composition et analyse des vins . —
Recherche des altérations , 1881.
D r Carle, de Bordeaux : Etude chimique et hygiénique du vin
(thèse), Bordeaux, 1880.
Boucherie (Maurice) : Etude sur les boissons fermentées (sans
date).
Husson : Du vin, ses propriétés , sa composition , sa préparation ,
ses maladies , ses falsifications , Paris, 1877.
Brun : Guide pratique pour reconnaître les fraudes et les mala¬
dies du vin (Paris, sans date).
Chevallier : Dictionnaire des altérations et des falsifications des
substances alimentaires (Paris, 1857).
Jacquemain : Études des levures de vin (Nancy, 1893).
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- 179 —
Nous allons, dans ce mémoire, présenter au point de vue de
l’hygiène des vins un Résumé des principes scientifiques de
nos études d’œnologie, terminé par les résultats numériques de
nos analyses sur les vins du Loiret.
Nos recherches peuvent intéresser trois catégories de lecteurs :
1° Nous pourrions persuader les viticulteurs sérieux de l’uti¬
lité d’apprendre à l’école des savants œnologues, nos maîtres,
comment ils doivent préparer les produits de leurs vignobles
pour obtenu* des vins doués de toutes les qualités hygiéniques
désirables ;
2* Les négociants en vins , les débitants de toute catégorie
qui répondent, aux yeux de la loi, des vins qu’ils livrent au
commerce ou à la consommation, ont besoin de s’assurer que
ces vins ne sont ni falsifiés, ni fraudés. Nous dirons même
qu’il y a intérêt pour leur commerce à pouvoir le reconnaître
eux-mêmes non seulement par la dégustation, mais par
l’analyse; car acheter les vins sur analyse serait pour les con¬
sommateurs le plus sûr moyen d’avoir confiance dans leurs
fournisseurs. On achète les fumiers et les engrais sur analyse ;
pourquoi serions-nous moins exigeants pour les vins d’où
dépend notre santé?
3° Enfin, les consommateurs , et en particulier les restau¬
rateurs et les chefs de maison, qui ont à s’approvisionner de
vins, doivent être soucieux de conserver la santé de leur clien¬
tèle et de leur personnel. Pour cela, ils ne devraient acheter
que des vins vraiment hygiéniques, exempts de toute falsification
et de toute fraude, et comprendre, en conséquence, que leur
devoir est de s’en assurer avant tout par une dégustation
méthodique, complétée par des essais analytiques faciles à
exécuter, et suffisants pour reconnaître les qualités hygiéniques
des vins qu’ils ont besoin de se procurer.
Nous avons pensé que nos honorables collègues de la
Société d’Agriculture, Belles-Lettres, Sciences et Arts s’intéres¬
seraient à nos recherches; c’est pourquoi nous avons l’honneur
de leur en présenter un résumé fait au point de vue hygié
nique .
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DIVISION DE L’OUVRAGE
Le mémoire comprend deux parties : la première con¬
sacrée aux questions d’hygiène, la deuxième à celles des ana¬
lyses des vins.
Dans la première, après avoir exposé les qualités hygié¬
niques que peuvent avoir les bons vins naturels , on explique
les conditions essentielles qui doivent être remplies pour qu’un
vin les possède.
Dans la deuxième, après avoir rappelé les principales falsi¬
fications qu’on fait subir aux vins naturels et les fraudes qui
sont pratiquées dans le commerce des boissons, on explique
comment on peut les découvrir dans les analyses courantes
et les prouver sûrement dans les expertises légales , en se fon¬
dant sur les règles de l’œnologie basées sur les résultats nu¬
mériques des analyses.
Cette seconde partie est complétée par l’étude des vins du
Loiret de la récolte de 1893.
Dans une annexe qui fait suite au mémoire, l’auteur a en¬
trepris létude comparative des principaux procédés du
dosage de l'extrait sec des vins, qui est une des bases princi¬
pales des règles de l’œnologie.
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RECHERCHES
BUR LES
QUALITÉS HYGIÉNIQUES DES VINS
PREMIÈRE PARTIE
propriétés hygiéniques des bons vins naturels.
CHAPITRE PREMIER
ÉLÉMENTS PRINCIPAUX DES VINS. — AGENTS ORGANISÉS
QU’ILS RENFERMENT. — VIE DU VIN.
Ce que o’est que le vin.
PREMIÈRE SECTION.
COMPOSITION ÉLÉMENTAIRE DES VINS NATURELS.
Les vins doivent évidemment leurs propriétés, leurs qua¬
lités comme leurs défauts, aux éléments dont ils sont
composés. Il faut donc, avant tout, indiquer et classer ces
éléments et en signaler l’importance, afin de pouvoir ensuite
faire ressortir les propriétés spéciales de chaque élément
et faire connaître le rôle qu’il remplit dans les fonctions
hygiéniques des vins employés comme boissons.
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Tous les vins naturels contiennent:
1° Dp Veau , 85 à 95 0 / o en volume, suivant les cas ; en
poids, 850 à 950 gr. par litre.
2° De l'alcool , 5 à 15 °/ 0 en volume, suivant les prove¬
nances; et, en France, le plus ordinairement:
7 à 12 °/ 0 en volume.
50 gr. à 100 gr. en poids par litre ;
( 5 à 7 gr. estimés en acide sulfu¬
rique ;
8 à 12 gr. en poids réel, car les
acides organiques ont tous un
poids atomique bien supérieur à
celui de l’acide sulfurique.
Il importe, au point de vue hygiénique, de distinguer
dans ces 8 à 12 gr. d’acides :
4* Des acides naturels , c’est-à-dire existant tout formés
dans le jus des raisins à leur maturité ; ce sont les acides
tartrique, malique, citrique et autres, soit libres, soit
à l'état de sels acides, comme le bitartrate de potasse, par
exemple ; ces acides sont toujours favorables à la santé,
quand ils proviennent des raisins frais;
5> Des œnotannins, matière colorante naturelle des
vins, qui sont a’cides aussi, soit libres, soit combinés à
des bases dont la plus importante est l’oxyde de fer. Nous
donnerons à ces acides, avec M. A. Gautier, le nom
d'acides œnoliques, pour les distinguer de l'acide tannique
.dont ils sont très différents. Leurs qualités hygiéniques
spéciales ne sont pas moins importantes que celles des
tartres ;
6° Les acides provenant des fermentations alcooliques
(carbonique, succinique) ;
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7° Les acides des fermentations acides (lactique, acé¬
tique, butyrique, œnanthique, etc.); ces acides n’ont pas de
qualités hygiéniques, ils peuvent même être nuisibles,
quand ils sont en trop fortes proportions.
Des principes organiques comprenant :
8® De la glycérine, 6 à 8 gr., d’après Pasteur;
9° Du sucre de raisin, 1 à 3 gr. échappés jusque-là à la
fermentation alcoolique ;
Des gommes et mucilages, qui sont sans importance au
point de vue hygiénique.
Des produits organiques.
On nomme produits organiques, en chimie, les matières
qui se trouvent dans les organes des plantes : telle est
la pulpe des raisins. Ces produits sont formés non seule¬
ment de principes organiques, mais encore de sels miné¬
raux, incorporés pour ainsi dire dans les produits sous
l’influence vitale des organes.
Les produits de la pulpe des raisins se retrouvent dans
le vin, et, comme il sont trop complexes pour être isolés et
définis, on les désigne sous la dénomination vague de ma¬
tières extractives des vins.
Les plus importants de ces produits sont les matières
albuminoïdes et gélatineuses, qui ont la propriété spéciale,
et d’une importance capitale, de servir de nourriture aux
ferments ; on les appelle à ce titre matières fermentes¬
cibles.
Il faut considérer à part dans ces produits organiques
du vin, à cause de leurs qualités hygiéniques :
10* Les matières fermentescibles, albumineuses, gélati¬
neuses et autres matières azotées.
Les produits organiques, comme toutes les matières
végétales, ont comme éléments essentiels :
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11° Des sels minéraux ,
dont
/ phosphorique N
dont
/ la potasse et la soude,
les
1 carbonique (
' les
\ la chaux et la magnésie,
acides
j sulfurique (
1 bases
J l’oxyde de fer et l’alu-
sont :
\ chlorhydrique j
' sont :
V mine.
Citons
enfin comme importants
pour les vins, au point
de vue hygiénique :
12° Les éléments aromatiques , essences, éthers et
aldéhydes qui forment le bouquet des vins (1).
Ces douze éléments principaux jouent chacun des rôles
spéciaux dans les qualités hygiéniques des vins. L’expli¬
cation de ces rôles fera Tobjet du chapitre 2.
Mais, avant, nous devons y joindre, si nous voulons faire
comprendre dès le début ce que cesl que le vin , l’expli¬
cation du rôle des ferments dans cette boisson.
DEUXIÈME SECTION.
LA VIE DU VIN. — SES AGENTS ORGANISÉS
Le vin n’est point une matière inerte, comme on pour¬
rait le croire. Des êtres vivants y pullulent, et leur rôle
(1) Nous devons citer ici, mais pour mémoire seulement :
Les extraits secs des vins et leurs cendres . Leurs dosages font l’objet
des principales déterminations de l’analyse des vins, car on leur fait
jouer un grand rôle dans les règles de l'œnologie , à côté et avec le
concours du degré alcoolique et des acidités générale et œnolique.
Nous y reviendrons dans le chapitre consacré aux analyses des vins.
L 'extrait sec n’est pas un élément des vins, c’est l’ensemble de tous
ses éléments solides, acides fixes et leurs sels, glycérine, sucres et
matières extractives, etc.
Les cendres des vins sont les sels provenant de l’incinération des
extraits ; ils ne sont pas non plus des éléments des vins; quelques-uns
même des sels qu’ils contiennent, les carbonates alcalins, par exemple,
n’existent pas dans le vin.
11 n’y a donc pas à se préoccuper des extraits secs ni des cendres
dans l’étude des qualités hygiéniques des vins.
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est si important que c’est grâce à l’action vitale de ses
levures que le vin acquiert ses qualités hygiéniques.
Dés que ces agents cessent de vivre, le liquide devenu
matière inerte se désagrège, se décompose et, d’une boisson
hygiénique, le vin devient un breuvage funeste à la santé.
C’est ce qu’il importe de bien comprendre tout d’abord.
Le vin renferme : 1° des levures et des parasites pré¬
existant dans la pulpe des raisins ; 2° il peut renfermer des
mycodermes et des microbes provenant de l’air.
1° Les levures du vin sont analogues à la levure de
bière que tout le monde connaît; ce sont des espèces de
champignons microscopiques, appelés champignons du
sucre, saccharomycès (de ^uxyjç, champignon). Ils sont
tout formés dans la pulpe des raisins; mais, comme il leur
faut de l’air pour vivre, ils ne commencent à se développer
que dans les moûts des raisins écrasés; ils se nourrissent
des matières albuminoïdes et gélatineuses de la pulpe.
Leur développement constitue la fermentation; elle est
très vive, pendant les huit ou dix premiers jours où ils
forment le chapeau des vendanges; puis elle continue len¬
tement et presque indéfiniment. Cette fermentation produit
des lies qui se déposent, et dont on débarrasse le vin par
des soutirages. La fermentation persiste pendant de longues
années dans le vin et de nouveaux dépôts se forment. Tant
qu’elle peut y continuer, le vin vit et conserve toutes ses
qualités, qui même peuvent augmenter ; les lies en se dépo¬
sant le purifient.
Son sucre, sous l’influence des fermentations, se trans¬
forme presque entièrement en alcool et en acide carbo¬
nique, et en petite partie, sous l’influence oxydante de
l'air, nous dit Pasteur, en glycérine et en acide succinique.
Le vin devient de plus en plus spiritueux.
Pendant que la fermentation du sucre produit de l’alcool
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et des acides, la fermentation de la pelure produit les ma¬
tières colorantes du vin.
2® Les parasites existent dans la pulpe, à côté des
levures. Ce sont eux qui engendrent les maladies des vins,
la pousse , la tourne , la graisse, Y amertume et autres. Tant
que fermente la levure du vin, les parasites sont inertes;
mais dès qu’elle cesse, le vin meurt et devient leur proie.
3® Les mycodermes (champignons de la peau) existent
sur la pelure des raisins : de là leur nom. Ils végètent
aussi sous l’influence de l’air; l’un d’eux, le mycoderma
vint forme les fleurs de vin ; comme les saccharoraycès, il
change le sucre en alcool et en acides et, par conséquent,
est plus utile que nuisible. Cependant sa fermentation
affaiblit celle des levures du vin et peut ainsi leur être
funeste. Il prépare la voie au mycoderma aceti (fleurs de
vinaigre), qui, lui, détruit l’alcool pour former l’acide acé¬
tique ; le vin se change en vinaigre. Ce n'est pas tout, car
par suite de la prédominance de cet acide, les saccha¬
romycès meurent et, dès lors, le vin devient la proie des
parasites.
4® Les microbes sont des germes d’origine aérienne qui
engendrent les moisissures qui se forment sur le vin, dans
les tonneaux ou dans les bouteilles mal bouchées. Ce sont
de violents poisons : il faut donc rejeter tous les vins
moisis.
CONCLUSION.
Si vous voulez que le vin soit et reste une boisson hygié¬
nique, faites en sorte que ses ferments utiles, ses levures
de vin, soient dans les conditions les plus favorables à leur
vie. Pour cela, il faut conserver le vin dans des tonneaux
sains, ou mieux dans des bouteilles très propres. Il faut, de
plus, que les tonneaux soient bien remplis, afin que l’air n’y
apporte ni ses mycodermes ni ses microbes.
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— 187 —
Les caves où le vin est serré doivent être assez pro¬
fondes pour quo la température y soit à peu près cons¬
tante; mais assez sèches et aérées, pour que les microbes
de la moisissure n’attaquent pas les tonneaux et par suite
le vin.
C’est bien assez que les saccharomycés aient à supporter
les parasites du vin; ce serait trop qu’ils eussent à com¬
battre les mycodermes et les microbes aériens.
CHAPITRE II.
PROPRIÉTÉS HYGIÉNIQUES SPÉCIALES DES PRINCIPAUX
ÉLÉMENTS DU VIN.
Avant d’exposer les qualités hygiéniques des vins et
d’expliquer les conditions que doit remplir cette boisson
pour être utile à la santé, il importe de comprendre tout
d’abord le rôle que remplit en particulier chacun de ses
principaux éléments, car c’est à eux naturellement que le
vin doit ses propriétés.
PREMIÈRE SECTION
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DE L’EAU DANS LE VIN.
L’eau est nécessaire dans la plupart des fonctions du
corps : digestion, circulation, secrétion, assimilation.
Elle agit dans les organes de la digestion, l’estomac et
les intestins : 1* mécaniquement , pour délayer les matières
alimentaires; 2® physiquement, pour dissoudre les produits
nutritifs et les faire passer dans le sang; 3° chimiquement,
pour constituer les éléments assimilables. Elle n'est pas
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moins indispensable dans la circulation, dans les sécrétions
et dans l’assimilation elle-même.
Si on réfléchit que le corps entier contient au moins
les 3/4 de son poids d’eau, le sang et les humeurs plus
des 9/10, on comprendra que l’eau est la boisson naturelle
de l’homme aussi bien que des animaux; elle suffit aux
bonnes constitutions, Les soldats ne reçoivent de vin qu’aux
jours de fête; beaucoup de femmes peuvent se passer de
vin, et on ne doit donner aux enfants que de l’eau rougie,
aux collégiens que du vin largement arrosé. En général,
pour les hommes eux-mêmes, si le vin ne contenait pas
une proportion d’eau suffisante, ce serait une boisson plus
nuisible qu’utile. Essayez de boire de l’eau-de-vie en man¬
geant, vous aurez bientôt perdu l’appétit. Nous verrons,
en parlant ci-après des effets de l’alcool du vin, comment
l’hygiène règle les proportions que doit avoir l’eau dans le
vin employé comme boisson.
Les principales qualités que doit avoir l’eau qui nous
sert de boisson sont d’être pure, claire et limpide, exempte
de tout germe de décomposition, de tout microbe funeste.
L’eau qui se trouve naturellement dans le vin remplit
parfaitement ces conditions. Nous ne parlons pas, bien
entendu, de l’eau qui sert au mouillage des vins. Si celle-là
était prise au premier ruisseau venu, elle se décomposerait
promptement et ferait bientôt putréfier le vin lui-même.
Ueau naturelle du vin y provenant du jus des raisins, est
parfaitement pure et conserve dans le vin sa pureté. Que
les négociants nous laissent donc mouillernous-mêmesnotre
vin sur nos tables, chacun suivant nos besoins, et en choi¬
sissant nos meilleures eaux potables.
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— 189 —
DEUXIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DE L’ALCOOL DANS LE VIN.
L’alcool n'existe pas dans le jus de raisin. La pulpe, en
mûrissant, a produit seulement du sucre et des acides or¬
ganiques. La fermentation qui s’établit dans le moût du
raisin d'une part change le sucre en alcool et en acide car¬
bonique; d’autre part, par oxydation, se forment de la glycé¬
rine et de l’acide succinique qui, avec l'acide carbonique,
se jointaux autres acides dont nous aurons à parler dans la
section qui suit.
Les proportions de l’alcool et des acides nés de la fer¬
mentation alcoolique dépendent de l’état de maturité du
fruit et du mode de vinification. Nous n’avons pas à parler,
dans ce chapitre,des méthodes de vinification; elles feront
l’objet du troisième chapitre de la deuxième partie.
Les vins de France contiennent, dans la Bourgogne,
10 à 13 0 / o d’alcool; de 9 à 12, dans le Bordelais; de 8 à 11,
dans le Midi; de 7 à 10 dans le Centre.
Par ses proportions et surtout par ses propriétés , l’alcool
est, après l’eau, l’élément le plus important du vin. Il pos¬
sède deux qualités hygiéniques principales :
1° Par sa combustion rapide et facile, il développe une
quantité de chaleur considérable dans toutes les parties
du corps où le sang le transporte promptement avec lui;
c’est donc un aliment respiratoire de premier ordre ; cette
qualité est très favorable. Son action nerveuse a des effets
physiologiques beaucoup plus importants encore.
2° Au point de vue hygiénique, l’alcool a pour propriété
principale d'exciter les nerfs, de stimuler leur action sur
les muscles de notre organisme : c’est à ce titre que le vin
peut être dans certains cas une boisson plus favorable à la
santé que l’eau elle-même.
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Le premier effet du vin dans la bouche, dans l'estomac
et dans les autres parties du tube digestif, est donc de sti¬
muler l'appétit. Toutefois cet effet n’est utile que si le vin
n'a pas trop d’alcool et qu’on en use modérément, car, si
l'excitation est trop forte ou trop prolongée, la bouche
devient pâteuse, l’estomac se contracte, la digestion est
pénible.
L’alcool du vin continue ses effets nerveux dans le sang
où le liquide pénètre rapidement, et de là se répand dans
toutes les parties du corps. Une douce chaleur, provoquée
par l'excitation nerveuse de l’alcool sur les organes, produit
un bien-être général dont l’influence s’étend sur les facultés
elles-mêmes. Mais, là aussi, là surtout l'abus et l’excès
ont des effets déplorables : ils conduisent fatalement à
l’ivresse. L'alcool qui, d’abord, excitait favorablement les
nerfs, ne tarde pas à les surexciter, à les irriter, et enfin à
les épuiser, à paralyser leurs fonctions ; l’excès d’alcoo¬
lisme finit même par anéantir l’action nerveuse et l’homme
ivre tombe frappé d’impuissance. Enfin, si ces abus se
renouvelaient trop fréquemment, ils pourraient conduire
à la folie et à la mort.
Ces effets successifs de l'alcool dans le vin sont trop
bien connus pour qu’il soit utile d’insister davantage. Ce
qu'il importe au contraire de bien faire comprendre, c'est
que le vin ne conserve les qualités hygiéniques de stimu¬
lant qu'il doit à son alcool, qu’à la condition essentielle de
suivre les règles d'hygiène qui découlent naturellement
des principes que nous venons d’exposer et que nous allons
résumer.
1° Les vins de table qui conviennent pendant les pre¬
miers services ne doivent pas avoir plus de 8 à 10°. On
doit réserver pour le dessert les vins plus riches en
alcool, tels que ceux de Bordeaux et de Bourgogne ; les
vins de Champagne et les vins de liqueur, sans être nui-
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— 191 —
sibles, ne sont pas assez hygiéniques pour être d’un usage
quotidieû.
2° Chacun doit régler, d’après ses besoins personnels,
les quantités d’eau qu’il convient d'ajouter au vin. Au com¬
mencement du repas, si la faim est vive, il faut ajouter au
vin beaucoup d’eau pour calmer l’irritation de l'estomac;
on en mettra de moins en moins à mesure que l’appétit
se calmera et assez seulement pour le maintenir. Au des¬
sert, on prendra du vin presque pur, et enfin, si on le peut,
on terminera par un demi-verre de bon vin de vieux Bor¬
deaux ou de Bourgogne.
3° On proscrira l'usage de l’eau-de-vie et des spiritueux,
aux repas de chaque jour; on les réservera pour les repas
d’apparat où l’hygiène n’a pas toujours voix au cha¬
pitre.
TROISIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DES ACIDES DANS LE VIN.
Les acides que renferment les vins naturels sont nom¬
breux ; on peut les classer en quatre catégories :
1» Les acides t tartrique. ) Soit libre8t 8oit à 1>état
naturels < malique. > de sels acides comme
j I .. . A \ la crème de tartre,
des moûts. \ citrique, etc. )
2° Les acides j œnoliques ( œnolannins ).
3° Les acides nés f carbonique à l'état de gaz.
dans la fermenta-< succinique.
tion alcoolique. ( œnanthique, etc.
4° Les acides nés l lactique,
dans les fermenta- < acétique,
tionsacétigènes. ( butyrique, etc.
On voit par cette simple nomenclature que les acides
sont, après l’alcool, les éléments les plus importants du vin.
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Aussi donnerons-nous à cette partie les développements
nécessaires pour faire ressortir cette importance.
L’ensemble des acide* est dosé par l’acidimétrie sous
le nom & acidité générale du vin, et estimé, en France, en
acide sulfurique monohydraté, bien que cet acide minéral
n’existe pas dans les vins naturels.
Nous parlerons d’abord des propriétés et du rôle de
l’acidité générale ; nous dirons ensuite ce qui se rapporte
spécialement au tartre et autres acides analogues, puis aux
acides œnoliques, ensuite aux produits acides des fermen¬
tations alcooliques, et enfin aux produits des fermentations
acétigènes.
TROISIÈME SECTION (bis).
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DE LUCIDITÉ GÉNÉRALE.
Tous les acides ont dans leur ensemble quatre pro¬
priétés principales qui ont chacune un rôle hygiénique à
remplir :
1° Comme acides , ils facilitent dans l’estomac la diges¬
tion de la viande et des autres aliments azotés, en ajou¬
tant leur effet à celui de l’acide gastrique de l’organe.
Quelquefois l’acidité du vin ne suffit pas, il est utile d’as¬
saisonner les mets d’acides auxiliaires tels que le vinaigre
ou le jus de citron : c’est ce qu’on fait pour les viandes
dures et les salades.
Le vin, par ses acides, est donc un digestif.
2° De leur nature, les acides sont laxatif s ; ils facilitent
dans le tube intestinal la circulation des produits de la
digestion. Cette propriété appartient surtout aux acides
des fermentations : carbonique, succinique, lactique et acé¬
tique.
3° Ils tempèrent Y excitation nerveuse de l’alcool. Sous
ce rapport, les acides du vin s’harmonisent si bién avec
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lui que le vin n’a plus le goût d’alcool, ni le goût acide,
mais un franc goût de vin. Les proportions les plus conve¬
nables pour cette union harmonique sont 5 à 7 grammes
par litre pour les vins ayant de 8 à 10° d’alcool. Le vin,
alcoolique et acide à la fuis, forme pour les nerfs une
boisson des plus hygiéniques. Nous reviendrons sur ce
point en traitant l’importante question de l’équilibre des
éléments des vins.
4° Enfin, et c’est là leur rôle le plus agréable à l’homme,
les acides réagissent chimiquement sur l’alcool et font naître
des éthers qui donnent aux bons vins ce goût exquis qui les
fait rechercher (souvent trop) des gourmets.
QUATRIÈME SECTION
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DES ACIDES NATURELS :
TARTRES ET ANALOGUES.
1° Leur première propriété est de donner aux vins un
goût plus agréable dit fruité. Les acides tartrique, malique,
citrique et autres, se forment naturellement dans la pulpe
des fruits, pendant leur maturation. Dans les pommes et les
poires, c’est l’acide malique qui domine ; c’est l’acide
citrique dans les fruits acides, tels que framboises, gro¬
seilles, oranges et citrons ; dans les raisins, c’est l'acide
tartrique. Aussi le tartre est-il le sel organique caractéris¬
tique du vin. Mais il n’y est pas seul: les acides malique
et citrique l’y accompagnent en quantités plus ou moins
notables, suivant les cépages : ce qui, nous le répétons,
donne au vin un goût fruité , goût de framboise le plus
souvent*
2* Ces acides sont aussi ceux qui produisent les éthers ,
dont l’arôme est le plus agréable.
3° Les tartres ont en particulier une propriété hygié-
13
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nique des plus importantes. Ils sont toniques , c est-à-dire
fortifiantspour le sang auquel ils donnent plus de vitalité (1).
4° Leur saveur est âcre et légèrement amère, mais s'har¬
monise très bien avec celle de l’alcool dont elle relève le
goût trop excitant. C’est pourquoi le vin suffisamment
tartré a meilleur goût que l’eau-de-vie. Les proportions qui
conviennent le mieux sont de 1 à 2 gr. de tartre pour 8
à 10° d’alcool.
5° Enfin les tartres contribuent à la conservation du vin
lui-même.
CINQUIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DE L’ACIDITÉ OENOLIQUE(oENOTANNINS).
Les œnotannins ne sont pas, dans le vin, moins impor¬
tants que les tartres.
Nous rappellerons d’abord que ces éléments sont entière¬
ment différents des tannins du chêne et des autres végétaux;
nous n’avons à parler ici que du tannin des vins.
Ce sont, d’après M. A. Gautier qui en a fait une étude
spéciale, des acides ou sels acides comme les tartres. Us
sont, pour les vins rouges, dans les proportions de 1 à 3 gr.
par litre, suivant les cépages et les vignobles ; les vins
blancs contiennent quelques décigrammes seulement d’un
œnotannin coloré en jaune pâle.
1° La propriété caractéristique des œnotannins est l*as*
tringence ; ils ont une saveur analogue à celle que le
tannin du chêne donne à l’encre, mais moins accentuée,
(1) N. B. — Les tartres (sels organiques de potasse et de soude) ne
sont pas les seuls sels du vin qui tonifient le sang. Les sels minéraux
engagés dans les produits organiques du jus de raisin passés dans le
vin ont la même propriété hygiénique. Nous devrons les signaler de
nouveau à la onzième section, qui est spécialement consacrée aux sels,
sur la question capitale de la tonicité du sang.
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moins désagréable au palais. Elle s’harmonise très bien
avec celles du tartre et de l'alcool et contribue à produire
le franc goût de vin caractéristique des vins bien équi¬
librés.
2° Les œnotannins tempèrent plus que les autres acides
l’action de l'alcool sur les nerfs; tout le monde sait que les
vins blancs qui en ont très peu sont plus enivrants, plus
excitants que les vins rouges. On a constaté que l’usage
exclusif et excessif du vin blanc finit par donner aux
membres un tremblement nerveux. Les vins rouges n'ont
pas cet inconvénient grave ; ils produisent une excitation
beaucoup moins dangereuse (1).
3° Par les sels de fer qu'ils contiennent, les œnotannins
sont des fortifiants pour le sang.
4° Les œnotannins sont, plus encore que les tartres, des
éléments conservateurs du vin ; les vins très tannés sup¬
portent très bien les transports, même pendant les chaleurs
de l’été ; nous en avons eu souvent les preuves. Ce qui
nous fait penser que les œnotannins sont pour les vins ce
que sont pour la bière les principes amers du houblon.
5° Enfin, les œnotannins sont les éléments naturels des
brillantes couleurs des vins rouges, qui plaisent tant aux
yeux des fanatiques amateurs du jus de la treille. Mais,
hâtons-nous de le déclarer, cette coloration n'a rien d'hy¬
giénique, elle a au contraire des dangers (2).
(1) L’usage que nous avons fait personnellement des vins très tannés
du Midi a eu l'avantage de faire disparaître entièrement les restes de
la gastralgie dont nous avons si longtemps souffert. Nous pouvons
donc attester que les œnotannins sont d'excellents calmants pour les
nerfs des estomacs délicats.
(2) Les adorateurs de Bacchus voient, résumées dans la couleur,
toutes les qualités des vins ; son brillant est tout pour eux. Aussi cer¬
tains négociants en vins, aussi habiles que peu scrupuleux, abusent-ils
facilement de leur naïveté. Ils ajoutent à leurs marchandées la cou¬
leur qui peut leur manquer. Ils font, par exemple, digérer des baies de
sureau dans leurs vins blancs et peuvent ainsi les vendre, comme vins
rouges, plus chers qu’ils ne valent, aux fanatiques de la couleur.
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La couleur des vins, leur teinte et leur intensité ne sont
des indices de valeur que pour les matières colorantes
naturelles. Les colorants artificiels, qu’on ne s’y trompe
pas, loin d'être utiles, sont le plus souvent des poisons,
surtout ceux qui sont extraits de la houille.
N. B. — En tous cas, si les œnotannins sont un des
éléments les plus importants des vins, ce n’est pas à leur
couleur qu’ils le doivent ; c’est à leur astringence et à leurs
autres propriétés que sont dues les qualités hygiéniques
(1°, 2°, 3°, 4°) expliquées plus haut.
Cette importance est telle que, dans l’aaalyse des vins,
il faut placer en première ligne le dosage des œnotannins,
ce qu’on n’a pas fait jusqu'à présent assez souvent, sui-
vant nous. On verra plus loin comment nous avons essayé
de combler cette lacune dans l’analyse des vins par le
dosage à part de l’acidité œnolique.
SIXIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS HYGIÉNIQUES DES ACIDES PRODUITS DANS LE VIN
PENDANT LES FERMENTATIONS ALCOOLIQUES.
Ces propriétés étant moins importantes que celles des
tartres et des œnotannins, quelques observations suffiront
pour les principaux de ces acides.
1° Acide carbonique. — Ce gaz se produit en excès dans
la fermentation vinique ; mais cet excès se dégage, et, si le
vin nouveau en est saturé, peu à peu il disparaît dans l’air
ambiant, si bien que les vins vieux n’en contiennent que
des traces.
Sa saveur aigrelette est assez agréable à la bouche, mais
l’estomac ne se trouve pas toujours bien de cet élément de
l’eau de seltz. Les vins nouveaux lui doivent d’être un peu
laxatifs; c’est pourquoi les estomacs délicats leur pré¬
fèrent les vins moins gazeux.
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— 197 —
Cependant, les vins mousseux ont du prix pour certains
gourmets, de sorte qu’on a eu l’idée de conserver dans les
vins blancs et d’y augmenter même le gaz carbonique en l’y
faisant naître à l’excès. Tels sont les vins de Champagne et
les vins champanisès.
Ces vins sont spécialement des vins de dessert; leur prix
de vins de luxe est bien au-dessus de la valeur de leurs
qualités hygiéniques qui sont, à nos yeux, très discutables.
Le gaz carbonique se reconnaît, dans les vins, à la
mousse rougeâtre qui se forme avant l’ébullition, quand
on le chauffe doucement. Il est si variable qu’on ne prend
pas ordinairement la peine de le doser.
2* Acide succinique. — Pasteur a découvert que, pen¬
dant la fermentation alcoolique, se produisent de 1 à 2 gr.
d’acide succinique, et d’autant plus que la fermentation
dure plus longtemps. On ne sait encore rien de précis sur
les propriétés hygiéniques de cet acide. Sa saveur âcre et
un peu nauséabonde rend le vin désagréable au goût, quand
il est en excès. Il importe donc de combattre sa formation
trop abondante, en prenant les mesures nécessaires pour
faire marcher promptement la fermentation tumultueuse
des vins,
3° Les acides pecliques n’ont pas de propriétés spéciales
intéressant l’hygiène.
4° h'acide ænanthique, en s’éthérisant, produit l’odeur
spéciale des vins. Il n’a pas de propriétés hygiéniques bien
connues.
SEPTIÈME SECTION.
ROLES FUNESTES DES ACIDES DES FERMENTATIONS ACIDES.
1* Les acides acétique et lactique se produisent sous
l’action de mycodermes spéciaux (“ r “ C eû rma et sous
l’influence de l’air. Le vin en contient toujours un peu ;
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— 198 —
cependant ils ne sont nuisibles que s'ils sont en quantité
assez forte. Le vin prend alors un goût aigre (c’est la
maladie appelée acescence) ; il ne peut plus servir de bois¬
son. L 'acescence se produit surtout, quand les fûts ou les
bouteilles restent longtemps en vidange.
2° Dans les altérations des vins peuvent aussi se former
des acides butyrique, amylique, etc..., produisant des
maladies plus graves encore. Aussi doit-on prendre toutes
les précautions nécessaires à la bonne conservation des
vins. Nous l'avons dit déjà; nous le répéterons encore en
parlant des maladies des vins.
HUITIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DES PRINCIPES HYDRO-CARBONÉS
DU VIN ET DE LA GLYCÉRINE EN PARTICULIER.
Le plus abondant de ces principes est la glycérine; le
vin en contient, d'après Pasteur, de 6 à 8 gr. par litre. Il
faut y joindre comme principes hydro-carbonés 1 à 2 gr.
de sucre dans les vins naturels et davantage dans les vins
de sucre.
Aux principes hydro-carbonés se joignent des matières
gommeuses, mucilagineuses et autres, non encore déter¬
minées ; en tout 9 à 12 gr. formant à peu près la moitié
des matières de l’extrait sec.
Tous ces éléments sont pour notre corps des aliments
respiratoires. Le vin n'est donc pas seulement une boisson;
c'est aussi un aliment analogue à la fécule du pain. Cepen¬
dant cette propriété et ce rôle n’ont pas sensiblement d’im¬
portance, car s’il faut, par exemple, à un homme un demi-
kilog. de pain à son repas, il devrait, pour le remplacer,
boire plus de 50 litres de vin, ce qui serait impossible,
même pour les plus robustes buveurs. La bière, riche en
éléments hydro-carbonés 9 est plus nutritive que le vin.
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- 199 —
Mais les divers éléments hydro-carbonés du vin ont des
propriétés hygiéniques spéciales et des rôles importants
qu'il faut signaler.
La glycérine est le principe doux des huiles et de tous
les corps gras ; c'est la graisse du vin, ce qui donne au
liquide son moëlleux. Toutefois, on peut dire, dans l’état
actuel de la science, que, si la glycérine, avec les propor¬
tions ordinaires de 6 à 8 grammes par litre où elle se trouve
dans les vins naturels, a des avantages, elle présente au
contraire des inconvénients, quand elle est en excès, comme
cela se produit dans les vins artificiellement glycérinés.
Les matières gommeuses, mucilagineuses et autres ont
plutôt des inconvénients que des avantages, car elles
donnent prise aux parasites qui engendrent les maladies
du vin.
NEUVIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DU SUCRE DE RAISIN.
Le sucre des raisins au contraire est utile, car c’est lui
que les ferments transforment en alcool et en acide car¬
bonique; comme cette fermentation contribue à la conser¬
vation des vins, le sucre qui prend part à cet acte vital
est lui-même utile, sinon nécessaire. Le vin a besoin d'au
moins un gramme de sucre par litre pour conserver sa
vitalité.
Cependant, une remarque importante doit trouver place
ici. Quand nous disons que le sucre est utile à la conser¬
vation du vin, nous entendons parler du sucre naturel des
raisins et non des sucres artificiels qu’on emploie dans le
sucrage des moûts. Nous traiterons, dans le premier cha¬
pitre de la deuxième partie l’importante, question du su¬
crage des vins.
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DIXIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS CT ROLES HYGIÉNIQUES DES MATIÈRES FERMENTESCIBLES
DES VINS.
Le premier rôle des produits organiques est de servir
d’aliments plastiques, facilement assimilables. Les matières
albumineuses naturelles des vins sont des produits azotés
analogues au blanc d’œuf, riches en sels minéraux et orga¬
niques, et comme lui capables de se transformer en élé¬
ments des matières de notre corps sous l’action vitale de
nos organes. Ils sont la viande du vin, comme lesprincipes
hydro-carbonés en sont le pain ; mais ils sont les uns et les
autres si peu abondants (9 à 12 gr. de ce pain par litre
avec à peine 1 gr. de cette viande) que leurs effets sont
sans importance pour notre alimentation.
2° Rôle . — Leur deuxième propriété est au contraire
d’une importance capitale. Les albuminoïdes sont les ma¬
tières dont se nourrissent les saccharomycès du jus de
raisins. Dès quelles sont au contact de l’air, c’est-à-dire
aussitôt que le xnoût est écrasé dans la cuve des vendanges,
ces levures se développent aux dépens des matières albu¬
minoïdes, et, sous l’influence de cette fermentation, le sucre
se change en alcool et en acide carbonique ; le jus sucré du
raisin devient alcoolique et acide : le moût engendre du vin.
Nous avons expliqué en détail les propriétés et le rôle
hygiénique des levures du vin dans la deuxième section
du premier chapitre ; nous en avons fait ressortir l'impor¬
tance capitale . Ici nous en conclurons simplement que les
matières albumineuses, étant les aliments essentiels des
levures, sont aussi importantes qu’elles-mêmes, puisqu’elles
contribuent comme elles et avec elles à transformer en
vins les moûts sucrés. Les matières albuminoïdes assurent
la vie et la conservation du vin en permettant à ses levures
de vivre.
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— 201 —
Conclusions pour la vinification. — Les viticulteurs
doivent, en conséquence, apporter tous leurs soins à ne pas
mettre dans les moûts des matières étrangères, capables
d’altérer la puissance organique de leurs é'éments fermen¬
tescibles, ni plâtre, ni alun, ni acides minéraux dont usent
avec tant d’imprudence et si peu de scrupule les fabricants
de vins artificiels.
Il importe de laisser le vin se faire naturellement, sans
addition d’aucune matière étrangère. Il faut se borner à
venir en aide à la nature, en plaçant les cuves de ven¬
dange dans les conditions d’aération et de chaleur les plus
favorables à la fermentation des levures nourries de leurs
aliments albuminoïdes.
3 * Rôle. — Un troisième effet des matières fermentes¬
cibles est que l'état de fermentation où elles mettent le vin
en fait une boisson active, d une digestion toujours facile.
Cette activité vitale s’ajoute à celle de nos organes diges¬
tifs pour en fayoriser les fonctions. L’eau pure est inerte,
parce qu’elle n’a que des propriétés physiques, tandis qu’au
contraire le vin est actif, il joint aux qualités de l’eau
qu’il contient, ses propriétés physiologiques éminemment
hygiéniques.
Oui, le vin est une boisson très digestible (on pourrait
dire trop). On sait que certains buveurs peuvent en con¬
sommer plusieurs litres sans craindre de les rejeter, tandis
qu’ils ne pourraient digérer autant d’eau pure.
Remarque. — Les produits organiques du vin sont
importants encore au point de vue de l’hygiène, par les
sels de toute sorte qu’ils contiennent ; il importe donc d’en
parler en particulier et de signaler leurs propriétés et leurs
rôles dans l’alimentation de l’homme.
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— 202 —
ONZIÈME SECTION.
PROPRIÉTÉS ET ROLES HYGIÉNIQUES DES SELS DU VIN.
Les sels naturels que renferme le vin sont:
1° Des sels à acides organiques : les tartres et analogues,
et les œnotannins ; nous en avons signalé les qualités hygié¬
niques dans les quatrième et cinquième sections ;
2° Des sels minéraux faisant partie des produits orga¬
niques et spécialement des matières fermentescibles ; ce
sont (voyez, page 184) des sulfates, des chlorures, des car¬
bonates et des phosphates, etc., de potasse et de soude, de
chaux et de magnésie, d’oxyde de fer et d’alumine.
Tous ces sels sont dissous dans le vin et par suite
pénètrent avec lui dans le sang, peu de temps après leur
introduction dans les organes digestifs.
Ils remplissent dans l’organisme deux rôles principaux :
1° Les sels du vin sont pour le sang des toniques pré¬
cieux, qui entretiennent sa vitalité, c’est-à-dire son action
sur les nerfs, action qui commande toutes les fonctions du
corps ;
2° Ces sels sont en outre des éléments des os, des carti¬
lages et des nerfs eux-mêmes ; le sang les y dépose pour
y être assimilés.
Les sels du vin sont donc à la fois des toniques du sang
et de précieux aliments pour les parties solides du corps.
L’homme qui boit du vin en mangeant est plus fort que
celui qui est obligé de se contenter d’eau ; en particulier,
les ouvriers qui boivent du vin, non pas à satiété au cabaret,
mais à leurs repas, modérément et suivant leurs besoins,
entretiennent leur corps en bonne santé, et de plus aug¬
mentent leurs forces musculaires et leur énergie morale.
Les Anglais, peuple sérieux et pratique, n’hésitent pas à
donner de la viande et du vin aux ouvriers qu’ils emploient
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— 203 —
à de rudes travaux ; les rendements du travail en couvrent
largement les frais.
DOUZIÈME SECTION.
ROLE DES ÉLÉMENTS DU BOUQUET DES VINS.
Il nous reste à parler, pour être complet, des différents
éléments du bouquet des vins, qui en font une boisson d’un
prix inestimable au palais des gourmets.
D'après M. Berthelot, ces éléments seraient : 1° les
essences naturelles du raisin ; 2° les éthers formés dans
l’action des acides sur l’alcool ; 3° et spécialement des sortes
d’aldéhydes très oxygénées.
Leur propriété spéciale est de plaire au goût et de faire
par conséquent aimer le vin passionnément. Mais on ne
peut la considérer comme hygiénique, car elle n’a aucune
action utile dans les fonctions de la nutrition.
Elle fait aimer le vin et par conséquent excite à en boire
plus qu'il n’est nécessaire ; elle conduit à l’ivresse et par
conséquent est funeste. Cependant, telle est l’intensité des
passions humaines, que les vins de grands crus doivent à
l’excellence de leur bouquet une valeur vénale excessive
qui les fait payer 15 à 20 fois leur valeur hygiénique réelle.
Il est juste toutefois de remarquer que le bouquet des
vins fins ne peut se faire sentir que s’ils ont un franc goût
de vin, dû à l’union intime et à l’équilibre de leurs élé¬
ments qui sont les conditions essentielles de leur valeur
hygiénique; par conséquent, que les gourmets se ras¬
surent, les vins qui ont du bouquet ne peuvent être que de
bons vins.
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Tableau résumant les principales qualités hygiéniques
de chacun des éléments des vins.
Agent mécanique, physique et chimique de la
digestion.
Eau., . <j Elément essentiel du sang et de tous les liquides
du corps.
Elément de tous les organes du corps.
Source de chaleur du sang et de tous les organes.
Stimulant par son action sur les nerfs.
Digestifs des aliments azotés dans l'estomac.
Laxatifs du tube intestinal.
Ethérisation de l’alcool ; formation des arômes.
Eléments des saveurs : fruité aromatique et
spécialement franc goût de vin.
Tonique du sang.
Agents de conservation du vin.
Tempèrent l'excitation nerveuse de l’alcool, dam
l’estomac surtout.
Contribuent à former, avec l'alcool et le tartre,
le franc goût de vin.
Toniques et fortifiants par leurs sels ferrugineux.
Constituent la coloration naturelle des vins.
Agents de conservation des vins.
Principes hydro-carbonés. Aliments respiratoires.
Sucre . Source d’alcool, sous l’influence des fermentations
Produits azotés... Aliments plastiques.
Albuminoïdes .Nourriture des ferments (levures du vin).
Entretien de la vie naturelle du vin.
Agents actifs favorisant les digestions de tous
nos aliments.
Eléments des nerfs, des os et de tous les organes.
Toniques du sang ; fortifiants du corps.
Acides aromatiques.
Ethers organiques.
Aldéhydes suroxygénées.
Alcool.
Acides en général
Acides
aromatiques,
TARTRE8
ET ANALOGUES. .. .
Œ.NOTANNIN8 .
Fermentations.
Sels du vin.. ..
Éléments
du bouquet....
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— 205 —
CONCLUSIONS.
QUALITÉS HYGIÉNIQUES DES BONS VINS.
Nous avons résumé, dans le tableau ci-joint, les qualités
hygiéniques de chacun des éléments principaux du vin. Le
vin lui-même, s’il est bon, est en conséquence doué de
toutes ces qualités :
1° Il doit à ses ferments et à ses matières fermentes¬
cibles les transformations qui lui permettent d’acquérir
toutes ses qualités ;
2° Par Veau qu’il renferme, additionnée suivant les
besoins d'eau potable, il peut suffire à toutes les fonctions
de cet élément indispensable à notre alimentation ;
3° Son alcool , par sa combustion et par ses actions ner¬
veuses, répand dans le corps entier la chaleur et avec elle
la vie physique et même intellectuelle et morale ;
4° Le sucre entretient la source de cet alcool ;
5° Les acides en général, les œnotannins en particulier
tempèrent les effets de l’alcool ;
6° Ces acides contribuent en outre aux fonctions diges¬
tives de l’estomac et du tube intestinal;
7° Par ses sels et surtout son tartre et ses œnotannins ,
le vin est un tonique, un fortifiant du sang;
8° Il contient même des aliments pour notre corps,
respiratoires par ses principes hydro-carbonés, plastiques
par ses matières albuminoïdes et gélatineuses ;
9° De plus, ses sels sont les aliments des os et des nerfs ;
10° Ses fermentations toujours en activité entraînent, par
leur vitalité, le fonctionnement de nos organes ; le bon vin
fait digérer avec lui les aliments solides nécessaires à l’en¬
tretien du corps ;
11* C’est une boisson d’une saveur franche qu’il doit à
l’union harmonique de son alcool avec son tartre et ses
œnotannins.
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12° De plus, chez les meilleurs vins, les essences natu¬
relles jointes aux éthers qui s’y forment et aux aldéhydes
qui s’y développent y font naître ces arômes exquis, ce
bouquet des vins qui, pour l’homme, fait de cette boisson un
vrai nectar quont chanté les poètes de tous les pays et de
tous les siècles.
CONDITIONS NÉCESSAIRES POÜB QUE LE VIN POSSÈDE
TOUTES LES QUALITES HYGIÉNIQUES.
Mais, il faut bien le comprendre, les vins ne possèdent
pas tous toutes les qualités hygiéniques que nous venons
d’expliquer et de résumer. Il y en a de mauvais plus encore
que de bons, on en trouve même qui sont de vrais breu¬
vages empoisonnés ; c’est le petit nombre qui a les qualités
que réclame l 'hygiène. Bientôt même les bons vins ne
seront plus que de rares exceptions, si la fabrication des
vins artificiels continue à s’étendre, si on emploie des pro¬
duits chimiques pour vinifier les moûts de raisins frais, si
par conséquent des obstacles plus sérieux ne sont pas
promptement opposés aux falsifications qu’on fait subir aux
vins naturels, et aux fraudes innombrables commises dans
le commerce des vins.
C’est ce qu’il importe de bien faire comprendre aux
consommateurs.
Il faut quils sachent :
1° Quelles sont les conditions que le vin doit remplir pour
posséder toutes ses qualités. C’est le sujet des chapitres
suivants.
2 # Comment on peut reconnaître si ces conditions sont
remplies et si le vin n’a subi ni falsifications ni fraudes.
C’est l’objet de la deuxième partie de ce travail.
N. B. — Pour terminer la première partie du mémoire
concernant les propriétés hygiéniques du vin . il nous
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— 207 —
reste à traiter les importantes et difficiles questions des
conditions à remplir par les vins pour avoir toutes les
qualités hygiéniques.
Ces conditions essentielles sont au nombre de quatre :
1* Le vin doit être naturel, c’est-à-dire être le produit
de la fermentation de raisins frais ;
2* Le vin doit être naturellement fait, c’est-à-dire sans
addition d’aucune matière étrangère aux raisins frais, pour
leur vinification ;
3° Les éléments du vin doivent être intimement unis
dans la vinification;
4® Les éléments du vin doivent être en bon état d’équi¬
libre.
L’étude de chacune de ces conditions fera le sujet d’un
chapitre spécial (3 e , 4*, 5' et 6 e ).
Dans un septième chapitre, on traitera la question des
coupages des vins naturels opérés dans le but d’obtenir
un équilibre plus complet des éléments.
CHAPITRE III
PREMIÈRE CONDITION HYGIÉNIQUE.
LE VIN DOIT ÊTRE NATUREL
1° Les qualités hygiéniques des vins, que nous avons
expliquées et résumées dans le chapitre précédent, peuvent
toutes être possédées par les vins naturels, c’est-à-dire
faits exclusivement avec les raisins trais. En effet, les élé¬
ments auxquels sont dues ces qualités (eau, alcool, acidité
générale, acidité œnolique, tartres et autres acides parti¬
culiers, glycérine, sucre de raisin, produits organiques
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208 —
de la pulpe et leurs sels, levures et matières fermen¬
tescibles, éléments du bouquet), existent dans tous les
raisins, quelles que soient leurs espèces et variétés ; ce qui
est la première condition à remplir ;
2° Si donc les moûts des raisins frais sont vinifiés
naturellement , sans le secours d'aucun produit chimique,
sans addition d’aucune matière étrangère, la deuxième
condition sera remplie ;
3 # Si la vinification est bien pratiquée, les éléments du
vin pourront s’unir intimement, s’harmoniser dans le vin
et remplir ainsi la troisième des conditions nécessaires ;
4* Enfin, si les raisins proviennent de bons cépages et
sont récoltés dans des conditions de maturité favorables,
les éléments pourront être en bon état d'équilibre . La qua¬
trième et dernière condition sera remplie, et dès lors le vin
aura toutes les qualités nécessaires et suffisantes pour être
une boisson hygiénique.
Mais, si le vin nest pas naturel , s’il est fabriqué, en
totalité ou en partie, avec clés matières premières autres
que les raisins frais, il ne pourra posséder toutes les qua¬
lités hygiéniques ; c’est ce qu’il importe d’expliquer dans
ce chapitre.
Les principaux vins artificiels qu’on peut trouver dans
le commerce, sont les vins d'alcool (1), les vins de sucre
et les vins de raisins secs (2). Nous consacrerons une
première section de ce chapitre aux vins de sucre , la
deuxième aux vins de raisins secs .
(1) Les vins d’alcool sont ceux qui sont faits ou allongés avec
l'alcool et l’eau ; ils sont considérés comme des falsifications des vins
désignées sous le nom de vinage et mouillage : nous n’en parlerons
pas ici, ils trouveront place au chapitre suivant consacré à l’étude
des falsifications.
(2) Nous ne croyons pas utile de parler ici des produits de la fer¬
mentation des fruits sucrés, pommes, poires, figues, etc., qui ne
méritent pas même le nom de vin.
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— 209 —
PREMIÈRE SECTION.
VINS DE SUCRE.
Les vins de sucre peuvent se diviser en trois catégories
qu’il importe de considérer à part :
Les vins faits d’après les principes de Chaptal ;
Les vins fabriqués par la méthode de Gall ;
Les vins obtenus par les procédés de Petiot .
Remarque. — La loi autorise le commerce des vins de
sucre , ce qui est reconnaître en principe leur innocuité et
montrer qu’ils possèdent quelques qualités hygiéniques ;
mais elle exige que ces produits soient vendus sous la dési¬
gnation expresse de vins de sucre , pour les distinguer des
vins dus exclusivement au produit de la fermentation des
raisins frais. C’est par conséquent reconnaître à priori
que les vins de sucre n’ont pas toutes les qualités hygié¬
niques que peuvent avoir les vins naturels .
Nous signalerons les qualités que chacune des catégories
peut avoir, mais aussi les défauts qui les distinguent et
par suite les avantages et les inconvénients de ces
boissons, au point de vue hygiénique .
Nous ferons de même pour les vins de raisins secs que
la loi met sur le même rang que les vins de sucre.
Observation préalable.
Les vins de sucre sont les produits obtenus par le su¬
crage des moûts de vendange. Cette pratique a pris nais¬
sance dans les contrées viticoles où les raisins mûrissent
imparfaitement ; elle s'est développée outre mesure dans
le Loiret depuis plusieurs années, au point que, si cela
continuait, on ne trouverait bientôt plus chez nous de
vins naturels. Il serait temps d’en modérer, sinon d’en
arrêter l’extension.
14
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- 210 —
• s I*.
SUCRAGE DES MOUTS D APRÈS LES PRINCIPES DE CHAPTAL.
Quand le raisin mûrit mal, sa pulpe a trop d'acide et
pas assez de sucre, de sorte que par la fermentation elle
donne trop d’acidité et pas assez d’alcool. Or le vin trop
acide déplaît au goût et est peu hygiénique. « Vos
< moûts n’ont pas assez de sucre, dit Chaptal aux viticul-
< teurs ; donnez-leur un supplément et ils produiront un
« vin plus riche en alcool. »
Sage autant que savant, Chaptal enseigne les moyens
sûrs de pratiquer le sucrage des moûts :
1° Il donne les moyens de doser dans les moûts les
proportions de sucre naturel qu'ils contiennent, et par suite
de connaître les poids de sucre étranger qu’il faut ajouter,
pour compléter la provision de 18 à 20 kilogrammes par
hectolitre qui sont nécessaires pour obtenir du vin ayant
de 9° à 10° d’alcool ;
2° Il prescrit de n’employer que du sucre pur, de bette¬
rave ou de canne, afin de n’introduire dans le vin aucune
matière capable de le falsifier.
Malheureusement, ces règles de Chaptal ne sont presque
jamais suivies ; les vignerons emploient le plus souvent
des glucoses impurs du commerce et en mettent toujours
trop. C’est fâcheux, car si on obtenait du vin de 9» à 10°,
aussi riche que celui des raisins bien mûrs, le sucrage
n'offrirait que des avantages.
Il a néanmoins des inconvénients qu'il est bon de signaler
pour chaque procédé.
1" procédé. — Il consiste à mélanger du sucre pulvérisé
aux moûts, mais sa dissolution est lente ; par suite, sa fer¬
mentation est difficile et demande un temps très long.
Le sucre blanc (de canne ou de betterave) n’est pas
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fermentescible par lui-même ; avant de fermenter, il doit
être interverti , changé en sucre de raisin ; il peut y par¬
venir par l’action des acides naturels des moûts, mais alors
très lentement, de sorte que, avant que sa fermentation
soit complète, il faut plus de quinze jours, plus d’un mois,
même tout l’hiver, m’a déclaré un viticulteur conscien¬
cieux. Dans ces conditions, le vin contient non seulement
un excès de sucre non encore fermenté, mais plus de glycé¬
rine et plus d’acide succinique. Il en résulte que les vins de
sucre, même quand on veut bien les faire d'après les prin¬
cipes de Chaptal, ont perdu une partie de leurs qualités
hygiéniques; ils en possèdent suffisamment malgré cela.
Qualités hygiéniques des vins de sucre . — Ces produits
faits d’après les principes de Chaptal, sont presque aussi
favorables à la santé que les bons vins naturels, quand on
fait, comme nous l’avons dit, dissoudre le sucre solide dans
les moûts eux-mêmes. Ils sont plus hygiéniques que les
vins acides qu’on eût obtenus sans le sucrage. C’est donc
un avantage considérable.
2* 'procédé.—Sucrage avec Veau et les acides . — Certains
viticulteurs se sont dit : Si le sucre blanc mis solide dans
les moûts fermente mal, dissolvons-le dans l’eau pour qu’il
se répande de suite dans les moûts, et de plus intervertis-
sons-le à l’avance avec des acides, afin d’en activer la fer¬
mentation ; nous aurons ainsi de meilleurs résultats. C’est
ce que font aujourd’hui, en n’épargnant ni l’eau ni les
acides, la plupart des vignerons; on emploie pour cela
l’acide sulfurique ou l’acide tartrique ; ce dernier est de
beaucoup préférable.
Défauts des vins de sucre faits avec de Veau acidulée .
— Vous aurez plus d’alcool, mais vous aurez commis deux
falsifications : 1° vous aurez fait un mouillage en ajoutant
de l’eau, ce qui est interdit par la loi; 2° vous aurez mis
dans le vin ou un poison , Vacide sulfurique , ou un élé-
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212 —
ment étranger au vin naturel, Y acide tartrique. Votre vin
ne sera plus naturel, encore moins naturellement fait. Q
aura perdu ainsi plusieurs de ses qualités hygiéniques.
3* procédé. — Sucrage des moûts avec les glucoses du
commerce. — D’autres viticulteurs, ce sont les plus nom¬
breux, pour lesquels le sucre pur paraît trop cher, emploient,
pour le sucrage de leurs moûts, les glucoses artificiels, les
sucres de fécule, d'orge, de maïs, de pommes de terre, de
blés avariés, etc.
Défauts de ces sucrages. — 1° Ces glucoses sont fabri¬
qués forcément avec des acides minéraux, l’acide sulfu¬
rique le plus souvent, accompagné des acides chlorhy¬
drique et ni trique; leur emploi introduit toujours des poisons
acides qui ôtent au vin toutes ses qualités hygiéniques ;
2° De plus, ces glucoses contiennent toujours d'assez
fortes proportions de sucres non fermentescibles qui
restent dans le vin et le font reconnaître à l 'excès d’extraits
et d'acidité ;
3° Enfin, ces sucres sont les aliments des mycodermes et
des microbes ; les vins ainsi préparés se gâtent au bout de
peu de mois. Nous en avons fait nous-même la triste expé¬
rience en usant du vin de moût sucré. Il s’est gâté avant
d’être entièrement consommé. Certes, ce ne sont point là
des vins hygiéniques.
§ II.
SUCRAGE DES MOUTS D 'APRÈS LA MÉTHODE DE GaLL. — AVANTAGES
ET INCONVÉNIENTS.
Mais ce n’est pas tout. La méthode de Chaptal dont les
principes sont de ne pas sucrer les moûts à l’excès, n’a
bientôt plus paru suffisante aux vignerons.
Il y aura toujours trop d'acides dans vos vins de sucre,
leur dit l'allemand Gall. Vous avez intérêt à ramener l’aci-
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— 213 —
dité aux proportions qu’ils ont dans les vins naturels, tout
en élevant l’alcool au degré ordinaire 8* à 10*. Vous y
trouverez deux avantages :
1* Vous pourrez par le mouillage employer un excès de
sucrage qui vous donnera plus d’alcool et par suite plus
de vin ;
2* Ce vin aura les proportions d’alcool et d’acide des vins
naturels ; il sera plus facile à vendre, les chimistes eux-mêmes
pourront s’y tromper ; c’est pour vous une chance de plus.
La perspective était séduisante et le procédé à suivre
avantageux et facile à pratiquer. Voyez-en plutôt la
recette :
1° Vous avez, par exemple, un vin qui naturellement
a 8 grammes d'acide, la fermentation le portera à 10 ; vous
pourrez donc, dans ce cas, ajouter un volume d’eau égal, de
manière à réduire le poids de l’acide à 5 grammes par litre.
C’est dans cette eau que vous ferez dissoudre la proportion
de sucre convenable ;
2° Dans cette eau, mettez la quantité de sucre suffisante
pour élever à 10* le degré des deux litres de vin que vous
devez obtenir ;
3° Mélangez l’eau sucrée à vos moûts de raisins, brassez
soigneusement et laissez fermenter ;
4’ Mais, direz-vous, le vin perdra de sa couleur et ne
trouvera pas d’acheteur ? Si vous craignez cela, ajoutez des
colorants artificiels ; vous n’êtes pas embarrassés pour en
trouver.
Et c’est ce que font la plupart de nos vignerons.
PREMIERS DÉFAUTS DES VINS DE SUCRE FAITS PAR LA METHODE
DE ÛALL.
Ces vins de sucre ont d’abord tous les défauts signalés
dans ceux faits suivant les sages principes de Chaptal ; et,
qui plus est, ces défauts sont exagérés par l’emploi de glu-
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coses du commerce en plus fortes proportions. Ils ont perdu
la plupart des qualités hygiéniques des vins sucrés parles
principes de Chaptal.
DEUXIÈMES DÉFAUTS, FALSIFICATIONS.
Puis ce sont, par l’emploi de l’eau en grande quantité,
des vins de mouillage au premier chef (tromperie sur la
nature de la marchandise vendue).
TROISIÈMES DÉFAUTS.
Un autre genre de falsification , celle des colorants arti¬
ficiels, s’ajoute encore le plus souvent à la fraude précédente.
Nous reviendrons plus loin sur les dangers des colorants
artificiels.
Et on met en vente ces produits indigestes comme des
boissons hygiéniques .
§ III.
VINS DE SUCRE FAR LES PROCÉDÉS DE PETIOT.
Ce n’est pas tout encore ; on ne s’arrête pas sitôt dans
la voie du gain mal acquis. Petiot est venu y mettre le
comble.
< Vos marcs contiennent encore des éléments du vin,
dit Petiot aux vignerons ; au lieu de les laisser perdre,
vous pouvez les employer à faire d’autre vin. Il suffit d’y
mettre de l’eau et du sucre ».
La mère goutte étant donc tirée et les marcs pressés
pour donner leur vin naturel, on fait dissoudre une ving¬
taine de kilog. de sucre interverti ou de glucose du com¬
merce dans un hectolitre d’eau où on a mis les marcs et
on laisse fermenter. On obtient un liquide tout aussi riche
en alcool que le vin et qu’on vend comme vin de sucre ,
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— 215 —
souvent même comme vin naturel ; s’il manque de couleur,
on le colore artificiellement et le tour est joué.
On peut même tenter une troisième cuvée avec les marcs
de la deuxième !
Conclusion. — En vérité, les vins de sucre par le pro¬
cédé Petiot ne sont point des boissons hygiéniques ; on le
conçoit sans peine, ce sont des piquettes indigestes qui
ne méritent même pas le nom de vin de sucre.
On peut rapprocher des vins de deuxième cuvée, dus
aux procédés de Petiot, les piquettes du Midi , dont nous
parlerons dans le chapitre suivant, § II de la 4* série des
falsifications.
RÉSUMÉ SUR LES VINS DE SUCRE.
Qualités hygiéniques. — Si on applique les prin¬
cipes de Chaptal, le sucrage rationnel des moûts avec des
sucres purs améliore le vin des raisins qui ne peuvent
mûrir suffisamment, sans pouvoir toutefois le rendre aussi
favorable à la santé que les vins naturels de raisins bien
mûrs.
Si on le sucre à l’excès, comme le conseille Gall, et sur¬
tout si on emploiedes glucoses du commerce, le vin de sucre
perd la plupart de ses qualités hygiéniques par l’effet du
mouillage et des impuretés des glucoses.
Si c’est enfin un mouillage complet, suivant les procédés
de Petiot, on n’obtient que d’indigestes boissons.
Nous traiterons complètement, dans la deuxième partie
du mémoire, consacrée à la recherche et à la détermina¬
tion des falsifications et des fraudes sur les vins, la question
des caractères qui permettent de reconnaître les vins de
sucre.
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216 —
DEUXIÈME SECTION.
VINS DE RAISINS SECS.
Ces boissons peuvent se ranger dans la catégorie des
vins de sucre, car elles ont, comme eux, un excès de
matières sucrées. A l’époque où les ravages du phylloxéra
avaient diminué la production des vins naturels, les raisins
secs offrirent de précieuses ressources. On sut bientôt
fabriquer cette boisson dans de bonnes conditions.
Qualités des vins de raisins secs. — Ces boissons pos¬
sèdent des qualités hygiéniques qui les rapprochent des
cidres et des bières ; elles rendent en conséquence de bons
services. C’est donc avec raison que la loi en autorise la
vente ; cependant, elle y met la condition de les désigner
par lèur nom de vins de raisins secs. C’est très juste ; car
ils n’ont pas toutes les qualités hygiéniques des vins de
raisins frais.
Dangers de cette fabrication. — Pour que les vins de
raisins secs soient favorables à la santé, il faut : 1° que
la fabrication en soit bien réussie ; 2° que l’eau qui est
employée soit potable et saine : si on emploie de l’eau
de puits très calcaire, le vin est nuisible comme cette eau
elle-même ; si on se sert de l’eau des ruisseaux et des
rivières qui a traversé les terres arables, elle contient des
nitrates qui la gâtent et des microbes qui l’infestent. On a
signalé récemment les bacilles de la fièvre typhoïde dans
les vins de raisins secs servis dans une cantine de garnison,
et le Ministre de la guerre a prescrit de les examiner
avec soin avant d’en autoriser l’emploi.
Fraudes commises dans le commerce des vins de rai¬
sins secs. —> Si les vins de raisins secs étaient vendus sous
leur nom , on ne pourrait que recommander l’usage de
ceux de ces produits qui sont sains et bien fabriqués ; mais
il n’en est pas toujours ainsi. Les fabricants, dans un but
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— 217 —
de lucre, les vendent souvent comme vins naturels ; ce
qui est une fraude punie par la loi Griffe, même quand on
les coupe par des vins naturels.
M. A. Gautier estime qu’à Paris, plus des neuf dixiémes
des vins de raisins secs sont vendus comme vin. On les
coupe par de gros vins teinturiers tirés d’Espagne, pour les
livrer à la consommation. C’est le vin marchand des caba¬
rets de la capitale, et on sait quels ravages il produit dans
l’estomac de ceux qui les consomment.
Les honnêtes négociants en vins en sont eux-mêmes
affligés, cette fraude nuisant à leur commerce.
CONCLUSION GÉNÉRALE.
Parmi les vins artificiels, les vins de raisins secs et les
vins de sucre, d’après les principes de Chaptal, sont les
seuls qui ont des qualités hygiéniques, mais aucun ne peut
posséder toutes les qualités hygiéniques des bons vins de
raisins frais (1).
Nous avions donc raison de le dire en commençant ce
chapitre : la première condition que doit remplir un vin
pour être hygiénique est d’être un vin naturel.
Nous renvoyons à la deuxième partie du mémoire l’étude
des caractères distinctifs des vins de raisins secs.
(1) Nous rappellerons ici qn’on range quelquefois parmi les vins
artificiels les produits qu’on obtient par le vinage et le mouillage des
vins naturels. La loi les place parmi les opérations de falsification et
de fraude qu’elle punit ; c’est pourquoi nous en parlerons à la fin du
chapitre suivant.
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CHAPITRE IV
FALSIFICATIONS DBS VINS NATUBBLS.
La seconde condition que les vins naturels doivent rem¬
plir pour être hygiéniques est d’être naturellement faits.
Nous avons expliqué dans le chapitre précédent pourquoi les
vins naturels, c’est-à-dire provenant exclusivement de la
fermentation des raisins frais, peuvent seuls posséder toutes
les qualités hygiéniques qu’on est on droit d’attendre de
cette boisson.
Mais, si cette condition d’origine est nécessaire, elle
n’est pas suffisante ; il faut, de plus, que les vins de raisins
frais restent naturels . c’est-à-dire qu’on n’ajoute ni aux
moûts, ni au vin lui-même aucune matière étrangère, sous
prétexte d’en aider la vinification ou d’en assurer la con¬
servation. Nous allons voir, en effet, que toute immixtion
d’une matière quelconque dans les vins les altère et cons¬
titue, aux yeux de la science, une falsification qui tombe
sous le coup de la loi du 27 mars 1851 sur la falsification
des denrées alimentaires.
Et ce ne sont pas seulement les matières étrangères aux
vins, comme le plâtre, l'alun, les acides minéraux, les sels
toxiques, etc., etc,, qu’il est interdit d’ajouter aux vins,
mais encore les matières analogues aux éléments naturels
du vin, tels que l 'alcool et Y eau elle-même (le vinage et
le mouillage sont, à juste titre, punis comme falsifications
du vin par la loi toute récente du 28 juillet 1894) (1).
Pour démontrer combien les lois ont raison d’être sé-
(1) L’addition du sucre aux moûts ou aux vins est la seule que la
loi tolère, et encore est-ce à la condition que le vin qui en résulte
soit vendu sous le nom de vin de sucre (loi Brousse); qu’on n’emploie
que des sucres purs et qu’on n’y ajoute ni acides ni eau.
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— 219 —
vères sur les falsifications des vins naturels, il nous suf¬
fira de passer en revue les principales manipulations qu'on
fait subir aux vins livrés au commerce ; les consommateurs
seront édifiés et, par suite, convaincus qu'un vin naturel
ne peut avoir de qualités hygiéniques que s’il a été natu¬
rellement fait sans addition d’aucune matière étrangère.
Nous allons brièvement indiquer, en quatre séries, les
principales falsifications qu’on fait subir aux vins.
PREMIÈRE SÉRIE.
FALSIFICATIONS PROVENANT DES PROCÉDÉS ARTIFICIELS
DE LA CLARIFICATION DES VINS (1).
Au lieu d’attendre que le vin nouveau se soit clarifié de
lui-même en déposant ses lies pendant l’hiver et une partie
du printemps, les propriétaires lui font subir diverses opé¬
rations pour obtenir une clarification prématurée, et pou¬
voir ainsi le mettre en vente presque aussitôt après les
vendanges.
I. — Plâtrage des vins. — Le plâtrage est la plus ré¬
pandue de ces pratiques, surtout dans le Midi. Elle consiste
à répartir par couches dans les moûts du plâtre cru réduit
en poudre.
Le plâtrage a de nombreux inconvénients : 1* Il intro¬
duit dans le vin, outre du sulfate de chaux, tous les sels
que contiennent les carrières de plâtre : des carbonates,
des chlorures et des azotates de chaux et de magnésie, de
baryte et de strontiane et autres sels. Ces matières sont
presque toutes des poisons, même à petites doses, dont le
plâtrage n'introduit pas moins de cinq à six espèces de
poisons dans le vin ;
(1) Nous serons très bref et, pour éviter des longueurs, nous avons
écrit en italique les noms des matières étrangères qui sont nuisibles
a la santé.
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2* De plus le sulfate de chaucc se change en sulfate de
potasse dont l’excès rend le vin purgatif ;
3* Le sulfate de chaux précipite les tartres naturels qui
sont des toniques précieux, comme nous l'avons expliqué.
Le plâtrage des vins a été condamné à juste titre par les
comités consultatifs d’hygiène ; celui de l’armée en a le
premier signalé les dangers. On peut dire que c’est une faute
d’en avoir toléré l’emploi jusqu’à 2 grammes; il eût été
logique de défendre absolument ce procédé déplorable de
clarification des vins.
Caractère spécifique du plâtrage, — Heureusement, le
plâtrage est facilement découvert, grâce au procédé de
Marty. (Voyez 2« partie.)
IL — Déplâtrage. — Quand le plâtrage des vins fut
entravé, on dut déplâtrer les stocks de vins ; on emploie
pour cela des sels de baryte ou des sels de strontiane. Ces
sels, qui sont des poisons , font du déplâtrage un remède
pire que le mal.
ni. — Tartrage des vins. — Le plâtrage étant devenu
suspect, quelques viticulteurs du Midi ont pensé à tartrer
les vins, ce qui consiste à y introduire un excès d’acide
tartrique libre, élément qui n’existe qu’en proportions
très faibles dans les vins naturels.
IV. — Phosphatage des vins. — D’autres viticulteurs
plus imprudents encore ont pensé à phosphater les vins, ce
qui introduit des excès de phosphates acides de potasse ,
plus nuisibles à la santé que le sulfate de potasse lui-même.
V. — Alunage des vins. — En Espagne, on les alune
avec l’ysogris, terre qui introduit de l’alun et, aveo lui, des
sels de cuivre et même d'arsenic, c’est-à-dire les poisons
les plus actifs.
VI. — Tannage des vins. — Pour les vins blancs, on
introduit, sous prétexte de les préserver de la maladie de
la graisse, du tannin de chêne dont les propriétés sont
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— 221 —
toutes différentes de celles des œnotannins et qui sont dé¬
sagréables au goût et nuisibles à la santé.
VII. — Collage des vins. — Pour clarifier, on emploie
encore les collages à la gélatine qui donne prise aux enne¬
mis du vin, les mycodermes et les parasites.
VIII. — Salage des vins. — On les sale au gros sel qui
introduit non seulement un excès de chlorure de sodium,
mais encore des sels amers de magnésie et des impuretés
de toute nature.
En résumé, pour vendre les vins six mois trop tôt, on
n’hésite pas à les falsifier ; mais ce n’est pas tout. En trai¬
tant les vins par des poisons, on arrête leur fermentation
qui est leur vie, on donne prise à leurs maladies, de sorte
qu’il faut d’autres poisons pour leur donner l’apparence de
la santé. La première série de falsifications a conduit fata¬
lement à une seconde plus grave encore.
DEUXIÈME SÉRIE.
FALSIFICATIONS PROVENANT DES PROCÉDÉS ARTIFICIELS EMPLOYÉS
POUR CONSERVER ET TRANSPORTER LES VINS.
Mutages des vins. — On appelle ainsi les opérations
faites dans le but de préserver les vins des altérations et
des maladies et, par suite, d’en assurer la conservation et
le transport.
IX. — Soufrage des vins. — Le mutage des vins est
le plus souvent pratiqué en brûlant une mèche soufrée dans
les tonneaux destinés & recevoir le vin. L’acide sul/ureuv
dissous dans le vin le conserve, mais au prix d’un empoi¬
sonnement (1).
(1) Remarque. — Le soufrage des toaneaux est un excellent pro¬
cédé pour les assainir ; mais, comme il introduit de l’acide sulfureux
qui est un poison, il faudrait toujours le faire suivre d’un lavage à
l’eau bouillante chargée de carbonate de soude, afin de faire dispa¬
raître toute trace d’acide, et terminer par un rinçage à grande eau
pour enlever le carbonate.
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X. — Mutage des vins par Vhyposulfite de soude. —
On emploie aussi au mutage des vins l’hyposulfite de soude
qui est un poison plus dangereux encore que l’acide sulfu¬
reux.
XI. — Mutage à Vacide tartrique . — On mute aussi les
vins avec l’acide tartrique libre qui est moins dangereux,
mais qui introduit un élément étranger aux vins naturels.
XII. — Mutage à l'acide borique ou au borax. — On
mute encore avec Y acide borique ou avec le borax qui ont
un autre effet, celui d’aviver la couleur; mais c’est ajouter
des poisons.
XIII. — Mutage à l'acide salicyliquc. — Le procédé de
mutage le plus énergique est le mélange au vin d'acide
salicylique. Il est spécialement employé pour empêcher
les vins de se décomposer dans les transports, mais c’est un
poison plus funeste encore que les précédents.
XIV. — Mutage à Vacide sulfurique. — Vitriolage
des vins . — Des négociants, par trop dépourvus de scru¬
pules, ont été jusqu’à employer le poison minéral le plus
dangereux, l'acide sulfurique lui-même, pour conserver
le vin et en aviver la couleur. Et, comme ils prennent pour
cela l’acide sulfurique impur du commerce, ils mettent
avec lui dans le vin d’autres acides minéraux aussi dange¬
reux : de Yacide chlorhydrique et même de Y acide
nitrique .
Ces acides peuvent aussi provenir, nous l’avons vu, des
glucoses du commerco dans la fabrication des vins de
sucre.
L'acide sulfurique provient encore du soufrage des
tonneaux et des vins, car l’acide sulfureux produit par la
combustion de la mèche soufrée s’y change peu à peu en
acide sulfurique ; c’est pour cela que le soufrage est une
des plus fâcheuses pratiques de la vinification.
La présence des acides minéraux dans les vins est si
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— 223 —
fréquente qu’il faut toujours par prudence les y rechercher
(nous dirons comment).
Mais ce n'est pas tout encore. On n’empoisonne pas le
▼in que pour le conserver, on le fait encore pour en cor¬
riger les défauts nuisibles à la vente.
XV. — Lithargyration des vins. — Quand les vins sont
trop verts, trop acides, on ne craint pas de les désacidifier
avec la litharge, un composé de plomb des plus toxiques.
XVI. — Sels de cuivre des vins. — Le sulfatage
exagéré des vignes atteintes de mildew introduit dans le
vin des sels de cuivre.
XVII. — Empoisonnement des vins par le phosphore.
— Le phosphatage des moûts empoisonne le vin d’acide
phosphorique, nous avons expliqué comment..
XVIII. — L’arsenic dans les vins, — Enfin, on ne
saurait trop le redire, nous l’avons vu plus haut, que l’alu¬
nage des vins d’Espagne y introduit de l’arsenic.
A la pensée de tant de poisons qui peuvent se trouver
dans les vins que le commerce leur offre, le3 consomma¬
teurs sont à bon droit épouvantés des périls que leur fait
courir une boisson qui pourrait au contraire avoir tant de
qualités hygiéniques.
CONCLUSION.
Ainsi, quand on ne laisse pas les vins naturels se faire
naturellement, on est fatalement conduit à les empoisonner
pour les conserver jusqu’à la vente. Mais ce n’est pas tout
encore. Ces vins falsifiés n’ont plus la belle couleur que la
nature leur donne; il faut, pour les vendre, recourir à une
troisième série de falsifications; la coloration artificielle.
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— 224 —
TROISIÈME SÉRIE.
FALSIFICATIONS PROVENANT DE L’EMPLOI DBS COLORANTS ARTIFICIELS.
La coloration artificielle des vins a pour but :
la D’augmenter l’intensité de la couleur, quand elle
paraît au négociant trop faible pour plaire à l’acheteur, ce
qui est le cas de la plupart des vins de sucre;
2 e De colorer les vins de raisins secs pour les vendre
comme vins rouges naturels ;
3° De colorer les vins blancs et de pouvoir les débiter
comme vins rouges ;
4* En outre, elle sert à masquer la plupart des
fraudes commises dans le commerce des vins, spécia¬
lement le vinage et le mouillage, en vendant comme
naturels des vins allongés par l’alcool et l’eau.
Colorants artificiels. — Les matières colorantes
employées dans ce but sont si nombreuses qu’il serait fas¬
tidieux d’en donner ici la nomenclature complète. Elles
sont fournies par les trois régnes de la nature : la cochenille,
provenant d’un insecte ; les bois, les racines, les feuilles
et les fleurs des végétaux et surtout les baies qui, comme
celles du sureau, fournissent de belles couleurs rouges ana¬
logues à celles des vins naturels.
Tous les colorants d’origine végétale sont assez inof¬
fensifs par eux-mêmes, mais ce sont des éléments de falsifi¬
cations défendues par les lois.
Les colorants minéraux dérivés des extraits de la houille
sont, au contraire, de violents poisons; on les compte par
centaines et leurs brillantes couleurs les font rechercher
pour falsifier les vins.
Colorants du commerce. — Les vignerons qui ont la
coupable pensée d'employer des colorants artificiels n’ont
même pas besoin de les préparer eux-mêmes. L’industrie
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- 225 —
clandestine des fabricants de colorants pour les vins se
charge de leur en fournir un choix varié sous les plus pom¬
peuses qualifications.
Nous n’insisterons pas ici sur la déplorable habitude de la
coloration artificielle des vins qui tend malheureusement
à se propager de jour en jour davantage dans nos vignobles.
Nous renverrons sur ce sujet le lecteur aux ouvrages des
Gautier, des Girard et de leurs élèves. Ils ont signalé avec
soin les principaux de ces colorants, et ont trouvé les
moyens sûrs de les reconnaître et de découvrir ainsi les
falsifications et les fraudes qu’ils servent à masquer.
Nous expliquerons dans notre deuxième partie, spécia¬
lement consacrée à ce sujet, quelle est la marche logique
qu’il faut suivre pour découvrir toutes les espèces de falsi¬
fications et caractériser tous les genres de fraudes com¬
mises sur les vins.
QUATRIÈME SÉRIE.
FALSIFICATIONS ET FRAUDES COMMISES SUR LES VINS
PAR ADDITION DE MATIÈRES ANALOGUES A LEURS ÉLÉMENTS NATURELS.
Ce n'était sans doute pas assez pour les producteurs de
vins de falsifier les excellents produits naturels de la vigne
par l’addition de matières étrangères; ils ont songé à
augmenter la quantité de la production en mettant dans le
jus de raisin des éléments similaires, dont l’alcool est le
principal, et en ajoutant l’eau nécessaire pour obtenir les
mêmes doses que dans les vins naturels. Ces coupables
opérations sont désignées sous le nom de vinage et mouil¬
lage des vins.
C'est actuellement une des fraudes les plus graves et les
plus fréquemment commises dans le commerce. Sa gravité
est telle qu’on a cru devoir faire une loi nouvelle
(28 juillet 1894) pour la réprimer (Voir à la 2'partie, ch. IV,
section V le texte de cette loi).
15
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Il importe donc de nous expliquer clairement sur ce
point.
En principe, on ajoute successivement aux moûts et aux
vins faits : de Y alcool {vinage), des acides, des sucres et des
gommes , de la glycérine (scheelisation), de la gélatine ou
de Y albumine, des tartres et des tannins, des sels et des
colorants, c’est-à- dire des matières analogues aux prin¬
cipaux éléments du vin, et, autant que possible, dans les
proportions où ils sont dans les vins naturels ; enfin, on y
met de l’eau (: mouillage ) en quantité nécessaire et suffisante.
Le résultat est donc le même que si on avait composé
un vin artificiel de toutes pièces sans un grain de raisin,
ni frais ni sec, et qu’on l’eût mélangé ensuite avec du vin
naturel pour masquer la fraude et en faciliter la vente.
Mais on n’a pas atteint du premier coup la perfection et
nous allons dire, en quelques mots, comment on y est
parvenu progressivement avec une logique digne de servir
une meilleure cause.
I. Vinage des vins faibles. — Le vinage pourrait être
une bonue opération, s'il avait pour but d’élever le degré
des vins naturellement trop faibles.
Si, par exemple, un vin du Loiret n’avait que 5* à 6*, le
relever à 8° ou à 9° pourrait le rendre plus agréable,
sinon plus hygiénique, mais à une condition, celle d’em¬
ployer pour cela de Y eau-de-vie de vin.
Mais comment conseiller à nos vignerons de viner leurs
vins avec du cognac de 4 à 5 francs le litre ? Pour élever
de 3 degrés le titre d’un hectolitre de vin il leur faudrait
6 litres de cognac et dépenser 30 francs.
Ils n’emploieraient pas même, à cause de son prix élevé,
l’alcool rectifié; ils se servent ordinairement de trois-six
provenant de fécules de grains ou de pommes de terre, ou
de tout autre alcool à bas prix, de sorte que le vinage est
infecté par les alcools impurs butyrique, amylique et autres,
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que contiennent ces alcools inférieurs. Il serait donc plus
sage de ne jamais viner les vins.
Nous insisterons sur les caractères de ces falsifications
dans la deuxième partie consacrée à la recherche des
fraudes sur les vins.
II. Vinage des 'piquettes du Midi. — La falsification
par vinage est pratiquée, dans le Midi surtout, pour utiliser
les piquettes de marcs. On lave méthodiquement les
marcs sortant de presse, et on en retire un liquide conte¬
nant à peu près moitié des éléments : alcool (D°) 4* à 5° ;
extraits 15 à 16 grammes, acidité 3 à 4 grammes. Seuls, les
tartres et les sels y sont en excès.
Certains négociants du Midi, sans aucun scrupule, y
ajoutent de l’alcool artificiel (l re falsification) pour élever
le degré à 10, et de la glycérine (2 e falsification) pour
relever l’extrait à 20 grammes. Enfin ils le colorent arti¬
ficiellement (3* falsification) ; et ils vendent ces mélanges
comme vin naturel (ce qui est une fraudé). Ils pratiquent
ainsi trois falsifications pour commettre une fraude. Que
leur importe, s’ils écoulent leurs produits !
III. Vinage et mouillage. — Nous touchons ici à la
plus commune des falsifications, celle qu’une loi récem¬
ment votée par les chambres françaises (voir le texte de
cette loi à la 2* partie, ch. IV, section V) pourrait atteindre
plus sévèrement quejamais.il importe, en conséquence, de
nous expliquer clairement sur cette question.
Le but évident de l’industriel est de faire du vin avec
de Veau, de l’alcool et les éléments principaux du vin.
Supposons un vin contenant 9* d'alcool ; on veut d’une
pièce en faire deux au même degré alcoolique. Il faudra :
1* Y mettre de l’alcool, pour en porter le degré à 18® ;
2° Ajouter de l’eau prise au puits ou à la rivière, pour
que le volume soit porté au double ;
3® Enfin y dissoudre les éléments analogues à ceux
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des vins naturels. — Les vins innés et mouillés restent-
iis hygiéniques ? Non, car 1° l’alcool artificiel ne l'est pas ;
2° l’eau de mouillage ne l’est pas toujours, car l’eau des
puits et des rivières est le plus souvent infectée de cal¬
caires, de nitrates et surtout de microbes, En résumé on a
déjà commis deux falsifications ; le vinage, addition d’al¬
cools artificiels plus ou moins impurs ; le mouillage , addi ¬
tion d’eau plus ou moins potable.
Mais ces falsifications seraient faciles à dévoiler, si on
n’ajoutait que de l’alcool et de l’eau, car l'analyse ferait
trouver un poids d’extrait diminué de moitié, et l’industriel
serait pris et condamné.
Pour échapper à ce moyen trop probant, l’industriel
avisé a recours à une troisième falsification. Il ajoute
à son vin 20 à 25 grammes par litre à'extrait artificiel
consistant en glycérine , gommes , glucose ou autres ma¬
tières analogues à celles des vins que des industries spé¬
ciales lui fournissent. Ces matières grossières achèvent de
faire perdre au vin ses qualités hygiéniques.
Mais leur présence aura pour effet de mettre en défaut
la règle du rapport de l’alcool à l’extrait qui sert à recon¬
naître les vinages et mouillages simples.
Les fraudeurs seront-ils sauvés du jugement de l’ana¬
lyse ? Non, car les extraits artificiels ne peuvent être
exactement ceux du vin, de sorte que l’analyse, en dosant
les divers éléments, reconnaîtra sûrement les falsifications
et la nature de la fraude.
Nous n’insisterons pas ici sur les moyens de découvrir
le vinage et le mouillage des vins ; nous renvoyons la
question à la deuxième partie du mémoire, spécialement
consacrée à la méthode et aux procédés de recherches et de
constatation des falsifications et des fraudes qu’on peut
commettre sur les vins.
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— 229 —
CONCLUSION GÉNÉRALE DU CHAPITRE.
Pour qu’un vin possède toutes les qualités hygiéniques,
il ne suffit pas qu’il soit naturel, il faut encore qu’il
reste naturel, c’est-à-dire qu’il ne soit pas falsifié par
l’addition de matières étrangères destinées à le clarifier,
à le conserver ou à le transporter ; il faut encore qu’on
n’y ajoute aucun colorant artificiel, enfin qu’on n’y intro¬
duise aucune matière analogue aux éléments des vins
(alcool, acides, glycérine ou autres).
En un mot, il faut que les vins proviennent exclusive¬
ment des produits de la fermentation des raisins frais, et
qu’ils soient vinifiés naturellement sans l’addition d’au¬
cune matière auxiliaire.
Cependant, ces deux conditions ne sont pas suffisantes,
il en faut une troisième, l 'union intime des éléments.
C’est l’objet du chapitre suivant.
CHAPITRE V
PRINCIPES ET PROCÉDÉS DE VINIFICATION DESTINÉS
A ASSURER L’UNION INTIME DES ÉLÉMENTS.
La troisième condition que les vins doivent remplir pour
posséder toutes leurs qualités hygiéniques, est d’avoir
leurs éléments intimement unis, physiologiquement
organisés pour ainsi dire, de manière à constituer un être
complet, le vin, comme les organes sont unis pour former
un être vivant. La nature seule fait naître les éléments
physiologiques du vin, seule aussi, elle peut les unir. Pour
en être convaincu, il suffit de savoir ce qui se passe dans la
cuve des vendanges.
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Dès que les raisins sont écrasés, leurs produits orga¬
niques, les sucres , les acides et les autres matières de la
pulpe tombent sous l'empire des ferments naturels qui s’y
trouvent avec eux. Ces organismes sont des champignons
microscopiques qui se développent et se multiplient plus
rapidement encore que les champignons vulgaires.
Ils sont doués d'une véritable vie végétale. Sous leur
influence, le sucre se change en alcool et en acide carbo¬
nique; la glycérine se forme accompagnée d'acide succi-
nique ; les œnotannins prennent naissance ; les tartres et
les autres sels organiques se dégagent de la pulpe et se
modifient au contact des sels minéraux sortis des produits
organiques. Toute cette population s'agite et participe à la
vie générale.
Les éléments du vin y sont à l’état naissant. C'est la
condition la plus favorable à leur union intime ; c'est ainsi
que peuvent se rapprocher et s’unir, d'abord les éléments
qui ont le plus d'affinités réciproques, l’eau et l'alcool,
puis les éléments acides (tartres et œnotannins), et enfin
la glycérine, le sucre et les sels. On voit bientôt la masse
s'épurer peu à peu en rejetant dans les lies les matières
qui ne peuvent s'unir intimement.
C’est la nature qui agit dans ce travail de la fermen¬
tation et l’homme ne saurait la remplacer ; mais il peut et,
par conséquent, il doit lui venir en aide, en plaçant les
moûts dans les conditions les plus favorables aux diverses
phases des fermentations, en employant la méthode de
vinification que l’expérience a fait reconnaître comme la
meilleure, et les procédés les plus propres à la mettre en
pratique.
PRINCIPES DE LA VINIFICATION.
Première condition : maturité des raisins. — Il faut
que les raisins soient au degré de maturité convenable :
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trop verts, ils auraient trop d’acidité et pas assez d’alcool ;
trop avancés, ils seraient atteints par les moisissures. Il
faut aussi, autant que possible, qu’ils soient tous au même
degré de maturité ; au besoin on devrait faire deux cueil¬
lettes, trois même, s’il était nécessaire (1).
Deuxième condition : principes des fermentations. —
La transformation du moût de raisin frais en vin s’ac¬
complit naturellement sous l’empire des fermentations;
mais elle marche plus ou moins bien suivant que les moûts
sont dans des conditions plus ou moins favorables. Et il
est au pouvoir des vignerons de les rendre favorables en
les dirigeant convenablement.
Les agents des fermentations, rappelons-le sommaire¬
ment, sont les levures de vin (saccharomycès ou cham¬
pignons du sucre). Pour vivre, il leur faut de l’air respirable;
pour se développer à l’aise, ils ont besoin non seulement
des matières albuminoïdes de la pulpe dont ils se nourris¬
sent, mais encore de degrés de chaleur convenables. C’est
au vigneron à leur procurer cet air et cette chaleur dans
les différents cas où se produit la vinification, dans la
fermentation tumultueuse, dans la fermentation modérée
qui lui succède, dans les fermentations lentes de la pre¬
mière année et enfin dans le vieillissement du vin où le
travail est encore plus lent. Nous devons donc indiquer
dans chaque cas les soins à prendre.
I. — FERMENTATION TUMULTUEUSE.
Elle agit, dès que les raisins sont écrasés dans la cuve
des vendanges. Elle ne s’accomplit bien qu’en plein air,
(1) Un vigneron d’Olivet, M. Berge, a imaginé pour régulariser le
degré de maturité des raisins un procédé qui réussit bien, assure-t-il.
Il verse dans la cuve, avec assez de précaution, les raisins de la ré¬
colte et les y laisse nn jour ou deux avant de les écraser. La masse
s'échauffe peu à peu et la chaleur qui s’y propage achève la maturation
des raisins les moins avancés.
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c’est pourquoi la cuve doit rester ouverte et le cellier
suffisamment pourvu d’air pur.
Le degré de chaleur le plus favorable est de 12 à 15*
dans le cellier, et par suite de 15 à 20* dans la cuve.
Dans ces conditions, la fermentation tumultueuse durera
5 à 6 jours, 8 jours au plus. Ses effets principaux sont :
1° De transformer le sucre en alcool et en gaz acide
carbonique qui, en se dégageant, soulève les levures au
sommet ;
2* De faire naître dans les pelures du raisin les œno-
tannins colorants ;
3° De dégager les tartres de la pulpe.
Les autres éléments des moûts subissent en même temps
des transformations plus ou moins favorables à la bonne
réussite du vin.
Il est bon que les vignerons n’oublient pas que les
fermentations sont accompagnées souvent d'effets nui¬
sibles ; ainsi, la cuve étant ouverte à l’air libre, un excès
d’oxydation transforme une partie du sucre en glycérine
et en acide succinique, éléments plus nuisibles qu’utiles.
Ils se forment en proportions d’autant plus fortes que la
fermentation tumultueuse dure plus longtemps. C’est
pourquoi il faut abréger autant qu’on le peut la durée de
la fermentation en cuve. D’autres effets défavorables
pourraient aussi résulter de la présence des microbes et
des mycodermes de l’air extérieur, il faut en prévenir l’in¬
fluence. De là résultent les soins à donner pendant ce temps
aux celliers.
1* Dans ce but, les celliers doivent être tenus très
propres et au besoin les murs blanchis à la chaux dans la
semaine qui précède les vendanges.
Les cuves doivent être réparées et nettoyées à fond ;
2° Pour favoriser les fermentations, on devra chercher
à y maintenir la température de 12 à 15*. Pour y par
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venir, si la température ambiante est trop basse, on
chauffera le cellier ; si elle est trop élevée, on en ouvrira
les portes, vers la fin de la nuit, jusqu’aux premières heures
du matin.
3* On maintiendra les marcs dans le jus au moyen de
claies ou de tout autre obstacle qui les empêche de remon¬
ter, afin que les grappes et les pelures ne moisissent pas
sous l’influence des microbes aériens.
4° On doit séparer le vin du marc, dès que la fermenta¬
tion tumultueuse est achevée, afin de les soustraire à l’ac¬
tion des microbes et des mycodermes aériens.
5° Le vin nouveau est aussitôt soutiré, les marcs sont
mis sous presse et le jus est réuni à la mère goutte dans des
tonneaux, pour y subir la fermentation modérée.
II. — FERMENTATION MODEREE.
Les jus sont encore sucrés, ils sont en outre pourvus
d’une abondante quantité de levures qui doivent continuer
à fermenter dans les tonneaux, et, sous leur influence, les
éléments du vin restent en travail.
Pour favoriser la fermentation de ces levures, l’air doit
se renouveler facilement dans les tonneaux : le trou de
bonde sera donc simplement recouvert d’une toile mainte¬
nue par une brique.
La température du cellier doit être entretenue de 8 à
10°, en prenant les précautions indiquées plus haut.
Les effets, commencés dans la fermentation tumultueuse,
se continuent dans les tonneaux ; l’acide carbonique
s’échappe par le trou de bonde ; il est remplacé par de l’air,
assez pour suffire aux ferments, mais trop peu pour pro¬
duire l’oxydation qui ferait naître de nouvelles quantités
de glycérine et d’acide succinique.
A l’approche des premiers froids, la fermentation se
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ralentit et devient presque insensible ; les lies se déposent
peu à peu, le vin s’éclaircit sensiblement.
C’est le moment favorable de séparer les lies, car elles
pourraient nuire aux effets ultérieurs de la fermentation, si
un temps plus doux la faisait reprendre avec activité. Ces
premières lies sont très impures ; elles contiennent toutes
les poussières que peuvent avoir les raisins au moment des
vendanges.
III. — FERMENTATION LENTE EN TONNEAUX DANS LES CAVES.
On doit donc soutirer le vin et le mettre dans des ton¬
neaux munis de bondes fermant imparfaitement, afin que
les gaz puissent encore sortir et l’air entrer à leur place.
11 importe que ces tonneaux soient placés dans des caves à
température à peu près constante, de 8 à 12°, car la fer¬
mentation doit y continuer pendant tout l'hiver et la plus
grande partie du printemps.
Les fermentations lentes qui se produisent pendant cette
période sont des plus importantes, puisque de leur action
dépend l’union intime des éléments et par suite les qualités
hygiéniques du vin.
Dans les fermentations vives, nous avons vu se former
l’alcool et l’acide carbonique, les œno-tannins, la glycé¬
rine et l’acide succinique, en même temps que les tartres et
les sels organiques et minéraux se dégagent de la pulpe ;
mais tous ces éléments ne sont pas unis, et, par suite, le
vin nouveau qui en résulte n’a pas encore toutes ses quali¬
tés hygiéniques; son usage pourrait même être nuisible,
surtout aux estomacs délicats. C’est donc unefautegrave que
de l’acheter avant l’hiver; à moins de vouloir en faire, comme
les négociants, l’objet d’une spéculation commerciale.
C’est pendant l’hiver et jusqu'au mois d’avril ou mai que
le vin peut se faire. < Il n’est pas potable avant d’avoir fait
ses pâques », nous disait judicieusement un vigneron
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expérimenté. Pour le comprendre, voyons ce qui se passe
dans la fermentation lente ; la nature des lies qui se pro¬
duisent va nous l'apprendre.
1° Ces dépôts sont rougis par les résidus des œno-lannins
qui se sont formés et épurés pour s’unir à l’alcool.
2° Plus de la moitié sont des tarlrates de chaux et de
potasse provenant de l’épuration que les tartres des moûts
subissent avant de s’incorporer à l’alcool.
3* On y trouve des phosphates et des sulfates de chaux
qui résultent des réactions chimiques que font subir aux
tartres les sels minéraux que la fermentation a fait dégager
des produits organiques des raisins par la destruction de
leurs matières albuminoïdes et sucrées.
4° Pendant ce temps, l 'acide carbonique se dégage peu
à peu.
5° Les acides fixes, nés des fermentations (œnanthique,
acétique et autres), s’apprêtent à s’éthériser en réagissant
sur l’alcool.
6° La glycérine et les matières extractives elles-mêmes
s’incorporent à la masse.
CONCLUSION.
Grâce à ces épurations et sous l’empire des fermentations
lentes et régulières qui se continuent pendant les longs
mois d’hiver et de printemps, les éléments s’unissent,
s’harmonisent ; le vin prend corps ; il est devenu une bois¬
son hygiénique ; on peut en user sans crainte.
IV. — PROCÉDÉS DI VINIFICATION A 8UIVRI PENDANT LA FERMENTATION
LENTE.
Les précautions à prendre pour assurer cet heureux
résultat sont donc de la plus haute importance.
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1* La condition la plus essentielle est d’avoir une bonne
cave, c’est-à-dire une cave à température constante de
8 à 12*.
2° Il importe d’y établir et d’y maintenir une sécheresse
suffisante, car, dans ces conditions, les microbes de la moi¬
sissure ne se développent pas, de sorte que la marche régu¬
lière de la fermentation est assurée.
3® II faut de l’air assez pour suffire à la respiration des
levures, mais pas trop, afin que les mycodermes n'engen¬
drent pas les fermentations acides. Il faut donc veiller à son
entrée, fermer pour plus de sûreté les tonneaux par des
bondes pneumatiques.
4® Si, par excès d’évaporation, le tonneau se vidait trop,
il faudrait le remplir (avec du vin bien entendu) ; c’est ce
qu’on appelle l’ouillage.
5® Si la surface se couvre de fleurs (mycoderma vini), il
faut les faire sortir autant que possible dans l’opération de
l’ouillage.
6* Si le dépôt des lies devient considérable, il faut sou¬
tirer le vin et le remettre dans de nouveaux tonneaux
bien propres.
Quand un vin est fait, à la fin du premier printemps, on
peut le livrer à la consommation, surtout s’il s'agit d’un
vin de table ordinaire qui n’a rien à gagner à vieillir. Si
on doit le consommer dans la saison froide, on peut sans
crainte tirer au tonneau ; mais, si on est dans les trois mois
de chaleur, juin, juillet et août, et si le tonneau doit rester
plus d’un mois en vidange, il est prudent de mettre le
vin en bouteilles afin de prévenir les altérations dues
à la vidange. Il n’est pas nécessaire de cacheter les vins
ordinaires ; il est même préférable que les gaz puissent
entrer et sortir à travers le bouchon, car la fermenta¬
tion doit continuer dans les bouteilles comme dans les
tonneaux.
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On ne doit cacheter que les vins vieux de 3 à 4 ans au
moins, qui ne fermentent plus qu’insensiblement.
V. — FERMENTATION TRÈS LENTE. — VIEILLISSEMENT DU VIN. —
MÉTHODE ET PROCEDES DU BORDELAIS (1).
Les grands crus, et même les bons vins de la Bourgogne
et du Bordelais sont soumis, après le premier printemps, à
une dernière période de fermentations destinée au déve¬
loppement de leur bouquet.
N. B. — Les vins du Centre peuvent aussi gagner à cette
pratique, quand ils sont bien réussis, c’est-à-dire quand
leurs éléments sont en bon état d'équilibre, comme nous
l’expliquerons dans le chapitre suivant. Il y a donc intérêt
à expliquer, pour les viticulteurs de toutes les régions, les
principes et les procédés appliqués dans la vinification des
vins de Bordeaux.
Principes . — Le bouquet, d’après les Pasteur, les
Berthelot et autres œnologues, est formé de trois éléments ;
(nous l’avons déjà dit, mais il est nécessaire de l’expliquer
ici pour comprendre les principes du vieillissement du
vin.)
1® Des essences naturelles et acides aromatiques prove¬
nant du terroir et secrétées par la vigne sous l’influence du
climat ; ces essences existent toutes formées dans les rai¬
sins mûrs ; elles donnent au vin un goût de fruité (suivant
l’expression des viticulteurs) ;
2° Des éthers viniques qui se forment par l’action chi¬
mique exercée sur l'alcool par les acides naissants, dans
les fermentations lentes ;
3° D’aldéhydes très oxygénés provenant aussi| des effets
(1) Cette méthode et ces procédés s'appliquent surtout aux vins
provenant de coupages , c'est-à-dire du mélange de deux ou plusieurs
vins naturels. Nous traiterons, au chapitre VII, l'importante question
des coupages.
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chimiques subis par l’alcool pendant les fermentations très
lentes , et qui, d'après M. Berthelot, contribuent plus
puissamment encore que les éthers à former les arômes
des vins. C’est donc travailler au développement du bou¬
quet que de soumettre le vin à des fermentations très lentes
pendant plusieurs années.
Procédés du Bordelais. — 1° Après le soutirage du
premier printemps, le vin est mis dans des tonneaux
entièrement clos et soigneusement bondés ; et ces tonneaux
sont, condition essentielle, disposés dans des caves à tem¬
pérature constante, saines et bien aérées.
2* Dans le transvasement, le vin a perdu son gaz carbo¬
nique et il a été aéré suffisamment pour continuer à fer¬
menter. Le peu d’air qui reste à sa surface est d’ailleurs
renouvelé à travers les douelles du tonneau.
Son oxygène travaille à la formation des aldéhydes.
Boussingault a constaté que l’air a perdu son oxygène en
agissant sur le vin ; car l’atmosphère du tonneau ne se
compose plus que d’azote imprégné de vapeurs d’alcool et
d’éthers.
3* A l’automne, on procède à un nouveau soutirage d’où
résulte une nouvelle aération, et une nouvelle fermentation
très lente qui dure jusqu’au printemps suivant et ainsi
de suite deux fois par an, jusqu’au complet développement
du bouquet.
Les Bordelais visitent avec sollicitude leurs caves pour
s’assurer que la fermentation marche régulièrement, que
le vin reste clair et s’affine progressivement, que les
fûts ne se vident pas trop, afin de parer à tous les inci¬
dents qui peuvent survenir. Ils mettent au moins trois ans
et jusqu'à quatre ou cinq ans même, s’il le faut, à soigner
leurs vins ; mais ils ne perdent pas leur temps, si, d’un
vin de bon cru ordinaire, qu’après la récolte ils ont
acheté 100 francs, ils parviennent à obtenir un vin qui
vaille 300 francs et plus, grâce au bouquet qu’ils lui ont
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fait acquérir à force de soins de vinification pendant plu¬
sieurs années.
Si les viticulteurs de tous les pays ont des vins naturels
et naturellement faits, assez bien équilibrés pour prendre
du bouquet, ils peuvent en faire d’excellents vins, sinon
des vins supérieurs; ils n’ont qu’à suivre l’exemple des
viticulteurs émérites du Bordelais et de la Bourgogne.
Nous aurions pu nous étendre bien davantage encore sur
les effets si importants des fermentations lentes et très
lentes pour Y amélioration de cette excellente boisson ,
nous nous bornerons à Signaler dans le § VI les moyens
généraux de préserver les vins des maladies et, par suite,
de leur conserver leurs qualités hygiéniques. Ce qui pré¬
cède suffira, nous l’espérons, pour faire comprendre que
les vins naturels et naturellement faits doivent leurs qua¬
lités hygiéniques à Y union intime de leurs éléments, et que
c’est aux soins qu'on leur donne pendant leurs fermenta¬
tions successives que cette union est due.
VI. — PRINCIPES DE LA CONSERVATION DU VIN DANS LES CAVES.
Nous venons d’expliquer, dans les paragraphes précédents,
les principes et les procédés de la vinification propres à
assurer l’union intime des éléments des vins naturels, et,
par suite, à leur faire acquérir toutes les qualités hygiéniques
que la nature leur permet d’obtenir. Mais il ne suffit pas
que les viticulteurs aient préparé le mieux possible leurs
produits, il faut encore qu’ils sachent les conserver dans
leurs caves par les soins qu’ils continueront à leur donner,
et qu’en outre ils en assurent l’arrivée en bon état de con¬
servation chez leurs clients, négociants ou consommateurs.
Les vins, en effet, nous l’avons déjà indiqué dansla pre¬
mière partie, sont sujets de leur nature à des altérations qui
peuvent leur faire perdre leurs qualités hygiéniques, et
même à des maladies assez graves pour rendre dangereux
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240
TABLEAU DES MALADIES DES VINS ET MOYENS
NOMS
des
maladies.
AGENTS
des
ALTÉRATIONS.
NATURE
des
AGENTS.
CARACTÈRES
auxquels on reconnaît
CHAQUE MALADIE.
EFFETS SUBIS
par
LES ÉLÉMENTS DU TIN.
Moisissures.
Microbes
aériens.
Figures de
M. A. Gautier.
Planch**iii et iv
Surface recouverte
de mousses déliées.
Empoisonnement
complet.
Vins plats
trop pau¬
vres en
alcool.
Mycoderma
vinietsac-
c h a r o -
mycès.
Globules ovoï d# *
plus groB que
ceux du sac-
cbaromycès.
Fig. 1,2 et 3 de
la planche ni.
Dégustation : le vin
paraît aqueux, sans
force alcoolique.
L’alcool B6 change eneao
et en acide carbonique.
Acescence.
Vins piquéB.
Mycoderma
aceti.
Mycoderma
lacti.
\ Globules plus
J petits que le
[ saccharo-
i mycès.
/Fig. 1, pl. îv.
| Globules petits
f et aplatis.
Goût aigre de vinaigre.
— La surface se couvre
d’un voile léger.
L’alcool se change en al¬
déhyde puiB en acide
acétique ou en acide
lactique.
Tourne.
Vins montée.
Vins cassés.
Parasites na¬
turels des
vins.
Aérobies (1)
de diverse*
variétés.
Fig. 2 de la
planche iv.
OndeB soyeuses dans le
liquide. — Le vin se
trouble et se fonce. 11
se sépare en deux
couches : jaunâtre en
haut, foncée en bas.
Le tartre se change en
acide acétique mêlé
d’acide lactique.
Pousse , ana¬
logue à la
tourne.
Parasites aé¬
robies (1)
dedivers**
variétés.
Fig. 2 de la
plancheiv.
Filaments
entremêlés.
Masse gélatineuse au
fond du tonneau. —
Donne des gaz carbo¬
niques. Vin trouble de
saveur fade.
Le tartre se décompose
en acides acétique, pro-
pionique et même en
en gaz acide carboni¬
que.
Graisse des
vins blan c *
trop peu
alcooliqu 0 *
Parasite aé¬
robie (1}
en chape¬
lets.
ChapeletB de
globuleB très
petits entre-
mêlés.
Les filaments forment
uno sorte de feutre qui
rend le liquide filant.
La graisse attaque
l’œnotannin.
Amertume .
Vinsvieux
tournésen
amertu me .
Parasites aé¬
robies (1)
formant
des bran-
cha** B plus
ou moins
colorés.
Fig. 3 de la
planche rv.
Goût amer de plus en
plus prononcé.
Action sur les tartres et
les tannins qui sont
précipités autour des
branchages.
(1) Ou nomme aérobies les parasites naturels de tous les vias ; ils n'ont pas besoin d’air pour se développer.
Tant que le vin vit, c'est-à-dire que ses levares fermentent régulièrement, ils sont sans effet, la plus grande
partie se dépose arec les lies.
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DE LES PRÉVENIR ET DE LES GUÉRIR.
241
INFLUENCES EXTÉRIEURES
sur
LES MALADIES.
HYGIÈNE
MOYENS DE PRÉVENIR
LES MALADIES.
MÉDICATION
MOYENS DE GUEIlIR LES MALADIES
A LEUR DÉBUT.
Humidité de Pair ambiant.
Dessèchement des celliers
et caves à l’aide de chaux vive.
î
Variation de température dan*
le» celliers. — Air concentré
dans les tonneaux.
Vinage préalable. — Ouillages
fréquents. — Eviter les trans¬
ports en été.
Vinage, tartrage et tannage.
Air confiné en excès. — Varia¬
tions de température du
cellier. — Transport en
temps chaud.
Ouillage. — Fût à bonde de
côté. — Les fûts ne doivent
pas être laissés en vidange.
Traitement au tartrate neutre
de potasse, recommandé par
Liebig.
Le transport mélange au vin
les parasites déposés dans
les lies ; les variations de
température ont les même*
effets nuisibles.
Collage et soutirage des vins
avant leur expédition. — Ne
transporter les vins qu'en
temps froid ou frais.
Emploi judicieux de la poudre
clarifiante des vins , formée
de noir animal, albumine des¬
séchée, carbonate de soude
ou tartrate neutre de potasse
Mêmes influences que dans la
tourne, mais agissant plus
activement.
Comme pour la tourne. —
Caves fraîches, à tempéra¬
ture uniforme ; obscures ;
bien fermées ; desséchées à
la chaux.
Comme pour la tourne au
début. Si le gaz carbonique
s'est formé, il n'y a plus de
remède.
Variations de température. —
Transport en temps chaud
et variable.
Enrichir le vin d’alcool
rectifié, de tartre et de tannin.
?
Le parasite se forme et se
développe à mesure que les
levures s’épuisent.
Pasteurisation. — Chauffage
vers 'lO* pendant 30 ou
40 minutes.
Collage au gros sel et au blanc
d’œuf. — Soutirage dans des
tonneaux bien nettoyés, sou¬
frés puis lavés à l’eau bouil¬
lante.
Si la fermentation des levures s’affaiblit trop, la partie des parasites qui est dans le liquide peut y exercer
ses ravages.
Toute cause qui fait remonter les parasites des lies dans le liquide favorise leur action funeste.
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leur usage comme boisson. Dans ce cas, ils ne seraient
plus vendables, et le viticulteur perdrait le fruit de ses
soins.
Il importe donc, pour être complet, d’expliquer les prin¬
cipes scientifiques qui permettront d’assurer la conser¬
vation et le transport des vins. Pour cela, le meilleur
moyen est de faire connaître les diverses maladies qui
peuvent les atteindre. Les viticulteurs comprendront mieux
quels sont les ennemis dont ils ont à combattre l’influence.
Nous avons résumé, dans le tableau qui précède, les
caractères et les effets des principales maladies des vins,
et indiqué les moyens de les prévenir et de les guérir.
On voit par ce tableau que les ennemis des vins sont :
1* Les microbes de l’air qui peuvent engendrer la moi¬
sissure du vin, indirectement, en se formant sur les
douelles des fûts ;
2° Les mycodermes aériens qui, dans l’air confiné des
tonneaux, peuvent attaquer leurs éléments, l’alcool
surtout;
3 # Enfin, les parasites aérobies qui existent naturelle¬
ment dans tous les vins.
I. — MESURES A PRENDRE CONTRE LIS MICROBES DE I.’AIR DANS LES CAVES.
Les microbes existent partout, et dans l'air renfermé des
caves plus que dans l’air libre; ils y sont d’autant plus
actifs et par suite dangereux que l’air est plus humide. Les
mesures à prendre sont les suivantes :
1° De combattre l’humidité naturelle des caves
En y renouvelant l’air par un soupirail convenablement
pratiqué;
En les fermant par des portes bien closes ;
En y disposant de la chaux vive dont on renouvelle au
besoin la provision ;
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— 243 —
Enfin, en ne pénétrant pas dans les caves en temps
d’humidité, choisissant pour y faire les opérations néces¬
saires les journées les plus sèches.
Une bonne cave fraîche et sèche est un vrai trésor
pour les viticulteurs et les négociants.
2° Il est bon de dessécher extérieurement les tonneaux
avant de les mettre en cave, en en balayant le liquide
extravasé, et en les séchant avec des torchons chauds.
n. — MESURES A PRENDRE CONTRE LES MYCODERMES.
Les mycodermes proviennent de l’air comme les mi¬
crobes ; mais, tandis que les microbes n’ont qu’une influence
indirecte, les mycodermes agissent directement sur le vin,
quand ils peuvent pénétrer dans les tonneaux et être ainsi
au contact de la surface du vin.
Le mycoderma vini est dangereux surtout pour les vins
faibles, pour les petits vins pauvres en alcool, comme
beaucoup de vins du Centre ; il les affaiblit encore et les
rend plus sujets aux maladies ; c’est donc surtout pour
les vins plats qu’il faut prendre des précautions.
Le mycoderma aceti y agent des vinaigres, fait tourner
le vin à l’aigreur.
1° Il se développe sous l’influence de l’air renfermé dans
les tonneaux ; il faudrait, pour en éviter les effets, que les
tonneaux restassent entièrement remplis . On veillera du
moins à les remplir le plus souvent possible. C’est l’opéra¬
tion qu’on appelle ouillage .
2° Une bonne précaution est que la bonde ferme bien. On
y arrive facilement en la mettant de côté, de façon à ce
qu’elle soit toujours mouillée par le vin.
3° Les douelles des tonneaux doivent être parfaitement
jointes, afin de ne pas laisser sortir le vin et rentrer l'air à
sa place.
4° L’acescence est favorisée par les variations de tempé-
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rature du milieu ambiant ; les caves profondes où la cha¬
leur reste sensiblement au même degré (8 à 12), sont les
meilleures à ce point de vue ; celles au contraire qui sont
chaudes en été et froides en hiver conservent mal les vins
faibles.
Ees transports en été favorisent également l’aigrissement
du vin ; il ne faudrait expédier les vins faibles et délicats
qu’à des températures de 5 à 15 dégrés, par des temps frais
mais sans être froids jusqu’à la gelée.
Il n’y a pas à songer à garantir les vins de l’acescence
par les mutages de toutes sortes ; l'addition d’une matière
étrangère falsifierait le vin. Nous avons insisté sur ce point
dans le chapitre précédent.
III. — MESURES A PRENDRE CONTRE LES PARASITES AÉROBIES.
Nous ne saurions trop le répéter, les parasites de la
tourne, de la pousse, de la graisse et de l’amertume existent
dans tous les vins, à côté des levures qui font vivre le vin.
Heureusement, tant que ces levures sont en activité, les
parasites ne peuvent avoir aucun effet nuisible. La plupart
se déposent avec les lies et s’accumulent avec elles au fond
des tonneaux, mais sans rien perdre pour cela de leur acti¬
vité, de sorte que, si la vitalité des levures s'affaiblit, les
parasites peuvent exercer sur le vin leurs funestes effets;
ils agissent particulièrement sur les tartres et les tannins
qu’ils détruisent peu à peu en les transformant en acides
nuisibles.
Deux mesures doivent être prises pour prévenir leur
fatale influence : entretenir la vitalité des saccharomycès et
débarrasser le plus possible le vin des parasites accumulés
dans les lies.
1° Aération du vin. — La vie des saccharomycès con¬
siste spécialement à fermenter sous l’action oxydante de
l’air ; la fermentation transforme le sucre de raisin en
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— 245 —
alcool ; les tartres et les œnotannins favorisent cette
action et sont, à ce titre, des agents de conservation du
vin. De sorte que, quand un vin est assez pourvu de sucre,
de tartre et de tannin, sa vitalité se conserve suffisamment
pour permettre à ses levures de résister à l’influence néfaste
des parasites.
Il suffit alors de pourvoir le vin d’air pur nécessaire à la
vie de ses levures : c’est ce qu’on obtient dans chaque sou¬
tirage, en transvasant le vin dansdes tonneaux nouveaux.
Le vin s’aère ainsi suffisamment.
2* Décantation du vin. — Le soutirage est par lui-
même favorable, car il permet de séparer les lies où sont
accumulés les parasites. Si le dépôt des lies est complet
et si le vin qui les surmonte est bien clair, il suffit de sou¬
tirer le vin et de jeter le dépôt au fumier. Si le vin est
trouble et tient par conséquent des parasites en suspension
en quantité trop considérable, il importe d’en faire dispa¬
raître le plus possible. On y parvient par des collages des¬
tinés à clarifier le vin : on emploie pour cela la gélatine ou
mieux le blanc d’œuf; on remue fortement pour répandre
l’albumine dans la masse du vin, elle se coagule et entraîne
avec elle les matières en suspension; les dépôts se forment
et on soutire, quand le liquide est bien clair.
IV. — INFLUENCES SECONDAIRES SUR LES PARASITES.
Deux influences secondaires sont favorables aux para¬
sites et par suite nuisibles aux vins : les variations de
température et les transports.
3* Effets des variations de température. — Si la cave
subit des variations de température, celles-ci déterminent
des dilatations dans le liquide, des mouvements de la masse;
les dépôts de lie remontent peu à peu, et, avec eux, les para¬
sites qui, se répandant dans le vin, peuvent engendrer les
maladies. C’est une des causes qui font le plus fréquemment
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— 246 —
gâter les vins vieux dans les caves dont la température
n’est pas assez constante. Le mal est alors sans remède :
c’est pourquoi, nous ne saurions trop le répéter, une bonne
cave fraîche et sèche est un trésor inestimable pour les
viticulteurs.
4° Effets des transports. — Les transports des vins
sont surtout des causes de trouble ; si on voulait expédier
un vin fait (de plusieurs années), sans en séparer les lies,
il serait bientôt troublé et ses parasites ne tarderaient pas à
y engendrer des maladies. Il est de toute nécessité, dans ce
cas, de le soutirer soigneusement avant le transport ; quel¬
quefois, il est bonde le coller avant le soutirage cependant,
quand le vin est suffisamment clarifié de lui-même, il faut
éviter le collage, parce que la gélatine ou l’albumine qu’on
emploierait sont des éléments qui pourraient favoriser le
développement des parasites.
On ne doit coller les vins fins que pour les mettre en
bouteilles.
Remarque. — Nous ferons observer que, dans les diffé¬
rents moyens de conserver les vins, en cave et dans le
transport, nous n’avons conseillé aucun produit chimique
capable de les falsifier, ni plâtrage, ni alunage, ni mutage
d’aucune espèce.
Le seul produit auquel on peut exceptionnellement avoir
recours est le sel marin qu’on joint au blanc d’œuf dans le
collage ; c’est un agent inoffensif, pourvu qu’on ne l’em¬
ploie qu’en très petite quantité.
Pasteurisation des vins. — Pasteur, dans ses essais sur
les vins, a découvert qu’en chauffant pendant une demi-
heure les vins à une température de 70 à 80*, on en tuait
tous les organismes nuisibles, les parasites aussi bien que
les mycodermes. Le vin peut alors se conserver indéfini¬
ment.
Malheureusement, on en tue également les levures, le vin
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— 247 —
devien merte et perd ainsi la 'première de ses qualités
hygiéniques.
Il prend en outre un goût de vin cuit qui est loin d’être
agréable. C’est pourquoi la Pasteurisation a dû être aban¬
donnée, malgré ses avantages.
Conservation des vins en bouteilles. — L’expérience
pratique a démontré depuis longtemps que plus les vais¬
seaux qui renferment le vin sont petits, mieux sa conser¬
vation est assurée ; c’est la raison qui conduit à mettre les
vins fins en bouteilles. Trois conditions principales doivent
dans ce cas être remplies :
1° La bouteille doit être parfaitement propre, nettoyée
au besoin avec des cristaux de soude, puis rincée à plusieurs
reprises à l’eau chaude pour faire disparaître toute trace
de ce sel, enfin égoutée et remplie aussitôt ;
2° Le vin doit être parfaitement clair, avec ou sans
collage;
3° On ne doit employer que des bouchons neufs, de bonne
qualité, aussi longs que possible, ajouteront les Bordelais,
afin que le vin soit complètement séparé de l’air extérieur.
Au besoin, les bouteilles seront cachetées; mais cette pré¬
caution n’est nécessaire que pour les vins vieux.
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CHAPITRE VI
de l’équilibre des éléments des tins.
L’importante question de l'équilibre des éléments des vins n'ayant
pas encore, à notre connaissance, été traitée, nous avons cru néces¬
saire de lui donner ici les développements qu'elle comporte.
Une l re section sera consacrée à poser théoriquement la question,
une 2*, à la détermination expérimentale d'une règle d'équilibre
fondée sur les proportions numériques des éléments principaux.
PREMIÈRE SECTION.
EXAMEN THÉORIQUE DE LA QUESTION D'ÉQUILIBRE DES TINS
BT APPLICATION DE LA DÉGUSTATION A LA RECHERCHE DE L’ÉTAT
D’ÉQUILIBRE DES ELEMENTS DU VIN.
Nous avons démontré que, pour posséder toutes les
qualités hygiéniques, il fallait : 1° que le vin soit naturel ;
2° qu’il soit naturellement fait, et 3° que ses éléments
soient unis intimement par une vinification bien dirigée et
consciencieusement poursuivie pendant plusieurs années;
mais ces trois conditions suffisent-elles ?
Non certes, car alors tous les vins pourraient atteindre
au même degré de perfection ; les petits vins du Centre,
de l’Est et de l’Ouest, les crus les plus inférieurs, les vins
des producteurs directs, américains eux-mêmes, pourraient
valoir ceux de Bourgogne et de Bordeaux, puisqu’on peut
les faire naturellement les uns comme les autres, et
leur donner à tous des soins complets de vinification.
Donc une quatrième condition est nécessaire pour que
les vins puissent atteindre le plus haut degré de perfection
des grands crus de France : cette condition, c’est l'équi¬
libre de leurs éléments.
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249 —
ÉQUILIBRE DES ÉLÉMENTS DU TIN.
Tous les vins naturels possèdent les mêmes éléments,
dont les principaux sont : l’eau, l’alcool, les acides dont
les tartres et les œnotannins sont les plus importants ; la
glycérine, le sucre, les matières albuminoïdes et les sels
minéraux des produits organiques.
Mais ils ne les possèdent pas tous dans les mêmes
proportions : chez les uns, comme dans certains produits
du Midi, l’alcool domine ; chez d’autres, comme dans le
Centre, l’acidité l’emporte ; dans d'autres cas, ce sont les
tartres ou les œnotannins qui sont en excès ; dans
d’autres, la glycérine ou le sucre.
Dans chacun de ces cas, l’équilibre n’existe pas, et alors
le vin ne peut posséder toutes les qualités hygiéniques ;
c’est ce qu’il importe d'expliquer tout d’abord en considé¬
rant à part chacun des principaux éléments.
1° Fins alcooliques. — Si le vin est trop alcoolique ,
il est trop stimulant, et par suite les nerfs étant surex¬
cités accomplissent mal leurs fonctions. Essayez de faire
un repas en ne buvant que du madère sec, par exemple, vous
rendrez votre estomac malade avant de pouvoir satisfaire
votre appétit. L’usage de tout autre vin, trop alcoolique,
ne réussirait pas mieux. C'est pour cela que, dans les
repas quotidiens, les vins de 8 à 10* sont les plus hygiéni¬
ques, et encore faut-il y ajouter de l’eau au commence¬
ment du repas. Ainsi donc la prédominance de l’alcool
dans un vin nuit à ses qualités hygiéniques, parce qu’elle
empêche les autres éléments de produire en même temps
leurs effets salutaires sur la santé.
Nous pouvons tirer des conclusions analogues pour les
autres éléments.
2* Wns acides. — Si un vin, par exemple, est trop acide,
au lieu de favoriser la digestion, il lui nuit en diminuant
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l’action de l’alcool sur les nerfs ; il provoque, en outre, des
coliques intestinales. C’est le fait des vins provenant de
raisins trop verts et même de la plupart des vins nou¬
veaux, encore saturés d’acide carbonique.
3' Vins tarlrès à l’excès. — La prédominance des
tartres dans les vins les empêche également d’être aussi
hygiéniques; les vins vieux, en s’en dépouillant, deviennent
meilleurs en permettant à l’alcool et aux autres éléments
d’exercer leurs qualités hygiéniques.
4* Fins trop tannés. — L’excès des œnotannins, qui
rend les vins trop astringents, empêche également l’effet
des autres éléments et nuit ainsi aux qualités hygiéniques
du vin : c’est ce qui se produit, par exemple, quand on
mélange trop de raisins teinturiers aux cépages qui
produisent notre vin de gris-meunier.
5* Vins glycèrinès à l'excès. — Trop de glycérine dans
un vin lui donne un goût fade et écœurant qui le rend
difficile à supporter par les organes digestifs : c’est cc qui
a lieu quand, par suite de mauvais procédés de vinification,
la fermentation tumultueuse dure trop longtemps.
6* Vins chargés de sucre. — Les vins trop sucrés eux-
mêmes ne sont pas favorables. Le sucre en abondance
dans le vin n’est agréable que dans les vins de
liqueurs où un excès d’alcool fait supporter l’excès de
sucre. Encore ces vins ne sont-ils bons qu’au dessert ;
on ne pourrait s’en servir pendant tout un repas.
7° Vins ayant des sels en excès. — Enfin la présence
d’un excès de sels dans un vin nuit également à ses
qualités hygiéniques ; cela n’a jamais lieu heureusement
dans les vins naturels et naturellement faits; mais seule¬
ment dans les vins plâtrés, alunés, ou salés à l'excès.
En résumé, il est bien facile de le comprendre, c’est
seulement quand aucun des éléments naturels des vins
n’est prédominant que tous peuvent remplir leurs rôles
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— 251 —
hygiéniques, et que, par suite, le vin atteint le degré de
perfection qu’il tient de sa nature.
Ces principes posés, deux importantes questions se pré¬
sentent : 1° à quels caractères peut-on reconnaître l’équi¬
libre des éléments ; 2° cet état d’équilibre étant constaté,
comment peut-on en fixer numériquement les conditions ?
I. CARACTÈRES SPÉCIFIQUES DE L'ÉQUILIBRE DES ÉLÉMENTS DES VINS.
On peut reconnaître par la dégustation si les vins
sont bien équilibrés. En effet, l’excès de l’un quel¬
conque des éléments du vin se reconnaît par la prédo¬
minance de ses propriétés organoleptiques, de son goût
spécialement ; si l’un des éléments domine les autres par
ses proportions, sa saveur prédomine aussi.
Ainsi les vins qui ont :
Trop d 'alcool out un goût d’eau-de-vie ;
Trop d 'acidité sont aigres ;
Trop de tartre sont âcres au palais ;
Trop d 'œnotannin sont astringents à la langue ;
Trop de glycérine sont fades ;
Trop de sucre sont doux ;
Trop de sels ont un goût salé.
Si, au contraire, aucun élément ne prédomine, le vin n’a
plus aucune de ces saveurs spéciales, mais un goût parti¬
culier très agréable qu’on appelle avec raison franc goût
de vin.
De plus, quand un vin de bon ctni possède le franc goût
de vin , son bouquet commence à se faire sentir dès la
fin de la première année et cet arôme exquis se développe
avec l’âge.
Conclusion : c’est donc par la dégustation qu’on pourra
reconnaître si un vin est bien équilibré.
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— 252 —
II. — APPLICATION SI LA DÉGUSTATION POUR CARACTÉRISE! L’ÉTAT
D’ÉQUILIBRE DSS TINS.
En général, la dégustation a pour but de juger les qua¬
lités des Tins par les sensations qu’ils font éprouver à nos
organes, à celui du goût en particulier. C'est ainsi que
procèdent spécialement les experts chargés d’apprécier,
classer et récompenser les vins exposés dans les concours
vinicoles ; c’est à elle encore que se bornent dans leurs
achats les consommateurs, les négociants eux-mêmes.
Enfin, dans les jugements plus sérieux des chimistes, la
dégustation est la première à prononcer; ce n’est qu’à
la suite qu’on a recours aux analyses destinées à compléter
et à préciser les renseignements qu'elle a fournis sur les
qualités des vins.
Nous allons, en conséquence, exposer comment on doit
pratiquer la dégustation, et expliquer ensuite l'application
qu’on peut en faire pour reconnaître l’état d'équilibre des
vins à leurs caractères organoleptiques.
MÉTHODE ET PROCÉDÉS DI LA DÉGUSTATION.
La méthode consiste à soumettre le vin aux impressions
des papilles nerveuses de la langue, du palais et de la
gorge, dans le but d’interpréter les sensations qu'elles
nous font éprouver.
1" opération. — On met quelques gouttes de vin dans
la bouche et on les rejette ensuite ; on peut ruconnaître
alors à leur goût spècial , il est bon de le redire, si
l’un des éléments du vin fait sentir sa prédominance,
l’alcool par sa saveur alcoolique, les acides par leur
aigreur, les tartres par leur acreté, les œnotannins par
leur astringence, la glycérine par sa fadeur, le sucre par
sa douceur, les sels eux-mêmes à leur goût spécial. Si on
reconnaît nettement l’un de ces goûts , c’est une preuve
qu’il n'y a pas équilibre.
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— 253 —
Si on ne sent aucun de ces goûts en particulier, mais à
leur place un franc goût bien connu des amateurs de vin,
c’est une première preuve que les éléments sont en bon
état d'équilibre.
2* opération. — Si le vin a un goût franc , on péut en
boire sans crainte et en rechercher l’arôme. On en remplit à
moitié la bouche, on s’en gargarise la gorge et on l’absorbe
enfin ; alors, respirant largement à bouche ouverte, on peut
sentir l’arôme qu'on appelle le bouquet des vins ; c’est
une deuxième preuve, certaine celle-là, que les éléments
sont en bonnes proportions, car les vins en équilibre sont
les seuls qui puissent faire sentir leur bouquet. Tout goût
spécial d’un élément rendrait le bouquet insensible.
3» opération. — On fait participer le corps tout entier
au jugement du vin ; pour cela, on en boit pendant tout un
repas, et on cherche à en éprouver les effets pendant la
sieste qu’on lui fait suivre.
D'abord, on sentira si la digestion se fait bien ou si elle
est plus ou moins pénible ; puis, à la douce chaleur que
le sang répandra avec le vin dans toutes les parties du
corps, on verra si son influence agit favorablement sur la
fonction A'assimilation de nos aliments ; enfin, on éprou¬
vera des sensations qui disposeront à la gaieté ou à la
mélancolie, qui éveilleront dans l’esprit des idées libres ou
confuses.
On reconnaîtra ainsi de la manière la plus certaine si le
vin a toutes ses qualités hygiéniques et, par conséquent,
si ses éléments sont bien équilibrés.
4* Expérimentations prolongées. — Enfin, il n’y a pas
certainement de meilleures preuves de l'influence favorable
d’un vin sur la santé que de constater pendant des semaines,
des mois mêmes, si l’usage régulier et constant de cette
boisson maintient notre santé, augmente nos forces, et nous
permet de développer nos facultés intellectuelles : ce sont
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— 254 —
autant de preuves du bon état d’équilibre des éléments du
vin.
Aussi n’avons-nous pas hésité, dans la recherche des
règles numériques de l’équilibre, à prendre pour type de
vins bien équilibrés ceux dont nous avons éprouvé les
excellents effets dans notre consommation quotidienne
poursuivie régulièrement.
DEUXIÈME SECTION.
ÉTABLISSEMENT D’UNE RÈGLE NUMÉRIQUE DE L’ÉQUILIBRE DES ÉLÉMENTS
DES VINS.
En principe, pour que les éléments des vins soient en
équilibre, il faut que leurs proportions dans le vin soient
telles que l’influence d’aucun d'eux ne domine celle des
autres. Ce sont ces proportions qu’il s'agissait de déter¬
miner.
Plusieurs considérations doivent guider les recherches :
d’abord c’est à l’alcool qu'il faut comparer les autres
éléments, car l’alcool est l’élément essentiel du vin. Pour
faire cette comparaison, on prendra le rapport du poids
de l’alcool dans un litre de vin au poids de Y élément choisi
dans ce même volume (1).
Le rapport est - D °* 8 -, ou D\ 8 étant le poids de
l'alcool, (e) le poids de l’élément choisi.
Reste à choisir les éléments (e) qu’il convient de comparer
à l’alcool pour déterminer numériquement les limites où
(1) Le poids de l'alcool est calculé d’après son degré (D°), c’est-
à-dire sa proportion en volume par rapport à l’eau. D° étant le nombre
de centimètres cubes d’alcool dans 100 e3 de vin, il sera 10.D* dans
1,000 e3 ou un litre.
Or, 1 e3 d’alcool pèse sensiblement 0* 8, 10 e3 pèseront 8* . Le poids
d’alcool dans un litre sera D® X 8, qu’on écrira D°. 8 ou simple¬
ment D° 8.
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— 255 —
doit être renfermé le rapport --, pour que l’élément soit
en équilibre avec l’alcool.
I.
ÉLÉMENTS a choisir pour fixer numériquement la règle de l’équilibre.
Il est évident qu’il faut donner la préférence aux élé¬
ments qui agissent le plus sur l’alcool pour en modifier le
goût et en tempérer les propriétés excitantes.
Or, si nous nous reportons au chapitre 2 de la première
partie où sont exposées les propriétés hygiéniques des élé¬
ments des vins, nous voyons que ce sont les acides qui
agissent le plus sur l’alcool ; non seulement l’acidité géné¬
rale (A), mais encore en particulier l’acidité du tartre (T)
et l’acidité œnolique (CE) des œnotannins. Ce seront donc
les rapports -21-i, et qui devront servir pour
représenter l’équilibre des éléments.
C’est le rapport que nous avons cru bon de choisir ;
nous allons expliquer pourquoi par quelques remarques.
1'* remarque. — Il n’est pas utile de considérer les
éléments autres que les acides ; ni la glycérine dont la
saveur est rarement sensible dans les vins naturels, ni les
sels, ni le sucre qui sont dans les vins naturels trop peu
abondants pour influer sur le goût du vin, ni les produits
organiques qui ne sont pas nettement définis.
2* remarque. — Il ne nous a pas paru utile de déter¬
miner les limites des rapports des poids de l’alcool à ceux
des tartres ni des œnotannins et -^g- 8 , parce que les
poids T et Œ sont, pour le même vin, très variables avec
l’âge du vin. Un vin nouveau qui a, par exemple, 3 grammes
de tartre par litre, en perd une partie notable à chaque
dépôt de lie, tellement qu'au bout d’un ou deux ans il en
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— 256 —
conserve à peine 1 gramme. Le vin se dépouille également
en vieillissant de ses œnotannins au point de perdre
presque toute sa couleur. Ainsi, les limites de et ^
diminuent trop avec l’âge pour représenter l’état d’équi¬
libre d’un vin. Toutefois, il sera utile de considérer les
limites des poids absolus qui doivent être pour le tartre (T)
de / à 5 grammes par litre, et pour l'acidité œnolique (Œ)
des œno-tannins de / à 2 grammes également. S’ils sor¬
taient de ces limites, ils exerceraient une légère influence
sur Yèquilibre du vin.
3* remarque. — La régie établie par M. Armand Gau¬
tier (D* + A) | < n pour caractériser les vins naturels
ne peut servir à représenter Yèquilibre des éléments,
c’est le rapport de poids et non la somme (D* + A)
qu’il faut considérer. En effet, dans les vins naturelle¬
ment acides du Centre où, par exemple, D° = 7* et A = 7*,
la somme (D* + A = 14) satisfait la loi de Gautier, bien
que dans ces vins l’acidité soit nettement prédominante au
point de nuire à leurs qualités hygiéniques. De même, dans
les vins manifestement alcooliques du Midi où D* = 12*
et A = 4*, la somme (D° + A = 16) satisfait également la
loi de Gautier, bien que l’alcool ne soit point équilibré par
l’acidité. Cette loi ne permet donc pas de distinguer les
vins acides des vins alcooliques, tandis que leurs rap¬
ports “ = 8 dans le premier cas, 2^? = y = 24
dans le deuxième les différencient nettement et les placent
tous les deux en dehors des limites de l'équilibre qui, nous
le verrons, sont 11 et 15.
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— 257 —
II
DÉTERMINATION EXPÉRIMENTALE DES LIMITES DU RAPPORT 5U
A
REPRÉSENTANT LA RÈGLE DE L’ÉQUILIBRE DES ÉLÉMENTS DES TINS.
Nous avons choisi sur les registres de nos analyses, pour
différentes régions viticoles, des échantillons de vins au~
ihentiques pour lesquels nous avions constaté avec soin le
franc goût de vin , caractéristique de l’équilibre de leurs
éléments, par une dégustation méthodique et complète telle
que nous l'avons décrite dans la première partie de ce cha¬
pitre.
1° Vins du Midi. — Nous avons choisi :
Des vins de l’Hérault j Montpellier,
I Béziers.
Des vins du Gard J ®! rnis ’
I Nîmes.
Nous avions, depuis 1886, pris l’habitude de consommer
des vins du Midi achetés directement chez les producteurs,
et d’après des échantillons suffisants pour en faire l’analyse
et la dégustation complètes. Nous étions ainsi absolument
sûr par l'usage des qualités hygiéniques de ces vins, nous
pouvions donc les prendre comme types pour déterminer
les rapports 51-?, caractéristiques de leur équilibre.
(Voir le tableau I ci-après).
On voit par ces résultats que les vins du Midi, au moins
ceux de l’Hérault et du Gard, sont assez forts en alcool
(8 à 10°), mais ils sont riches aussi en acides (5 à 7 gr.). La
richesse en acides étant en rapport convenable avec le
degré alcoolique, leurs deux éléments principaux sont dans
de bonnes conditions d’équilibre ; c’est pourquoi leurs qua¬
lités hygiéniques, dont nous avons profité pendant huit
années consécutives, sont si remarquables.
17
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— 258 —
TABLEAU 1
ANALYSES DE TINS DU MIDI (1)
pour déterminer les limites numériques de l'équilibre des éléments.
D°
A
D 4- A
B
H
D<«
DE X
Supé¬
rieure.
reS
Montpellier 1889.
9.5
5.5
15
13.8
Id. 1890.
10.6
6.2
16.2
12.9
.lit;
1 Q Q
Id. 1891.
8.8
6.3
15.1
11 5
* 11.0
lû.O
Id. 1892.
9.1
6.2
15.3
11.7
Béziers 1888.
8.5
6.0
14.5
11.3
V
Id. 1889.
8.7
6.2
14.9
11.2
' no
1 l O
Id. 1890.
9.1
6.5
15.6
11.2
\ 11.6
11.9
Id. 1891.
8.8
5.9
14.7
11.9
;
Nîmes 1890 .
8.1
5.8
13.9
n.i 1
\
i n
14
Id. 1890 .
8.0
5.2
13.2
12.3
n.i
12.3
Id. 1891.
8.1
5.3
13.4
12.2
Garrigues de Bernis 1891
8.4
6.0
13.3
11.2 1
\
Id. 1892.
8.9
5.5
14.4
12.9 i
11.2
13.8
Id. 1892.
9.0
5.2
14.2
13.8 1
i
Côte du Grès BerniB 1891
9.1
6.4
15.5
11.3 1
i
> ii i
Id. 1892
9.3
6.7
16
11.1
1
\ 11,1
113 j
Remarque. — Le peu de variation de -^- 8 , malgré de
notables variations de D° et de A, est une preuve qu’il
caractérise bien l’équilibre des éléments.
Conclusion. — Les limites de la règle d’équilibre sont
de 11 à 14 pour les vins de l’Hérault et du Gard.
/d° 8 < i 4 \
VT > 11J
(1) Tous ces dosages se rapportent à des vins nouveaux, mais avant
au moins six mois de vinification naturelle. Quand ces vins vieillissant,
00 g
l’acidité diminuant plus vite que le degré alcoolique, les rapports —
s’élèvent un peu.
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— 259 -
2“ Fins rouges du Loiret ( Gris-Meunier).
En 1890, nous avions analysé bon nombre de vins du
Loiret ; nous en avons reconnu deux seulement doués de
qualités hygiéniques; nous en rapporterons les résultats.
En 1891, nous avons eu la bonne fortune d’avoir à notre
disposition des échantillons d’un Marché aux vins natu¬
rels , établi par le Syndicat des Agriculteurs du Loiret.
Nous en avons analysé un grand nombre ; mais, bien que le
marché ne fût ouvert que pour les vins naturels du pays,
nous en avons trouvé plusieurs qui n’étaient pas naturels ; les
uns étaient des produits de sucrage, d’autres étaient coupés
avec des vins alcooliques, d’autres, provenant de raisins
vendangés prématurément, avaient une acidité qui les fai¬
sait rejeter d’instinct à la dégustation. Pourtant, nous en
avons reconnu 6 variétés agréables au goût, présentant
toutes les qualités hygiéniques, et dont, par suite, il y avait
lieu de rechercher les rapports ^- 8 caractéristiques de
l’équilibre (1).
TABLEAU 2
ANALYSES DK VINS DU LOIRET
pour déterminer la limite inférieure de l'équilibre des éléments.
Ho a
Limite
Limite
D*
A
D + A
infé-
supè-
A
rieure.
rieure.
St-Marc 1890.
8.4
6
14.4
11.2
St Jean-le-Blanc 1890
8.6
6.2
14.8
11.1
St-Marc 1891.
8.6
6.0
14.6
11.4
St-Jean-le-Blanc 1891
8.9
6.5
15.4
11.5
i 11
il ^
St-Jean-de-Braye 1891
8.5
6.1
14.6
11.1
11
11.0
St-Jean-de Braye 1891
7.7
5.5
13.2
11.2
Olivet 1891.
8.7
6.5
15.2
11.0
Chécy 1891.
8.1
5.8
13.9
11.2
(1) En 1392, la maturité ayant été insuffisante, les moûts furent
presque tous sucrés ; il n’y avait pas lièu de rechercher l’équilibre de
ces vins artificiels. Nous verrons dans les analyses des produits viti¬
coles de 1893, but spécial de ces études, ce qu’il faut penser des vins
du Loiret.
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— 260 —
Tous ces rapports sont presque identiques, ils caracté¬
risent bien les vins du Loiret ; ce sont, d’après leur nature,
des vins de degrés alcooliques faibles, et toujours riches en
acides.
De plus, nous avons analysé ceux qui étaient nettement
acides au goût ; leur rapport était toujours inférieur
à 11, descendant même au-dessous de 10 pour les plus
acides. Nos vins touchent donc à la limite inférieure de
l’équilibre.
Conclusion . — La recherche des limites de ^ P our ^ es
vins du Loiret montre que la limite inférieure est 11 ; pour
les vins du Midi S O, elle est la même. Nous avons en consé¬
quence adopté le chiffre 11 pour la limite inférieure .
3° Recherche de la limite supérieure de ^
Analyse des vins de Bordeaux .
Il pouvait se faire que la limite supérieure, 14, trouvée
pour les vins du Midi, fût trop faible pour d’autres vins.
Pour le savoir, il fallut étendre les recherches aux vins
d’un degré alcoolique plus élevé ; nous avons eu pour cela
les vins du Bordelais. Nous en avions déjà consommé de
quatre variétés différentes dont nous avions reconnu les
qualités hygiéniques ; nous avons pu nous procurer cinq
autres échantillons authentiques. Plusieurs de ces variétés
étaient pauvres en acidité, surtout ceux qui étaient déjà
vieux ; et on reconnaissait à la dégustation que l’alcool
prédominait sur l’acidité. Ces variétés avaient donc dépassé
les limites de l’équilibre, et leur analyse nous permettait
en conséquence de fixer la limite supérieure du rapport
caractéristique de l’équilibre.
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— 261 —
TABLEAU 3
ANALYSES DE TINS DE BORDEAUX
faites pour déterminer la limite supérieure de l’équilibre des éléments.
AGE DES VINS
an moment de l’analyse.
D
A
D + A
D° 8
A
Limite
infé¬
rieure.
Limite
supé¬
rieure.
Analysés en 1887,
1888 et 1890; reconnus
•
bien équilibrés.
2 ans.
8.8
5
13.8
14.1
4 ans.
9.6
5.1
14.7
14.9
2 ans.
9.0
6.0
15.0
12.0
12
15
3 ans.
10.7
6.0
16.7
14.2
Analysés en 1893;
reconnus trop alcooliques
pour leur acidité.
4 ans.
10.1
5.0
15.1
16.1 1
5 ans, Saint-Emilion.
10.2
5.2
15.2
15.5 l
4 ans, château de Teynac....
10.1
5.0
15.1
16.1
3 ans, château de Bart.
10.4
5.3
15.7
15.7 1
2 ans, château de Teynac...
10.6
5.4
16
15.6
1
l re remarque . — Les vins de Bordeaux de la première
catégorie étaient d’excellents vins bien équilibrés ; leur rap*
P°rt ne dépassait pas 15.
2 e remarque . — Les vins de la seconde catégorie, ana¬
lysés en 1893, étaient également de bonne qualité, mais
pauvres en acidité; on distinguait à la dégustation leur
saveur alcoolique, leur alcool était par conséquent insuffi¬
samment équilibré. Le rapport 51? était supérieur à 15, mais
parfois de quelques dixièmes seulement.
Conclusion . — Nous estimons, d’après ces analyses,
que 15 doit être pris comme limite supérieure du rap¬
port admis pour caractériser l’équilibre des éléments
des vins.
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— 262 -
CONCLUSION GÉNÉRALE.
On peut admettre pour règle de l'équilibre des vins
D°8 <15 limite supérieure.
A > 11 limite inférieure.
TABLE-BARÊME DE LA RÈGLE D’ÉQUILIBRE DES ÉLÉMENTS.
Nous pensons être agréable aux viticulteurs en établis¬
sant pour cette règle d’équilibre une table-barême.
Nous avons calculé pour chaque degré alcoolique D*
(depuis 8" jusqu’à 12 •), les valeurs
1° du minimum d’acidité ^ = 11.
2" du maximum d’acidité ^j- = 15.
Minimum.
Maximum
Moyenne de partait
équilibre (<).
D» 8
4.2
5.8
5.0
D® 9
4.8
6.5
5.6
Do 10
5.3
7.2
6.2
D® 11
5.8
8.0
6.9
D® 12
6.4
8.7
7.5
Il était inutile de commencer la table au-dessous de 8,
parce que les vins de T et au-dessous, qui n’auraient
que 5* d’acidité, ne satisferaient pas à la loi de Gautier
D°+A > 13 : ils seraient des vins mouillés.
De même il serait inutile de continuer cette table au-
delà de 12°, parce que les vins plus alcooliques ne peuvent
pas être équilibrés par l’acidité naturelle des vins.
Exemple d'application de la table-barême. — Un vin
qui a, par exemple, 9' doit, pour être assez bien équilibré,
avoir de 4*8 à 6*5 d’acidité ; et il serait équilibré le mieux
possible avec 5* 6.
(1) Ces moyennes sont celles des minimum et des maximum.
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— 263 —
TYPE DES VINS HYGIÉNIQUES ORDINAIRES DÉDUIT THÉORIQUEMENT
DE LA RÈGLE DE L’ÉQUILIBRE DES ELEMENTS DES VINS.
D°.8 V 11
——— ^ ; la moyenne forme une 1** équation,
D°. 8
— = 13(J)
c'est une loi de l'œnologie à joindre à celles que MM. Â. Gautier,
Ch. Girard et leurs élèves ont déterminées et que nous expliquerons
dam le premier chapitre de la deuxième partie :
V 1Q
Loi de Gautier. D -f A ^ yj; la moyenne donne une 2 e équation,
D -f A = 15 (2)
D # .8 q
—— ^ | ; la moyenne donne une 3 e équation,
Loi de Girard (1),
D°.8
E
3,5 (3)
C n 0 08 ,
Loi des Cendres . — ^ ; la moyenne donne une 4 e équation,
— = 0,09 (4)
Ces quatre équations permettent de calculer les propor¬
tions des éléments principaux des bons vins bien équi¬
librés.
Des deux équations
à deux inconnues..
( D + A = 15 (Gautier) \ t D* = 9°3
( = 13 (Equilibre) j °“ tlr ® | A i: 5*7
Connaissant D* et A, on déduit
de l'équation (3)...
de l’équation (4)...
E = 218
C = 189
On peut en conclure que les vins de table ordinaires
les mieux équilibrés et, par conséquent, les plus hygié¬
niques, sont ceux qui ont :
de 9 à 10® d’alcool,
de 5 à 6® d’acidité par litre,
de 20 à 23* d’extrait par litre (1),
de 1,8 à 2*0 de cendres par litre,
(1) Ces limites inférieure (3), supérieure (4), sont celles des vins rouges de France
dont l’extrait seo (E) est déterminé par notre méthode. {Note de l'auteur.)
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— 264 —
et qui ont leurs principaux éléments simples dans les limites
ordinales :
6 à 8 g de glycérine,
2 à 3 g de sucre,
1,5 à 2* 5 de tartre,
1,0 à 2 g 0 d’acidité œnolique.
Ces chiffres caractérisent le type parfait des vins rouges
de table.
Remarque. — L’examen que nous venons de faire, dans
les quatre chapitres précédents, des conditions nécessaires
et suffisantes pour que les vins acquiérent toutes les qualités
hygiéniques qu’on peut demander à ces boissons, suffit-il
pour épuiser la question de la production des bons vins ?
Non. Les viticulteurs émérites des grands crus de Bor¬
deaux et de Bourgogne ne cherchent pas seulement à
donner à leurs vins naturels les meilleures qualités hygié¬
niques : ils ont en outre la prétention justifiable de leur
faire acquérir un bouquet capable d’élever leur valeur natu¬
relle à des prix inestimables.
Les plus habiles y parviennent, non seulement par des
soins rationnels de vinification tels que nous les avons
expliqués au chapitre V, mais encore par des coupages
rationnels artistement pratiqués que nous allons exposer
en terminant cette première partie de notre mémoire par
un septième chapitre consacré au coupage des vins.
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— 265 —
CHAPITRE VII
COUPAGE DBS VINS
Définition. — On appelle coupage le mélange de deux
ou plusieurs vins. Nous désignerons par l’expression de
vin générique celui qu’on veut modifier et vin de cou¬
page celui qu’on y ajoute.
La pratique des coupages est de plus en plus répandue
parmi les débitants, les négociants et même les viticul¬
teurs.
Le docteur Caries, qui a fait une étude spéciale des pro¬
duits du Bordelais, affirme que plus des neuf dixièmes des
vins ordinaires dits de Bordeaux sont dus à des cou¬
pages. Les grands crus renommés seraient seuls épargnés.
On pourrait en dire autant des vins du Loiret et de la plu¬
part des contrées viticoles. N’en pas parler, serait laisser
une lacune regrettable dans notre travail ; notre devoir
est d’en expliquer les principes, d’en faire ressortir les
avantages et les inconvénients , et enfin de signaler les
fraudes qu’ils servent à commettre dans le commerce.
Classification des coupages. — Ordre de leur étude.
— On doit d’abord en distinguer deux genres : ceux qui
résultent du mélange de vins naturels et ceux qui con¬
sistent dans l’addition des vins artificiels aux vins natu¬
rels.
Les coupages des vins naturels, c’est-à-dire leur mélange
les uns aux autres, sont permis, la loi en autorise la vente
sous le nom de vin.
Mais l’addition d’un vin artificiel à un vin naturel ôte à
ce dernier ses caractères de vin naturel ; ce genre de
coupage n’a pour but que de vendre comme vins naturels
les vins artificiels ; la loi les qualifie, à juste titre, de frau¬
duleux. Nous en parlerons après l’examen des premiers.
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— 266 -
Les coupages de vins naturels sont, d’après leurs buts
et leurs principes, de plusieurs espèces et variétés qu’il est
nécessaire de considérer à part.
Les uns ont pour but à'améliorer les vins génériques
par l'addition de vins capables d’accroître leurs qualités
hygiéniques, tels sont ceux que les Bordelais s’appliquent
avec tant de soin à pratiquer. Nous en étudierons les
principes sous le nom de coupages des vins de Bordeaux.
A cette première espèce se rattachent les perfection*
nements apportés dans la Bourgogne aux procédés des
coupages bordelais, en remplaçant le mélange des vins
par le mélange des raisins. Nous les étudierons sous le
nom de procédés du Beaujolais.
Une seconde espèce de coupages des vins naturels a
pour but, non plus, hélas ! d’améliorer les vins, mais d’en
faciliter la vente en relevant leur degré alcoolique et, de
plus, en augmentant l’intensité de leur couleur. Ce sont
les plus fréquents.
A cette espèce se rattachent les coupages opérés avec les
vins ou les raisins teinturiers , où la modification de la
couleur est le seul objectif et qui, par conséquent, sont
encore moins recommandables. Leur étude nous conduira
logiquement à l'examen des coupages frauduleux.
PREMIÈRE SECTION
COUPAGE DES VINS PAR LA MÉTHODE BORDELAISE
Les négociants en vins de Bordeaux pratiquent les
coupages dans le but d’améliorer les vins des cépages de la
Gironde et d’en développer autant que possible le bouquet
afin d’en faire des vins de prix.
Ils savaient depuis longtemps que certains crus géné¬
riques du Bordelais peuvent être améliorés par le mé¬
lange d'autres vins; ils se sont, en conséquence, adonnés
»
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— 267 -
& la pratique des coupages qui, grâce à leur expérience
acquise et à leurs soins judicieux, est devenu un art
véritable.
Principes. — D’abord les vins de grands crus, doués
naturellement de bouquet, ne doivent jamais subir de cou¬
page ; cette opération n’est avantageuse que pour les crus
ordinaires, surtout pour ceux qui, n’étant pas suffisamment
équilibrés, ne peuvent sans coupage acquérir du bouquet.
Puis on ne doit mélanger que les vins nouveaux pris au
sortir de la cuve des vendanges.
De plus, un vin générique étant donné, il s’agit de savoir
quels sont les vins de coupage qui peuvent en développer
le bouquet, et parmi eux choisir ceux qui ont le plus de
chance de réussite.
Enfin, les négociants doivent savoir, parleur expérience
personnelle, quelles sont les proportions des vins de cou¬
page qu’il faut employer (1/5, 1/4, 1/3) suivant les cas.
Autrefois c’était la pratique qui, seule, pouvait guider
les négociants ; aujourd'hui l'analyse peut, nous le verrons,
leur donner les plus précieux renseignements.
Procédés. — Règles de l’art des Bordelais.. — 1° Pour
faire leurs choix, ils s'empressent, dès que les vendanges
sont terminées, de parcourir les régions viticoles et d’en
déguster les produits comparativement à ceux des crus
génériques qu’ils ont entrepris d’améliorer ; ils font leurs
achats en conséquence.
2* Le coupage doit être fait le plus tôt possible après la
fermentation tumultueuse, afin que les vins subissent
ensemble les fermentations ultérieures : modérée, lente et
très lente. Et même il n’est pas nécessaire que la fermen¬
tation en cuve soit terminée pour procéder au coupage. Le
mélange de ces vins est souvent un liquide trouble, répu¬
gnant pour les yeux des profanes, mais sacré pour les
artistes bordelais.
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3° Les fermentations ultérieures, modérées et lentes, sont
conduites et surveillées avec sollicitude par le négociant
lui-même. Il y consacre tous ses soins, car le succès en
dépend essentiellement.
Nous en avons décrit les diverses manipulations au
chapitre V de la première partie (1).
Avantages des coupages bordelais. — S’ils sont bien
réussis, si les éléments peuvent s’unir complètement, ils
donnent aux vins des qualités exceptionnelles, et si l’état
d’équilibre de ces éléments permet le développement du
bouquet, les vins deviennent exquis et acquièrent une valeur
vénale qui n’a plus de limites. L’art des Bordelais doit
donc être encouragé dans tous les bons vignobles de
France.
Les crus du Bordelais ne sont pas les seuls, en effet,
qu’on puisse améliorer par les coupages ; on peut traiter
de même, dans les vignobles des autres contrées, les vins
des meilleurs cépages, quand ils sont bien réussis et capa¬
bles d'acquérir du bouquet.
La première condition est que les règles de l'art des
Bordelais soient suivies ; la deuxième condition, si on
veut mieux réussir encore, est de tenir compte des quatre
conditions nécessaires aux vins pour posséder toutes leurs
qualités hygiéniques, conditions que nous avons établies
dans les chapitres précédents. Nous croyons utile de les
résumer ici dans l’intérêt des viticulteurs :
1* Les vins génériques et les vins de coupage doivent
être naturels , provenant exclusivement de raisins frais ;
2° Ils doivent être naturellement faits , avoir été
vinifiés sans addition d’aucune matière auxiliaire dans la
fermentation tumultueuse qu’ils ont dû subir chacun de leur
(1) Le lecteur est prié de relire les détails que nous avons donnés
à ce sujet(page 231 à 235).
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— 269 —
côté, n’avoir été falsifiés par aucune substance pour les
conserver ou les transporter ;
3* Les vins mélangés doivent être en état d’unir inti
mement leurs éléments dans les fermentations qu’ils ont à
subir en commun, et par suite être nouveaux, de même
âge, au moins à une semaine prés, et ce qui serait plus
sûr à un jour ou deux au plus.
A plus forte raison, on ne doit jamais couper les vins
nouveaux par des vins de récoltes antérieures, car ils ne
pourraient unir leurs éléments, ils ne tarderaient pas à se
gâter mutuellement ;
4° Enfin, les vins à mélanger doivent avoir une compo¬
sition élémentaire qui permette de réaliser par le cou¬
page les conditions d’équilibre, car, sans équilibre des
éléments, on ne peut espérer le développement du bouquet.
Ce dernier point demande quelques explications de détails.
Conditions d’équilibre des éléments à remplir pour
les vins de coupage. — Le rapport du poids de l'alcool au
poids de l’acide qui règle l’équilibre doit être de 11 à 15
pour les vins nouveaux. De plus, les vins doivent avoir
de 2 à 3 grammes de tartre et 1 à 2 grammes d’acidité
cenolique. En se reportant à la table-barême (page 262),
calculée pour appliquer la règle de l’équilibre, on trouvera,
pour chaque degré alcoolique (D"), quelles sont les limites
d’acidité que doivent avoir les vins après le coupage.
Supposons, par exemple, que le degré D° doive être 9° à
10°, l’acidité générale devra être de 5 à 7 grammes par litre,
car il ne faut pas oublier que ce sont des vins jeunes que
l’on coupe. C’est ce degré, 5 à 7, 6 en moyenne, que le
coupage doit donner aux vins de Bordeaux ; ainsi, par
exemple, si le vin générique n’a que 5 grammes, il sera
bon de le couper par un vin qui en a 7 grammes.
N. B. — C’est pour n'avoir pas pu, faute de connaître
cette condition essentielle, tenir compte de cette règle
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— 270 —
d'équilibre, que les viticulteurs du Bordelais ont souvent
été exposés à manquer leurs coupages. Aujourd'hui ils
doivent comprendre, par l'exemple que nous venons de
donner, qu’ils ne doivent pas se contenter de la dégusta¬
tion dans le choix de leurs vins de coupage, mais chercher,
dans des analyses chimiques et sur des résultats précis,
les renseignements complémentaires qui leur permettent
d'obtenir l’équilibre des éléments.
DEUXIEME SECTION
PRINCIPES ET PROCÉDÉS DU BEAUJOLAIS
FONDÉS SUR LE COUPAGE DES RAISINS
Principes . — En Bourgogne comme dans le Bordelais,
on avait depuis longtemps l’habitude de chercher à amé¬
liorer les vins par des coupages rationnels. Pour obtenir
plus facilement et plus complètement X union intime des
éléments qui est une des conditions essentielles des qualités
du vin, quelques viticulteurs émérites ont pris les mesures
nécessaires pour leur faire subir en commun la fermentation
tumultueuse et non pas seulement les fermentations lentes.
Procédés . — Quand ils ont reconnu, grâce à leur expé¬
rience personnelle, que tel cru générique de Nuits, de
Beaune ou de Tonnerre, peut gagner à être coupé par un
cépage auxiliaire, ils vont au vignoble choisir et acheter
sur pied la récolte et en font surveiller la maturation. Puis,
quand elle est au degré favorable, ils la font transporter
par wagons dans leurs celliers et la livrent à la cuve en
même temps que les raisins de leur propre récolte.
Ce sont, certes, les meilleures conditions pour réussir
les coupages. D’abord, en achetant les raisins, ils n*ont
pas à craindre qu’on leur livre un produit frelaté comme
cela peut avoir lieu pour les vins de coupage ; puis les élé¬
ments similaires des deux sortes de raisins, naissant dans
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— 271 —
le même milieu et vivant ensemble, ont toutes les chances
pour s’unir intimement et s’équilibrer. Dans ces conditions,
leur bouquet se développera facilement.
C’est pourquoi, quand les Beaujolais ont su faire des
choix judicieux, leur succès est assuré. Ils ne sauraient
avoir trop d’imitateurs.
II
COUPAGE DE RAISINS DE MÊMES VIGNOBLES MAIS DE CÉPAGES DIFFÉRENTS
Cette méthode, se rapprochant des principes et des
procédés du Beaujolais, doit trouver place ici.
Nous en connaissons particulièrement des exemples
remarquables dans plusieurs vignobles du Midi. Voici les
renseignements que nous ont fournis à ce sujet MM. Huguet
frères, de Demis (Gard), dont nous avons utilisé les excel¬
lents vins :
Dans les vignobles des coteaux des monts Garrigue à
terrain argilo-calcaire, et dans ceux des coteaux du grès
à terrain sableux et caillouteux provenant du diluvium
alpin, ils cultivent ensemble 7 à 8 cépages. Les uns pro¬
duisent des vins très colorés et très alcooliques, Carignan,
Alicante, Morastel, Mourvèdre ; les autres donnent des vins
plus faibles et moins colorés, mais plus fins et de meilleur
goût, Cinsault, Œillade, Aspiran, etc.
Ils récoltent ces divers raisins en même temps et les font
cuver ensemble, en ayant soin de mettre en proportions
convenables les raisins à jus noir comme étant destinés à
couper les raisins plus fins. Leurs produits sont donc des
coupages de même espèce que ceux du Beaujolais et leur
réussite est complète.
Ce hasard nous a fourni un exemple analogue dans l'ana¬
lyse que nous avons faite des vins du Loiret (récolte de
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- 272 —
1893). Un de nos bons vignerons (1) avait eu l’idée de faire
comme essai une cuvée de Gris Meunier (pour 3/4) avec
du gascon (pour 1 /4) : le vin qui en est résulté, bien équili¬
bré par l’effet du mélange des raisins, était sensiblement
de meilleure qualité que le vin de Gris-Meunier. Nous
n’hésitons pas à dire que c’est un bon exemple à suivre,
mais en déclarant qu’il peut cependant présenter des
inconvénients graves. En effet, si le coupage a bien réussi
en 1893 où le gascon était en bon état de maturité, grâce à
une chaleur exceptionnelle, dans une année ordinaire plus
froide, il eût été vert encore, quand le Gris-Meunier était
déjà bon à vendanger : le coupage eût alors donné de moins
bons sinon de mauvais résultats.
Ce danger est moins à craindre dans les coupages de
Bernis, parce que les divers cépages sont choisis de manière
à mûrir à peu près à la même époque. C’est donc un bon
exemple à donner, si on sait faire des choix convenables.
III.
COUPAGE DE8 RAISINS PEU COLORÉS AVEC LES RAI8IH8 TEINTURIERS.
VINS DE MONTAGNE DU MIDI.
C’est encore une variété de coupage du raisin, nous
devons donc en parler ici.
La grosse production du Midi provient des cépages
d'Aramon cultivés dans les plaines et dans les sables du
littoral. Les vignes d’Aramon sont d'une abondance
extrême, les grappes d’une grosseur extraordinaire peuvent
peser jusqu'à 3 kilogr. ; le rendement est communément de
100 à 150 hectolitres à l’hectare, et quelquefois de 250 hec¬
tolitres.
Mais le vin d’Aramon est faible par lui-même, il n’a que
*1) M. Breton, rue Chaude»Tuile.
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— 273 —
7 à 8“ 5 comme les vins naturels du Loiret, parfois moins
encore. Il est surtout très pauvre en couleur, ce qui en ren¬
drait la vente difficile si on n’y suppléait pas au moyen
des raisins teinturiers. On cultive en conséquence dans la
plaine, à côté des Aramons, des cépages teinturiers de l'es¬
pèce Bouschet. Seuls ils donneraient un vin très foncé,
plat et pâteux, qui serait à peine potable ; mais, quand on
fait fermenter les raisins de l’Aramon avec ceux du Bous¬
chet, le vin est assez agréable et il a gagné en couleur.
C’est au savoir-faire du viticulteur de régler les propor¬
tions de Bouschet qui conviennent le mieux pour que le peu
de goût du teinturier soit amélioré par celui de l’Aramon.
En tous cas, les inconvénients sont moindres en employant
le teinturier plutôt que les colorants artificiels. On les
diminue d’ailleurs en cultivant, au lieu du Bouschet pur, ses
hybrides obtenus de l’Aramon (petit Bouschet) ou mieux
de l’alicante ( alicante Bouschet). Une remarque très
curieuse à faire, c'est que dans le commerce, les vins d’Ara-
mon (cépage spécial des plaines du Midi), coupés par le
Bouschet, sont vendus sous le nom de vin de Montagne (1).
Nos viticulteurs du Centre, comme ceux du Midi, cultivent
des teinturiers pour colorer leurs vins trop faibles en cou¬
leur. Ils font bien, car cela est permis, et préférable, nous
le répétons, à l’emploi des colorants artificiels. Mais ils
doivent faire attention à ne pas en mettre de trop fortes
proportions, s'ils ne veulent pas donner de mauvais goût
aux produits de leurs vignobles.
(1) On nous écrit à ce sujet : « Si on donne le nom de Montagne
* aux coupages d’Aramon et de Bouschet, c’est que le vin obtenu
« ainsi se rapproche par sa couleur du Montagne ordinaire, i N’est-ce
pas plutôt, pour le vendre aussi cher que les vins des coteaux T
18
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— 274 —
TROISIÈME SECTION
I
COUPAGE DES VINS DANS LE BUT D’ÉLEVER LEUR DEGRÉ ALCOOLIQUE
ET D'AUGUENTER LEUR COULEUR.
Certains négociants du Centre qni se livrent au coupage
des vins n’ont pas pour but, comme les Bordelais, d’amé¬
liorer les vins et de leur donner du bouquet ; neuf fois sur
dix, ils n’ont en vue que d’en faciliter la vente. Ils n’ont pas
besoin pour cela de suivre les régies de l’art ni les lois de
l’œnologie. Ils n’ont qu’un souci, celui de préparer une
marchandise qui plaise à leur clientèle ordinaire.
Or, que recherchent les consommateurs vulgaires, les
habitués des débits de boissons ? C’est d’abord un degré
alcoolique assez élevé. Un vin ân, de goût exquis, comme
les bons vins naturels de Saint-Jean-de-Braye ou de Beau-
gency, leur paraîtrait trop plat ; pour leur plaire, le
négociant les vinera ou les coupera avec les gros vins
alcooliques du Midi.
De plus, les consommateurs sont habitués à juger de la
valeur du vin d’après l’intensité de sa couleur; les vins
naturels du Loiret en ont trop peu pour leur plaire. Devra-
t-on les colorer artificiellement ? Non, car on s’exposerait
à voir la fraude découverte ; il vaudra mieux les couper
avec des vins naturels capables d’augmenter leur couleur.
On se sert pour cela, dans le Loiret, de gros vins du Midi
(Narbonne, Roussillon ou autres), souvent même de vins
étrangers d’Espagne et de Portugal, d'Afrique et même
d’Asie mineure plus riches encore en alcool et en couleur.
On ne s'inquiète pas si ces vins sont naturels, ni même
s’ils sont ou non falsifiés, encore moins s’ils sont capables
de mettre en équilibre les éléments des vins génériques ;
le plus souvent on ne prend même pas la peine de les faire
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— 275 —
fermenter ensemble, on les mélange au moment de les
livrer au commerce. Aussi trouve-t-on souvent des vins de
coupage plus nuisibles que favorables à la santé, et, comme
cette pratique se répand de plus en plus, il arrive plus sou¬
vent qu’autrefois que les consommateurs s’adressent direc¬
tement aux viticulteurs plutôt qu’aux négociants.
C’est pourquoi les propriétaires de vignobles, les viticul¬
teurs sérieux et les vignerons honnêtes ne devraient pas se
laisser dominer par ces préoccupations de lucre ; aussi
croyons-nous bon de leur rappeler, en les résumant, les
principes des bons coupages.
Pour conserver sûrement la renommée de vos produits,
laissez-les naturels, faites-les naturellement, dirigez vous-
même avec soin la vinification jusqu’après l’hiver, ce sont
les moyens les plus sûrs. Si vous préférez les couper, suivez
au moins les règles de l’art et de la science que nous avons
données plus haut(page 2fi7 à 270). En réunissant toutes les
conditions qu’elles imposent, vous réaliserez les avantages
commerciaux que vous cherchez, sans avoir encouru trop
d’inconvénients au point de vue de l’hygiène.
II
COUPAGE DES VINS NATURELS PAR LES VINS TEINTURIERS APPBLÉS DANS LE
COMMERCE VINS DE COULEUR.
Ce coupage est permis encore par la loi, si le vin tein¬
turier est naturel lui-même ; cependant il n’a qu’un avan¬
tage médiocre, celui d’augmenter la couleur, tandis qu’il
offre de graves inconvénients. Malgré cela, il est pratiqué
communément ; il importe donc d’en signaler les dangers.
D’abord les vins teinturiers ont mauvais goût, ils sont
fortement acides, si âcres et si astringents, qu'on ne
pourrait les boire seuls. Ce mauvais goût se communique
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naturellement au mélange et diminue par suite les qualités
du vin générique ; ce qui a de graves conséquences, même
au point de vue de leur prix commercial. En coupant le
Gris-Meunier par exemple avec de VOthello ou du jacques,
on augmentera sa coloration, il est vrai, mais on lui don¬
nera une acidité excessive et un goût foxé qui lui ôteront
a moitié de sa valeur. Alors à quoi bon ce coupage ?
; Nous ne pouvons conseiller, dans aucun cas, l’emploi des
vins teinturiers au coupage des bons vins, ils n’ont que
des inconvénients. Si le gris-meunier manque de couleur
pour la vente en gros, il faut se contenter de cultiver à côté
de lui quelques ceps de gros noir dont on mettra les raisins
en cuve avec lui; assez pour donner un peu de couleur,
mais pas trop pour ne pas donner de mauvais goût.
QUATRIÈME SECTION.
COUPAGES FRAUDULEUX.
Si les coupages n’étaient employés que pour donner aux
vins naturels le degré alcoolique et la couleur qui peuvent
leur manquer, ce ne serait que demi-mal, mais cette ma¬
nœuvre ne suffit pas à certains négociants ; ils emploient
les coupages à faire de la fraude, et la loi ne saurait l’au¬
toriser. Il est nécessaire d’insister sur ce cas, parce qu’il
tend à devenir de jour en jour plus fréquent. Ici les rôles
sont changés ; ce sont les vins naturels qui servent à
couper les vins artificiels dans le but de les vendre comme
vin et de tromper ainsi l’acheteur sur la nature de la mar¬
chandise vendue. Voici différents cas de fraudes qu’on peut
signaler :
I. — Les vins blancs, coupés par des vins rouges de
couleur intense, peuvent devenir assez colorés pour être
vendus comme vins rouges. Est-ce permis ? les deux vins,
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le rouge comme le blanc, sont naturels, la loi devrait en
conséquence autoriser ce coupage. Mais, dans ce cas, évi¬
demment on trompe les clients, puisqu'on vend comme vin
rouge, valant plus cher, un mélange qui contient une
proportion notable de vin blanc. C’est donc une fraude;
elle tombe sous le coup de la loi, si on peut la découvrir et
la prouver. Cela est particulièrement difficile, car les vins
blancs ont les mêmes éléments que les rouges et à peu près
dans les mêmes proportions , à l’exception cependant des
œnotannins. Il faudra donc des analyses plus minutieuses
pour découvrir les fraudes et faire porter les recherches
sur l’acidité œnolique. Cependant il ne sera pas absolument
impossible, mais, nous le répétons, difficile, de résoudre le
problème.
II. — Les vins de sucre préparés par le procédé de
Péliot, par la méthode de Gall, et même d’après les prin¬
cipes et les règles de Chaptal, sont par eux-mêmes de véri¬
tables coupages , puisqu’ils comprennent à la fois de l’al¬
cool provenant des moûts des raisins frais et de l’alcool
provenant de la fermentation des dissolutions sucrées qu’on
y ajoute.
La loi n’en permet la vente que sous la désignation de
vin de sucre. Elle défendrait de même de vendre comme
vin les vins de sucre auxquels on ajouterait une nouvelle
proportion de vins naturels dans le but de donner plus de
couleur et par suite une teinte qui se rapprochât davantage
de celle des vins rouges ordinaires. La loi Brousse, en
effet, condamne la fraude, quelles que soient les propor¬
tions du sucre qu’on ait ajoutées aux moûts pour fabri¬
quer les vins de sucre.
Les difficultés pour la découverte de cette fraude par
les analyses chimiques sont assez grandes, mais non insur¬
montables ; nous le prouverons aisément.
ni. — Vins de raisins secs. — Nous l’avons déjà dit, mais
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nous devons le répéter ici, les vins de raisins secs, dont la
vente est autorisée sous ce nom, sont très souvent coupés
par les vins naturels pour être livrés au commerce sous le
nom de vin. Tantôt ce sont des vins blancs qu’on y ajoute
en assez fortes proportions pour leur donner le goût de vin
et les vendre comme vins blancs, tantôt on les coupe avec
des vins rouges très colorés, espèces de vins teinturiers
tirés d’Espagne le plus souvent, et on les livre au commerce
sous le nom de vins rouges; tel est, nous le rappelons, le
gros vin marchand des débits parisiens.
Ce sont des fraudes punies par la loi Griffe; mais ici
encore, nous en convenons, les difficultés des analyses
faites pour constater la fraude sont très grandes. Les mar¬
chands de vin, dans un intérêt facile à comprendre, pré¬
tendent même qu’elles sont insurmontables (1) : nous prou¬
verons facilement le contraire.
IV. — Vins d'alcool de toute nature (2). — On les
coupe aussi par les vins teinturiers pour les vendre en
fraude sous le nom de vins. En réalité, ils sont déjà par
eux-mêmes des coupages, puisque, comme nous l'avons
expliqué en exposant leur mode de fabrication, ces produits
sont les mêmes que ceux qu’on obtiendrait en mélangeant
à du vin naturel un vin fait de toutes pièces avec de l’eau,
de l’alcool et des éléments semblables à ceux du vin. Mais
cela ne suffirait pas pour tromper les acheteurs, on y ajoute
encore d 'autres vins naturels pour leur donner plus de
ressemblance avec les vins ordinaires. On choisit pour cela
les gros vins du Midi ou de l’étraDger. Si bien qu’on peut
conclure que ces coupages ont pour but principal de mas¬
quer les fraudes commises dans le commerce des vins.
(1) Lisez à ce sujet le manifeste du Syndicat des marchands de vins
de Paris que nous inséroos ci-après.
(2) Voir 2* partie, chapitre II, 4* série.
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— 279 —
Ils sont en cela plus dangereux que l’emploi des colorants
artificiels, car ils n’introduisent pas, comme eux, de nou¬
veaux éléments étrangers qui souvent ont fait découvrir la
fraude par le terrible laboratoire municipal de Paris et
jeter à la Seine tant de tonneaux de vins frelatés.
Dans la pensée des fraudeurs, il vaut mieux sacrifier
quelques pièces de vins de coupage très riches en couleur
que d’employer des colorants artificiels, cela est moins
compromettant. Avec les vins teinturiers, les fabricants
de vin sont si rassurés qu’ils ont eu l’audace d'affirmer
publiquement que l’analyse est impuissante à reconnaître
les vins artificiels (1). Nous répondrons k ces prétentions
(1) Pour s’en convaincre, il suffit de lire la protestation que le Syn-
dicat des marchands de vins en gros de Paris avait adressée aux
Chambres à l’occasion de la loi sur le mouillage des vins :
c Considérant que, dans l’état actuel de la science, la chimie est
impuissante à constater avec certitude l’addition d’eau aux vinB de
vendange ;
« Considérant que la loi sur le mouillage n’aurait pour résultat que
d’exposer un grand nombre de commerçants à être poursuivis et sou*
vent condamnés sur des probabilités, et ce, sans bénéfice pour le
consommateur ;
« Considérant en outre que le vote de cette loi compliquerait l’arsenal
déjà trop considérable de celles qui régissent le commerce des boissons,
sans apporter aucun soulagement à la viticulture française ;
< Protestent énergiquement contre le projet de loi sur le mouil¬
lage (présenté aux Chambres françaises), estimant que l’article 423
du code pénal est suffisant pour réprimer la fraude. »
Malgré cette protestation, la loi sur le vinage et le mouillage fut
votée par les Chambres. Nous en donnerons le texte dans la deuxième
partie du mémoire, en parlant de la répression du vinage et du
mouillage .
Quelque temps après, un procès retentissant fut dressé contre les
fraudeurs. Dix-sept marchands de vins furent acquittés . Leur audace
ne connut plus de bornes et ils adressèrent de nouvelles récrimina¬
tions au Ministre de la justice. On lit en effet dans un journal :
€ LS COMMERCE DE8 VINS ET L’HYGIENE
« MM. Georges Berger et Millerand, députés, ont présenté au Garde
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- 280
en démontrant dans la seconde partie, consacrée à la
question des falsifications, que, malgré leurs savants cou¬
pages, les fraudes du commerce des vins peuvent toujours
être reconnues pour le mouillage et le vinage , aussi bien
que pour les vins de sucre et de raisins secs.
des sceaux une délégation de la Chambre syndicale des marchands de
vins en gros de Paris.
« La délégation s’est plainte de lu façon dont opère le Laboratoire
municipal pour s’assurer si les vins sont bons à livrer à la consomma¬
tion, tant au point de vue de la composition que du mouillage. La
dégustation, selon les délégués, ne peut suffire : il faut l’analyse.
< Le Garde deB sceaux a répondu qu'il avait recommandé au Consei
d’hygiène de s’occuper de la question et d’étudier les moyens de
concilier la liberté du commerce avec l’hygiène. »
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RAPPORT
SUE LA PREMIÈRE PARTIE DU
:m:é:m:oi:ræ3 q,tti prboèide
Par M. le Docteur GEFFRIER.
Séance du 17 janvier 1896.
Chargé par le président de la section de médecine de
faire un rapport sur la partie hygiénique de l’important
travail de M. Masure, je passerai sous silence toute la
partie purement chimique, malgré tout l’intérêt que j’ai
trouvé à sa lecture, un de nos collègues, dont la compé¬
tence est indiscutable, ayant été chargé de cette partie du
travail.
Je n’ai pu m’empêcher d’admirer cette puissance de tra¬
vail de l’auteur, qui, méprisant le poids des années,
luttant contre l’affaiblissement de sa vue, accomplit un
travail de bénédictin, et, non content de nous livrer les
résultats des recherches chimiques qui lui sont familières,
fait une savante incursion sur un terrain étranger, quoi¬
que voisin, et sait s’y montrer partout intéressant.
Si nous cherchons la conclusion synthétique du travail
de M. Masure au point de vue de l’hygiène, nous pouvons
la résumer en ces trois mots : « Guerre aux fraudes ».
C’est bien là, Messieurs, la conclusion légitime et néces-
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— 282 —
saire, oui : guerre aux fraudes, au mouillage, au vinage,
qui, par une tolérance incompréhensible due sans doute à
une habitude déjà longue du consommateur, semblent
aujourd’hui des opérations licites en dépit de lois récentes.
Les autres falsifications et adultérations du vin étant uni¬
versellement réprouvées et poursuivies présentent par
cela même moins de danger de se généraliser. Retenons
cependant le passage relatif à l’alunage dans le travail de
M. Masure et rappelons-nous que les vins espagnols con¬
tiennent souvent de l’alun renfermant des parcelles de
sels arsenicaux. Ces vins, introduits en France pour rele¬
ver les vins dont la teneur en alcool est trop faible, sont
de plus suralcoolisés, avant leur envoi dans notre pays,
avec des alcools de pomme de terre d’origine allemande,
riches en alcool amylique particulièrement dangereux.
Il y a quelques années, plusieurs personnes périrent à
Hyères après avoir fait usage d’un vin où l'analyse démon¬
tra la présence de notables quantités d’arsenic.
Pour en revenir au mouillage et au vinage, M. Masure
a eu raison de signaler cette pratique comme doublement
dangereuse, d’abord en altérant ce qu’il appelle très
heureusement l’équilibre du vin, puis en y introduisant :
le mouillage, des eaux de qualité suspecte, d’où peut ré¬
sulter une infection microbienne ; le vinage, des alcools
à bas prix et de basse qualité, particuliérement dange¬
reux pour la santé.
J’ai laissé, à dessein, le sucrage de côté, car j’estime
qu’il peut, dans certaines circonstances, être plus utile que
nuisible aux propriétés hygiéniques du vin, quand il s’agit
de donner un ou deux degrés d’alcool de plus à un vin qui
sans cela n’aurait que 5 à 6 degrés avec une proportion
trop forte d’acides, comme les vins du Loiret, certaines
mauvaises années. Dans ces conditions, le sucrage des
moûts, suivant la méthode de Chaptal, ne peut qu’être
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M «1
— 283 —
approuvé des hygiénistes, comme M. Masure a soin de le
faire remarquer, pourvu que les sucres employés soient de
bonne qualité.
La pratique du plâtrage des vins, qui a longtemps été
généralisée dans le midi de la France, a été signalée par
Brouardel comme une des principales causes du nombre
croissant des dyspepsies. Cette pratique tend d’ailleurs à
disparaître, depuis qu’elle a été interdite sur l’avis du
comité consultatif d’hygiène de France ; elle tend a être
remplacée par le phosphatage contre lequel je ne saurais
me montrer aussi sévère que M. Masure. Les phosphates,
en effet, sont plutôt utiles à l’économie humaine, mais il
ne faut pas qu’il y en ait un excès.
Supposons maintenant un vin naturel, naturellement
fait, présentant toutes les qualités justement requises par
M. Masure : mérite-t-il, d’une façon générale, au point de
vue hygiénique, tous les éloges que lui décerne notre sa¬
vant collègue ? Je me permets de trouver qu’il va un peu
trop loin : il jouit évidemment de propriétés toniques,
stimulantes, excitantes parfois ; dans la majorité des cas,
il favorise le travail de la digestion stomacale ; si de plus
nous ajoutons, comme Hamlet, que « le vin dissipe la tris¬
tesse qui pèse sur nos cœurs >, nous aurons à peu près
tout dit. Encore faut-il ajouter qu’il faut qu'il soit pris en
quantité modérée et que l’estomac soit en état de le sup¬
porter, ce qui n'a pas toujours lieu. Ceci mérite quelques
développements.
Que doit-on entendre par quantité modérée ? Cela dé¬
pend évidemment de l’âge et de l’habitude acquise ; mais
je pense qu’en moyenne, un homme ne doit pas en consom¬
mer plus de 75 centilitres par jour ; 50 centilitres sont
suffisants pour une femme ; chez les enfants, la quantité
doit être moindre encore, s’abaissant suivant l’âge, et
j’estime qu’il est préférable de n’en jamais donner avant
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trois ans, sauf les cas exceptionnels où le vin peut jouer
le rôle de véritable médicament.
Une question est quelquefois posée au médecin : l’usage
du vin est-il indispensable ? Je n’hésite pas à répondre :
non, le vin n'est pas indispensable. L’eau seule est la
boisson par excellence, indispensable à la vie, et nous
devons mettre tous nos soins à l’avoir de bonne qualité.
On peut comparer le vin à ces condiments variés qu’on
associe à la nourriture, qui flattent le goût, excitent l’ap¬
pétit, stimulent parfois la digestion, quand il n’y a pas
abus, et nous deviennent nécessaires par suite de l’habi¬
tude que nous en avons prise. lien est de même de toutes les
boissons fermentées : l’homme bien portant pourrait aisé¬
ment s’en passer. L’exemple des ordres religieux où le
vin est interdit, sans que l’état des forces et de la santé en
souffre le moins du monde, l’exemple des peuples si nom¬
breux qui ne font pas un usage habituel du vin ni de bois¬
sons alcooliques, démontre que c’est là un besoin artificiel,
comparable dans une certaine mesure à celui que crée
l’habitude du tabac. L’eau est la seule boisson ; toutes les
autres, sans exception, ne peuvent prétendre à ce titre que
grâce à l’eau qu’elles contiennent.
Il n’en faut pas conclure que je suis ennemi du vin,
certainement non, mais seulement de l’abus qu’on en fait
trop souvent, et sans même s’en douter. Or l’abus du vin,
comme l’abus de la viande, abus toujours croissant, est la
cause avérée du nombre toujours croissant aussi des ma¬
ladies qui relèvent de la diathèse arthritique, dont les
principales sont : la goutte, le diabète, la lithiase biliaire,
cause des coliques hépatiques, la lithiase urinaire, cause
des coliques néphrétiques et de la pierre, le rhumatisme,
l’eczema, etc.
Le vin, admis avec modération pour le plus grand
nombre doit être interdit à quelques-uns : j’ai déjà indi-
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— 285 —
qué les enfants âgés de moins de trois ans ; j'y ajouterai
certains dyspeptiques dont la muqueuse stomacale irritable
ne peut supporter sans souffrir aucun vin, même naturel,
même choisi avec soin. Je connais un viticulteur du Loiret
qui, après de nombreux essais, a dû absolument renoncer
au vin, même fait chez lui avec le plus grand soin, et qui
a vu ses douleurs d’estomac disparaître, dès qu’il s’est ré¬
signé à ne plus boire que de l’eau. Ces estomacs sus¬
ceptibles se rencontrent assez souvent chez les femmes.
L’arthritisme dont j’ai déjà parlé produit souvent une
variété de dyspepsie caractérisée par l’acidité exagérée
du suc gastrique : cette acidité, qui acquiert sQn maxi¬
mum vers la fin de la digestion stomacale, est due, soit à
l’excès d’acide chlorhydrique secrété par les glandes à
pepsine, soit à la production anormale d’acide lactique,
butyrique et autres ; elle occasionne, deux à trois heures
après les repas, une sensation douloureuse, cuisante, au
creux de l’estomac, remontant le long de l’œsophage, avec
ou sans régurgitations acides. Cette dyspepsie avec hyper¬
acidité du contenu stomacal contrindique l’usage du vin,
qui l’aggrave ordinairement, surtout le vin rouge, ce qui
prouve que les œnotannins peuvent quelquefois être nui¬
sibles. Quoi qu’il en soit, c’est principalement l’alcool et
surtout les acides du vin qui sont à incriminer dans cette
irritation de la muqueuse gastrique ; aussi les vins
suralcoolisés ou trop acides doivent-ils être rejetés, sur¬
tout par les estomacs sujets aux crises d’hyperacidité.
L’abus du vin, comme celui de toute boisson alcoolique,
peut avoir, pour résultat immédiat, l’ivresse, comme résul¬
tat éloigne, l’alcoolisme. Je ne crois pas utile de m’arrêter
sur l’ivresse, mais l’alcoolisme mérite qu’on entre dans
quelques détails.
Il est nécessaire de dire bien haut que le vin, le
meilleur et le plus naturel, peut mener à l’alcoolisme par
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un abus prolongé. Je tiens d’un de mes maîtres, d’une
expérience consommée, qu’il avait observé des signes évi¬
dents d’alcoolisme chez de bons vivants qui buvaient leur
bouteille à chaque repas, estimant qu’il est dommage de
mettre de l’eau dans du bon vin. Il s’agissait évidemment
de sujets prédisposés, soit par une maladie, soit par une
intoxication antérieures ; mais ce sont des faits bons à rete¬
nir. Les buveurs de vin, devenus alcooliques, sont surtout
ceux qui, buvant sec déjà à leurs repas, vont en outre de
cabaret en cabaret et de canon en canon. Le vin pris à
jeun, comme bien des ouvriers en ont la malheureuse habi¬
tude, semble particulièrement nuisible, et par suite de sa
rapide absorption, et par suite de l’irritation de la mu¬
queuse gastrique, en contact immédiat avec un vin non
dilué par le contenu de l’estomac. Je reconnais que la
déplorable habitude des tournées de verres d’eau-de-vie
faites également à jeun, le matin, a des résultats beaucoup
plus déplorables encore.
L’alcoolique œnophile a un cachet particulier: il est
généralement gras, plus ou moins bedonnant, la face ru.
biconde au milieu de laquelle émerge un nez turgescent
dont la couleur vineuse rappelle vaguement celui du jus
de la treille, les lèvres sont épaisses, l’œil généralement
reste vif et reflète le caractère ordinairement jovial du
buveur de vin endurci. A la légère excitation cérébrale du
début, succède, après un temps plus ou moins long, un étatde
dépression, puis d’hébétude, du à de la congestion céré¬
brale ; car c’est ordinairement par le cerveau que meurent
ceux qui ont lait longtemps abus du vin, à moins qu’une
maladie intercurrente, le plus souvent une pneumonie
rendue plus grave par l’imprégnation alcoolique et la
steatose ou infiltration graisseuse des organes qui en est
la conséquence, ne termine plus brusquement leur car¬
rière.
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Différent est le tableau du buveur d’eau-de-vie, mais je
dois dire tout d’abord que cette différence tient surtout à
la dose du poison introduit à dose massive et non dilué :
il occasionne ainsi une imprégnation plus forte et plus
rapide et produit, en outre, une irritation plus intense de
tous les tissus avec lesquels il entre en contact.
La maigreur dans ce cas est la règle, l’obésité l’ex¬
ception, le visage est altéré, ravagé, les yeux creux et
éteints, l'esprit moins vif que chez le buveur de vin, les
troubles nerveux plus précoces et plus graves. Le foie est
plus rapidement atteint et, au lieu d’une infiltration grais¬
seuse des tissus, nous voyons se produire la sclérose ou
dégénescence fibreuse des organes et des vaisseaux. C’est
ainsi qu’on observe : la cirrhose atrophique du foie, la
néphrite scléreuse, des névrites caractérisées par des
douleurs variées sur le trajet de certains nerfs, par des
paralysies motrices ou sensitives. Du côté du cerveau et
de la moelle, les lésions inflammatoires s'associent à la
sclérose et donnent lieu à des hémorrhagies cérébrales ou
méningées, aux coagulations dans les sinus veineux, à
des ramollissements diffus ou eu foyers, donnant lieu,
soit à des accès de delirium trèmens, soit à des attaques
apoplectiques suivies ou non de paralysies, enfin à la dé¬
chéance intellectuelle aboutissant à la démence et au
gâtisme.
Très différente, ai-je dit, est la tolérance par les bois¬
sons alcooliques suivant les sujets et les circonstances :
elles sont beaucoup mieux supportées dans les pays froids
que dans les pays chauds, où la sobriété la plus grande est
de rigueur absolue. Certains états morbides, comme le
diabète, semblent accroître cette tolérance, la polyurie
augmentant sans doute la rapidité d’élimination de l’alcool.
Les affectations antérieures du foie, du cerveau, des
reins, même de l'estomac et du cœur, augmentent au con¬
traire la susceptibilité à l’intoxication.
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Je dirai pour l’alcool, comme pour le vin, qu’il n’est pas
rare de voir devenir alcooliques, peu à peu, des gens qui
ne croient pas mal faire en prenant simplement un petit
verre à chacun de leurs repas. S'il y a prédisposition, cela
suffit à la longue. On voit des femmes, et des femmes du
monde, qui s’alcoolisent en abusant de l’eau de mélisse,
de vulnéraire ou d'autres liquides réputés anodins ou
hygiéniques. Gallard cite une dame devenue alcoolique en
buvant do l'eau de Botot qui lui semblait devoir plus aisé¬
ment dissimuler son funeste penchant. Ceci montre quelle
attention et quel scepticisme il faut au médecin, quand il
soupçonne l’alcoolisme, malgré les dénégations les plus
énergiques faites de bonne ou de mauvaise foi.
J’ai supposé jusqu’ici qu’il s’agissait de vin naturel ou
d'alcool de vin, de véritable eau-de-vie, pour employer un
nom adopté bien à tort. Et je tiens à insister sur ce fait,
qu’on semble de plus en plus perdre de vue, que le vin et
l’alcool de vin peuvent, par suite de l’abus, mener aux
accidents de l’alcoolisme ; lorsqu’ils sont frelatés, ils
peuvent devenir beaucoup plus dangereux.
Il ressort en effet de très nombreuses expériences, et en
particulier de celles publiées en 1879, par MM. Dujardin-
Beaumetz et Audigé, que l'alcool éthylique ou esprit de
vin pur, est le moins toxique de toute la série des alcools
monoatomiques, les seuls dont je veuille m’occuper ici.
Cet important travail prouve que l’intensité de l'action
toxique de ces alcools croît en même temps que leur for¬
mule atomique s’élève. D’après MM. Dujardin-Beaumetz
et Audigé, l’alcool éthylique pur, dont la formule est
C* H 6 O, tue en 24 à 36 heures, à la dose de 8 grammes
par kilogramme d’animal, ; l’alcool propylique, C 3 H 8 O, tue
à la dose d’environ 4 grammes par kilogramme ; l’alcool
butylique, G 4 H 18 O, tue à la dose de 2 grammes par kilo¬
gramme ; l’alcool amylique, C" H u O, tue à la dose d’un
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gramme et demi par kilogramme. Les alcools plus
élevés encore étant difficiles à obtenir, je ne m’en occu¬
perai pas.
Or, si la distillation du vin donne presque exclusivement
l’alcool étylique, moins dangereux que les autres, la dis¬
tillation des marcs de raisins, des betteraves, des grains
de toutes espèces, des pommes de terre, etc., donne tou¬
jours un mélange, dans lequel, à l'alcool éthylique,
s’associe une proportion plus ou moins grande d’alcool
propylique, butylique ou amylique, ce qui accroît sensi¬
blement le danger.
Mais, je le répète, et cela parce qu’à l’heure actuelle
on lit à chaque instant le contraire, l’alcool de vin,
l’alcool éthylique le plus pur, est toxique ; il l’est
moins que les autres, voilà tout. Cette différence est
cependant assez grande pour qu’un économiste distingué,
M. Alglave, ait pu, avec raison suivant moi, proposer,
comme un remède à l'accroissement de l'alcoolisme en
France, le monopole par l’Etat de la rectification de l'al¬
cool : mesure qui semble avoir déjà donné de bons résul¬
tats, dans quelques pays ou elle a été appliquée.
Mais revenons au vin : pour terminer, je résume ainsi
mon appréciation sur sa valeur hygiénique :
Pris en quantité modérée, par un estomac non malade,
le vin est : tonique par son alcool et scs substances tan-
niques ; excitant , dans une mesure qui peut rester favo¬
rable, du système nerveux moteur et intellectuel, par
son alcool ainsi que par les éthers et les essences qui en
constituent le bouquet ; digestif par son alcool et ses
acides, quand ils ne s’y trouvent pas en excès.
Pour que ces qualités se manifestent, il faut que le vin
soit naturel, bien fait et dans cet état d’équilibre au point
de vue de sa composition, sur lequel M. Masure insiste
avec tant de raison.
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Le travail de notre savant collègue est considérable, il
résume plusieurs années d’études et de recherches
patientes, il nous indique les qualités hygiéniques des
vins et les conditions qu'ils doivent remplir pour avoir
ces qualités, enfin il s’efforce de nous armer contre les
innombrables fraudes qui s’exercent sur une si vaste
échelle, nous devons lui en savoir gré et reconnaître l’ira*
portance de ses efforts en votant l’impression de son con¬
sciencieux travail,
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RECHERCHES
SUR
LES BONS VINS NATURELS
LEURS QUALITÉS HYGIÉNIQUES ET LEURS
FALSIFICATIONS
DEUXIÈME PARTIE
BBCHERCHB DES FALSIFICATIONS DES VINS ET DÉTERMINATION
DES FRAUDES COMMISES DANS LE COMMERCE.
PRÉLIMINAIRES. — POSITION DE LA QUESTION.
Définitions. — Nous appelons falsification l'introduc¬
tion dans le vin de toutes matières soit étrangères, c’est-
à-dire différentes de ses éléments, telles que plâtre, alun,
acides et sels minéraux, colorants artificiels, etc... ; soit
similaires , c’est-à-dire de même nature que ses éléments
comme eau, alcool, glycérine, acides organiques et sels des
vins (1).
La loi qualjifie de fraude toute tromperie sur la nature
de la marchandise vendue. Les fraudes sur les vins con¬
sistent à vendre comme vin toute boisson autre que celles
(1) Voyez aux chapitres 2 et 3 de la l rt partie les 4 séries de falsifi¬
cations que nous avons indiquées.
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qui proviennent exclusivement de la fermentation des rai¬
sins frais : tels sont les vins artificiels de sucre et de
raisins secs vendus comme vins sans désignation d’origine ;
tels sont encore les vins d'alcool , provenant du vinage et
du mouillage (1).
Remarque. — Le nombre des falsifications est si consi¬
dérable et les fraudes sont tellement variées, qu’il ne serait
pas possible de rechercher chacune d'elles en particulier
pour chaque échantillon de vin à analyser. Il faudrait des
centaines d'expériences chimiques et des mois pour les
faire; les experts y perdraient leur temps sinon leur esprit
d’investigation.
Ils doivent d’abord procéder à des recherches générales ,
aussi complètes que possible, portant sur les caractères
organoleptiques, physiques et chimiques des vins et sur le
dosage de ses éléments principaux. C’est ce qu’on appelle
Yanalyse générale ou analyse courante; celle-là est
indispensable pour tout vin à analyser, car dans ses opéra¬
tions peuvent se manifester des caractères qui permettent
de reconnaître, s’il y a lieu, les diverses sortes de falsifica¬
tions et de fraudes. On les notera avec soin, chemin fai¬
sant, sur le registre des observations et opérations ana¬
lytiques.
Dans les expertises légales , l’analyse générale est
nécessairement suivie de recherches spèciales ayant pour
but, soit de donner par leurs caractères spécifiques des
preuves certaines des falsifications signalées dans l’analyse
générale, soit de déterminer par les dosages des éléments
la nature et l’étendue des fraudes découvertes dans cette
analyse générale.
(1) Quelques auteurs désignent sous le nom de falsification ou d e
sophistication toute opération artificielle faite sur les vins naturels
oit falsification proprement dite, soit fraude par mélange de vint
artificiels.
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Ces recherches spèciales devront toujours, en consé¬
quence, être précédées de Y analyse générale , et ne la suivre
que si celle-ci a trouvé des indices suffisants de falsifica¬
tions et de fraudes ; ou si ces falsifications et ces fraudes
ont été signalées aux tribunaux qui ont ordonné les exper¬
tises ; ce qui est le cas le plus ordinaire.
Nous traiterons successivement ces deux questions. Nous
devons les faire précéder d’un chapitre spécial où seront
exposés les caractères auxquels on reconnaît qu’un vin est
naturel, et où seront expliquées les règles scientifiques
établies pour caractériser les vins naturels. Ce sont nos
savants œnologues, MM. Armand Gautier, Ch. Girard et
leurs élèves qui ont eux-mêmes pris la peine et le soin de
rechercher les rapports qu’ont entre eux les éléments prin¬
cipaux des vins naturels et d’en déterminer les limites pour
en déduire des règles d’œnologie. On comprend sans peine
que, sans la connaissance précise de ces caractères, il ne
serait pas possible aux chimistes de juger les résultats des
analyses et de savoir, en conséquence, si les vins sont
naturels ou s’ils ont été falsifiés ou fraudés.
CHAPITRE PREMIER
CARACTÈRES SPÉCIFIQUES DES VINS NATURELS ET REGLES
DE L’œNOLOGIB.
Le but de ce chapitre est d’expliquer les moyens de
reconnaître, à des caractères précis, si un vin soumis aux
analyses est naturel ou s’il a été falsifié ou fraudé.
Ces caractères sont de trois sortes : organoleptiques,
physiques et chimiques.
Les caractères organoleptiques sont donnés par les
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— 294 -
organes des sens, de la vue, de l’odorat et du goût spé¬
cialement.
Les caractères physiques sont fournis par les opérations
physiques de l’analyse : Yébullition du vin, son évapora¬
tion, la calcination de ses extraits au rougo sombre, leur
incinération au rouge blanc, etc. On observe avec soin
ces caractères en dirigeant les opérations de l’analyse et
on les note sur le registre des observations.
Les caractères chimiques sont fournis par les résultats
des analyses elles-mêmes.
Nous renverrons à la description des procédés de l’ana-
lyse générale les moyens d’obtenir avec sûreté les carac¬
tères organoleptiques et physiques; eu parler ici serait
faire double emploi. Nous devons insister au contraire sur
les caractères chimiques . Ces caractères sont fournis par
les résultats numériques du dosage des éléments prin¬
cipaux des vins et basés sur le principe des limites que
nous allons expliquer dans les § I et ü.
I
LIMITES DES ÉLÉMENTS 8IMPLEB ET DES GROUPES DR CES ÉLÉMENTS.
Les vins naturels sont tous formés des mêmes éléments,
dont les principaux sont l’eau, l’alcool, les tartres, les œno-
tannins, la glycérine, les sucres, les sels, etc. ; mais les
proportions de ces éléments varient avec les cépages , le
terrain, le climat et même l 'âge du vin. Outre ces élé¬
ments pris chacun à part, on considère encore les groupes
des acides, des extraits, des cendres dont les poids varient
dans les mêmes conditions.
Toutefois ces variations, celles des groupes comme
celles des éléments simples, n’ont lieu que dans des limites
assez étroites pour les vins naturels, de sorte que si, dans
l’analyse d’un vin, ces limites sont dépassées, on doit
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— 295 —
penser que ce vin n’est pas naturel. Ainsi, par exemple,
Pasteur a constaté que dans les vins naturels il y a 6 à
8 grammes de glycérine par litre, 6 et 8 sont les limites
de la glycérine; si donc, dans un vin, on trouve 12 grammes
de glycérine, c’est une preuve que le vin n’est pas naturel.
Tel est le principe de la découverte de la plupart des
fraudes , c’est une question de limites.
Pour rendre l’examen plus facile,nous avons réuni dans
un tableau synoptique, les limites établies par des cen¬
taines d’analyses pour chaque élément principal et pour
chaque groupe d’éléments.
*Remarque sur la composition du tableau. — Dans ce
tableau, pour tenir compte de l’influence capitale de l'alcool,
nous avons, pour les groupes d’éléments : Extrait sec (E),
cendres (C) et acidité générale (A), classé les vins en trois
catégories : vins faibles (D° de 7° à 8° et au-dessous), vins
de force moyenne (D° de 8° à 10°), vins forts (D* de 10* à 12*
et au-dessus.)
Nous avons dû mettre à part dans le tableau : d’abord,
les éléments minéraux des cendres qui ne dépendent pas
directement du degré alcoolique des vins, mais du poids des
cendres seulement; puis, les éléments simples principaux
qui n’en dépendent pas directement non plus.
Enfin, nous avons cru utile de rapprocher du tableau des
limites des éléments et des groupes d'éléments, celui des
limites des règles d’œnologie , dont nous allons indiquer
l’origine.
II.
LIMITES DES RÈGLES DE L’CENOLOGIE SUR LA COMPOSITION ÉLÉMENTAIRE
DES VINS.
Lorsque les limites des éléments simples et des groupes
d éléments eurent été déterminées par les résultats des
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analyses on a songé à considérer les qapports qui lient
entre eux les groupes principaux des éléments et établissent,
en conséquence, les règles qui les régissent.
Voici l’indication de ces règles ; nous expliquerons
ensuite chacune d’elles dans un paragraphe spécial.
1° Règle alcool plus acide de M. Armand Gautier :
_ , . L Limite inférieure : 13
(D° 4- As»-) * T . , , .
v 1 ' { Limite supérieure : 17
2° Règle -2^- de M. Ch. Girard sur le rapport du poids de
l'alcool par litre (D°. 8 ) au poids (E) de l’extrait sec :
Limite inférieure : 3 ; limite supérieure : 4, pour les vins rouges
Limite inférieure : 4 ; limite supérieure : 5, pour les vins blancs
3° Règle - 3 - établie par nous pour le rapport du poids (C)
des cendres au poids (E) de l’extrait dont elles provien¬
nent :
Limite inférieure : 0,08 ; limite supérieure : 0,10
4°, 5° et 6 ° Règles complémentaires sur les rapports des
poids des éléments des cendres, sels alcalins (Sa), sels
insolubles (Si) et sels solubles (Ss) au poids (C) des cendres :
Sa t Limite inférieure : 0,2
c ( Limite supérieure : 0,3
Si C Limite inférieure : 0,3
c f Limite supérieure : 0,5
Ss ( Limite inférieure : 0,25
c ( Limite supérieure : 0,45
fl) Ces limites sont celles qui avaient été établies à l’origine au Laboratoire
municipal de Paris. Dans ces dernières années, elles ont été modifiées comme le
montrera une déclaration de M. Ch. Girard ; nous en expliquerons ci-après les
raisons.
Nous avons maintenu dans notre travail les limites anciennes parce qu'elles se
rapportent bien aux résultats de nos analyses personnelles sur les vins du Loiret et
du Midi dont nous ayons dosé les extraits secs (E) par une méthode spéciale.
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TABLEAU DES LIMITES
DE LA COMPOSITION CHIMIQUE DES VINS NATURELS.
I. — GROUPES D’ÉLÉMENTS.
Acidité générale (A), Extraits (E), Cendres (C).
VINS FAIBLIS.
VINS
DE
FORCE MOYENNE
VINS FORTS.
OBSERVATIONS.
Degré alcoolique (D°)
en volume.
1° à 8*
6t nu 'dessous d6 7
8° à 10°
10 « à 12*
D°, base de la classification.
Acidité générale (A* r )
en acide sulfurique.
7 à 6
7 à 5
6 à 4
L’acidité varie en sens in¬
verse (1) du degré, d'après
M. A. Gautier.
Extrait sec (E) (3)....
17 à 22
19 à 25
22 à 30
L’extrait est en sens direct fl)
du degré, d’après M. Cn.
Girard.
Cendres de l’extrait (C)
1*5 à 2*
1*7 à 2*3
2* à 2*7
Los cendres sont en sons di¬
rect (1) des extraits d’après
A. P. (2;.
II. — ÉLÉMENTS MINÉRAUX DES CENDRES.
Sels alcalins (Sa), Sels insolubles (Si), Sels solubles (Sa).
Les limites des rapports de leur poids au poids des cendres : JîL JÜL
c c c
sont indépendantes du degré alcoolique des vins.
Sels alcalins des cendres (Sa), estimés
en carbonate de potasse...
Phosphates et autres sels insolubles
des cendres (Si).
Sels solubles, sulfates, chlorures et
autres de Ko ou NaO (Ss).
- de 0,2 à 0,3
c
Si
- de 0,4 A 0,6
c * ’
Ss
- de 0,25 à 0,45
c '
Environ 1/4 du poids dos
cendres. ^A P.)
Environ 1/2 du poids des
cendres, un peu moins,
(A. P.) (2).
Environ 1/4, mais un peu
S lus, du poids des cen-
res. (A P.) (2).
III. — ÉLÉMENTS SIMPLES PRINCIPAUX.
Tartre (Ta), Œno-tannins (Œ), Sucre (S), Gljcérine (Gl) ; Sels principaux :
Sulfates et Chlorures.
Limites indépendantes du degré (D°) alcoolique des vins.
. SS îl: îfvTZ^U.é.,
(1) En sons direct signifie variant dans le même sens; en sons inverse signifie variant en sens contraire
Il no s’agit pas ici de proportions mathématiques.
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Acidité œnolique (Œ), estimée en
acide sulfurique.
Sucres réducteurs (S) de la liqueur
cupro-potassique de Fehling_
1*5 à 2*5 Vins nouveaux très colorés.
1 * à 2* Vins nouveaux assez colorés.
0*5 à 1* Vins vieux décolorés.
Plus de 2*
Moins de 2*
Vins nouveanx non
encore faits.
Vins vieux faits.
N .B. -Dm
s'agit, bits es-
tendu, qo« ta
vins natoreh.
Glycérine (Gl).. De 6* à 8*.
Sels ( Sulfate de potasse, par ) 0 . . 0gfi
minéraux ) litre.)
( D'après Pastenr. La dose est pies km
< quand la fermentation tumultueuse a
( été plus longue.
D’après M. Marty. (Plâtrage des vins).
* r rST Chlorures (en CINa)... 0*1 à 0*3 D’après divers chimistes.
N. B. — On n’a pas porté au tableau les éléments ou groupes d'éléments que Tan»*
lyse chimique ne peut doser .
Remarques sur les résultats numériques du tableau
ci-dessus. — Les limites portées au tableau résultent de
nombreuses expériences faites sur des vins naturels au¬
thentiques des principaux vignobles de France par des
chimistes compétents. En conséquence, si un vin soumis à
l 'analyse générale donne des résultats numériques qui
sortent de ces limites, ce vin sera suspecté et donnera lieu
à des recherches spèciales destinées à prouver la falsi¬
fication ou la fraude soupçonnée.
Les règles d'œnologie qui résultent du rapprochement
et des rapports des groupes d’éléments : extraits secs (E),
cendres (C), acidité générale (A), degré alcoolique (D*),
fournissent, nous le verrons, d’excellents moyens de faire
connaître par leurs applications les falsifications et les
fraudes commises dans le commerce des vins. On verra
combien leur concours est précieux au point qu’ajoutées
aux règles des limites des éléments simples, elles per¬
mettent de résoudre, dans tous les cas, les difficiles pro¬
blèmes de la sophistication des vins.
(2) A. P. veut dire los analyses personnelles de l’auteur.
(3) Les extraits secs (E) sont différents suivant les méthodes de dosage employées (voir l'annexe de
cet ouvrage). Les chiffres du tableau proviennent de la méthode de l’auteur.
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— 299 —
m.
PREMIÈRE RÈGLE DE L’ŒNOLOGIE.
DE H. ARMAND GAUTIER (I).
Principes. — Tous les viticulteurs savent que, dans
les années froides et humides, le vin est pauvre en alcool
et riche en acidité, qu’au contraire, le vin est riche en
alcool et pauvre en acidité dans les années chaudes et
sèches. La raison est facile à comprendre : c’est la chaleur
qui mûrit les raisins et y développe le sucre qui, dans
la fermentation, se changera en alcool ; si la chaleur fait
défaut, le raisin mûrit difficilement et c'est l’acidité qui
l’emporte.
M. A. Gautier, pénétré de cette vérité, a cherché si
l’expérience la confirmait ; il a rassemblé les résultats
numériques des dosages du degré alcoolique (D°) et de
l’acidité générale (A) faits par différents chimistes et sur¬
tout par lui-même*sur les principaux vins de France;
nous en avons inscrit, d’après lui, les limites dans notre
tableau.
Les chimistes reconnaissent avec lui que la somme
(D° + A* r ) est à peu près constante ; elle varie de 13 à 17.
La règle se formule :
m. . ii > 13 Limite inférieure : 13
' *•" ' < 17 Limite supérieure ; 17
En conséquence, si, dans un vin analysé, cette somme
est inférieure à 13 ou supérieure à 17, c’est une preuve que
le vin n’est pas naturel.
Rbmaeqüb. — Ces limites sont établies pour tous les
vins de France, mais, s’il s’agit d’une contrée particulière,
elles peuvent être plus resserrées ; dans le Loiret par
(1) Voyez l'ouvrage de M. A. Gautier, Sophistication et analyse
des vins, 4* édition, pages 147 à 163.
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exemple, nous les avons trouvées de 13 à 16 ; et, s’il s’agit
d’une année particulière, elles peuvent être plus rappro¬
chées encore.
Application de la règle alcool plus acide. — Dans la
pensée de son auteur, cette règle permet de reconnaître le
vinage simple des vins et le vinage et le mouillage simul¬
tanés.
1" Exemple. — Un vin de gris-meunier a son degré (D')
de 7° son acidité (A) de 8 ® r . La somme D® + A = 15 satis¬
fait à la règle, c’est un vin naturel. Pour relever son degré,
on le porte de 7® à 10°, alors D® -+- A = 10 + 8 = 18 ; la
limite supérieure est dépassée, le vin n’est plus naturel ; la
règle le montre.
2* Exemple. — Un débitant reçoit un vin de degré D® = 9
et d’acidité A = 6* r , c’est le cas de la plupart des vins
naturels de consommation courante : D° 4- A = 9 -I- 6 = 15,
la loi est satisfaite. Le débitant, par spéculation, veut d’une
pièce en faire deux. Il ajoute de l’alcool pour porter le
degré à 18° et le mouille pour doubler.le volume. Le degré
tombe de 18° à 9® et l’acidité de 6 ®' & 3® r . La somme
D 4 -A = 94-3 = 12; elle tombe au-dessous de la limite
inférieure 13 et prouve qu’il a subi le vinage et le mouil¬
lage.
Conclusion. — La règle alcool plus acide peut donc
rendre de bons services pour le mouillage et le vinage ;
elle peut en rendre aussi pour d’autres fraudes.
IV.
DEUXIÈME RÈCLE DE L’ŒNOLOGIE.
DE H. CHARLES GIRARD, DIRECTEUR DU LABORATOIRE MUNICIPAL
DE PARIS.
M. Ch. Girard estime que la force de la végétation de
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— 301 —
la vigne développe tous les éléments de la pulpe à la fois,
les sucres, les produits organiques et les autres matières de
l'extrait en même temps. Tout le monde sait que plus un
vin est riche en alcool, plus il est riche en extrait, d’où il
résulte que le rapport du poids de l’alcool (D\ 8) au poids
de l’extrait (E) est à peu près constant.
M. Girard, en consultant les nombreux résultats d'ana¬
lyses faites au Laboratoire qu’il dirige et en y ajoutant
plus de 200 analyses de M. le D r Magnier de la Source (1),
a cherché les limites des variations de ce rapport pour les
principaux vins de France ; il a trouvé les formules sui¬
vantes :
Pour les vins rouges :
D°- 8 > 3 Limite inférieure : 3
E <4 Limite supérieure : 4
Pour les vins blancs :
P°- ^ > 4 Limite inférieure : 4
E <5 Limite supérieure : 5
Première observation. — Les principes sur lesquels
se fonde M. Ch. Girard ne paraissent pas les mêmes que
ceux de M. A. Gautier, mais la contradiction est plus
apparente que réelle.
D’une part, il est certain que la chaleur favorise la for¬
mation du jus sucré des raisins, que le défaut de chaleur,
au contraire, laisse plus d’acidité dans la pulpe ; les prin¬
cipes de M. Gautier sont justifiés par les faits connus des
viticulteurs sur le sucre et l’alcool qui en provient.
D’autre part, il est vrai encore que la chaleur du
climat doit développer également les diverses matières de
l’extrait aussi bien que le sucre, quelques acides font seuls
exception. Les deux principes ne s’excluent donc pas; ils
sont, pour nous, confirmés par les résultats numériques
(1) Voir Document sur les falsifications des substances alimentaires,
édition de 1882.
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des nombreuses analyses que nous avons faites sur les vins
naturels du Midi et du Centre.
En tous cas, la règle de M. Gautier et celle de
M. Girard sont toutes deux empiriques, c’est-à-dire fondées
sur de nombreux résultats numériques de dosage des élé¬
ments et, par conséquent, justifiées par les faits.
Nous avons expliqué pour celle de M. Gautier et nous
expliquerons ci-après pour celle de M. Girard comment,
par les limites qu'elles établissent, elles rendent de nota¬
bles services aux experts chimistes en leur fournissant
des caractères auxquels on reconnaît si les vins sont
naturels ou artificiels.
Deuxième observation. — Les limites fixées par M. Gi¬
rard en 1882, de 3 à 4 pour les vins rouges, ont été portées
depuis de 3, 5 à 4, 6, et, pour les vins blancs, ont été
portées de 4 à 5 à 4,5 à 5,5. Pour le comprendre, il faut
savoir que M. Girard a, depuis 1882, modifié sa méthode
de dosage des extraits en substituant à l'étuve de Gay-
Lussac le chauffage à l'aide d’un bain-marie à 100°, à
niveau constant pendant sept heures, chauffage qui fait
perdre aux extraits une partie de leur glycérine. De sorte
que le rapport de -5^1 se trouve augmenté puisque E est
devenu plus petit.
Nous avons, dans nos expériences personnelles, conservé
la méthode de l’étuve pour achever la dessication des sirops
de vin obtenus par l’évaporation sur une chaudière à
vapeur, afin de diminuer la durée de l’opération; nous
avons, en conséquence, des résultats plus forts pour les
extraits et, par suite, les mêmes limites 3 à 4 pour les
vins rouges, et de 4 à 5 pour les vins blancs, méthode
et procédés qui expliquent les dosages que nous avons
opérés sur les vins de la récolte 1893 (1).
(1) Voir l’annexe de notre mémoire.
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— 303 —
Pour faciliter l’application de la règle de M. Ch. Girard,
nous avons dressé des tableaux à double entrée faisant
connaître les limites du poids E de l’extrait pour chaque
degré D\
Tables des limites des rapports 2—^ pour les différents degrés d'alcool
de 7 à 12° pour les vins rouges
Les minimums d’extraits correspondent i :
D»8 D» 8
-g-= 4, d’où E = —= D® X 2
Les maximums d’extraits correspondent à :
D*8 „ „ . „ D»8
—jÿ- = 3 > d ou E = v
MINIMUM.
MAXIMUM.
MOYENNE.
VINS FAIBLES.
D° — 7*.
14
18,6
16,3
D® — 8®.
16
21,3
18,6
VINS DE TABLE ORDINAIRES.
D* — 9*.
18
24
21
D® — 10».
20
26,6
23,3
VIN8 DS BORDEAUX ET DE
BOURGOGNE.
D° — 11°.
22
29,3
25,7
D» — 12 a .
24
32
»
Avec ce tableau-barême, chacun pourra savoir, sans
recourir au calcul, si les vins dont on a dosé l’alcool D* et
l'extrait (E) ont trop ou trop peu à!extrait.
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1" APPLICATION DG LA RÈGLE DG M. Cb. GlRARD
D*. 8 3
E <4
D’abord, elle donne le moyen de reconnaître sûrement
les vins de sucre et les vins de raisins secs, même quand
ils sont additionnés de vins de coupage. Ces vins artificiels
ont, en effet, de leur nature des extraits très abondants ;
le rapport ^ descend pour eux beaucoup au-dessous de la
limite inférieure 3.
2* APPLICATION.
La loi de M. Girard permet, en outre, de reconnaître le
vinage et le mouillage des vins.
I. — Le vinage seul augmente D sans toucher à E et
par suite le rapport ^ s’élève; s’il dépasse 4, c’est une
preuve de vinage.
II. — Si le vinage est accompagné de mouillage au
double par exemple, et que l’alcool soit ramené au degré
primitif D°, l’extrait E est diminué de moitié, le rapport
s'élève encore au-dessus du maximum : 4. De sorte que,
toutes les fois qu'on trouvera un rapport plus élevé que 4,
c’est une preuve ou de vinage seul, ou de mouillage et vinage.
Les fabricants de vins ont à juste titre en grande consi¬
dération la régie de M. Girard, qui souvent a fait décou¬
vrir leurs fraudes. Pour la mettre en défaut, ils relèvent E
par l’addition d’extraits artificiels: glycérine (scbelisa-
tion), gommes, dextrines ou toutes autres matières so¬
lubles. L’industrie leur en prépare de toutes sortes sous
le nom d 'Extraits pour les vins.
Il n’y a pas de lois pour arrêter cette coupable industrie ;
toutefois, les chimistes ne seront pas toujours trompés.
D'abord, ils seront avertis par l’application de la 3* règle
que nous allons expliquer et qui leur dévoilera la fraude ;
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- 305 —
puis, ils sauront bien reconnaître, par le dosage des élé¬
ments signalés, l’additiou-frauduleuse des matières extrac¬
tives ajoutées, car elles n’ont pas et ne sauraient avoir la
même composition chimique que les extraits naturels des
vins.
y.
TROISIÈME RÈGLE DE L’ŒNOLOGIE
SUR LE RAPPORT DU POIDS DES CENDRES AU POIDS DE L’EXTRAIT
Une troisième règle peut être fondée sur le rapport du
poids des cendres à celui de l’extrait.
£ > 0,08 8 % Limite inférieure
E <0,10 10 °/ 0 Limite supérieure
M. A. Gautier, dans son ouvrage: Sophistication et
analyse des vins (4 e éditition, page 162), dit simplement :
c Le poids des cendres est toujours environ le 10 e de celui
t de l’extrait ». Nous estimons que cette simple indica¬
tion n’est pas suffisante pour en tirer les caractères des
vins naturel-, mais on peut la remplacer par une règle qui
serait aussi importante que les deux premières. Il suffirait,
pour cela de déterminer expérimentalement pour les vins
naturels, les limites du rapport du poids des cendres au-
poids de l’extrait dont elles proviennent.
Principes scientifiques de la règle . — Les extraits
des vins naturels ont une composition élémentaire à peu
près constante ; ce résultat s’explique très bien. Les
matières de la pulpe des raisins étant les produits directs
de la végétation de la vigne, leur composition no peut pas
varier beaucoup dans les différentes régions viticoles. La
proportion pondérable des cendres qui se forment en
incinérant ces extraits est par conséquent peu variable , le
rapport est donc à peu près constant.
20
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— 306 —
Détermination des limites. *— Cette constance est
démontrée empiriquement. Dans plus de cent analyses que
nous avons faites sur des vins authentiques reconnus natu¬
rels, nous avons toujours trouvé que les poids des cendres
sont à peu près les 9 centièmes du poids de l’extrait dosé
par notre méthode, ils ne sont jamais moins de 8 cen¬
tièmes, jamais plus de 10 centièmes.
Conclusion. — C’est donc un caractère des vins natu¬
rels et naturellement faits que d’avoir le rapport -^-compris
entre 8 et 10 centièmes.
REMARQUE.
Les limites de ne sont séparées que de 2 centièmes ;
c’est donc un caractère des plus sensibles.
APPLICATIONS DÉ LA RÈGLE £ o|lO
Elle permet de découvrir plusieurs espèces de fraudes.
1® Le vinage et le mouillage . — Quand on n’ajoute pas
d’extraits artificiels aux vins vinés et mouillés, la régie de
M. Girard ^ > » suffit pour découvrir la fraude. Mais si,
pour la mettre en défaut, on ajoute un extrait (glycérine,
gommes, dextrines, glucoses, ou toute autre matière ana¬
logue très pauvre en cendres) le rapport -£■ s’abaisse au-
dessous du minimum 0,08 et fait découvrir la fraude.
2° Dans les vins plâtrés, alunés, salés, etc..., le rap¬
port -g- dépasse toujours 0,10. C’est un caractère sûr pour
reconnaître ce genre de falsifications.
En conséquence, la règle £ J.w peut s’ajouter aux
deux autres pour caractériser les vins artificiels et les
vins fraudés.
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— 307 —
QUATRIEME ET CINQUIÈME RÈGLES COMPLÉMENTS, DE U TROISIÈME RÈGLE
C > 0,08
E < 0,JO
Cette règle donne des indications plus sûres encore
quand on ne se contente pas de doser le poids total (c) des
cendres, mais qu’on dose en plus les parties principales.
Voici, en effet, ce que l’expérience nous a montré :
1° L ‘alcalinité, estimée en carbonate de potasse (Sa), a
un poids qui est environ le quart du poids des cendres. Le
rapport varie de 0,2 à 0,3 pour les vins naturels.
De là une quatrième règle : £ o,’*-
Ainsi, par exemple, pour 2 grammes de cendres elle varie
de 0^4 à 0 P 6.
2“ Les sels insolubles (Si) (phosphates, sulfates et
autres) ont, dans les vins naturels, un poids qui est environ
la moitié du poids des cendres. Le rapport varie le
plus souvent de 0,4 à 0,6. Ainsi, pour 2 grammes de
cendres, ils sont de 0 * r 8 à l gr 2 .
De là une cinquième règle : -|r > j,;®.
En conséquence, quand les éléments minéraux des
cendres s’écartent de ces limites, on doit présumer que le
vin n’est pas naturel. Il y a lieu de rechercher la fraude.
N.-B. — La partie soluble obtenue par différence
comprend les sulfates, chlorures, phosphates et autres sels
alcalins de potasse ou de soude. Le poids des sels solubles
varie deO^ôàO^O sur 2 grammes de cendres; mais les sels
solubles n’étant dosés que par différence Ss = C — (Sa +■ Si),
le rapport — ne constitue pas une sixième régie spéciale.
_ ( inférieure O* 1 5 ) ....
Les limites j supérieur0 Qgr 9 j ass.gnées ici pour le cas
de 2 grammes de cendres résultent aussi des analyses des
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— 308 -
sulfates et des chlorures, qui sont les principaux sels
solubles des cendres.
M. Marty a trouvé pour les sulfates 0,4 à 0,6 par litre
et divers chimistes ont trouvé pour les chlorures 0,1 à 0,3 ;
la somme varie de 0,5 à 0,9, chiffres qui confirment pleine¬
ment les résultats trouvés par différence dan3 nos dosages
des éléments des cendres.
Résumé et conclusions du chapitre 1 er .
Pour rechercher les fraudes, il y a deux moyens d'ac¬
tion : le premier consiste à voir si, pour différents éléments
ou groupes d’éléments D*, E, C, Sa, Si, A, Œ, Ta, S, Gl,
sulfates, les poids trouvés par l’analyse sont renfermés
dans les limites fixées pour ces onze quantités.
Le deuxième consiste à rechercher si les cinq règles
(D- + A) > g
°* 8 > 3 JL > 0,08
E < 4 K < 0,10
S» > 0.2 Si > o.3
C < 0,3 C < 0,5
sont satisfaites par les résultats de Y analyse générale,
c’est-à-dire s’ils ne sortent pas des limites de ces régies.
Si ces seize épreuves ont été subies avec succès, il y a
grande 'probabilité que le vin n’a pas été fraudé. Mais on
n’acquiert une véritable certitude que si les limites, qui
sont les bases du jugement, ont été vérifiées, reconnues
exactes pour des vins naturels authentiques de même
vignoble, de même cépage , et de même année que le vin
soumis à l’analyse. Cette vérification est l’objet des re¬
cherches spèciales des analyses légales.
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— 309 —
RECHERCHES ANALYTIQUES SUR LES VINS.
OBSERVATIONS PRÉALABLES SUR LES PRINCIPES, LA MÉTHODE
ET LES PROCÉDÉS DE L*ANALYSE GÉNÉRALE DES VINS.
L’analyse générale des vins comprend deux catégories
de recherches : la première porte sur les caractères fournis
par les sens et par les propriétés physiques et chimiques
des vins pour en découvrir, s’il y a lieu, les falsifications ;
la deuxième consiste dans le dosage des éléments simples,
comme l’alcool, la glycérine, le sucre, etc., et sur les
groupes d’éléments, comme les acides (A), les extraits (E),
leurs cendres (C), en çhoisissant de préférence ceux qui
ont servi à établir les règles d’œnologie qui, nous venons
de l’expliquer, ont pour but de faire reconnaître si le vin
est naturel et de bonne qualité ou s’il a subi des fraudes.
Un chapitre spécial va être consacré à ces deux caté¬
gories de recherches.
CHAPITRE II
ENQUÊTE SUR LES FALSIFICATIONS DES VINS
CARACTÈRES ORGANOLEPTIQUES. — PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES PHYSIQUES
ET CHIMIQUES. — RECHERCHES SUR LA COLORATION.
I. — CARACTÈRES ORGANOLEPTIQUES FOURNIS PAR LA DÉGUSTATION.
Nous avons expliqué dans le chapitre de Y équilibre des
vins (page 252) comment les consommateurs qui veulent
acheter des vins favorables à leur santé doivent procéder à
la dégustation ; nous n*y reviendrons pas.
Les chimistes experts chargés d'analyser les vins ont un
autre but, celui de découvrir si les vins sont naturels ou
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s’ils ont été falsifiés ou fraudés ; c'est dans ce but spécial
qu’ils devront diriger leurs recherches et leurs dosages.
Les organes des sens leur fournissent d’abord des carac¬
tères organoleptiques précieux.
Pour éviter des longueurs nous résumerons ces carac¬
tères dans le tableau suivant, et pour faire ressortir plus
nettement ces caractères nous les disposerons en colonnes
dont la première sera consacrée aux vins naturels , les
autres aux vins malades ou falsifiés. (Voir le tableau I.)
Observations sur les importants jugements des organes du goût
en particulier et de la dégustation en général.
Ces jugements seront plus sûrs si on opère comparati¬
vement sur le vin suspecté et sur des échantillons de vins
types de celui sous le nom duquel il a été vendu et livré.
Dans ces conditions, les hommes qui ont une expérience
consommée de la dégustation pourront reconnaître aux
saveurs spéciales qu’elles communiquent aux vins, la plus
grande partie des falsifications ; elles sont marquées
d’un F dans le tableau suivant.
Le genre de falsification étant ainsi présumé, des re¬
cherches spèciales seront entreprises par les experts pour
déterminer et prouver les falsifications suspectées.
Ces indications de la dégustation peuvent être complé¬
tées par les recherches physiques et chimiques faites au
cours des analyses ; en voici le résumé.
II. — CARACTÈRES FOURNIS PAR LES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES,
MISES EN RELIEF DANS LES OPÉRATIONS DE L’ANALYSE GÉNÉRALE.
1° Ébullition du vin dans l’appareil do Salleron. Avant
l’ébullition se dégagent avec l’air des bulles d 'acide car¬
bonique qui forment une mousse rougeâtre.
Si la mousse est abondante, c’est la preuve d’un » xcés
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— 311 —
1. — TABLEAU DES CARACTÈRES ORGANOLEPTIQUES DES VINS.
CARACTÈRES
DES VINS NATURELS.
CARACTÈRES DES VINS MALADES M. OU FALSIFIÉS F.
Jugements
de l’organe de la
VUE (I et 2).
A surface nette.
Liquide clair .
Liquide limpide coulant
goutte à goutte.
Couverte de moisissures, de micoderma (viui, aceti).
/ Un vin trop jeune non encore fait.
Un liquide 1 Un vin de coupage aux éléments
troublé / imparfaitement unis,
fait présumer) Un vin malade de la pousse ou
[ de la tourne. M.
i- Un vin malade de la graisse. M.
«• Z pro, *’“‘ d/e ' ÏCéri - F
f nage. F.
Indications
de l'organe de
l’ODORAT.
Odeurs de vin, de cellier
ou de cave.
Arômo du bouquet.
Odeur aigrelette due à un excès de gaz carbonique.
Odeur de pourriture des vins gâtés, pousse ou
tourne. M.
Odeur de soufre (So 1 ). Indice de mutage. F.
Jugements
des organes du
GOUT
(Langue, palais et
Korgo).
Franc-goût de vin ou
goûts des éléments
prédominants. (Voyez
chapitre 4* de Vèqui-
libre des vins.)
Goût aigrelet dû à un
excès de gaz carbo¬
nique.
Goût de terroir .
Goût de fruité, de l’es¬
sence naturelle du cé¬
page.
Bouquet des vins fins.
Saveuraigrelette.Vins nouveaux, vins champanisés.
Saveur de vinaigre. Maladie de Yacescence , vins
piqués. M.
Saveur de pourriture. Maladies de la pousse et de
la tourne . M.
Saveur fade de graisse due à l’excès de glycérine. F.
Saveur amère forte. Maladie de Y amertume. M.
Saveur sucrée sonsiblement des vins de sucre, de
Gall et de Petiot (3). * F.
Et des vins de raisins secs. F.
Goût foxé des vins américains employés aux cou¬
pages. F.
Goût d 'acides minéraux des vins falsifiés par les
mutagts . F.
Ou par les acides borique , sulfurique , etc. F.
Saveur spéciale d’acide tartrique libre tartrages. F.
| Plâtrage (So’Ko). F.
Saveurs salées désagréables au k Salages (CINa). F
palais, caractéristiques des/ Phosphatages. F.
falsifications (F.) par.1 Alunage. F.
[ Tannage. F.
Saveur spéciale des sels toxi-{ p*
? Mesde . ( Arsenic.
(1) Noos renvoyons à nn paragraphe spécial III, les caractères de la coloration .
(£) L’examen de la vue se passe dans des tasses d'argent par les négociants en vins. Nous préférons des verres en flûte
pour juger de Tétât du liquide par transparence et reflet à la fois.
(3} Les F. marquent les falsifications, les M. marquent les vins malades.
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- 312 —
de gaz carbonique : Caractère des vins nouveaux et des
vins champanisès.
2° Pendant l’ébullition, les bulles de vapeur sont d’autant
plus grosses que le vin est plus visqueux : Caractère des
vins de sucre. F
3° Saveur de Valcool (1) provenant de la distillation du
vin. Pour les vins naturels, le goût de l'alcool est pur. Si
le goût est mauvais, il montre que le vin a été vinè par les
alcools impurs : Caractère de vinage. F.
4° Calcination de l'extrait sec 7 vers 120 à 150°. Si le
dégagement des fumées de glycérine est très abondant,
c'est un indice de glycérinage. F.
Ou de falsification par addition dans les vins mouilles ,
d'extraits artificiels. F.
5° Uincinèration de Vextrait au blanc est facile pour
les vins naturels ordinaires.
difficile pour les vins de sucre ; F.
pour les vins de raisins secs ; F.
et pour les vins riches en tartre, par suite de la fusion
des carbonates alcalins qui en proviennent.
Couleur des cendres :
blanches pour les vins naturels ordinaires,
grises pour les vins contenant des sels toxiques. F.
Elles sont
III. — CARACTÈRES CHIMIQUES.
1* Si les extraits secs dé-V r . , „
/Vins de sucre. F
passent la limite supérieure, ils> Tr . . . . „
f \ Vins de raisins secs. F,
indiquent./
(1) Pour pouvoir apprécier ce goût, il est nécessaire que le tube
qui conduit de l’alambic de Salleron à son réfrigérant soit en verre.
Les tubes en caoutchouc donoent à l'alcool un mauvais goût d’essence.
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— 313 —
2* S'ils sont au-dessous de\
la limite inférieure, ils indi-> Vins vinés et mouillés,
quent./
Vacidilè générale peut indiquer :
3’ En dépassant la limite su-) , r . ,
, . r 5 Vins de sucre,
peneure.)
4* En restant au-dessous de
la limite inférieure.
Vins de mouillage.
L 'acidité œnolique peut indiquer :
5° Au-dessous de la limite)Vins de mouillage,
inférieure. \ Coloration artificielle.
6 ® Au-dessus de la limite su-)Coupages avec les vins
périeure.j teinturiers.
7° Cendres au-dessus de la)Plâtrage, salage, etc.
limite supérieure indiquent.... j Vins de raisins secs.
8 ® Le sucre au-dessus de la| Vins de sucre,
limite supérieure indique.( Et de raisins secs.
9° La glycérine au-dessus de la limite supérieure
prouve le glycérinage.
10* La présence do l’acide 1 Tartrage des vins,
tartrique libre indique.j Vins de raisins secs.
11° La présence de l'acide sulfurique libre ou d’un
bisulfate est la preuve du mutage ou du vitriolage.
11® La présence de l’acide salycilique est la preuve
de falsification par salycilage.
L’application J des règles de l'œnologie devra
ou la non application j être invoquée dans tous les cas.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
F.
N.-B. — Tous ces caractères font découvrir les falsifi¬
cations ou les fraudes ; les recherches spéciales devront
(es prouver, chacune à part,.
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— 314 —
III. — CARACTÈRES DES COLORATIONS NATURELLE ET ARTIFICIELLE (1).
N.-B. — Les experts doivent chercher à reconnaître à
leur aspect si la couleur des vins est naturelle ou artifi¬
cielle ; la question est difficile et, pour la résoudre, il leur
faut des échantillons types afin de juger par comparaison
La couleur des vins naturels est rouge, mais plus ou
moins teintée de jaune, de bleu ou de violet suivant la
nature du terrain, l'espèce des cépages et l’âge du vin.
intensité de la coloration varie par les mêmes causes :
Pour les teintes jaunes , de la pelure d’oignon au rancio,
à l’acajou, au marron ;
Pour les teintes violettes , de la groseille à la framboise,
au cassis ;
Pour les teintes bleuâtres , de la nuance claire aux tons
foncés.
Les experts jugent la coloration à la fois par la teinte
que la vue reconnaît et par Yintensité qu’on peut mesurer
au colorimètre, ou simplement apprécier par le volume
d’eau qu’il faut ajouter pour obtenir une intensité faible
prise comme terme de comparaison. Cette opération est
pratiquée en particulier dans le dosage de l’acidité géné¬
rale.
Ainsi, par exemple, les vins de Gris-Meunier naturels
sont d’un rouge violacé d’une intensité faible ; quand les
vignerons nous en présentent d’un rouge bleuâtre et d’une
intensité forte , semblable à celle des vins du Midi, nous
voyons bien que leur coloration n’est pas naturelle ; il y
aurait lieu d'en rechercher les causes, s’il s’agissait d’une
expertise légale.
Cependant les colorants artificels sont si variés de
teinte et d'intensité qu’il est facile aux fraudeurs d’en
(1) Voyez (page 224) ce que nous avons dit sur les colorants artifi¬
ciels.
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— 315 —
composer des mélanges qui donnent aux vins la teinte et
Vintensité qu’ils désirent. Comment reconnaître dans ce
cas si la coloration est naturelle ou artificielle?
Ce problème est dificile. Il a été résolu cependant par
MM. Ch. Girard, Arm. Gautier, Caries de Bordeaux, et
autres œnologues, et si bien résolu que, dans l’état actuel
de la science, non seulement on reconnaît sûrement les
colorations artificielles, mais on parvient à déterminer la
nature des colorants qui ont servi à les produire.
Cependant les méthodes suivies et les procédés employés
sont si délicats qu’il faudrait, pour les expliquer, des déve¬
loppements que ne comporte pas le but de notre travail ;
nous renvoyons pour ce sujet aux ouvrages des œnologues
précités, notamment à celui de M. Armand Gautier: Sophis¬
tication des vins , 4 e édition, pages 195 à 275. C’est un traité
complet des colorants avec gravures et tableaux dycho-
tomiques.
Essais sur les colorants des vins extraits de la houille •
Cependant, comme les colorants artificiels d’origine mi¬
nérale sont des poisons dont il importe de se préoccuper,
il est bon de contracter l’habitude de les rechercher dans
tous les vins qu'on achète ; et nous conseillons à tous les
consommateurs, qui ont souci de leur santé, de faire les
deux essais suivants :
1° Essai à Valcool amylique.
On met dans un tube à essai en verre, d’abord du vin,
puis un peu d'ammoniaque et on agite vivement. L’ammo¬
niaque neutralise les acides du vin, précipite en vert ses
œnotannins colorés, mais n’agit pas sur les colorants
minéraux qui restent au sein du précipité.
On remplit le tube d’alcool amylique , on bouche du
doigt et on renverse doucement le tube à plusieurs re-
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— 316 —
prises. L’alcool dissout le colorant et remonte à la sur¬
face. Si l'alcool amylique remonte coloré, c’est une preuve
que le vin contenait un colorant minéral ; s’il reste inco¬
lore, on peut être tranquille, il n’en contient pas.
2° Essai par le réactif de M. Bellier .
Ce réactif est une poudre composée de quatre parties
en poids d’acétate de mercure pour une de carbonate de
magnésie calcinée, pulvérisées et mélangées ensemble dans
un mortier en porcelaine sec et chaud.
On met, dans un tube à essai pareil au précédent, le vin
suspecté; avec une bonne pincée du réactif; on agite vive¬
ment pour le mélanger au vin ; on fait bouillir pendant
quelques minutes et on filtre ensuite dans un deuxième
tube à essai bien net ; enfin on ajoute au besoin, à la liqueur
filtrée, une goutte d acide chlorhydrique.
S’il y a une coloration rouge , c'est une preuve que le
vin contenait un colorant minéral.
Si le liquide est incolore, on pourra le considérer comme
exempt de colorant minéral.
On peut y ajouter les caractères suivants tirés du dosage
de l’acidité des œnotannins naturels.
3* Caractères des colorants artificiels fournis par h dosage de l'aci¬
dité œnolique pour reconnaître la présence de colorants artificiels
dans les vins .
Qu’il nous soit permis d’expliquer ici l’application, à la
découverte des colorants artificiels, de la méthode et des
procédés du dosage de l’acidité des œnotannins que nous
décrirons plus loin.
Quand les vins sont naturels et n’ont reçu aucun colo¬
rant étranger, Y acidité des œnotannins est en rapport
direct avec l’intensité de la couleur. Ainsi les Gris-Meu¬
nier naturels, dont l’intensité de coloration est faible, ont
une acidité œnolique (œ) assez faible de 1 gramme à 1^5
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— 317 —
par litre ; les Gascons naturels du Loiret, qui, en 1893,
étaient fortement colorés, avaient une acidité œnolique
considérable de 1 er 5 à 2 grammes, comme les vins très
tannés et très colorés du Gard.
Or, les colorants artificiels ont peu ou point d’acidité ;
les uns, provenant de baies de sureau, de phytolacca ou
autres, ont pour la même intensité de couleur que les vins
naturels une acidité très faible de O* 1 2 à 0 gr 5 seulement ;
les colorants minéraux, ceux de la cochenille et d’autres,
une acidité nulle ; ceux des bois de teinture, campêcho,
fernambouc, etc., sont basiques (acidité négative) (1).
En conséquence, si on emploie des colorants artificiels
pour augmenter l’intensité de coloration des vins peu colo¬
rés naturellement, on n’accroît que peu ou point, et on peut
même diminuer leur acidité œnolique ; ce qui est une
preuve de leur coloration artificielle.
Ainsi, par exemple, à côté des Gris-Meunier naturels,
‘peu colorés et d’acidité (ce) de 1 gramme à 1 er 5, nous
avons trouvé des Gris-Meunier très colorés dont l’aci¬
dité (œ) n’était, elle aussi, que de 1 gramme à 1** 5. Nous
en avons conclu que ces Gris-Meunier devaient leur forte
coloration à des colorants artificiels, et nous avions deviné
juste.
Conclusion. — Si, dans les dosages de l'acidité œno¬
lique des vins, on ne trouve pas des résultats en rapport
direct avec l’intensité de leur coloration, c’est un indice
de coloration artificielle. F.
Si la coloration artificielle avait été donnée par le cou¬
page de vins teinturiers, ceux-ci auraient accru outre me-
(1) Nous avons fait, à ce sujet, une très curieuse expérience que
chacun peut répéter. On prend une décoction fortement colorée de
bois de campêche, on la verse goutte à goutte dans du vin rouge
naturel, on voit son intensité de coloration diminuer peu à peu et le
mélange devenir incolore, Borte de miracle chimique.
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— 318 —
sure leur acidité œnolique et on trouverait des acidités
dépassant 2 grammes ; ce serait un indice de coupages par
les vins teinturiers.
CHAPITRE III
DOSAGE DBS PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DANS l’ANALYSE GÉNÉRALE.
Les éléments qu’il est nécessaire de doser sont, ceux
qui servent à l’application de l’œnologie, savoir :
1® Avant tout l 'élément principal :
Le degré alcoolique (D°) en volume par rapport à l’eau ;
Puis les groupes principaux d'éléments :
2' L'acidité générale (A* r ) estimée en acide sulfurique ;
3° L’acidité œnolique (Œ) des œnotannins du vin évaluée
aussi en acide sulfurique ;
4° L’extrait sec (E* r ) à 100° en poids par litre ;
5° Les cendres (C r ) de cet extrait en poids par litre ;
6 * L’alcalinité des cendres (Sa) estimée en carbonate de
potasse ;
7® Les sels insolubles des cendres (Si) en poids par litre ;
Enfin quelques éléments en particulier :
8 ° Le sulfate de potasse du vin, partie principale des
sels solubles ;
9° Le tartre du vin (Ta) et 9 bis l’acide tartrique libre ;
10° Le sucre réducteur (S) ;
11* La glycérine (Gl) du vin.
Observations préalables. — Nous avons opéré ces
dosages dans un ordre logique que chacun peut suivre.
Nous avons adopté de préférence les procédés d’analyse
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dont l’exécution est facile pour peu qu’on veuille s’adonner
à la pratique des analyses chimiques.
Sans rien épargner pour obtenir une précision qui per¬
mette de prendre des conclusions, nous avons choisi ceux
des procédés qui sont les moins coûteux et n’exigent que
des appareils simples et des réactifs chimiques d’un prix
peu élevé.
Nous voudrions en effet que chaque négociant sérieux,
honnête et aussi soucieux de la santé de ses clients que
désireux ae gagner de l’argent, installe chez lui un labora¬
toire et s'habitue à faire lui-même ses analyses de vins.
Nous désirerions même que chaque consommateur,
prenne le soin d’analyser son vin lui-même puisque sa
santé dépend des qualités hygiéniques de cette boisson.
Pénétré de cette pensée, nous décrirons dans tous leurs
détails les procédés des analyses générales nécessaires et
suffisantes pour juger de la bonté des vins ; nous renverrons
au contraire aux traités spéciaux les dosages exception¬
nels .
I. — MÉTHODE D’ANALYSE.
Au lieu de doser à part chacun des onze éléments sur
une quantité convenable de vin, nous avons avec le même
volume , quand c’était possible, dosé successivement divers
éléments groupés en séries :
1 ° Nous avons dosé d’abord l’extrait sec sur 20 centi¬
mètres cubes de vin pris à part, ensuite les deux séries
suivantes ont été soumises aux analyses ;
Première série. — 2° Dans 100 centimètres cubes de
vin nous avons dosé d’abord le degré alcoolique au moyen
de l’alambic de M. Salleron ;
3° Pour doser les cendres, nous avons pris les vinages
de l’alambic de Salleron ; nous avons dosé l’extrait sec
par notre méthode et les résultats de ce deuxième dosage
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— 320 —
de l’extrait devaient être les mêmes que ceux qu’on avait
obtenus avec 20 centimètres cubes de vin ;
4° L'extrait des vinasses incinéré nous a donné les
cendres(C);
5° Dans ces cendres nous avons dosé d'abord les sels
alcalins (Sa) ;
6° Dans ces cendres nous avons dosé ensuite les sels
insolubles (Si).
Pour les 5 dosages qui ont porté sur 100 centimètres
cubes, en multipliant par 10 les résultats obtenus, on avait
les dosages pour un litre — le dosage de l'extrait sur 20 cen¬
timètres cubes était multiplié par 50 pour le ramener à un
litre.
Deuxième série de dosages. — Nous avons opéré sur
10 centimètres cubes , par la méthode si précise de liqueurs
titrées, d’abord l’acidité générale (A), puis l’acidité œno-
lique particulière (Œ).
Le titre de l’acide sulfurique est de 0 gr.01 par centi¬
mètre cube, le titre de la soude caustique lai correspond,
c’est-à-dire que 1 centimètre cube neutralisait exactement
1 centimètre cube d'acide titré. Ces mêmes liqueurs titrées
sont employées encore pour doser l’alcalinité des cendres
(Sa) dans les sels solubles des cendres, et l’acidite du
tartre, quand il est séparé des autres éléments.
Troisième série. — Les autres éléments étaient dosés
chacun à part :
Le tartre, par la méthode de MM. Rerthelot et de Fleu-
rieu.
Le sucre, par la méthode de M. Fehling.
La glycérine, par la méthode de M. le D r Carie.
Le sulfate de potasse, par la méthode de M. Marty.
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- 321 -
II. — PROCÉDÉS DES ANALYSES.
Pour un grand nombre d'éléments, d'importance secon¬
daire, nous avons suivi les procédés adoptés par les plus
habiles chimistes, ils sont décrits dans la plupart des
traités d'analyses. Il eut fallu une centaine de pages pour
en répéter la description et reproduire les figures des appa¬
reils ; nous renverrons simplement aux auteurs, et le plus
souvent à l'ouvrage si complet de M. Armand Gautier.
Nous avons toutefois pris soin d’indiquer les modifica¬
tions de détails, dont nous avons, par la pratique, reconnu
l'utilité.
Nous l'avons déjà indiqué plus haut, mais il nous paraît
bon d’en rappeler ici les raisons : Pour les dosages d'élé¬
ments ou groupes d’éléments, qui doivent être faits dans
les analyses générales, nous sommes entré dans tous
les détails des méthodes et des procédés que nous avons
employés.
Nous avons également décrit complètement les principes
et les procédés du dosage de Yacidité œnolique , qui nous
appartiennent en propre.
De plus, désireux de remplir complètement un des buts
principaux de ce travail, celui de faciliter aux viticul¬
teurs et aux négociants, l'analyse de leurs produits et de
leurs marchandises, nous avons choisi les appareils et les
dispositions d'appareils les plus simples, à la portée de tous,
aussi exacts mais moins coûteux que les instruments per¬
fectionnés des grands laboratoires.
Nous expliquerons ces appareils et nous en donnerons les
figures, qui aideront puissamment à les comprendre et
qui, par suite, permettront à tous les viticulteurs et à tous
les négociants, en sentant l'importance, de répéter les
expériences d’analyse des vins.
21
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- 322 —
I.
DOSAGE DU DEGRÉ ALCOOLIQUE DBS TINS D a .
On appelle degré alcoolique la proportion centésimale
du volume d'alcool que contient le vin.
Ainsi, par exemple, un vin de dégré 9°, est celui qui
dans 100 centimètres cubes, contient 9 centimètres cubes
d’alcool absolu.
Méthode des èbullioscopes. — Elle est fondée sur le
principe suivant : Les vins, par suite des proportions
d'alcool qu’ils contiennent, bouent à des températures un
peu plus basses que l’eau, sous la même pression atmosphé¬
rique. De sorte que, si on détermine, sous la pression
normale de 760 œm , la température k laquelle le vin com¬
mence à bouillir, on connait par là même, la proportion de
f alcool, c’est-à-dire son degré alcoolique.
Il n’y a qu’une lecture à faire, l’appareil donne le titre
alcoolique lui-même. C'est pourquoi les négociants en vins
emploient communément les èbullioscopes, dont la préci¬
sion est suffisante pour leurs besoins.
Nous renvoyons à la sophistication des vins, de
M. A. Gautier, la description, la figure et les manipula¬
tions à faire pour les principaux èbullioscopes (1).
MÉTHODE ET PROCÉDÉS DE L’ÉBULLITION DU VIN AVEC L’APPAREIL
DE M. SALLBRON.
Les principes de cette méthode sont de séparer du vin,
par une ébullition suffisamment prolongée, tout l’alcool
(1) Ebullioscope de M. Maligand, page 53.
Ebullioscope de M. Salleron, page 55.
Ebulliomètre de M. Salleron, page 57.
Ebullioscope de M. Amagat, page 59.
L’Œnorhéomètre de M. Lainville, page 60, donne par une méthode
un peu différente, le degré alcoométrique.
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— 323 —
qu’il contient ; on le retrouve à l’état de dissolution, dans
la partie de l’eau qui distille en même temps.
On détermine dans cette dissolution les proportions de
l’alcool absolu, au moyen de l’alcoomètre de Gay-Lussac,
gradué spécialement dans ce but, et muni de tables de
correction établies à cet effet.
La méthode de l'ébullilion a l’avantage de séparer du
vin, l’alcool lui-même et permet ainsi d’en apprécier les
qualités ; c’est une vraie méthode scientifique, faisant foi
dans les expertises légales, et qu’à tous les points de vue
on doit préférer aux ébullioscopes.
Nous n’avons pas besoin d’ajouter que les manipulations
des procédés suivis doivent être faites avec soin ; nous les
expliquerons dans tous leurs détails.
Figure 1.
Dbscbiption. — L’alambic de M. J. Salleron, dont nous
nous servons, se compose de deux parties :
La chaudière et ea lampe de chauffage ;
Le réfrigérant et sa burette.
La chaudière est en verre mince ; il est préférable, sui¬
vant nous, qu’on puisse voir ce qui s’y passe afin de diriger
l’ébullition en conséquence.
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— 324 —
La lampe à alcool est en cuivre ; sa mèche peut être
allongée ou raccourcie pour régler l’intensité de sa
flamme.
Un tube en caoutchouc relie l’alambic au réfrigérant ; il
serait, suivant nous, préférable que ce tube fût en verre
relié à ses extrémités aux tubes de cuivre de l’alambic et du
serpentin par un anneau de caoutchouc, afin que les vapeurs
de l’alcool ne dissolvent pas la matière du caoutchouc.
Un serpentin en cuivre se déroule à l'intérieur du réfri¬
gérant ,, et s’ouvre dans la burette poury déverser le liquide
distillé.
Un entonnoir à long tube sert à verser de l’eau froide
au fond du réfrigérant ; l’eau chaude déborde par un tube
de niveau, qui la conduit au dehors dans un verre destiné à
la recevoir.
Le courant d'eau froide qui en résulte, entretient à une
température assez basse le léfrigérant destiné à faire con¬
denser les vapeurs qui arrivent de l’alambic dans le ser¬
pentin.
La burette est placée au-dessous du tube du serpentin ;
ce tube est entouré d’un bouchon en liège, qui appuie sur
l’ouverture de la burette, afin que le liquide alcoolique qui
sort du tube, tombe dans la burette sans s’évaporer sensi¬
blement.
La burette porte un trait limitant son volume à 50 centi¬
mètres cubes exactement.
MANIPULATIONS DES EXPÉRIENCES
Première partie . — Distillation du vin.
La lampe doit être pourvue d’une provision d’alcool à
brûler, suffisante pour toute la durée de l’expérience ; on
raccourcit d’abord la mèche, de manière à obtenir une
flamme assez faible, afin que l’ébullition soit lente dans
sa première partie.
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— 325 —
La chaudière en verre est posée sur son support, et
remplie exactement de 100 centimètres cubes du vin à ana¬
lyser, mesurés à l’aide d’une éprouvette à pied, graduée en
centimètres cubes.
Le réfrigérant est d’autre part rempli d’eau froide, et à
côté est disposé un verre à pied, prêt à recevoir l’eau qu’on
y renouvellera.
On relie alors par le tube en caoutchouc, le bouchon de
la chaudière au serpentin du réfrigérant, et on allume la
lampe.
Peu à peu le vin s’échauffe ; quand des brouillards de
vapeur s'échappent du vin, on obseive avec attention le
dégagement d’air et de gaz carbonique. Il doit se faire len¬
tement et régulièrement, afin que les vapeurs d'alcool qui
se dégagent avec les gaz, aient le temps de se condenser
dans le serpentin avant que les gaz ne les entraînent.
Le dégagement de la mousse rougeâtre de gaz carbo¬
nique montre si le vin est plus ou moins gazeux ; il est
abondant pour les vins nouveaux, et surtout pour les vins
champanisés. On en prend note sur le registre des observa¬
tions.
Quand la mousse a disparu, les bulles de vapeur d’eau
et d’alcool se forment reconnaissables à leur grosseur. Si
elles sont visqueuses, leur masse s’élève plus ou moins
au-dessus du liquide ; elles montrent par là que le vin est
plus ou moins sucré. On le note sur le registre.
Pendant cette première partie, on renouvelle fréquem¬
ment l’eau froide du réfrigérant, pour être sûr de con¬
denser tout l’alcool On arrête un instant l’ébullition et on
allonge la mèche de la lampe, pour opérer plus vite la
fin de la distillation.
En mettant le bout du doigt dans l’eau du réfrigérant,
on juge quand il faut y renouveler l’eau froide ; on en verse
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— 326 —
dans l’entonnoir disposé à cet effet ; l’eau chaude s’écoule
et est enlevée.
Cependant la burette s’est peu à peu remplie ; vers la fin
on en observe le ménisque et, quand sa courbure concave
rase le trait de la burette, on arrête la distillation.
On souffle la lampe, on détache le caoutchouc, on sou¬
lève le réfrigérant et on enlève la burette pour en doser
l’alcool.
DEUXIÈME PARTIS DIS MANIPULATIONS
prise du degrt alcoolique.
Dans la burette est plongé d’abord le
thermomètre. Si la température qu’il indique
est assez éloignée de 15% il est bon de l’y
ramener en chauffant ou en refroidissant la
burette.
On plonge ensuite l 'alcoomètre dans la
burette déjà pleine ; sa présence fait déborder
le liquide ; on souffle vivement à la surface
pour faire partir l’excès, ce qui a l'avan¬
tage de rendre nette la surface du liquide.
On laisse l’alcoomètre s'arrêter, en oscil¬
lant quelques minutes ; cela lui donne le temps de prendre
la température qu’indique le thermomètre placé à côté de
lui. On le fait descendre d'un léger coup de doigt, il doit
remonter et osciller librement et nettement.
On observe alors avec soin le degré ou fraction de degré
(d) où s’arrête le niveau du liquide sur la tige graduée de
l’instrument.
Ayant ainsi déterminé (t°) et (d°), on consulte les tables,
elles font connaître le degré alcoolique D° du liquide.
~ est le degré du vin, si le volume du liquide distillé
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— 327 —
est exactement la moitié de celui du vin, sur lequel on a
opéré (1).
Il ne reste plus qu'à essuyer avec soin le thermomètre et
l’alcoomètre afin d’en assurer la pureté de la surface, pour
une opération ultérieure.
Mais il y a uno correction importante à faire.
Correction de l'inexactitude provenant de l'influence de l'acidité
de l'alcool distillé.
L’alcoomètre de Gay-Lussac qui sert à déterminer le
dégré (D°) des vins, suppose que le liquide ne contient que
de l’alcool et de l’eau ; il n’en est pas tout à fait ainsi du
produit de la distillation du vin dans l’appareil de Salleron ;
il renferme une petite quantité (a) d’acide dont l’effet est
d’augmenter la densité de la liqueur alcoolique et, par
suite, de diminuer le degré indiqué par l’alcoomètre.
Il en résulte que le degré trouvé (D°) est trop faible et doit
être rectifié.
On évite cette erreur, en neutralisant l’acidité des vins
avec une solution de soude ou de potasse caustique. Les
acides neutralisés perdent leur volatilité et restent dans
le vin. On verse cette solution dans les vins, jusqu’à ce que
la couleur vire au violet verdâtre. Si (n“) est le volume de
la solution alcaline versée, le degré trouvé (d’) donne le
degré D = d’Si on emploie une solution de potasse
concentrée, quelques gouttes suffisent et on peut ne pas
tenir compte du volume ajouté.
On peut aussi faire une autre correction que nous
avons reconnue exacte par une série d’expériences entre¬
prises dans ce but ; supposons que (d») soit le degré trouvé
(1) En suivant pas à pas dans tous les détails les manipulations que
nous avons décrites, les négociants et les viticulteurs pourront, nous
l’espérons, les faire avec autant de précision que les chimistes les plus
exercés.
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par la méthode de neutralisation ci-dessus indiquée, on
prend le degré (d’j directement sur le produit de la distilla*
tion du vin et on dose ensuite dans la liqueur alcoolique le
poids d’acidité (a) rapporté à un litre, le degré véritable
d = d’ + 2 a.
L’acidité (a) de l’alcool a toujours, dans nos expériences,
été très faible, inférieure à 0* r 2 ; la correction (2 a), faite
sur le degré (d°), n’est que de quelques dixièmes de degré.
Elle est, d’ailleurs, très exacte.
Elle permet d’utiliser les vinasses au dosage des cendres
de vin comme nous l’expliquerons ci-après.
H.
DOSAGE DE L’EXTRAIT SEC.
Nous indiquerons sommairement ici les principes de la
méthode que nous suivons : nos procédés dans leurs
diverses phases et leurs appareils.
Nous renvoyons à l'annexe qui termine cet ouvrage la
discussion complète de notre méthode comparativement à
celles qui sont actuellement en usage dans la science.
On opère d’abord le dosage sur 20 “ de vin qu’on met
dans la capsule de platine, sans préparation préalable, et
on procède comme il est expliqué ci-après.
On opère ensuite, pour préparer le dosage des cendres,
sur les vinasses de 100 “ de vin ; à cet effet, on poursuit
l’ébullition du vin dans l’alambic de Salleron, jusqu’à la
réduction de son volume à 20 ou 25 “ que l’on met dans la
capsule de platine.
A cet état, les opérations à faire étant les mêmes pour
les 20 “ de vin que pour les 20 à 25 “ de vinasses, nous
n'avons pas deux descriptions à faire.
1" partie. — Evaporation du vin jusqu’à consistance
de sirop.
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— 329 —
Description de l’évaporomètre.
Notre èimporomètre est
une simple casserole munie
d’un couvercle à bords ren¬
trants, percé à son centre
d’un trou circulaire fermé
exactement par la capsule
de platine, si bien que la va¬
peur d'eau ne peut sortir
qu’entre la casserole et son
couvercle assez loin de la
capsule. Cette disposition
assure au fond de la capsule
de platine qui contient le
vin, la température constante
de l’eau bouillante ; mais le
Figure 3. vin étant au contact de l’at¬
mosphère et perdant constamment de sa chaleur par son
évaporation, sa température se maintient vers 85° et ne
monte vers 100° que quand le vin est réduit en sirop.
Fin de l’opération. — Il suffit de s’assurer, de temps en
temps, comment marche Y évaporation-, quand on voit le vin
tourner en sirop, il faut surveiller constamment et attenti¬
vement; on doit arrêter, dés que le sirop brunit, annonçant
un commencement de décomposition. Si, par mégarde, on
a laissé dépasser la limite, on doit récommencer.
2* partie. — Dessication du sirop de vin. — Pour
achever de faire partir l'eau qui reste dans le sirop, on se
sert .de Yétuve à eau bouillante de Gay-Lussac.\ on y
met la capsule chargée de son extrait qui doit être encore
d’un beau rouge.
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— 330 —
La figure montre que l’étuve a sa porte entr’ouverte
au-dessus d'uu fourneau de charbon de bois. Les gaz qui
en sortent, secs et chauds, tra¬
versent l’intérieur de l’étuve et
dessèchent peu à peu le sirop de
vin. Ces gaz, très peu oxydants,
n’altèrent pas le sirop qui con¬
serve, en conséquence, sa belle
couleur rouge.
La dessication s’y achève len¬
tement ; la capsule est pesée une
première fois quand une cuiller
d’argeut, mise au-dessus de la
sortie des vapeurs, ne se ternit
plus. La dessication est consi¬
dérée comme achevée, quand
deux pesées consécutives à une
demi-heure d’intervalle donnent
Figure 4. le même poids à un demi-centi¬
gramme prés.
L’étuve, encore chaude, est portée près de la balance ;
on en sort la capsule que l’on pèse immédiatement afin
que l’extrait qui est très hygroscopique n’ait pas le temps
d’absorber la vapeur de l’air ambiant. On y laisse le fil de
platine qui doit servir aux opérations suivantes.
On a une première équation :
P = Ca + f + E (i)
(P) est le poids donné par la balance ; (Ga) le poids de
la capsule de platine; (f) le poids du fil; (E) le poids de
l’extrait sec.
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— 331 —
III.
DOBACE DES CENDRES DE L’EXTRAIT.
On se sert, pour exécuter ce dosage, de l'extrait sec
de 100 00 de vin, préparé comme nous venons de l’expli¬
quer.
On le soumet successivement :
1° A la calcination vers 150* ;
2* A l’incinération proprement dite ;
3* On achève par le lavage de la capsule.
I. — CALCINATION DE L EXTRAIT VER8 120 à 150° POUR PREPARER
LE DOSAGE DE8 CENDRES.
Elle a pour but de faire sortir de l’extrait la glycérine
qui nuirait à l’incinération par le boursouflement qu’elle
produit dans la masse des extraits, et d’en profiter pour
avoir une idée assez précise de l’abondance de la glycérine
dans le vin.
Pour avoir une température
convenable, on a confectionné
une sorte de capsule en toile mé¬
tallique (T M) en fils de laiton,
dans laquelle peut se poser la
capsule de platine chargée de
l’extrait. (Voyez la figure ci-
jointe qui représente les appareils
en expérimentation.) On la dis¬
pose sur le suppport de la lampe
de l’appareil Salleron, en en
raccourcissant la mèche de ma¬
ngue s. niére à ce que sa flamme soit très
faible, léchant à peine la toile. Sa chaleur, répandue sur
les fils de laiton, s’y concentre et donne une température
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- 332 —
suffisante pour faire dégager la glycérine en fumée, mais
trop faible pour décomposer notablement les autres
matières de l'extrait.
On facilite le dégagement de glycérine avec le fil de pla¬
tine, en crevant les petites cloques qu’elle fait naître dans
la masse à-demi fondue.
L’opération est achevée quand les fumées cessent,
laissant après elles une matière noirâtre couvrant la sur¬
face intérieure de la capsule.
Par des expériences faites en 1892, nous avions pour
les mêmes vins trouvé, pour la glycérine dosée par le
procédé du D 1 Carie et pour la perte de poids de l 'extrait
calciné, des chiffres ne différant que de 1 à 2 grammes.
En conséquence, la perte de poids due à la calcination est
un indice du plus ou moins d’abondance de la glycérine
dans le vin ; si elle dépasse 10 grammes (les vins ayant
d’après Pasteur, 7 à 8 grammes de glycérine) c’est une
indication que le vin a subi un glycérinage; il importe
alors de doser directement la glycérine du vin pour s’en
assurer.
II. — INCINÉRATION DB l’BXTRAIT CALCINE. — DOSAGE DES CENDRES.
t
On procède pour cela à l’incinération des extraits.
Elle est facile par suite du départ de la glycérine, surtout
si on a eu soin, avec le fil de platine, de répandre la masse
sur toute la surface intérieure de la capsule.
L’appareil d’incinération (figure ci-jointe) est une forte
lampe à alcool à mèche circulaire tressée; sur ses supports
est placé un cylindre do fer, qui dirige et concentre la
flamme sur un triangle de fil de fer où est disposé la cap¬
sule de platine. La flamme enveloppe toute la capsule
qu’elle porte au rouge vif ; on enflamme intérieurement
les fumées et les vapeurs combustibles. Dès que la flamme
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— 333 -
est éteinte, la masse charbonneuse se grille et laisse ses
cendres dans la capsule.
Figure 6.
Pour faciliter l’incinération complète, on éteint un ins¬
tant la flamme et on laisse refroidir la capsule assez pour
la prendre en main, et avec le bout arrondi d’une ba¬
guette de verre on pulvérise la masse en prenant soin de
n’en perdre aucune parcelle.
On remet au feu; au besoin, on remue la masse avec le
fil de platine et on continue l’incinération jusqu’à ce que
les cendres soient de couleur uniforme sans points
noirs.
Pour certains vins, l’incinération est très difficile : les
points noirs charbonneux persistent. Il faut alors, avec
quelques gouttes d’eau distillée, les réunir en masse semi-
fluide qu’on répand avec la baguette de verre sur la
surface^ intérieure de la capsule. On rallume alors pour
donner un dernier coup de feu. Lorsque la chaleur de la
lampe à alcool ne suffit pas, on peut se servir d’un eolypile
à alcool qui chauffe la capsule au rouge blanc ; en quelques
minutes, l’incinération est complète.
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— 334 -
On pèse de nouveau la capsule très exactement et on
obtient une deuxième équation :
F = Ca + f + c (2)
(c) étant le poids total des cendres.
III. — LAVAGE DS LA CAPSULE
MANIPULATIONS PRÉPARATOIRES A L’ANALTSE DES ÉLÉMENTS PRINCIPAUX
DES CENDRE8.
Les cendres sont traitées par de l’eau distillée bouillante,
versée à trois ou quatre reprises, dans la capsule elle-
même.
Un petit filtre sans plis sert à la filtration et reçoit le
résidu des sels insolubles.
On lave le filtre à l’eau bouillante jusqu’à, ce que l’eau de
lavage ne bleuisse plus le papier rouge de tournesol, ce qui
indique que tous les sels alcalins sont séparés des sels inso¬
lubles. Les sels de potasse étant ceux qui sont les plus
difficiles à laver, on est sûr que s’ils sont partis, les sels
solubles neutres, chlorures, sulfates, phosphates et autres
de potasse et de soude sont passés aussi avec eux et réunis
dans le verre qui les reçoit.
La capsule étant parfaitement lavée et essuyée à sec,
on fait une troisième pesée :
F’ = Ca + f (3).
Si on en rapproche les deux autres équations :
P = Ca + f + E (1)
P’ = C» + f + C (2)
on en tire :
E = P - F’
c = F — P”
Ces poids directs E et C portant sur 100“ de vin ;
10 E et 10 C seront les poids dans 1 litre de vin.
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— 335 —
On poursuit l’analyse en dosant les éléments principaux
des cendres, leur alcalinité en carbonate de potasse (Sa)
et l’ensemble de leurs sels insolubles (Si).
IV.
DOSAGE DE L’ALCALINITÉ DES CENDRES EN CARBONATE DE POTASSE.
Le carbonate de potasse représente les sels alcalins (Sa)
qui se trouvent dans la partie soluble.
Pour mettre à profit les propriétés de la phtaleïne du
phénol (de rougir dès qu’un alcali est en excès), on ajoute
à la solution un volume connu de liqueur titrée acide ;
par exemple, 6 “ contenant 0*06 d’acide sulfurique mo-
nohydraté. Dans le plus grand nombre des cas, ces six cen¬
timètres cubes suffisent pour neutraliser les sels alcalins de
la solution ; si on craint qu’ils ne soient pas suffisants, on
en prend un volume plus grand.
On ajoute alors deux gouttes de phtalèïne et, avec
une burette de Mohr chargée de solution de soude caus¬
tique (titrée au ÎOO™*), on verse goutte à goutte jusqu’à ce
que la solution passe au rouge. Si on a versé n“ qui ont
neutralisé n cc de solution acide, c'est que la solution avait
pour sa part neutralisé (6 — n) cc de l’acide sulfurique à
0*01. Or, le CO*KO (69), neutralise SO*HO (49) ; donc la
solution alcaline contenait (6 ~^ x 89 centigrammes de car¬
bonate de potasse ; d’où, en grammes pour les
100“ de vin analysé, et pour un litre 10 fois plus ou
(6 — a) «O
10 . 49 ’
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— 336 —
y.
DOSAGE DE LA PARTIE INSOLUBLE DBS CENDRES.
SEL8 INSOLUBLES (si).
On prend un filtre de même poids que celui où ont été
déposés et lavés les sels insolubles ; on le brûle et on en
recueille les cendres ; on brûle ensuite le filtre avec son
résidu, on en recueille également les cendres et on prend
avec une balance de précision la différence des poids qui
est le poids de la partie insoluble des cendres (Si).
Ce résidu comprend les sels insolubles, phosphates et
silicates de chaux et de magnésie, sulfate de chaux, et des
traces de sels de fer et d’alumine.
Indication du poids des sels neutres solubles. — Si on
retranche du poids total des cendres (c) ce poids (Si) des
sels insolubles, et le poids (Sa) de carbonate de potasse
trouvé par l’alcalinité, on a le poids des sels neutres
solubles (Ss) :
Sels solubles Ss = C — (Sa + Si).
La partie la plus importante des sels solubles est l’en*
semble des sulfates. On la dose à part dans le vin, par le
procédé de M. Marty. (Voir à la fin de ce chapitre.)
Remarque. — 1* Le poids des cendres (c) de l’extrait ne
représente pas tous les sels du vin, car dans l’incinération,
les sels organiques, les tartres par exemple, ont été décom¬
posés, et en partie transformés en carbonates (CO 1 KO) de
poids deux & trois fois plus faible ;
2* De plus la chaleur à l’aide du carbonate de potasse,
a pu décomposer quelques sels minéraux (phosphates de
chaux et de magnésie), en les transformant en sels de po¬
tasse;
3® Il en résulte que le poids (CO 1 KO), trouvé dans les
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— 337 —
cendres est plus petit, que si le tartre (C 8 H* O 10 KO HO) eût
été seul.
Dans plus de vingt expériences que nous avons faites
sur des vins nouveaux riches en tartre, la moyenne des
tartres (3 grammes par litre, qui seuls eussent produit 1®^ 1
de CO* KO), n'en a donné que 0,40 à 0,50, à peine la
moitié.
Ce serait donc commettre une grossière erreur que de
déduire de l’alcalinité des cendres le poids du tartre du vin.
Ce tartre (Ta) doit toujours être dosé directement dans le
vin lui-même.
71 .
PRINCIPES DES DOSAGES DE L’ACIDITÉ GÉNÉRALE OU ACIDITÉ TOTALE.
N. B. — Nous sommes obligé d’entrer ici dans tous les
détails nécessaires, parce que la science n’a pas dit son
dernier mot sur le dosage de l’acidité générale, et surtout
parce que la méthode et les procédés de dosage de l’acidité
œnolique nous sont personnels.
1° PRINCIPES DU DOSAGE DE L’ACIDITÉ GÉNÉRALE.
Les chimistes qui se sont occupés spécialement de l’ana¬
lyse des vins, n’ont pas tous suivi la même méthode.
(Voyez A. Gautier, dans sa sophistication, p. 97 à 99,
4* édition.)
Pasteur pour neutraliser les acides du vin, se sert d’eau
de chaux titrée. La fin de la réaction est indiquée par le
trouble de la liqueur. Cette méthode est excellente en prin¬
cipe, mais la fin de l’opération n’est pas assez nette.
Ce procédé n’est plus suivi depuis qu’on emploie la phta-
leïne du phénol pour marquer la fin de la réaction.
22
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- 338 —
M. Ch. Girard commence par décolorer le vin, il ne tient
donc pas compte de l’acidité des matières colorantes dn
vin, ce qui lui fait trouver pour l'acidité totale des
nombres trop faibles.
M. A. Gautier a démontré cette acidité par ses recher¬
ches personnelles, mais il n’en tient pas compte suffisam¬
ment dans le dosage de l’acidité du vin. Il emploie la
phtaleïne du phénol, dont le virage au rouge, par un excès
de soude, marque d’une manière nette la fin de l’opération.
Il considère le virage au vert qui le précède, comme indi¬
quant simplement qu’on est près d’arriver à la fin de la
neutralisation. * Il n’y a plus, dit-il, qu'à ajouter quelques
gouttes de la liqueur titrée de soude. >
Il semble par là confondre dans l’acidité générale, l’aci¬
dité spéciale des matières colorantes ; nous verrons com¬
ment on peut profiter du passage au violet-verdâtre, pour
les doser à part ; nous allons d’abord expliquer les principes
scientifiques qui sont les bases de notre méthode.
VII.
PRINCIPES DU DOSAGE PARTICULIER DE l’ACIDITÊ OBNOLIQUE.
Ces principes ressortent des recherches scientifiques de
M. Gautier sur la nature des oolorants naturels des vins,
exposées pages 201 à 204 de son livre.
Premier principe. —M. Gautier a reconnu leur nature
acide, et les appelle acides œnoliques. Il en a même
signalé en particulier neuf variétés, dont il donne les for¬
mules.
L’acidité des matières colorantes est donc établie scienti¬
fiquement par M. Gautier.
Deuxiètne 'principe. — M. Gautier les divise en quatre
groupes : le premier et le deuxième groupe sont de la
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— 339 —
nature des tannins (astringents et tannant la peau); ce sont
les œnotannins qu'il ne divise en deux groupes que d’après
leur solubilité ou leur insolubilité dans l’eau pure. Ces
œnotannins forment la presque totalité des matières
colorantes des vins.
Le troisième groupe comprend des matières azotées ou
ferrugineuses, ou à la fois azotées et ferrugineuses.
Le quatrième groupe est une matière colorante jaune
peu abondante et sans grande importance dans les vins
rouges.
Troisième principe. — L’acidité des matières colo¬
rantes est d’une nature analogue à celle de l’acidité due
aux acides incolores soit libres, soit à l’état de sels acides
(tartrique, succinique, acétique, etc.). Les matières colo¬
rantes sont comme eux des acides, en partie libres et en
partie combinés. M. Gautier indique même la couleur vio¬
lette de certains vins comme due à des sels de fer.
Conclusion. — D’après cette constitution la soude caus¬
tique doit agir sur les acides colorés comme sur les acides
incolores ; c’est-à-dire par la neutralisation de leur acidité.
C’est, en effet, ce que prouve l’expérience.
Observations expérimentales. — L’étude attentive des
réactions de la soude caustique sur les vins nous a fait
découvrir que la soude, au lieu d’agir simultanément sur
tous les acides, neutralise les acides incolores avant d’agir
sur les acides colorés. En effet, quand on verse goutte à
goutte (au moyen de la burette de Mohr) la soude caustique
titrée, le vin conserve sa couleur rouge naturelle jusqu’à
ce que ces acides incolores soient neutralisés ; ce qui
montre que les acides colorés ne sont point attaqués
jusque-là.
Pourquoi ? probablement parce que les acides incolores
sont isolés, libres, tandis que les acides œnoliques sont
engagés dans la masse des matières colorantes. La soude
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— 340 —
ne les en dégage qu’après avoir neutralisé ceux qui sont
libres ; c’est alors que tout à coup la couleur rouge tourne
au violet, puis au jaune verdâtre, c’est le moment où les
acides colorés sont attaqués à leur tour.
Enfin, la soude continuant d’agir, la liqueur tourne au
rouge vif dès que la phtaléïne du phénol est à son tour
attaquée.
En résumé, nous avons observé successivement : d’abord
la neutralisation des acides incolores, puis la neutralisa¬
tion des acides colorés, et enfin le virage au rouge de la
phtaléïne.
Il y a donc lieu de distinguer l’une de l’autre, Y acidité
incolore qui est neutralisée la première, et Y acidité œno-
lique qui l’est ensuite.
Des principes scientifiques (1), (2) et (3) que nous venons
d’établir d’après les faits découverts par M. A. Gautier,
et des résultats d’observation expérimentale que nous
avons nous même constatés, il importe de dégager les
principes de notre méthode de dosage de l’acidité œno-
lique.
Le virage de la couleur rouge du vin au violet -
verdâtre provenant des œnotannins est une indication
de l’action de la soude caustique sur ces colorants, mais
il ne montre pas nettement que cette soude ait achevé
de neutraliser les acides incolores du vin avant de s’atta¬
quer aux colorants.
Pour le savoir, nous avons pensé à doser par la méthode
de M. Ch. Girard, Yacidité du vin dont on séparait entiè¬
rement les matières colorantes, par l’action du noir
animal pur (voir ci-après le détail des manipulations).
Or nous avons trouvé, par les analyses de tous les vins
rouges naturels que nous avions à notre disposition, que
l’acidité de leurs acides incolores ainsi dosés à part était,
k moins d'un dècigramme près par litre, la même que
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— 341 —
l'acidité du vin dosée jusqu’au virage du rouge de vin au
violet-verdâtre.
. Ainsi, par exemple, l’acidité du vin décoloré était 4* 5
et l’acidité trouvée jusqu’au virage au violet-verdâtre avait
été 4 ( 5 également.
L’acidité trouvée ensuite du virage verdâtre au rouge vif
de la phtaléïne était l g 3, pendant que l’acidité générale de
ce même vin trouvée en appliquant la méthode de Gautier,
était 5, 8, c’est-à dire la somme de 4* 5 +1* 3.
La démonstration était donc complète.
Conclusion. — L'acidité totale d’un vin est la somme
de son acidité incolore et de son acidité œnolique.
Remarque sur l'application aux dosages des aci¬
dités. — Le virage de la couleur rouge du vin à la teinte
violacée et verdâtre n’est pas assez net pour fixer le mo¬
ment où finit la neutralisation des acides incolores et où
commence celle des acides colorés. Il faut, par une opéra¬
tion spéciale, doser à part l’une des deux, l 'acidité incolore.
C’est ce qu’on fait par la méthode de M. Girard. Il n’y a
plus ensuite qu’à retrancher cette acidité incolore de l’aci¬
dité générale obtenue par la méthode de M. Gautier, pour
avoir l’acidité œnolique. C’est ce que nous allons exposer
en détail dans les manipulations de l’analyse.
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— 342 —
vin.
APPAREIL DE DOSAGE DES ACIDITÉS. — BURETTE DE MOHR A ROBINET.
Il est de toute nécessité, pour l’im¬
portant dosage des acidités, de connaître
le précieux appareil de Mohr, de com¬
prendre la précision qu’il donne aux
analyses et de savoir s’en servir,
La burette est un long tube en verre
gradué en centimètres cubes et en 1/10
de centimètres cubes. Il est muni, en bas,
d’un robinet en verre qui permet de
faire écouler goutte à goutte le liquide
qu’il contient. On connaît donc à moins
de 0 cc 1 le volume de liquide écoulé. Si on
emploie, comme nous le faisons, une so¬
lution de soude caustique titrée de telle
Figure 7 . sorte que l cc de la liqueur neutralise
exactement 0 g 01 d’acide sulfurique normal, chaque divi¬
sion 0“ 1 de la liqueur titrée neutralisera 0*001, un milli¬
gramme d’acide sulfurique. La burette de Mohr tient donc
lieu d’une balance capable de peser, à moins d’un milli¬
gramme près, les acides du vin estimés en acide sulfurique.
Grâce à son robinet, les deux mains de l’opérateur sont
libres pour faire à l’aise les manipulations du dosage.
L’opérateur peut regarder le virage de couleur en tenant
de la main droite l'agitateur en verre et, de la main gauche,
le robinet qu’il doit fermer au moment des virages.
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— 343 —
IX
PROCfiDÊS DBS DOSAGES DE L'ACIDITÉ GÉNÉRALE.
1» On prend 10 cc de vin très exactement mesurés à
l’aide d’une pipette graduée et on les met dans un verre à
expériences, destiné à être placé sous le robinet de la bu¬
rette ;
2° On les étend d’eau distillée, jusqu’à ce que la couleur
du vin soit assez pâle pour que le virage au rouge vif de la
phtaleïne en soit bien distinct ;
3° On ajoute deux gouttes de la solution alcoolique
de phtaleïne ;
4° On charge la burette d’une solution sodique titrée a
0,01 comme il est dit au § VIII. On fait couler un peu de
liqueur pour faire arriver son niveau inférieur à l’orifice
d’écoulement, et on observe à 1/10 près où est le niveau
supérieur (N) de la liqueur sodique dans la burette ;
5° On fait couler goutte à goutte le liquide de la burette
de Mohr, en veillant à ses effets ;
6° Pendant l’opération on agite continuellement le vin
à l’aide d’une baguette de verre, tenue de la main droite et
on observe avec attention la teinte du liquide, vue par
transparence ;
7 # La main gauche au robinet, on arrête l’écoulement
au moment du virage du rouge au violet verdâtre, on lit la
position à 1/10 près du niveau (N') de la liqueur sodique dans
la burette, et on déduit le volume (N-N’) soit n“ du liquide
écoulé de la burette ; d’où on déduit l’acidité en acide sul¬
furique n. 0* 1 01 ou 0*0 n pour 10 centimètres cubes et
pour un litre n* ;
8° On continue l’écoulement goutte à goutte jusqu’au
virage au rouge de la phtaleïne, on mesure comme il est dit
ci-dessus (N* — N”) = n’, on note ce nouveau volume n’
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— 344 —
écoulé, d'où le poids d’acidité n\ 0, 01 pour 10“ et pour un
litre n’®*.
Conclusion. — Si ou a bien opéré :
n* 1 est l'acidité incolore.
n'« r est l’acidité œnoliqne.
(n + n’)« r est l'acidité totale ou acidité générale.
D’après les graduations de la burette de Mohr (n + n’),
représente des volumes à moins de 1/10 de centimètres
cubes, et (n + n’)®* représente l’acidité générale dosée à
moins d’un décigramme prés par litre.
L’acidité incolore sera n*' par litre, l’acidité œnolique
sera n ,gr par litre.
Vérification. — Mais la vérification de n est, nous le
répétons, absolument nécessaire, parce que le virage du
rouge de vin au violet verdâtre n’est pas assez net pour
faire foi. Cette vérification doit donc toujours être faite.
X
DOSAGE A PART DE L’ACIDITÉ INCOLORE. — MÉTHODE DE
M. CH. GIRARD.
Voici la série des manipulations à exécuter :
1* On prend 10 centimètres cubes de vin, qu’on addi¬
tionne d’un peu d’eau distillée, dans le verre à expériences
où on les a versés ;
2° On y délaie une provision suffisante de noir pur ;
3“ On l’agite pour incorporer le noir au vin, sans laisser
de grumeaux ;
4° On jette sur un filtre sans plis, disposé comme l’in¬
dique la figure 8 ci-jointe. La liqueur doit passer incolore,
l’important est de laver le noir assez bien pour ne pas y
laisser d’acides ;
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— 345 —
5° On lave avec de l’eau distillée bouillante à trois,
quatre ou cinq reprises s'il le faut, jusqu’à ce que l’eau de
lavage ne rougisse plus un papier bleu de tournesol ;
6» Les liquides filtrés étant réunis dans le
même verre, on y fait tomber deux gouttes de
phtaleïne ;
7» On met le verrre au-dessous de la burette
de Mohr contenant la liqueur de soude titrée
à 0,01 ;
8° On y dose l’acidité en grammes par litre,
comme il est expliqué plus haut (IX). Le nombre
trouvé (Ai), ramené à 1 litre, doit à 1 centi¬
gramme près être égal à (n’).
Conclusion. — L’acidité totale étant (A gr ),
l’acidité incolore étant (Ai**), l’acidité œnolique sera
Œ = (A — Ai).
Figure 8.
3* SÉRIE. — DOSAGES SPÉCIAUX DES PRINCIPAUX
ÉLÉMENTS SIMPLES.
Remarque préalable. — Les dosages qui précédent :
l’extrait (E), ses cendres (C) et leurs diverses parties, l’al¬
calinité des cendres (Sa), leurs sels insolubles (Si), enfin
l’acidité générale (A) et l’acidité œnolique (Œ) com¬
prennent chacun un ensemble d’éléments réunis en groupes.
L’alcool (D°) est le seul élément simple dont nous ayons
jusqu’ici expliqué le dosage. Il est utile d’y ajouter, surtout
dans la recherche des falsifications, le dosage d’autres
éléments simples : le tartre et l’acide tartrique libre, le
sucre, la glycérine, les sulfates et au besoin les chlorures.
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— 346 -
I.
DOSAGE DE LA CRÈME DE TARTRE.
Le bitartrate de potasse (C 8 H 4 0 t0 KO HO) est l’élément
caractéristique des vins. Il mérite à ce titre un dosage
spécial, et souvent ce dosage a servi à reconnaître les
fraudes commises sur ces boissons.
Nous avons suivi exactement la méthode et lâs procédés
de MM. Berthelot et de Fleurieu (1), qui font foi en justice
malgré quelques imperfections.
La méthode est fondée sur l’insolubilité des tartres dans
un mélange d’alcool et d’éther, insolubilité qui permet de
les séparer des acides et des autres matières solubles.
11 est basé de plus sur son dosage acidimétrique, malgré
la présence d’autres matières, Car il est le seul des éléments
précipités dans l’alcool-éther qui soit acide.
L’équivalent de l’acide sulfurique normal (So* Ho) étant
49, celui de la crème de tartre (C s H 4 O w Ko Ho) étant 188,
si on a trouvé A r pour l’acidité estimée en acide sulfurique,
188
le poids des tartres sera Ta = A. -g
Le dosage porte sur 20 cc de vin, de sorte que pour passer
au litre il faut multiplier par 50.
Les parties les plus difficiles des manipulations sont les
suivantes :
1° Le séjour du vin dans l’alcool-éther doit être assez
prolongé pour que la cristallisation du tartre soit com¬
plète : trois ou quatre jours au moins sont nécessaires. S<
les cristaux sont accompagnés de dépôts mucilagineux de
matières extractives, le procédé ne donne pas de résultats
concordants.
2° Le lavage des cristaux et du filtre qui sert à les re¬
cueillir doit être complet ; pour y parvenir, il ne faut pas
(1) Voyez A. Gautier, page HO de la 4* édition.
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— 347 —
épargner l’alcool-éther. A la fin, la liqueur doit passer sans
traces d’acidité au papier bleu de tournesol.
H.
DOSAGE DE L’ACIDE TARTRIQUE LIBRE.
Nous dosons l’acide tartrique libre, en traitant le vin par
l’acétate de potasse, additionné d’un excès d’acide acé¬
tique. Son acide tartrique libre est transformé en crème
de tartre (t) qui s’ajoute au tartre naturel (T). On dose
alors le tartre total (T +t) ; on avait dosé d’abord (T) ; on
en déduit (t)par différence.
Rbmabque. — Les vins naturels ne contiennent que peu
ou point d’acide tartrique libre; la présence de l’acide
tartrique libre en quantités notables dans un vin est donc
une preuve ou de tartrage artificiel de ce vin, ou du mélange
frauduleux d’un vin de raisins secs qu’on lui a fait subir,
ou d’une addition d’acide tartrique, comme on le fait parfois
pour les vins mouillés dont on veut masquer la fraude.
C’est pourquoi son dosage est utile dans la recherche des
fraudes et des falsifications des vins.
ni.
DOSAGE DU SUCRB OU, POUR MIEUX DIRE, DES MATIÈRES RÉDUCTRICES.
Nous avons suivi la méthode de Fehling, fondée sur la
réduction par les sucres de la liqueur cupro-potassique (1).
Le procédé est délicat, difficile même à exécuter exac¬
tement, parce que la fin de la réaction n’est pas très net¬
tement marquée ; mais à force de soins, on y parvient
assez bien, surtout quand on en a contracté l’habitude.
(1) Voyez A. Gautier, Sophistication et analyse des vins, 4* édi¬
tion, pages 108 à 110.
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- 348 —
Les procédés sont d’une exécution plus facile et plus
netto en ajoutant aux liqueurs du cyano-ferrure de potas¬
sium, pour dissoudre l’oxydule de cuivre à mesure quil se
forme (1).
(1) Nous reproddisons ici tous les détails de l'opération que l’on de
nos élèves, M. CharU.s Dessaux , a bien voulu rédiger. Nous lui lais¬
sons le mérite de sa rédaction :
« 100 cc de vin sont décolorés dans une capsule de porcelaine avec
10 grammes de noir animal lavé et bien sec. On laisse en contact
pendant une demi-heure environ et on filtre. Généralement le vin
filtré est incolore ; dans le cas contraire, on ajouterait encore une
pincée de noir.
« Le noir qui est sur le filtre est alors lavé avec de l'eau distillée
bouillante, jusqu'à ce que l'eau de lavage chauffée sur une lame de
platine ne laisse plus de résidu charbonneux.
« On introduit ensuite le liquide filtré dans une burette graduée
(de Mohr) et on le fait servir aux opérations suivantes :
« A 10 cc de liqueur de Fehling versés dans un ballon, on ajoute
20 60 d’eau distillée et 4 00 d’une solution de ferrocyanure de potassium
au 1/20. On porte la liqueur à l’ébullition que l’on maintient et on y
fait couler goutte à goutte la liqueur sucrée. Il se fait un précipité
d'oxydule de cuivre qui se redissout aussitôt dans le ferrocyanure
ajouté. On continue les additions de liqueur sucrée jusqu’à dispari -
tion complète de la teinte bleue.
« Cette disparition constituant le terme de l’opération doit être
saisie avec la plus grande exactitude. Il importe dès lors non seule¬
ment de l'atteindre complètement, mais aussi de ne pas la dépasser.
11 no faut donc verser les dernières gouttes du liquide sucré qu’avec
précaution. On reconnaît la fin de l’opération quand les contours du
ballon, ayant perdu toute nuance bleuâtre, sont incolores et n’ont pas
encore atteint une coloration jaune clair d'abord, puis jaune d’or, car
il ne faut jamais pousser jusqu’à la couleur jaune, môme la plus claire.
« Ajoutons que l'opération doit être conduite assez lestement; il ne
faut pas trop attendre entre chaque addition de liqueur sucrée, ni
interrompre trop longtemps l’ébullition, car, en se refroidissant, le
mélange contenu dans le ballon peut régénérer du sel de cuivre et
reprendre une couleur bleuâtre qui fausserait le résultat de l’analyse s.
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— 349 —
IV.
DOSAGE DE LA GLYCÉRINE.
I. —MÉTHODE DE PASTEUR (1).
On décolore au noir pur 200“ de vin, par exemple, pour
en faire partir les matières colorantes ; on les fait évaporer
vers 70° au-dessous des températures où la glycérine peut
s’évaporer; l’alcool et une partie de l’eau se dégagent.
Dans le liquide réduit de moitié, on sature les acides
avec quelques grammes de chaux éteinte récemment, afin
de rendre leurs sels insolubles dans l’alcool-éther (1 d’al¬
cool concentré pour 1,5 d’éther). On évapore la masse
dans le vide sec, afin de faire partir le reste de l'eau et
on la traite par l’alcool-éther qui dissout toute la glycé¬
rine avec 1 à 2 % de matières étrangères.
On filtre et on laisse l’alcool-éther se dégager à l’air,
sans chauffer, pour ne pas faire évaporer la glycérine.
Le résidu est de la glycérine presque pure.
En multipliant par 5 on a le poids de glycérine que
contient un litre de vin.
II. — MÉTHODE DU DOCTEUR CARLE, DE BORDEAUX.
Les procédés sont à peu près les mêmes que ceux de
Pasteur : c’est toujours par la solubilité de la glycérine
dans l’alcool-éther qu’on la sépare des acides neutralisés
par la chaux pour les rendre insolubles ; mais à la fin de
l’opération, après l’évaporation de l’alcool-éther à l’air
libre, on sépare la glyoérine des matières étrangères qui
sont restées avec elle en la faisant dégager en fumées sous
l’influence d’une température supérieure à 80° (c’est la mé¬
thode que nous avons suivie dans nos expériences) :
1® On prend 100“ de vin qu’on neutralise par une
bouillie de chaux jusqu’au virage au vert ;
(1) Voyez A. Gautier, page 89 de la 4* édition.
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— 350 —
2° On fait bouillir le vin désacidifié jusqu'à réduction
de son volume à la moitié environ; dans ces conditions, la
glycérine ne peut se dégager.
3° On fait ensuite évaporer le liquide jusqu’à consistance
de sirop clair à une température plus basse que 80* afin
de ne pas perdre de gylcérine. Pour y parvenir, nous
avons construit avec des fils de laiton un trépied qui
reçoit la capsule de platine dans sa partie supérieure, et
dont les pieds peuvent, en se pliant, élever plus ou moins
la capsule au-dessus du plan où ils sont posés.
On place ce trépied sur l’évaporomètre (fig. 3, page 312),
au-dessus de l’orifice central et on règle la hauteur de la
capsule, de manière à ce que le liquide qu'elle contient ne
puisse être chauffé au-delà de 80°.
4° On épuise le sirop avec l'alcool-ether qui dissout
toute la glycérine, et avec elle quelques matières extrac¬
tives; on filtre, puis on remet les liquides dans la capsule
de platine.
5* La solution, dans l’alcool-éther, est évaporée à l’air
libre dans la capsule elle-même.
6° La capsule et le résidu qu’elle contient sont chauffés
vers 120 à 150° comme nous l’avons expliqué (figure 5,
page 315). La glycérine, sortant de l'extrait, se dégage en
fumées.
En résumé, la perte de poids de la capsule repré¬
sente assez exactement le poids de glycérine des 100 cc de
vin sur lesquels le dosage a porté. Il n’y a plus qu’à mul¬
tiplier par 10 pour obtenir le poids de glycérine dans
1 litre de vin.
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— 351 —
V
DOSAGE DES SULFATES SOLUBLES. — RECHERCHE DU PLATRAGB
DES VINS.
Nous avons suivi exactement l'excellente méthode et
les procédés de Marty à qui on doit à peu près tout ce
qu’on sait sur le plâtrage des vins. Sa méthode est fondée
sur la précipitation, au sein du vin lui-même des sulfates
solubles, par une liqueur titrée de chlorure de Rarium aci¬
difiée par un excès d’acide chlorhydrique, afin de ne préci¬
piter que les sulfates.
On apprend ainsi avec certitude, en quelques minutes,
si un vin n’a pas été plâtré, s’il a été plâtré dans la limite
légale de 2 gr. par litre, ou s'il a été plâtré au delà de cette
limite, c’est-à-dire falsifié plus que la loi ne le permet.
Le plâtrage des vins continuant a être pratiqué dans les
vignobles du Midi et de l’Algérie, il est utile suivant nous,
de faire sur tous les vins qu’on peut en tirer pour sa
propre consommation, les essais suivants d’après les prin¬
cipes de M. Marty et au moyen de la liqueur titrée qui
porte son nom.
On opère sur 40 “ de vin , afin que chaque centimètre
cube de la liqueur de Marty précipite un poids de sulfate
de potasse correspondant à 0 g ,l par litre.
i n opération. — On met 40 cc de vin dans un verre à
expériences. On y verse 6 00 de la liqueur, capables de pré¬
cipiter 0*,6 par litre, or les vins naturels contiennent au
plus 0*,6 de sulfate par litre; donc, si la liqueur filtrée ne
précipite plus par le réactif, cela montre que le vin n’a
pas été plâtré.
2* opération. — Si la liqueur précipite encore, cela
montre que le vin a été plâtré ; il faut voir s’il contient
plus de 2 gr., quantité tolérée par la loi. A cet effet, on
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- 352 —
prend 40 nouveaux cc de vin et on y verse 20 “ de la
liqueur correspondant à 20 fois 0«,1 ou 2 grammes par
litre. Un précipité se forme, on le filtre et on essaie le
réactif sur la liqueur filtrée.
S’il n’y a pas précipité, cela prouve que le plâtrage a été
pratiqué dans des conditions légales.
S’il y a précipité, cela prouve que le vin a été plâtré au
delà des 2 gr. permis par la loi ; le vendeur peut être pour¬
suivi.
Observation générale sur le chapitre 111.
Dans l 'analyse générale des vins, on doit opérer les
11 dosages que nous venons de décrire avec détail,
savoir :
D® : degré alcoolique ;
E : extrait sec;
C : cendres;
Sa : sels alcalins des cendres ;
Si : sels insolubles ;
A : acidité générale ;
Œ : acidité œnolique ;
Ta : tartre et (t) acide tartrique libre ;
S : sucres réducteurs ;
G1 : glycérine;
So* Ko : Sulfate de potasse.
On peut se borner à ces onze dosages parce que les ré¬
sultats qu’ils donnent suffisent pour reconnaître si le vin
analysé est dans les limites des vins naturels, et s’il
satisfait aux règles de l'œnologie.
Le plus souvent même, les chimistes se contentent dans
les analyses générales de doser D®, E. C et A pour s’assu¬
rer que les règles de l’œnologie sont satisfaites ; cependant
ils y ajoutent souvent les dosages du tartre (Ta) et du
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— 353 —
sucre (S); mais rarement ils dosent la glycérine (Gl) et les
œnotannins (CE). Enfin, ils dosent les sulfates dans les
cas spéciaux du plâtrage des vins du Midi. Nous avons,
dans nos recherches, ajouté 3 dosages principaux, savoir :
le dosage (Œ) des œnotannins par leur acidité œnolique
(nous en avons fait ressortir l’importance) et les dosages des
éléments des cendres, les sels alcalins (Sa) et les sels inso-
Sa Si
lubies (Si), afin de compléter par leurs rapports -g- et ^
la 3 e règle de l'oenologie dont nous avons exposé les applica¬
tions.
Nous aurons à revenir encore sur l’importance de ces
rapports dans les graves et délicates questions qui nous
restent à traiter, au sujet des recherches spéciales des
EXPERTISES LÉGALES.
CHAPITRE IV
Principes, Méthode et Prooédés des analyses
A EMPLOYER DANS LES EXPERTISES LÉGALES
SUR LES FALSIFICATIONS ET LES FRAUDES DES VINS.
Observations préalables .
Les procédés d’analyse, mis en œuvre dans les exper¬
tises légales, sont les mêmes que ceux des analyses géné¬
rales. Nous n’aurons donc pas à revenir sur ceux que nous
avons décrits et expliqués dans le chapitre précédent.
Mais le but des recherches légales est différent ; les exper¬
tises ordonnées par les tribunaux mettent en jeu non seu¬
lement les intérêts commerciaux, mais encore l’honorabilité
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— 354 —
des producteurs et des détenteurs de vins. C’est pourquoi
dos soins spéciaux doivent être pris par les chimistes choi¬
sis comme experts.
D’une part, les recherches pour découvrir les falsifica¬
tions doivent être complétées par des analyses nouvelles
que nous aurons à indiquer ici.
D’autre part, les Limites de la composition élémentaire
des vins, limites qui servent à reconnaître les fraudes,
doivent être plus étroites et déterminées spécialement dans
chaque cas ; nous aurons à en expliquer les principes.
Enfin d'importantes conditions doivent être remplies,
pour que les résultats des analyses soient assez précis,
pour porter la conviction dans la conscience des magis¬
trats chargés d’assurer l’exécution des lois.
Nous allons, dans ce chapitre, exposer à ces trois points
de vue, dans trois sections distinctes, les principes qui
doivent servir de base aux chimistes chargés des expertises
légales.
Nous espérons ainsi faire comprendre l’utilité de ces
principes aux producteurs et aux détenteurs de vins qui,
étant responsables aux yeux de la loi, ont besoin de les
connaître et aux consommateurs eux-mêmes, qui peuvent
s’y intéresser.
PREMIÈRE SECTION.
RECHERCHES COMPLÉMENTAIRES A FAIRE SUR LES FALSIFICATIONS
INDIQUÉES PAR LES OPÉRATIONS DR L’ANALYSE GÉNÉRALE.
Nous avons vu, dans les paragraphes 1, Il et III du cha¬
pitre II, comment les caractères organoleptiques de la vue,
de l’odorat et surtout du goût, et comment les caractères
physiques et surtout les caractères chimiques constatés
dans l’analyse, pouvaient donner de précieux renseigne-
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— 355 —
ments sur les falsifications des vins analysés ; nous les
avons marques d’un (F) pour les faire ressortir.
Mais ces renseignements ne sont point des preuves, et ce
sont des preuves qu’il faut donner dans une expertise
légale. On comprend donc que des recherches spéciales à
chaque falsification présumée doivent être faites pour les
fournir.
Pour traiter complètement cette grave question, nous
allons considérer successivement chacune des falsifications
signalées au chapitre IV de la l r * partie (page 218) et nous
indiquerons les recherches qu’il faut faire pour prouver
chacune d’elles.
1° Plâtrage des vins. — Il se démontre par la méthode
et les procédés de M. Marty, nous les avons exposés,
page 351.
2° Les déplâtrages , par les sels de baryte et de stron-
tiane , ne sont plus guère pratiqués. En tous cas, on les
reconnaît sûrement aux caractères chimiques des sels
solubles de ces bases qui précipitent par l’acide sulfurique,
même dans les liqueurs acides comme le vin.
3* Tartrage des vins. — II est caractérisé par la pré¬
sence dans le vin d’une quantité notable d’acide tartrique
libre; car les vins naturels n’en contiennent que des
traces. 11 faut donc, pour prouver le tartrage, doser l’acide
tartrique libre. (Voyez page 347.)
4* Phosphatage des vins. — Cette opération produit du
phosphate acide de potasse. On constatera sa présence
dans la recherche des acides minéraux libres ou à l’état
de sels acides. (Voyez n* 12 ci-après.)
5° Alunage. — Cette falsification est fréquente dans les
vins venant d’Espagne et de Portugal. Voici le procédé qui
nous a réussi le mieux pour la découvrir ; il repose sur la
propriété de l'alumine d’être un oxyde indifférent pouvant
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- 356 —
jouer le rôle d 'acide en présence d'une base forte comme
la soude, et de base en présence d’un acide fort.
On prend l’extrait sec E; on le calcine au rouge sombre;
la masse charbonneuse est pulvérisée dans la capsule même
en y mélangeant du carbonate de soude solide et desséché,
puis on chauffe au rouge blanc; s’il y a de l'alumine, elle
se transformera en aluminate de soude soluble.
On dissout les cendres dans de l’eau distillée, on filtre,
on lave et on traite la liqueur [ ar de l’acide chlorhydrique
très étendu, qu’on verse goutte à goutte ; on voit d'abord
paraître un précipité gélatineux ; c’est de Y alumine. Elle
a pour caractère de se dissoudre dans le léger excès
d’acide qu’on ajoutera.
Dans cette solution, on verse goutte à goutte , une disso¬
lution très étendue de potasse caustique, elle fait naître un
nouveau précipité d’alumine qu’un excès de potasse redis¬
soudra.
6° Tannage des vins blancs, avec des tannins de chêne
ou autres végétaux. Cet acide tannique précipite les sels
de péroxyde de fer en noir d’encre, tandis que les œno-
tannins les précipitent en vert. Pour les détails des opéra¬
tions, voir A. Gautier, page 297 (1).
7° Salages excessifs au sel marin. — Us sont prouvés
par le dosage des chlorures, les vins naturels en con¬
tiennent au plus 0 g ,3 par litre ; si le dosage en trouve davan¬
tage, c’est une preuve de salage artificiel. (Voyez A. Gautier,
p. 121.)
8° Salycilage , falsification par l’addition d’acide salyci -
(1) N. O. Il nous faudrait, pour décrire en détail tous les procédés
analytiques qui permettent de prouver le» diverses falsifications, des
développements qui dépasseraient les limites de cet ouvrage. Nous
renverrons à l'ouvrage de M. Gautier pour la plupart des procédés
qu’il faut suivre.
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— 357 —
ligue. Cette falsification étant fréquente et ses effets dan¬
gereux, on doit toujours la rechercher dans les expertises
légales.
L’analyse repose sur la propriété de l’acide salycilique
de colorer en violet les sels de peroxyde de fer, mais pour
obtenir cette belle coloration qui est caractéristique, il
faut séparer du vin l’acide salycilique ; on y parvient avec
l’éther qui le dissout et l’entraîne avec lui à la surface du
liquide, on peut aussi, au lieu d’éther, employer la benzine.
(Voir A. Gautier, page 125.)
M. Ch. Girard est même parvenu à doser exactement
l’acide salycilique en déterminant s >n acidité par les
liqueurs acidimétriques. (Gautier, page 126.)
9° à 13°. Séparation et recherche des acides minéraux,
libres ou à l’état de sels acides {sulfurique, chlorhy¬
drique, nitrique, phosphorique et borique) introduits
dans les vins par mutage, vilriolage, phosphatage, bora-
çage, etc.
Ce genre de falsifications est fréquent et ses effets
dangereux. Il doit toujours être recherché dans les exper¬
tises légales ; voici la méthode qui nous a le mieux réussi.
Elle est basée sur la propriété des acides minéraux et de
leurs sels acides, d’être solubles dans un mélange d’éther
et d’alcool, tandis que les sels acides des acides orga¬
niques, les tartres, par exemple, sont précipités.
Procédés. — On prend 100 cent, cubes de vin, on les fait
bouillir comme pour la détermination du degré alcoolique
(Voyez page 307) et on en fait évaporer les vinasses
comme dans la préparation de l’extrait sec à 100° (page312),
mais on arrête l’évaporation, quand le liquide est à l’état
de sirop clair, ayant encore sa couleur rouge non altérée.
On fait un mélange à volumes égaux, d’alcool et d’éther
qt on y fait tomber le sirop goutte à goutte. Les sels orga¬
niques se précipitent, les acides minéraux et leurs sels
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— 358 —
acides restent en dissolution. On ajoute, au liquide trouble,
le reste du sirop délayé dans la capsule de platine avec de
l’alcool-éther. On jette le tout sur un filtre, qu’on lave
avec de l’alcool-éther jusqu’à ce que le liquide passe
neutre.
On additionne la liqueur de 4 à 5 fois son volume d’eau
distillée. On en chasse l’alcool et l’éther en le faisant éva¬
porer au bain marie jusqu’à réduire son volume au tiers.
C'est dans ce liquide, fractionné en conséquence, que l’on
pourra mettre en évidence la présence des différents
acides minéraux.
9° L’acide sulfurique est précipité par la liqueur de
Marty, qui non seulement le manifeste, mais permet de le
doser. (Voir page 351.)
10° L’acide chlorhydrique donne avec le nitrate d’ar¬
gent un précipité cailleboté soluble dans l’ammoniaque.
11° L'acide nitrique donne des vapeurs rutilantes en
chauffant la liqueur avec du cuivre et de l’acide sulfurique.
12® L'acide phosphorique donne, avec le chlorure de
Barium neutre, un précipité soluble dans un excès d’acide
chlorhydrique.
13° L’acide borique produit une flamme verte lorsqu’on
fait brûler de l’alcool avec le liquide qui le contient.
14° La lithargiration est une falsification par les sels
de plomb , ajoutés dans le but d’enlever aux vins leur excès
d’acidité. La présence de ce poison est facilement prouvée
par la réaction de l'acide sulfhydrique qui le fait noircir.
(Voyez A. Gautier, page 293.)
15° Présence des sels toxiques de cuivre. (Voyez
A. Gautier, page 294.)
16° Présence des sels d'arsenic. (Voyez A. Gautier,
page 122.)
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17® Présence (Pacide malique libre. (Voyez A. Gau¬
tier, page 120.)
18* Présence de la saccharine allemande , falsification
produisant une saveur sucrée d’une intensité exception¬
nelle. (Voyez A. Gautier, page 130.)
19° Les nitrates peuvent être introduits par le mouillage
des vins au moyen d’eaux de source qui ont traversé des
terres cultivées ; on en démontre la présence par une
curieuse réaction trouvée par M. Portèle, décrite par
M. A. Gautier, page 128.
20° M. A. Gautier donne également les moyens de dé¬
celer la présence de l’acide sulfureux provenant du
mutage des vins par les mèches soufrées, page 127.
21° La présence de l’acide sulfhydrique provenant du
soufrage des vignes est expliquée page 128.
Quant à l’emploi des colorants artificiels, nous renvoyons
le lecteur à ce que nous en avons dit aux pages 224]et 315.
DEUXIÈME SECTION.
DOSAGES COMPLÉMENTAIRES UTILISÉS DANS LES EXPERTISES LÉGALES.
Les onze dosages que nous avons décrits pour l 'analyse
générale des vins doivent être complétés, dans les exper¬
tises légales, par des dosages complémentaires ; nous allons
indiquer les principaux, en regrettant que les limites de
notre travail nous empêchent d’entrer dans plus de détails.
1° Dosage de l’extrait dans le vide par la méthode et
les procédés de M. le D r Magnier de la Source. — C'est,
sans contredit, le plus important des dosages complémen¬
taires qu’il faut faire dans les expertises légales. Nous avons
vu, en effet, que l’extrait sec (E) joue le plus grand rôle
dans les règles de l’œnologie. Son dosage peut être fait par
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- 360 —
plusieurs méthodes qui sont toutes recommandables, mais
qui ne donnent pas de résultats concordants ; elles ne le
peuvent pas, parce que leur but commun est de séparer
vers 100* l'eau, l’alcool et les liquides, des parties solides
du vin ; or, dés 80°, plusieurs éléments, notamment la
glycérine, se dégagent et sont perdus pour l’extrait (E) et
perdus en quantités qui varient dans chaque méthode ; de
là des divergences si grandes qu’elles ont empêché, souvent,
les tribunaux de se prononcer sur les questions de falsifi¬
cation des vins qu’ils ont eues à résoudre.
La méthode du D r Magnier, qui permet de doser les
extraits (E) aux températures de l’air ambiant, ne fait
perdre ni la glycérine ni les autres matières volatiles ; elle
est la seule qui soit infaillible et, par conséquent, la seule
qu’il conviendrait d’adopter dans les expertises légales.
Nous traiterons complètement la grave et difficile ques¬
tion du dosage des extraits secs dans l’annexe qui est à la
fin de cet ouvrage.
2° Dosage complémentaire de l'acide succinique. —
Cet acide se forme, on l’a vu, dans la fermentation tumul¬
tueuse des moûts de raisin, en même temps que la glycé¬
rine ; pour 6 à 8 grammes de glycérine, il y a 1 à 2 grammes
d’acide succinique, environ l/5 m *.
Le dosage en est difficile à cause des autres acides orga¬
niques qui l’accompagnent ; on y parvient cependant
(Voyez Gautier, page 119). Ce dosage n’offre que des
avantages secondaires ; il en est de même du suivant.
3° Dosage des matières astringentes. — Ces matières,
assez mal définies en œnologie, comprennent la série des
œnotannins et des matières colorantes des vins qui sont de
même nature. (Voyez A. Gautier, pages 100 à 105.)
4" Dosages des chlorures dans les cendres de l'extrait.
Ce dosage, joint à celui des sulfates, obtenu par la mé-
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— 361 -
thode de M. Marty, offre l'avantage de renseigner plus
exactement les chimistes sur la composition de la partie
soluble des cendres que, dans l 'analyse générale, on ne
connaît que par différence.
On calcine l’extrait sans pousser l’incinération jusqu’au
bout et on en pulvérise la masse charbonneuse. On la fait
dissoudre dans de l’eau distillée additionnée d’un peu de
chromate de potasse pour obtenir un virage ; elle contient
tous les chlorures.
On les dose par une liqueur titrée de nitrate d’argent
telle que 1 “ de la liqueur précipite O 8 * 01 de chlorure de
sodium. On verse la liqueur goutte à goutte, le précipité
caillebotté se forme ; on arrête quand la solution des chlo¬
rures, au lieu de se décolorer, vire au rouge.
5° Dosages des sucres. — Ces dosages sont dans les
expertises légales de la plus grande importance ; ils per¬
mettent de déterminer dans les vins les proportions de la
dextrine et des différentes variétés de sucre, glucose, lévu¬
lose, saccharose, etc., qui peuvent s’y trouver; ces pro¬
portions caractérisent nettement les vins de sucre et de
raisins secs. On emploie dans ce but, au Laboratoire muni¬
cipal de Paris, différentes méthodes dont la plus sûre
repose sur les propriétés spéciales des diverses espèces de
sucre, de faire tourner à droite ou à gauche et d’an
nombre de degrés particuliers le plan de polarisation de
la lumière.
La description des saccharimètres employés pour mesu¬
rer ces effets, et l’explication des principes scientifiques
sur lesquels ils reposent, demanderaient trop de dévelop¬
pements pour qu’ils puissent prendre place dans ce travail.
Nous renvoyons aux ouvrages qui traitent complètement
cette importante et délicate question. (Voyez notamment
Pelouze et Frémi, 3* volume, page 337, pour les principes
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— 362 —
optiques et chimiques, et pour les procédés de W. Bishop,
A. Gautier, pages 110 à 119.)
7» Colorimétrie. — Les experts ont besoin, le plus sou¬
vent, de déterminer numériquement l 'intensité de la colo¬
ration des vins pour reconnaître si les vins incriminés ont
la coloration des vins naturels de même cru. Ils doivent
se servir, pour cela, d’instruments spéciaux appelés colori-
mètres. (Voyez A. Gautier, pages 91 à 96, des détails sur
cet important sujet.)
TROISIÈME SECTION.
CONDITIONS A REMPLIR DANS LES RECHERCHES SPÉCIALES DES EXPERTISES
LÉGALES, ET MARCHE A SUIVRE POUR QU’BLLES DONNENT DES PREUVES
CERTAINES ET CONCLUANTES.
Nous avons peu de chose à dire après ce que nous venons
d’expliquer dans les première et deuxième sections ; cepen¬
dant, ce que nous avons à indiquer sur les conditions à
remplir dans ces recherches et sur la marche à suivre est
d’une importance capitale, car de ces conditions et de
cette marche logique dépend absolument le succès. Il est
donc utile d’insister sur ce point.
La première condition nécessaire est que les tribunaux
choisissent eux-mêmes les experts et que ceux-ci aient
toutes les ressources dont la science dispose actuellement.
Le choix des experts par les magistrats eux-mêmes
garantit leur compétence et leur impartialité ; il n’y a plus,
dès lors, à mettre en suspicion leurs capacités, ils peuvent
agir en toute liberté.
Il faut au moins trois experts ; nous verrons pourquoi,
en indiquant la marche qu’ils doivent suivre.
Ils ont besoin évidemment d'un laboratoire possédant
tous les instruments perfectionnés et tous les réactifs chi¬
miques nécessaires ou utiles.
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Le temps qu’on doit leur accorder pour faire des exper¬
tises devra être suffisant.
Le tribunal doit encore leur faire délivrer officiellement :
1* Le vin suspecté. Il en faut à chacun, deux litres au
moins, afin de pouvoir au besoin refaire leurs expériences ;
2° Des échantillons-types , authentiques de vins naturels
de même vignoble, de même cépage et de même année
afin d'opérer par comparaison sur eux et sur le vin incri¬
miné. Il faut des échantillons d’au moins trois vins natu¬
rels de propriétaires différents ; un litre de chaque vin
pour chaque expert.
Pour obtenir ces échantillons-types, le tribunal devra
choisir au moins trois propriétaires de la contrée qui a
produit les vins de même nature que celui qui est soumis
aux expertises légales.
Les vins-types sont absolument indispensables aux
expertises légales ; sans eux des chimistes sérieux n’accepte¬
raient pas la mission dont les charge le tribunal.
Une seconde condition nécessaire est que les recherches
soient faites méthodiquement, en suivant une marche
logique, capable de conduire à des résultats précis et
inattaquables. Les opérations à faire nécessitent 3 ou 4
séries de recherches.
PBBMIÈBE SÉRIE ü’ANALYSES. — RECHERCHES SCR LES
VINS-TYPES.
1® Les experts feront chacun de leur côté, les 11 dosages
signalés page 352 du chapitre III, en les faisant précé¬
der des observations que nous avons indiquées dans le
chapitre II.
Ils feront ensuite les dosages complémentaires désignés
dans la deuxième section de ce chapitre IV ;
2* Les résultats acquis seront rapprochés et discutés par
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— 364 —
les experts réunis, dans le but de fixer rigoureusement les
limites spèciales des vins-types.
Des explications sont ici nécessaires pour faire bien com¬
prendre l’importance de la fixation de ces limites spéciales,
afin de rendre applicables, aux vins incriminés, les règles de
l’œnologie.
Nous avons donné, dans le premier chapitre de la deu¬
xième partie, le tableau des limites de la composition élé¬
mentaire des 7 principaux groupes d’éléments D\ E, C, A,
CE, Sa et Si et les limites des éléments simples les plus
importants Ta, S, Gl, sulfates, et nous en avons rapproché
les limites des règles d’œnologie.
( (D° + A)
D» 8 C Sa Si \
1 g c e * C /
Ces limites sont des caractères spécifiques , car ils per¬
mettent de distinguer les vins naturels, (dont la composi¬
tion rentre dans ces limites) des vins artificiels et des vins
fraudés qui n’y rentrent pas. Elles ont donc une impor¬
tance générale pour tous les vins ordinaires.
Mais, il faut remarquer que les limites que nous avons
données, ont été établies d’après les résultats d’analyses
faites pour toutes les espèces et variétés des vins de
France et même des pays voisins. Elles sont donc très
larges et par suite souvent insuffisantes pour les expertises
légales, où il s’agit de prononcer un jugement sur une
espèce particulière de vin ; si on les maintenait, messieurs
les fraudeurs auraient réellement trop beau jeu. Il importe
donc de les rapprocher autant que possible, pour recon¬
naître si le vin particulier qui est incriminé, est naturel
ou s’il a été fraudé. C’est, nous ne saurions trop le répéter,
le but principal de l’analyse générale des échantillons des
vins-types.
Pour nous faire mieux comprendre, désignons par 1 la
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limite inférieure et par L, la limite supérieure, trouvée pour
un élément quelconque, par l 'analyse des vins-types.
1 et L seront les chiffres qu’il faudra substituer à ceux des
limites générales du tableau pour juger le vin incriminé.
DEUXIÈME SÉRIE d’aNALVSES. — RECHERCHES DBS
FALSIFICATIONS PRÉSUMÉES DU VIN INCRIMINÉ.
Chaque expert procédera à part à l'analyse générale
du vin incriminé , en cherchant d’abord à y reconnaître
par tous les caractères organoleptiques, physiques et chi¬
miques, la nature des falsifications qu'il a pu subir ; et en
ayant soin de s’assurer, par les analyses signalées dans la
première section de ce chapitre, si ces falsifications sont
réelles. C’est en particulier dans cette série que seront
exécutées, avec soin, les délicates expériences faites pour
découvrir la nature des colorants artificiels.
TROISIÈME SÉRIE D’ANALYSES. — DOSAGES DANS LE VIN
INCRIMINÉ DES ONZE ÉLÉMENTS OU GROUPE D’ÉLÉMENTS.
Ces dosages seront faits séparément par chaque expert,
avec toute la précision qu’on peut obtenir dans l’état actuel
de la science, et on y joindra tous les dosages complémen¬
taires jugés utiles, notamment celui de l’extrait sec dans
le vide et l’essai des sucres par le saccharimètre.
On apportera des soins tout particuliers aux dosages de
l’acidité générale et de l 'acidité œnolique qui serviront
spécialement à reconnaître le vinage et le mouillage,
comme nous l’expliquerons ci-aprés.
QUATRIÈME SÉRIE D’ANALYSES. — RECHERCHES A FAIRE
EN COMMUN.
Quand les experts auront terminé les recherches de la
deaxième série et les dosages de la troisième série, faits à
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— 366 —
part par chacun d’eux, ils se réuniront et compareront les
résultats obtenus, tant par l'analyse qualificative que par
les dosages. S’il y a un accord complet sur tous les points,
il sera inutile de faire de nouvelles recherches et de nou¬
veaux dosages, il n’y aura qu’à en tirer les conclusions.
S’il y a, au contraire désaccord sur un ou plusieurs
résultats importants, de nouvelles expériences seront
nécessaires pour les rectifier.
Ces recherches spèciales devront être faites en commun
par les tr'ois experts réunis dans le même laboratoire,
afin de pouvoir reconnaître les causes des divergences et
obtenir enfin des résultats concordants.
CONCLUSIONS A TIRER.
Les résultats numériques des dosages étant définitive¬
ment arrêtés par les experts réunis, il leur reste à tirer des
conclusions sur le vin incriminé. Elles doivent être, nous
le répétons, fondées sur le principe des limites , non point
sur les limites du tableau (page 297), mais sur les limites
1 inférieure et L supérieure, qui se rapportent à chacun
des éléments ou groupe d’éléments du vin incriminé et qui
ont été établies dans ce but par l’analyse des échantillons
des vins-types , comme il a été expliqué ci-dessus (voyez
première série d’analyses) C’est pour cela que plus les
vins choisis pour types seront nombreux, plus l’expertise
légale offrira de garanties.
On consultera successivement par comparaison, d’abord
les cinq règles de l’œnologie (D + A), -g— -|r- et
Si pour une ou plusieurs de ces régies, le vin incriminé
sort des limites 1 et L, on les noiera, et d’une manière
générale on conclura qu’il y a fraude.
On consultera ensuite les limites de chacun des éléments
ou groupe d’éléments principaux, en s’attachant particuliè-
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rement à ceux qui servent le plus souvent à commettre les
fraudes et à ceux qui permettent de les reconnaître le plus
sûrement, ce sont :
L’acidité générale A ;
L’acidité œnolique Œ ;
La glycérine Gl;
Le sucre réducteur S ;
Le tartre Ta ;
L’acide tartrique libre t ;
Les sulfates.
Si un ou plusieurs de ces éléments du vin incriminé ne
sont pas dans leurs limites spéciales 1 et L, ce sont de
nouvelles preuves de fraude.
Enfin, de la connaissance des règles d'œnologie et des
éléments ou groupe d'éléments qui sont en défaut, les
experts déduiront aisément quelles peuvent être la nature
et l’étendue de la falsification ou de la fraude qu’a subie le
vin incriminé.
Cette découverte étant faite, ou tout au moins la pré¬
somption en étant établie d'une manière précise, les
experts auront un dernier devoir à remplir; celui de
prouver que leurs jugements sont fondés en démontrant, par
les résultats de leurs analyses, que le vin incriminé possède
les caractères de la fraude spéciale qu’on a signalée ; en
démontrant, par exemple, que le vin est du vin de raisins
secs, ou un vin de sucre, ou un vin alcoolisé, ou un vin à
la fois viné et mouillé.
Le chapitre V suivant, est consacré à cette importante
partie du problème des expertises légales.
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CHAPITRE V.
Beoherohes à faire pour oaraotériser en particulier les
falsifications on les fraudes découvertes dans les exper¬
tises légales.
SECTION PREMIÈRE.
BECHEBCHES SPÉCIALES DES FALSIFICATIONS.
Deux cas peuvent se présenter :
1° Des falsifications provenant de l’addition au vin de
matières étrangères aux éléments des vins ; elles ne néces¬
sitent pas de dosage.
Si par exemple on découvrait dans un vin de Vacide
salycilique, pour conclure à la falsification, il suffirait que
l'analyse ait mis sa présence en évidence.
Il en serait de même pour les autres matières étrangères
aux vins, l’alun, l’acide tartrique, etc.
Les trois experts réunis n'auraient plus qu'à répéter en
commun les expériences qui constatent la présence réelle
de la matière étrangère, pour poser immédiatement leurs
conclusions.
2° Si la falsification a consisté dans l’addition d’un
élément naturel des vins par exemple, du tartre, de la
glycérine, des sulfates, des chlorures, etc. Il sera néces¬
saire de constater cette addition frauduleuse par des dosages
comparés dans le vin incriminé et dans les vins types. Il
y aura falsification si le vin iucrimiué contient plus de
matière que les vins types ; par exemple, si le vin contient
10 grammes de glycérine quand les viqs types n’en ont pas
plus de 8 grammes on conclura au glycérinage.
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— 369 —
SECTION DEUXIÈME.
CARACTÈRES SPÉCIAUX DES DIVERSES ESPÈCES DE FRAUDES
SUR LES VINS.
On appelle fraudes les mélanges, aux vins de raisins
frais, des vins artificiels dans le but de les vendre comme
vins naturels.
Tels sont les rms de sucre obtenus par le sucrage des
moûts, les vins de raisins secs , les piquettes du Midi
suralcoolisées. L’alcoolisation des vins faibles du Centre
et les mouillages et vinages des gros vins du Midi sont
également considérés comme fraudes.
Quand il s’agit de fraudes , il devient nécessaire d’ajou¬
ter aux recherches générales qui les ont fait découvrir,
des recherches spèciales pour chaque espèce de fraude ,
afin de les caractériser en réunissant en faisceau pour
ainsi dire , toutes les preuves trouvées par les analyses,
et d’obtenir ainsi une basa solide de conclusions (1).
Nous étudierons successivement, dans cette deuxième
section, les fraudes commises pour vendre comme vins
naturels :
I. Les vins de sucre obtenus d’après les principes de
Chaptal.
II. Les vins de sucre préparés par la méthode de Gall.
III. Les vins fabriqués par les procédés de Pétiot.
IV. Les vins de raisins secs.
Y. Les vins naturels alcoolisés.
VI. Les piquettes du Midi qui se rattachent à cette caté¬
gorie .
Dans une troisième section , comprenant plusieurs para-
(1) Pour éviter des longueurs et pour mettre en relief les caractères
de ces fraudes, nous les présenterons sommairement, en renvoyant le
lecteur aux détails d'analyses précédemment exposés.
24
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graphes, nous traiterons l’importante et délicate question
des vinages et mouillages des vins.
Caractères spéciaux des vins de sucre servant à recon¬
naître les fraudes commises avec ces vins artificiels ,
dans le but de les vendre comme vins naturels.
Parmi les vins de sucre, ceux de Ghaptal et de Gall
proviennent du sucrage des moûts de vendange ; ils
contiennent, en conséquence, d'abord tous les éléments que
le vin aurait eus si on l’eût fait naturellement et à peu près
dans les mêmes proportions. Mais ils ont, déplus, ceux que
forme la fermentation des sucres ajoutés aux moûts Ces
nouveaux éléments dépendent des procédés de sucrage (1).
Nous devons donc examiner à part chacun de ces deux
procédés, pour connaître ce qu’il a dû ajouter au vin natu¬
rel. Quant aux vins obtenus par les procédés de Petiot, ils
proviennent exclusivement du sucrage des marcs, nous les
examinerons ensuite.
I
CARACTÈRES DES SUCRAGES D’APRÈS LES PRINCIPES DE CBAPTAL.
Ce mode de sucrage est employé pour relever le degré
alcoolique des vins faibles, pour le porter, par exemple, de
6* à 8®, qu’il aurait eu naturellement, à 8° à 10° qu’on veut lui
donner. On sait que pour élever de 2* le degré alcoolique
d’un vin, il faut employer 4 à 5 kil. de sucre par hectolitre.
On l’opère soit avec la saccharose (sucre pur de bette¬
rave ou de canne), soit avec la glucose (sucre de fécule du
commerce) ; nous supposerons que, conformément aux
(1) Le lecteur est prié de ee reporter à le première partie du
chapitre troisième, consacrée à l'examen des vins de sucre.
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— 371 —
principes de Chaptal, l’on n'y ajoute pas d’eau. Nous de¬
vons considérer successivement ces deux cas :
1" cas, Sucrage avec la saccharose. La fermentation
dure très longtemps, et elle est toujours incomplète,
même quand on intervertit le sucre à l’avance avec les
acides tartriquo ou sulfurique.
Il en résulte que ce mode de sucrage ajoute au vin avec
les deux degrés alcooliques :
1° Du sucre non fermenté, 5 à 7 grammes qui s’ajoutent
aux extraits ;
2° De la glycérine, parce que la durée de la fermentation
est plus longue, de là résulte la formation d’au moins deux
gravâmes de glycérine qui vont aux extraits ;
3° Des acides (succinique et autres, notamment ceux qui
proviennent de l’interversion), environ 1 gramme. Il ne
change rien aux autres éléments (cendres (C) acidité
œnolique (Œ) tartre (Tal, etc.)
Voici, résumées en tableau, les compositions élémentaires
spéciales du vin naturel et du vin fait par sucrage, et,
comme conséquence, les caractères spécifiques de cette
fabrication artificielle.
VINS
naturels faibles
VINS
par sucrage.
CARACTÈRES SPÉCIFIQUES
Degré alcoolique D°
Extrait sec .... E.
6 à 8»
16 à 22
8 à 10»
24 à 30
Excès de E d’ou < 1. (1).
Cendres.C.
1.4 à 2.0
4 <><0,03
Acidité générale A.
6 à 8
7 à 9
Excès, d’où (D° -[- A) > L.(l)
Acidité œnolique Œ
1.5 à 2.0
Ordinaire à moins de colora¬
Tartre.Ta
2 à 3
2 à 3
tion artificielle.
Alcalinité des cen¬
dres.Sa
Sels insolubles . Si
Sucre. S.
Grand excès. Sucre déviant à
Glycérine.Gl.
6 à 8
8 à 10
droite le plan de polarisation
Excès.
(1) Pour abréger non» représenterons, par 1, les limites inférieures
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— 372 —
En conséquence, si dans Y analyse générale d'un vin
incriminé, on trouve des excès d'extrait, de glycérine et
surtout de sucre qui le font sortir des limites des règles
D° 8 C
d'œnologie-g-et g, un excès (Tacidité générale , qui le
fait sortir de la règle (D° + A) ou plus simplement dépasser la
limite supérieure (L) de l'acidité générale, il y aura lieu de
conclure au sucrage et d’en vérifier tous les caractères.
Outre les caractères généraux , signalés au tableau, on
recherchera spécialement les caractères d’origine du vin
dus à la fabrication artificielle.
1° Le sucre sera dosé parles procédés du laboraratoire
municipal de Paris qui reposent, sur la fermentation, sur
la dialyse, et sur la polarisation.
2° L'excès de glycérine sera constaté par le dosage
direct de cet élément (page 349).
3° La présence d’acides ayant servi à intervertir le
sucre, acide tartrique et surtout acide sulfurique, sera véri¬
fiée par les procédés exposés dans les pages 347 et 357.
4° Enfin les colorants artificiels, si le vin a une colora •
tion assez intense, seraient recherchés (vo>ez page 224).
2 e Cas y sucrage des moûts avec les glucoses du com¬
merce. Si on n’emploie pas d’eau, il donne au vin de sucre,
sinon la même composition élémentaire, au moins les
mêmes excédants, de sorte que ce sucrage leur donne des
caractères spécifiques semblables.
La glycérine n’est pas aussi excessive, mais les sucres
restant dans le vin sont plus abondants, parce que les
glucoses du commerce contiennent des variétés de sucres
non fermentescibles ; les extraits (E) seront toujours en
excès et, par suite, donneront aux règles d’œnologie des
résultats sortant des limites.
établies par le dosage des échantillons types . — par L, les limites
supérieures établies par le dosage des échantillons types .
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— 373 —
L'acidité générale (A) sera au moins aussi excessive et
ajoutera ses caractères à ceux de l’extrait.
La fraude sera mise en évidence de la manière la plus
nette par les recherches au saccharimètre ; la rotation
à droite sera de plus de 2° et pourra s’élever jusqu’à
6° ou 7°.
Enfin, la recherche spéciale de Y acide sulfurique impur,
imprégné d'acide chlorhydrique et d'acide nitrique, vien¬
dra prouver la falsification ; car les glucoses du commerce
sont forcément fabriqués avec l’acide sulfurique impur.
Les conclusions seront donc précises, irréfutables.
II
CARACTÈRES DES SUCRAGES FAITS D’APRÈS I.A MÉTHODE DE GALL.
Le but des sucrages est ici tout différent (voyez page 212).
On veut à la fois élever le degré alcoolique de 8° à 10° par
ex. et abaisser l’acidité A de 8 gr. à 6 gr.,afin de la ramener
aux proportions qu’on trouve dans les vins ordinaires.
Pour y parvenir, on sucre dans des proportions 4 à 5
fois plus grandes (16 à 20 k. par hectolitre, de glucose du
commerce). Si on n’ajoutait pas d’eau on relèverait le degré
4 à 5 fois plus, c’est-à-dire jusqu’à 16* à 20", et l’acidité
s’élèverait de 9 à 12 gr. à cause de l’acidité des glucoses et
d’une grande quantité d’acide succinique, résultant d'une
fermentation de longue durée ; cette fermentation élève¬
rait en même temps le poids de glycérine de 10 à 14 gr.
Une forte proportion de sucre (16 à 24 gr.) provenant des
glucoses, reste dans le vin, et les cendres y sont augmentées
dans les mêmes proportions. Toutes ces matières passent
dans les extraits qui seront, en conséquence, considérables.
Mais, pour réduire tous ces éléments aux proportions des
vins, on mouille jusqu’à doubler le volume de la boisson.
Le tableau suivant en donne un exemple.
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374
(1) Le sucrage à la glucote donne des cenlres à cause de l’impurete de ce pro*
doit. Quan 1 on emploie la saccharose, le sucrage n'ajoute pas de cendres.
(2) I/excès de sels insolubles provient des glucoses et de l'eau de mouillage.
(3) De nouveaux tartres provenant des raisins se forment dans le mont doublé de
volume ; l’alcalinité des cendre* est augmentée en proportion.
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— 375 —
Les sucrages par la méthode de Gall se reconnaissent
donc par les excès d’extrait, de sucre et de glycérine et
par le manque d’acidité œnolique ; ce dernier caractère
est très tranché.
Si, le vin manquant de couleur naturelle, on y a, pour
masquer ce défaut, ajouté des colorants artificiels, on aura
soin de les rechercher dans les expertises légales.
On déterminera aussi la rotation à droite très forte
(2° à 7°) caractéristique des sucrages à la glucose.
On dosera le sucre et la glycérine pour en préciser les
excès.
Enfin on n’oubliera pas de rechercher l acide sulfurique,
qui est toujours en quantité sensible dans les glucoses du
commerce.
Cet ensemble de caractères fournira des conclusions
inattaquables.
III
CARACTÈRES DES SUCRAGES PRATIQUÉS PAR LES PROCÉDÉS DE PÊTIOT.
Ils ont pour but d’utiliser, autant que possible, les élé¬
ments des vins restés dans les marcs, tels que : alcool,
acides, sucre, glycérine, sels, etc. On les met digérer dans
de l’eau tiède chargée d’environ 20 kilogrammes de glucose
par hectolitrej; la fermentation s’établit, le sucre se change,
en partie en alcool, et la partie non fermentescible reste en
solution.
Le vin obtenu est toujours faible et, le plus souvent, de
mauvais goût, à cause dos alcools amylique, butyrique et
autres que contiennent les marcs ; ce mauvais goût les
fait reconnaître.
Le sucre en excès se révèle, comme dans les autres vins
de sucre, par la forte rotation à droite qu’il produit au
polarimétre.
Il est caractérisé, en outre, par un excès de cendres, ce
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— 376 —
qui le distingue des autres sucrages. Cet excès provient des
sels de toute sorte restés dans les marcs et de ceux que
contient l’eau employée.
Ils sont souvent aussi empoisonnés acide sulfurique.
Leur couleur est très pâle, car ils ne contiennent que
peu d 'acidité œnolique ; en dosant avec soin cet élément
important, on les reconnaîtra aisément, même si on les
avait colorés artificiellement.
IV
CARACTÈRES SPÉCIAUX DES VINS DE RAISINS SECS.
Voyez, page 216, leur fabrication.
Les fraudes commises par le coupage des vins de raisins secs, par
les gros vins étrangers ou du Midi,dans le but de vendre les mélanges
comme vins naturels, sont aujourd'hui (1896), plus fréquentes que
jamais, à Paris surtout, et les spéculateurs ont l’audace de prétendre
que la chimie est impuissante à découvrir ces fraudes. On comprendra
donc que notre devoir est d’insister sur la solution de cette grave
question, qui préoccupe, avec raison, les négociants honnêtes autant
que les viticulteurs eux-mêmes.
Le tableau de leur composition élémentaire, comparée à
celle des vins naturels de raisins frais, de même degré
alcoolique, fait ressortir leurs caractères distinctifs. Le
voici pour les degrés 8° à 10* :
VINS
de
raisins frais.
VINS
de
raisins secs.
CARACTÈRES SPECIFIQUES
des
Vins de raisins secs.
Degré alcoolique D°
Extrait sec.... E.
Cendres.C.
Alcalinité.Sa
Sels insolubles. . Si
Acidité générale A.
— œnolique Œ
Tartro. T.
Sucre.S.
Glycérine. G1
8 à 10o
19 à 25
1.7 à 2.3
0.4 à 0.6
0.5 à 0.9
5 à 7
1.5 à 2.5
2 à 3
2 à 3
6 à 8
8 à 10»
26 à 36
2 à 3
0.4 à 0.6
0.5 à 0.9
4 à 5
presque nul.
4 à 5
10 à 12
4 à b
D° 8
Grand excès E > L -g- < 1.
Grand excès, mais en rapport
avec E.
Faible, mais peu sensiblement
En défaut CE < 1.
En excès Ta ]> L.
Grand excès S > L.
En défaut.
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— 377 —
Les caractères généraux qui distinguent les vins de rai¬
sins secs sont donc les excès d’extraits et de cendres, de
tartres et de sucres et le manque presque complet d’acidité
œnolique.
Si le défaut de couleur avait été masqué par une colo¬
ration artificielle, elle devrait être recherchée.
Ils ont, quand ils sont seuls, un goût sucré spécial, mais
il est masqué quand on les coupe par des vins naturels
Les vins provenant de raisins secs sont encore caracté¬
risés par la présence de la lévulose ; essayés au polari-
mètre, ils font tourner à gauche le plan de polarisation.
Cette propriété n’appartient qu’à eux et permettra de les
reconnaître, quels que soient les coupages qu’on leur fasse
subir pour les vendre, en fraude, comme vins naturels.
Enfin, les vins de raisins secs sont caractérisés spé¬
cialement par la présence de l’acide tartrique libre en
quantités notables. On devra toujours doser cet élément.
En présence des difficulté? que les chimistes les plus
exercés (1) éprouvent à caractériser, nettement, les fraudes
commises par les coupages des vins de raisins secs vendus
comme vins naturels, nous proposons de prendre pour
caractère principal de cette fraude la présence dans les vins
de l’acide tartrique libre en doses notables, de condamner
comme fraude tout vin qui en contient plus de 0 gr. 1 par litre.
Aucun vin naturel ne contient d’acide tartrique dans ces
proportions ; et tous les vins additionnés de vins de raisins
secs en contiennent davantage. Ces faits doivent suffire
suivant nous.
On nous objectera que le tartrage des moûts , pratiqué
pour opérer la vinification des raisins frais, introduit dans
le vin de l’acide tartrique libre ; nous répondrons que ce
procédé de vinification est artificiel et, comme tel, coupable
(1) Voyez Charles Girard, documents de 1882, page 107 et Armand
Gauti br , page 179 de la 4« édition.
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— 378 —
et condamnable au même titre que les coupages de raisins
secs.
L’addition aux vins mouillés d’acide tartrique libre,
pour relever les proportions de l’acidité qui leur manque
et masquer ainsi cette fraude, n’est pas moins coupable et
condamnable.
C'est pourquoi nous sommes persuadé qu’on peut poser
en principe que tout vin, renfermant plus de 0 gr. 1 d'acide
tartrique libre par litre, doit être considéré comme fraudé
et condamné comme tel ; qu’il provienne d’un coupage de
vins de raisins secs, ou du tartrage des moûts de raisins
frais, ou du tartrage des vins mouillés.
Ce serait le plus sûr moyen de couper court à toutes
ces fraudes.
V
CARACTÈRES DE8 VINAGES 8IMPLES.
On suralcoolise souvent les vins naturels dont le degré
paraît trop faible, ceux du Loiret, dans les années froides,
par exemple.
Le vinage des vins faibles est facile à constater ; leur
acidité générale est forte quand leur degré est faible, par
exemple 7 à 8 grammes pour un vin de 6* à 7°. Si on sural¬
coolise de 3° ou 4°, la somme alcool plus acide dépasse la
limite supérieure 17 de la règle d’A. Gautier.
Plus généralement, la limite supérieure déterminée spé¬
cialement sur les vins types étant L®, on ne pourra viner
sans que la somme D® + A ne dépasse L et ne fasse ainsi
constater le vinage.
Les vins vinés se reconnaissent encore & leur goût d’eau-
de-vie, assez sensible surtout quand le vinage est récent.
Le rapport 2gp peut aussi dépasser sa limite spéciale L.
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— 379 —
Dans ce cas, il est préférable de prendre le rapport
du poids de l'alcool au poids de glycérine, parce que le
poids de glycérine est moins variable que celui de l’extrait;
si bien que, pour peu qu’on vine sensiblement, dépasse
sa limite supérieure L, déterminée au moyen des échantil¬
lons-types.
Enfin, quand on goûte l'alcool produit dans la distillation
des vins vinés avec les alcools impurs du commerce, la
saveur désagréable des alcools de queue révèle le vinage.
N.-B. — Les vins de liqueur madère, malaga ou autres
sont des vins suralcoolisés, mais ce vinage n’est point con¬
sidéré comme une fraude.
VI
CARACTÈRES SPÉCIAUX DES FRAUDES COMMISES
AVEC LES PIQUETTES DU MIDI VENDUES COMMB VIN APRÈS VINAGE.
Nous avons expliqué, page 227, la fabrication de ces
piquettes. Elles ont 4® à 5° d’alcool qu’on relève à 8®, ou 10®;
15 à 16 grammes d’extrait qu’on relève à 19 gr. ou 25 gr. par
glycérinage ou autrement; 3 à 4 grammes d’acidité
générale et peu ou point d’acidité œnolique, qu’on ne peut
changer ; enfin, elles sont très riches en tartres et en sels
minéraux.
Le tableau comparé de leur composition élémentaire
(telle qu’on les livre au commerce) et de celle des vins
naturels de même degré alcoolique, montre nettement com¬
ment on peut les reconnaître ;
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— 380 —
VINS
naturels.
PIQUETTES VLNÉES.
CARACTÈRES
spécifiques.
Degré alcoolique D®
Extraits.K.
Cendres.C.
Alcalinité.Sa
Sels insolubles.. Si
Acidité générale A .
— œnolique CE
Tartre.T.
Sucres.S.
Glycérine.Gl
8 à 10
19 à 25
1.7 à 2.0
0.4 à 0.6
0.5 à 0.9
5 à 7
1.5 à 2.0
1 à 3
2 à 3
6 à 8
8 à 10 artific.
19 à 25 -
3 à 4 natur.
1 à 1.5 natur.
1.5 à 2 natur.
3 A4 natur.
Très faible.
3 à 5 natur.
3 à 5 natur.
6 à 8 artific.
ç
Excès -jj- > L.
En rapport avec les
cendres.
En défaut < 1.
En défaut Œ < 1.
En excès T > L.
On reconnaîtra donc les fraudes commises avec les
piquettes du Midi, par l’excès des sels et des tartres et par
le manque des acidités.
Ils ont, en outre, un goût spécial qu’on rend très carac¬
téristique en distillant, à plusieurs reprises, le vin et l’alcool
qu’on en retire. La dernière distillation, faite lentement,
donne un résidu dont la saveur est celle de \'eau-de»vie
de marcs , rendue plus sensible encore par l’effet de la
distillation.
SECTION TROISIÈME.
RECHERCHES SUR LES CARACTÈRES SPÉCIFIQUES
DU VINAGE ET MOUILLAGE DES VINS.
Observations sur l’importance de la question
La fraude la plus communément pratiquée dans le com¬
merce des vins, et dont la preuve donne lieu au plus grand
nombre de contestations dans les expertises légales, est le
vinage et mouillage des vins. Nous devons, en consé¬
quence, traiter à fond cette difficile question.
Nous avons expliqué complètement, dans la première
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— 381 —
partie du mémoire, au chapitre des falsifications (page 2*29),
dans quelles opérations frauduleuses elle consiste.
Nous avons rapporté (page 279), les protestations que les
marchands de vins en gros de Paris ont adressées aux
Chambres françaises, pour les engager à ne pas faire de
loi nouvel e pour la répression de ces fraudes. Ces négo¬
ciants avaient même eu la hardiesse de prétendre que,
dans Tétât actuel de la science, il est impossible d’en faire
la preuve.
Néanmoins la loi fut votée et promulguée le 24 juillet
1894. Nous devons ici en donner le texte, car cette loi doit
servir de point de départ, dans les recherches des chimistes,
pour établir les preuves du vinage et du mouillage des
vins.
« Loi du 24 juillet 1894 :
t Article premier. — L’article premier de la loi du
« 5 mai 1855 est complété ainsi qu’il suit.
t Si, dans les cas prévus par les paragraphes 1 et 2 de
« l’article premier de la loi du 27 mars 1851 (1), il s’agit
« de vin additionné d’eau, les pénalités édictées par l’ar-
« ticle 423 du code pénal et par la loi du 27 mars 1851
< seront applicables, même dans les cas où la fabrication
« par addition d’eau serait connue de l’acheteur et du
« consommateur.
« Cette disposition n’entrera toutefois en vigueur qu’un
« mois après la promulgation de la présente loi.
(1) Voici le texte de la loi et les pénalités visées par l'article pre¬
mier de la loi ci-dessus :
« Loi du 27 mars 1851 : Article premier. — Seront punis dos
« peines portées par l'article 423 du code pénal (de trois mois à un an
« de prison, amende minimum de 50 fr , confiscation, affichage du
« jugement) : 1° Ceux qui falsifieront des substances ou denrées ali-
c mentaires ou médicamenteuses qu'ils sauront être falsifiées ou
c corrompues. »
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- 382 -
« Art. 2. — Toutes les dispositions contenues dans l’ar-
< ticle précédent s'appliqueront lorsqu’il s’agira du vin
« additionné d’alcool.
a 11 n’est rien changé à la législation existante, en ce qui
t touche les vins dits de liqueur et les vins destinés à
* l’exportation.
« Un décret rendu sur l’avis du Comité consultatif des
« arts et manufactures déterminera les caractères auxquels
« on reconnaît les vins suralcoolisés.
« La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la
« Chambre des députés, sera exécutée comme loi d’Ëtat.
< Fait à Paris le 24 juillet 1894 ».
L’application de la loi du 24 juillet 1894 repose, comme
on le voit, sur un décret destiné à déterminer les caractères
des vins suralcoolisés; nous avons cherché avant tout à
nous procurer le texte de ce décret.
Nous l’avons en vain demandé aux principaux négociants
en vins d'Orléans ; il ne leur était pas encore parvenu au
commencement de juin 1895.
Nous avons cru devoir alors nous adresser au Labora¬
toire municipal de Paris. Voici la réponse de M. Ch. Gi¬
rard :
10 juin 1895.
« En réponse à votre lettre, en date du 8 courant, j’ai
« l’honneur de vous informer que le décret sur le vinage
< des vins, prévu par la loi du 24 juillet 1894, n’est pas
« encore publié. »
Nous venons de renouveler notre enquête à Paris an
sujet de l’important décret visé dans l’article 2 de la loi.
Voici la lettre que nous fait l’honneur de nous adresser,
à la date du 10 avril 1896, un des savants les mieux
placés pour connaitre la situation :
< Le décret prévu par l’article 2 de la loi du 24 juillet
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— 383 —
« 1894 n’a jamais été rendu parce qu’au Comité consultatif
« des arts et manufactures les douanes et les contributions
t indirectes n’ont pu s'entendre sur la question du vinage.
« Il faut donc s'en tenir à la règle précédemment donnée
« par le Comité : que, dans les vins rouges, il y a alcooli-
« sation si le rapport du poids de l’alcool à celui de l’ex-
« trait est supérieur à 4,5. Cette règle ne s’applique pas
c aux vins blancs ni à tous les vins rouges étrangers et
c n’empêcbe pas la recherche des autres caractères des
« vins incriminés. >
Nous partageons absolument cet avis. C’est en se basant
sur les règles de l'oenologie de M. Gautier et deM. Girard,
en y joignant la règle des cendres et ses compléments, qu’on
peut prouver le vinage et le mouillage, en attendant qu'un
décret spécial rende applicable la loi du 24 juillet 1894.
Il importe d’étudier à fond la grave question du mouil¬
lage des vins. Nous devrons entrer dans tous les détails
nécessaires et suffisants pour montrer qu’il est possible
de reconnaître, par des caractères précis , les fraudes du
mouillage des vins .
Rappelons d’abord que la première et la plus importante
des conditions à remplir, dans les expertises légales, est
de fixer les limites spèciales de l’espèce du vin incri¬
miné ; sans ces limites, on n’obtiendrait que des probabi¬
lités 9 comme disent les marchands de vins de Paris dans
leur manifeste.
Or, quels que soient les vinages, mouillages, coupages et
autres tripotages qu’ils aient fait subir à leur marchandise,
ils ne peuvent refuser aux tribunaux saisis d’une affaire, de
donner des nom, prénoms et âge aux produits qu’ils mettent
en vente ; que ces désignations soient vraies ou fausses, il
faut les déclarer. Ce sera, par exemple, du vin de Gris-
Meunier % de Saint-Jean-de-Braye , de la récolte 1893.
Et les tribunaux, munis de ces renseignements, vrais ou
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— 384 —
faux, pourront ordonner de prélever des échantillons au¬
thentiques des vins types , qui représenteront les vins natu¬
rels semblables au produit incriminé.
C est surtout en vue de la fraude des vinage et mouil¬
lage que nous avons insisté, au commencement du cha¬
pitre IV, sur le principe des limites spèciales dans les
expertises légales, et page 362, sur les moyens de les dé¬
terminer.
Mais sur quels éléments, groupes d'éléments, et règles
’ d’œnologie devra-t-on, pour les vinages et mouillages ,
porter plus particulièrement l’attention ? Telle est la pre¬
mière question à traiter.
I
RECHERCHES DES VINS DE MOUILLAGE
Pour la résoudre, examinons quels peuvent être les vins
qu’on peut mouiller avec quelque chance de réussite et de
bénéfice. Procédons, si l’on veut, par élimination.
Les vins de sucrage par la méthode de Gall sont déjà
mouillés par l’eau qui sert à dissoudre les glucoses em¬
ployés.
Les vins donnés par le procédé Petiot sont fabriqués
avec de l’eau et des marcs ; ceux-là sont entièrement
mouillés. Ce ne sont pas non plus des vins que les négo¬
ciants pourront mouiller.
Il en est de même des piquettes de marcs du Midi.
Il en est encore ainsi des vins de raisins secs. Si on avait
eu l’intention de mouiller ces espèces de vins, on aurait
tout simplement employé plus d'eau dans leur fabrica¬
tion.
Ainsi, par exemple, en analysant des vins de raisins secs
fabriqués à Orléans, nous avons trouvé pour les principaux
éléments :
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— 385 —
Acidités.
Vins de l r * qualité.
Alcool
10»
Extrait
E
25,3
Gendres
G
3,31
Alcalinité
Sa
0,69
Vins de 2 e qualité.
7®
16,0
u
0,30
générale
5*4
3,4
OEnoliqne
CE
o
Conclusion. — On voit que la deuxième qualité pouvait
être fabriquée en mettant pour elle plus d'eau que pour la
première qualité ; ainsi donc ce ne sont pas les vins arti¬
ficiels qu’on mouille, ce serait de la maladresse. Les
fraudes qu’on commet avec ces vins sont de les couper,
pour les vendre, comme vins naturels, avec les gros vins
du midi appelés à cause de cet emploi vins db coupages.
H
Vins que l’on peut mouiller.
Ce sont les vins naturels seulement qu’on peut songer
& mouiller et viner ; mais quels sont ceux qu’il y a avan¬
tage de traiter ou plutôt de maltraiter ainsi ?
Ce ne sont certes pas les vins de prix de Bourgogne, de
Bordeaux et des autres vignobles renommés.
Ce ne sont pas non plus les vins faibles et peu colorés
comme ceux du Loiret. Ceux-là, on les coupe par des vins
forts et colorés ; les mouiller ensuite serait comme si on
mouillait les vins de couleur eux-mêmes.
Ce sont évidemment les vins très riches en alcool et sur¬
tout en couleur qu’on peut songer à mouiller, avec
espoir d’en tirer bon parti, tels sont :
1* Les vins de producteurs directs américains, Jacquez,
Othello, Canada ;
2° Les vins étrangers d’Espagne, d’Italie, d’Asie
Mineure ;
3* Les gros vins du Midi, du Roussillon, de l’Aude, de
l’Hérault et du Gard.
C'est pourquoi nous avons cherché, par l’analyse de ces
25
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— 386 —
sortes de vins, quel parti pouvaient en tirer les mouilleurs
du commerce , pour les faire passer malgré leur mouillage
pour des vins naturels, en leur donnant à peu près la
composition élémentaire des vins de vendanges. Nous les
avons analysés pour découvrir les défauts inhérents au
mode de fabrication et parvenir ainsi à savoir sur quels
éléments on s'était basé pour les soumettre au mouillage,
et pouvoir les faire passer pour des vins naturels.
Nous avons dans ces recherches dosé d’abord les élé¬
ments et groupes d’éléments que l'analyse a coutume de
considérer :
Le degré alcoolique, D*.
L’extrait sec, E.
Les cendres, G.
L’acidité générale, A.
La glycérine, Gl.
Les sucres réducteurs, S.
Le tartre, Ta.
Le sulfate de potasse, élément du plâtrage, PI.
L’acidité œnolique (Œ), élément caractéristique
de la coloration naturelle des vins.
Et les éléments minéraux des cendres qui les caracté¬
risent :
L’alcalinité, Sa.
Les sels insolubles, Si.
Pour rendre la discussion plus claire, nous allons pré¬
senter en colonnes horizontales les résultats des dosages.
Dans la première, sont inscrits les résultats directs des
analyses, rapportés à un litre. Si on mouille en doublant
le volume, comme cela se pratique le plus souvent, les
dosages ne seront plus que la moitié des premiers, ce sont
les nombres de la deuxième colonne.
La troisième comprend les résultats des dosages des
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— 387 —
éléments dans les vins naturels pour le même degré
alcoolique que nous supposons de 8° à 10°.
Si bien qu’en faisant la différence des nombres de la
troisième et de la deuxième colonne, on obtient (quatrième
colonne) ce qu’il faudrait ajouter aux vin3 mouillés
pour avoir la même composition élémentaire que les
vins naturels. C’est, on le voit, la solution du 'problème
commercial du mouillage , et nous ne doutons point qu’en
leur présentant cette solution, nous ne soyons agréable
aux mouilleurs du commerce.
m
Vins de mouillage des producteurs directs américains.
(Voir le tableau 1.)
On voit qu’avec les vins de couleur, la plupart des élé¬
ments font défaut dans le vin mouillé : mais les fabticants
de vins de mouillage ne seront pas embarrassés pour y
pourvoir.
1® Il sera facile avec du trois-six de viner pour élever
de 5° le degré alcoolique. Il n'y a guère de mouillage sans
vinage.
2 a Ils pourront aussi ajouter les 3 à 4 gr. de glycérine
qui manquent, mais il en faudrait au moins encore autant
pour obtenir une quantité suffisante d’extrait, c’est-à-dire
un excédant de 6 à 8 gr. de glycérine que l’analyse
reconnaîtrait sûrement: on pourrait aussi ajouter cet
excédant de 6 à 8 gr. en dextrine et glucose du com¬
merce ; mais le polarimètre les ferait découvrir aisé¬
ment.
3° Quant aux acides, comment en ajouter deux à trois
grammes ? Il faudrait recourir aux acides organiques, tar-
trique, salycilique ou aux acides minéraux, sulfurique,
chlorhydrique, borique.
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8 à 12 Inutile. 2 à 3 0.3 à 0.6 0 3 À 4 I Inutile. 0.3 à 0.5 0.3 à 0.5 0.2 à 0.
— 389 —
L'analyse les découvrirait facilement.
4° Enfin, il ne sera pas possible d’augmenter l’acidité
œnolique, car, on ne sait pas préparer artificiellement les
œnotannins ; il n’y en a pas dans le commerce.
Nous avons eu la bonne fortune de connaître, par expé¬
rience, comment on s’y prenait, dans le Gard, pour prépa¬
rer les vins de mouillage du Jacquez. Ayant vu sur un
propectus la mise en vente sous la désignation de Jac¬
ques, d’unum de coupage à 110 fr. la barique. — 110 fr. !
— nous avons fait venir un échantillon de ce vin : il
nous a donné à l’analyse :
ALCOOL.
EXTRAIT.
CENDRES.
ACIDITÉ
GÉNÉRALE.
'W g
fco-
Q J
g*
TARTRE.
w
£
S
% w
U
>*
-3
O
SUCRES.
SELS
ALCALINS.
SELS
INSOLUBLES.
SULFATE
DE POTASSE.
dont les
12*6
3(5.6
1.9
11.6
2.8
24 gr.
3.5
|
moitiés sont
6° 3
18.3
0.95
5.8
1.4
12 «r
1/7
0.25
g
C’est à peu près la composition des vins ordinaires, si
bien que le débitant n’aurait plus qu’à ajouter à son vin de
coupage un volume égal d’eau. Ce vin dit de coupage
est en réalité un vin de mouillage.
II y a cependant encore quelques défauts dans sa confec¬
tion ; d’abord ily a un excès de glycérine, 12 gr - au lieu de 8.
Il est probable qu’il avait fallu forcer la dose pour avoir
un poids d’extrait convenable (18 gr - à 19 gr ) ; puis le poids
des cendres, à peine 1 gr., est trop faible d’au moins 0^-5,
il est surtout trop faible par rapport à l’extrait, | est plus
petit que 0,08 qui est la limite inférieure.
Enfin nous y avons trouvé de l’acide sulfurique (un
poison) et de l’acide borique qui a coloré d’un beau vert
la flamme de l’alcool. Le mouillage était donc parfaite¬
ment démontré.
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— 390 —
IV
Vins de mouillage de l’Espagne.
Nous eu avons analysé deux échantillons, l’un de 1891,
l’autre de 1894, les résultats ont été presque identiques,
en voici le tableau. (Voir le tableau II).
La dernière colonne du tableau nous montre qu'il n’y a
guère ici que les acides qui fassent défaut, il est probable
qu'on n’avait pas pensé à en mettre assez.
A part ce défaut on voit que les vins d’Espagne appro¬
chent de la perfection, comme vins de mouillage. Il ne
leur manque qu’un peu rf’ acidité ; comment leur en
donner ? C'est là le plus difficile, les fraudeurs n’ont à
leur disposition parmi les acides naturels des vins, que le
tartre et l'acide tartrique car l’acide œnolique n’est pas
dans le commerce.
N. B. — On peut être surpris de trouver autant de gly¬
cérine (14 à 15* r ) dans ces vins. Nous croyons qu’ils les
doivent à un glycérinage artificiel, comme leur degré
alcoolique lui-même (14* à 15°).
Conclusion. — C’est donc, pour les vins d’Espagne
comme pour les vins américains, aux dosages de la glycérine
et surtout des acides qu'il faut s’adresser pour démon¬
trer le mouillage des vins.
V
Vins de mouillage du Roussillon et de Narbonne.
Ces vins sont, en France, employés aux coupages plus
que les vins d’Espagne eux-mêmes. On les fabrique,
d’ailleurs, exprès par un vinage et un glycérinage préa¬
lables.
Voici les résultats de nos analyses de deux vins du
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TABLEAU II. — VINS DE MOUILLAGE DE L’ESPAGNE
— 391 —
SULFATE
de potasse
PI.
0.4
0.2
CO
O
*c8
tH
O
0.3
SELS
insolubles
Si.
1 à 1.2
0.5 à 0.6
O
H
*«8
C*
O
0.2 à 0.4
1
CO
SELS
alcalins
Sa.
O*
0.22
O
««8
0.2
O
SUCRES
S.
2 à 3
ta
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f—H
1 à 2
O
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2 | »
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§ 15
2.4
1.2
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ACIDITÉ
œnoliqne
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3
J»
"3
o
o
03
H3
00
d
>
Après mouillage au dou¬
bla. . .
Vins naturels ordinaires..
Eléments complémentaires
du vinage et mouillage.
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— 392 —
Roussillon, complétés par ceux que nous trouvons dans
l’ouvrage de M. A. Gautier pour les vins de Narbonne.
(Voir le tableau III).
Dans les vins naturels du Roussillon, tous les éléments
feraient défaut si on les mouillait en doublant de volume.
Mais, que les débitants se rassurent ! on travaille les vins
du Roussillon avant de les livrer sous le nom de vins de
coupage (lisez vins de mouillage).
D’abord, on les vine en leur ajoutant du trois-six pour
porter leur degré à 13° ou 15° et de plus on lenr donne,
comme on peut, la quantité d’extraits nécessaires.
On fait payer plus cher, en conséquence, le vin de
coupage qu'on devrait plutôt appeler vin de mouillage.
VI
Vins de mouillage du Gard.
On emploie à la fabrication de ces vins des raisins à jus
très colorés. Leur couleur d’un rouge-violacé très intense
supporte très bien le mouillage au double. Nous allons en
donner la composition, telle que l’analyse nous l’a déter¬
minée. Nous donnerons après la composition du vin de
coupage , tel qu’il est livré au commerce sous le nom de
vin de Coslières. (Voir le tableau IV).
Ces produits sont, nous l’avons dit, des vins naturels ;
leur couleur et leur sucre seuls suffiraient pour un
mouillage au double.
Tous les autres éléments devraient être ajoutés pour en
faire des vins de mouillage. En effet, en vue du mouillage,
on a d’avance pourvu en partie à l’insuffisance des autres
éléments. Nous nous sommes procuré un échantillon
authentique du vin de coupage dit de Costières : voici les
résultats de nos analyses. (Voir le tableau V).
Avec le vin dit de coupage des Costières, il resterait peu à
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TABLEAU III. — VINS DE MOUILLAGE DU ROUSSILLON ET DE NARBONNE
— 393 —
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— 394 —
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TABLEAU V. — VINS DE MOUILLAGE DE COSTIÈRES
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faire pour les débitants, mouilleurs de profession; ils n’au¬
raient qu’à viner avec du trois-six pour élever le degré de
4*, 7 à 8° ou 10°, ce qui leur serait facile. Ils pourront
aussi penser à compléter les cendres de et enfin
à ajouter 4 à 5 gr - d’extraits (glycérine ou autre) aux 15* r -
que le vin mouillé contient déjà.
Mais ce qu’ils ne pourraient pas faire aisément, ce serait
d’ajouter 2* r - à l’acidité générale ; ils n’ont à leur dispo¬
sition que de l'acide tartrique que l’analyse découvrirait
aisément et dont la présence serait probante, puisque les
vins naturels n’en contiennent que des traces.
Le mouillage du vin des Costières serait alors caractérisé
d’abord par l’excédant de la glycérine (G1 < L) ajoutée
pour compléter l’extrait, et surtout par l’insuffisance de
l’acidité générale (A < 1).
Il en est de même du Jacquez et des vins espagnols,
ainsi que probablement de tous les vins de coupages qui
sont artificiellement préparés pour le mouillage.
Conclusions des rechekches sua les vins de mouillage.
De ces analyses sur les vins de couleur, vins de cou¬
page ou vins de mouillage, il résulte clairement pour
nous que c'est sur la glycérine et surtout sur la nature et
les proportions de l'acidité générale et de l'acidité œno-
lique que reposent les preuves du mouillage des vins ;
par conséquent, on doit baser spécialement sur ces
éléments les recherches et les dosages qui caractérisent
cette fraude.
Les conclusions à déduire de cette étude, sur la
méthode et les règles à suivre dans la recherche spéciale
du mouillage des vins, vont découler naturellement des
observations qu’il nous reste à présenter sur les règles de
l’œnologie, dans leurs applications à cette importante
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— 397 —
question qu'elles sont appelées à résoudre dans la pensée
de leurs auteurs.
Les règles de A. Gautier et de Ch. Girard sont utiles ;
mais elles ne sont pas toujours suffisantes aujourd’hui,
où les fraudeurs ont tant perfectionné leur coupable
industrie. Nous avons cherché à les compléter par des lois
nouvelles. Nous allons expliquer comment dans le § VII
qui suit.
VII
OBSERVATIONS SUR L’APPLICATION DES CINQ RÈGLES DE L’ŒNOLOGIE
EMPLOYÉES POUR DÉCOUVRIR LE MOUILLAGE DES VINS.
1" Règle. — Alcool plus acide de M. A. Gautier.
! Limite inférieure 13, en général 1.
Limite supérieure 17, eu général L.
Cette règle est excellente, mais elle ne peut guère em¬
barrasser les fraudeurs, quand bien même les limites 1 et L
en seraient resserrées. Car quelle que soit l’acidité géné¬
rale (A) dans le vin mouillé, il leur est toujours facile de
le viner à un degré (D°) tel que la somme (D* + A) soit
renfermée dans ces limites. La règle de M. Gautier ne
serait infaillible que si les fraudeurs n’y avaient pas songé ;
quoi qu’il en soit, il est toujours bon de l’appliquer.
Suivant nous, il serait souvent préférable de considérer
seulement l’acidité générale (A) sans se préoccuper de D*.
En effet, cette acidité ne peut être modifiée que très diffi¬
cilement, et nous sommes persuadé que si se3 limites 1
et L ont été rigoureusement fixées d’après les vins types ,
l’acidité (A) des vins mouillés au double tomberait à ^
et sortirait de ces limites.
Cette probabilité se changerait en certitude absolue si
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— 398
par des recherches spéciales on découvrait parmi les acides
du vin de l’acide tartrique en quantités notables (1).
Il ne serait guère possible d'avoir recours à des acides
étrangers aux vins naturels, tels que l’acide salycilique ou
des acides minéraux sulfurique, chlorhydrique, borique ou
autres, car leur présence, constatée dans un vin, serait une
preuvede falsification.
2- Règle de U.Ch.Girari .-(¥) < \
Le rapport du poids de l’alcool (D° 8) au poids de l’extrait
sec (E) ne permet pas souvent aujourd'hui de caractériser le
mouillage , car les fraudeurs instruits par leurs malheurs
judiciaires ont bien soin d'ajouter des Extraits artificiels
en quantité suffisante pour satisfaire la règle du terrible
laboratoire municipal de Paris. On ne peut plus les prendre
que sur la nature des extraits artificiels qu’ils emploient;
l’étude que nous avons faite des vins de coupage montre
que le plus souvent c'est à la Glycérine qu’ils ont recours.
Au lieu d’appliquer la règle de M. Ch. Girard, on ferait
donc mieux de déterminer sur les vins types les limites (1)
et (L) de la Glycérine. Le mouillage sera prouvé si
les dosages de cet élément, dans le vin incriminé, prou¬
vent qu’ils sortent des limites.
3* Règle.
/£\ limite inférieure 1 (0,08 environ).
\B/ limite supérieure L (0,10 environ).
La règle du rapport du poids des Cendres au poids de
(1) Quelques œnologues ne considèrent pas comme une falsification
l’addition aux vins naturels de l’acide tartrique, ils regardent ce tar¬
trage des vins comme un procédé de vinification permis. Nous ne par¬
tageons pas cette opinion ; nous considérons comme une falsification
illicite toute addition aux vins naturels non seulement de matières
étrangères, mais encore de leurs éléments tels que eau, alcool, glycé¬
rine, tartre et à fortiori l’addition de l’acide tartrique qui n’est même
pas un élément du vin, puisque les vins naturels n’eu contiennnent
que des traces.
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— 399 —
l'Ëxtrait dont elles proviennent, donne des Caractères
de mouillage plus sûrs que les deux précédentes ; nous
avons déjà dit pourquoi, mais il est bon de le rappeler ici.
Quels que soient les extraits artificiels employés :
' glycérine, gommes, glucoses ou dextrines, ces matières
donnent très peu de cendres et par suite le rapport | tom¬
bera fatalement au-dessous de la limite inférieure (1) fixée
par les vins types et prouvera ainsi le mouillage d’une
manière certaine.
Il y a cependant possibilité d’un essai à tenter, comme
nous le montre l’analyse des vins découpage du Roussillon
Les fraudeurs, en effet, se diront, (car ils savent profiter
des enseignements de la science aussi bien que les chimistes
experts). « On ne trouve pas assez de sels dans nos vins
« mouillés, nous allons en mettre et nous choisirons des
c sels naturels des vins, des sels alcalins, des sulfates ou
« des chlorures, les chimistes n’auront plus rien à dire ».
C’est une erreur, car pour que la 3* règle | soit observée,
il ne suffit pas que le poids des cendres soit convenable,
il faut de plus que ces cendres aient la composition centé¬
simale qu’on leur trouve dans les vins naturels, ce qui
nous a conduit à établir deux règles complémentaires.
4° 4* et 5‘ Règles. — Complémentaires de la 3 *.
Nous avons déterminé (page 307) pour les vins naturels
les limites des rapports de poids des principaux groupes de
sels au poids des cendres qui en sont formées : 1° des sels
alcalins (Sa étant estimé en carbonate de potasse) ; 2° des
V
Si
sels insolubles -.
Ces limites de et % sont considérées comme des règles
complémentaires de la 3* règle g, c’est-à-dire qu’il ne suf¬
fit pas que § soit dans ses limites pour caractériser les vins
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— 400 —
naturels, mais qu’il faut de plus que et ^ soient égale¬
ment dans leurs limites.
Ce complément rend, suivant nous, impossible pour les
fraudeurs de masquer les mouillages par l’addition de
sels artificiels.
D’abord, ils ne peuvent pas ajouter des carbonates alca¬
lins aux vins mouillés, car ils réagiraient sur les acides
en les neutralisant, cela aurait pour effet de diminuer leur
acidité (A) déjà trop faible : ainsi donc ^ resterait quand
même en défaut.
Ils ne peuvent pas davantage ajouter au vin des sels
insolubles; ils ne s’y dissoudraient pas et tomberaient de
suite dans les lies. f? resterait lui aussi en défaut.
Enfin, s’ils ajoutaient du sulfate de potasse ou des
chlorures, les fraudes seraient découvertes : celle du sulfa¬
tage par le dosage des sulfates par les procédés de M. Marty,
celle du salage par le dosage des chlorures dans les cendres.
En sorte que si la règle ^ complétée par les règles ^ et
n’est pas satisfaite, c’est une preuve irréfutable de
mouillage.
On peut objecter encore qu’ils peuvent ajouter des tar¬
tres. Cette addition donnerait un supplément de carbonates
alcalins dans les cendres, de sorte que ^ dépasserait sa
limite supérieure L, ce qui ferait découvrir la fraude ; de
plus les tartres eux-mêmes dépasseraient leur limite supé¬
rieure (L), ce qui serait une 2* prouve de fraude.
Conclusions générales.
En résumé, de toutes ces observations, on peut conclure :
1° Que dans les recherches légales du mouillage des
vins, la 3* règle d’œnologie, complétée par les règles
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— 401 —
secondaires des éléments des cendres, suffit pour carac¬
tériser celte fraude.
2° Les deux premières règles devront toujours être
applicables dans les cas où les fraudeurs n’auraient pu
parer d’avance à leur application.
5°Dans tous les cas, aux cinqrèglesde l’œnologie s’ajou¬
teront les règles des limites des éléments simples et
des groupes d’éléments pour achever de démasquer les
mouillages.
Dans ce but, il faudra toujours, au moyen des échantil¬
lons de vins types, déterminer exactement les limites de
ces éléments ou groupes d'éléments, dont les principaux
sont :
La glycérine G1 (l’extrait artificiel par excellence);
Les sucres réducteurs S, qui seront en outre caractérisés
au Polarimètre chargé également de découvrir les gommes
et les dextrines, éléments étrangers aux vins ;
Les tartres Ta dont les doses caractérisent aussi les vins
naturels ;
Les sulfates PI, caractéristiques des plâtrages ;
Les chlorures Cl, caractéristiques des salages.
Et par-dessus tout, avec toutes les ressources dont la
science dispose :
L’acidité générale (A).
L'acidité œnolique (Œ), qui offrent les caractères les
plus sûrs pour reconnaître les mouillages.
Enfin, on les complétera par les recherches et le dosage
de l 'acide tartrique libre T et par les recherches simples
des acides étrangers aux vins naturels : salycilique, sulfu¬
rique, borique et autres acides minéraux libres ou à l’état
de sels acides.
6* Ajoutons, enfin, que les règles d’œnologie, de¬
vant toujours et quand même être appliquées dans la
recherche des mouillages et autres fraudes, on devra doser ;
26
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— 402 —
Le degré alcoolique D° ;
L’extrait sec E;
Les cendres G et leurs éléments principaux ;
L’alcalinité Sa ;
Les sels insolubles Si.
On devra, par conséquent, s’assurer si ces éléments sont
comme tous les autres renfermés dans leurs limites parti¬
culières (1) et (L) déterminées par l’analyse des vins types.
En résumé, tous ces caractères réunis en faisceau
suffront largement dans tous les cas pour caractériser
le mouillage des vins; nous en avons la plus entière
conviction.
Cependant, nous le répétons une dernière fois, la con¬
dition indispensable est la fixation rigoureuse des limites
sur chacun des éléments ou groupe déléments à l’aide
des échantillons authentiques des vins types choisis pour
représenter les vins naturels de même vignoble, de même
cépage et de même année que le vin incriminé.
Sans cette condition, il n'y aurait que des probabilités,
comme affectent de le dire MM. les marchands de vins ;
mais si cette condition a été remplie, le3 magistrats acquer¬
ront uue certitude complète et pourront, enfin, appliquer
la loi du 24 juillet 1894 sur le mouillage.
CHAPITRE VI.
PREMIERE ANNEXE.
RECHERCHES PARTICULIÈRES SUR LES QUALITÉS HYGIÉNIQUES DES VINS
DE LA RÉCOLTE DE 1893, DANS LE BORDELAIS, DANS LB MIDI ET
DANS LE LOIRET PARTICULIÈREMENT.
Les principes d’œnologie que nous avons expliqués dans
ce travail, étaient, depuis plusieurs années, les bases de
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— 403 —
nos recherches analytiques sur les vins, lorsque, à l’occa¬
sion du Concours régional d’Orléans, en 1894, nous
avons été invité par M. Menault, inspecteur général de
l’agriculture, président du concours, à exposer, dans
une conférence publique, nos méthodes d’analyses et
leur application aux vins de la dernière récolte (1893).
Cette conférence ne put avoir lieu ; mais tous les pré¬
paratifs en avaient été faits, et les résultats des analyses
avaient été réunis en tableaux synoptiques, que nous
allons présenter dans ce chapitre.
M. Duplessis, professeur départemental d’agriculture,
s’était chargé de nous procurer des échantillons authen¬
tiques des diverses sortes de vins du Loiret ; nous avons
complété cette collection en nous procurant à bonnes
sources des spécimens de bons vins du Bordelais et du Midi,
afin de procéder, par analyses comparatives, à l’étude des
produits de nos vignobles.
M. Boegner, préfet du Loiret, sur la demande de
M. Duplessis, mit gracieusement à notre disposition le
Laboratoire agricole du Département. Nous remercions
ces messieurs de leur bienveillante attention.
M. Quantin, chef du Laboratoire, mit son préparateur à
notre disposition et, de plus, nous prêta son habile collabo¬
ration. Par des analyses préalables, faites chacun de notre
côté sur les mêmes vins, nous nous étionsassurés àl’avance,
par la concordance de nos résultats, que les méthodes et les
procédés d’analyse que nous avions suivis, offraient toutes
les garanties désirables. Que M. Quantin veuille bien
recevoir ici l’expression de notre sincère reconnaissance.
Nous avions à notre disposition quatre vins de Bordeaux
mis en vente en 1894, sept vins du Midi de la récolte
de 1893, et trente variétés de vins du Loiret de diverses
sortes ; quelques échantillons du Loiret arrivèrent trop tard
pour être analysés en temps utile.
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Les analyses furent faites en mars et avril 1894 ; les vins
de 1893 avaient tous passé l’hiver et s’étaient bien clarifiés.
TABLEAU DES CARACTÈRES TIRÉS DE LA DÉGUSTATION ET DES OPÉRA¬
TIONS PHYSIQUES ET COMPRENANT LES RÉSULTATS NUMÉRIQUES DES
DOSAGES DES ÉLÉMENTS DES VINS.
Nous avons cru bon de réunir, dans des tableaux synop-
tiques, les résultats de nos observations et de nos dosages,
ainsi que les calculs faits pour vérifier l’application des
règles d'œnologie, dans le but de reconnaître les falsifica¬
tions et les fraudes et pour constater l’état d’équilibre des
éléments.
En étudiant avec soin les renseignements et les chiffres
que contiennent ces tableaux, le lecteur pourra, pour
chacune des espèces et variétés de vin, se rendre un compte
exact et précis de leur valeur. Nous avons signalé en
caractères plus gros les proportions qui dépassent les limites
supérieures, en caractères plus petits celles qui sont plus
petites que les limites inférieures.
Dans les dix premières colonnes, précédant celle oà est
indiquée la provenance de chaque vin, sont consignés les
caractèi es de la dégustation et les renseignements fournis
pour chaque vin par sa distillation, et parla calcination et
l’incinération de son extrait.
Dans les dix colonnes qui suivent celle où est indiquée
la provenance, sont consignés les résultats numériques des
dosages des éléments, suivis d’une colonne d’observations
sur les particularités que ces dosages présentent.
Enfin, dans les quatre colonnes suivantes sont inscrits
les résultats numériques des applications des règles de
l’œnologie ; dans une dernière colonne sont présentées les
observations et les conclusions qui découlent de ces
résultats.
Le tableau comprend trois parties distinctes :
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— 405 —
La première partie est consacrée à deux catégories
de vins analysés dans le but de leur comparer les vins
du Loiret : la première catégorie est celle des quatre
vins de Bordeaux ; la deuxième, celle des cinq vins
rouges du Midi : quatre du Gard et un des Pyrénées-Orien¬
tales.
La deuxième partie du tableau est consacrée aux vins du
Loiret divisés en quatre catégories : la première catégorie
comprend dix vins du cépage Gris-Meunier, qui est le plus
répandu dans le Loiret; la deuxième, quatre espèces de
vins, dont trois de raisins gascons et un de portugais
bleu ; la troisième, huit espèces de vins de producteurs
directs américains cultivés aux environs d’Orléans (1) ; la
quatrième, quelques vins types du gâtinais.
La troisième partie du tableau est consacrée àdix espèces
de vins blancs de divers cépages cultivés dans le Loiret
et de deux vins blancs du Midi.
Les tableaux sont terminés par des résultats d’analyses
qui montrent l'influence des soutirages.
Il nous reste à présenter les conclusions de nos études
sur les diverses catégories de vins soumises aux analyses.
Les tableaux donnant nécessairement des renseignements
simplement résumés, nous devons ajouter les interpré¬
tations nécessaires pour les faire comprendre et en tirer
des conclusions pratiques pour la viticulture.
(1) Les vignerons d’Orléans s’étaient, depuis quelques années,
adonnés à la culture des cépages américains. Les producteurs directs
ont depuis peu & peu disparu pour faire place aux plants du pays
greffés sur américains.
Digiti , >y
Google
1" PARTIE DU TABLEAU.
Analyse de vins de Bordeaux et du Midi.
l re CATEGORIE. — VINS DE BORDEAUX.
Nous avons pu nous procurer quatre types authentiques.
Voici les résultats de leur dégustation et de leur analyse :
1* Le vin de Saint-Emilion était excellent, d’un franc
goût de vin , relevé par un bouquet sensible à la simple
dégustation. Les résultats de son analyse ne sont pas
moins satisfaisants : son degré i0° 2, son extrait 23,2 et
ses cendres 2 gr 1 le placent dans les limites des bons vins
naturels. Il possède 1 er 62 de sucres réducteurs qui lui per¬
mettront de vivre longtemps encore sous l'influence de ses
ferments. Uest riche en tartre (2 gr 74) qui le rendra tonique
à un haut degré. Son acidité 5* 1 2 est un peu faible par
rapport à son degré d’alcool. Son acidité œnolique 0,8 est
faible également ; ce qui lui ôte une partie de ses qualités
hygiéniques comme vin de table, mais augmente en
revanche ses qualités comme vin alcoolique extra. Cette
remarque s’applique aux trois autres vins de Bordeaux.
C’est un vin de prix.
2° Trois autres vins ont été analysés ; un du château de
Bart de 1890 ; un de Château-Teynac de 1890 ; un de ce
même vignoble de 1891.
Nous avons dit pourquoi les Bordelais ne mettent jamais
leurs vins en vente l’année même de leur production. Il
leur faut deux, trois, quatre ans et plus pour leur donner
des soins et leur faire acquérir toutes leurs qualités hygié¬
niques (1).
(1) Pourquoi les viticulteurs du Midi et des autres contrées n’ont-ils
pas la même vertu de patience pour leurs vins des meilleurs crus,
bien réussis dans les bonnes années, leurs vins du cépage gascon
notamment T Leurs produits gagneraient beaucoup s’ils les laissaient
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servant de tarais
ELEMENTS GENERAUX
\NT A APPRÉCIER LA VALEUR
COMMERCIALE DES VINS.
"Ü3 O H
gg . || .
g8«
*< S w
5.
22.3
2.1
6.7
24
1.8
6.6
23
2.0
5.6
22.2
1.9
0.094
Vin mal équilibré, un peu faible eu
acidité.
0.079
L’excès d’acidité par rapport à l’al¬
cool est dû à l’acidité œnolique, ce qui
eu augmente les avantages.
0.086
L’excès d’acidité par rapport à
l’alcool est dû surtout à l’acidité œno¬
lique ce qui en augmente les avan¬
tages.
0.085
Faiblesse en alcool par rapport â
l’acidité et à l’extrait.
— 407 —
Les trois autres vins de Bordeaux avaient beaucoup
moins de valeur que le Saint-Émilion ; leur composition en
rend compte. Ils ont à peu près le même degré alcoolique,
10* à 11* ; mais ce n’est pas le degré seul qui fait la qualité
d’un vin. L’union intime des éléments exerce une grande
influence sur ses qualités et il faut du temps et des soins
pour l’obtenir. Ainsi, par exemple, le Teynac qui avait
moins de deux ans n’avait pas encore eu le temps de se
parfaire ; dans un ou deux ans, il vaudra les autres.
Tous ces vins sont dans de bonnes conditions hygié¬
niques. Un de leurs défauts est d’avoir (surtout les Teynac)
un peu trop d’extraits ; ils perdront cet excès peu à peu en
déposant leurs lies.
Un second défautplusgrave estden’êtrepas assez ricbesen
œnotannins ; l’acidité ænolique est seulement de 0,7 à 1,1.
Et, en vieillissant, ils s’appauvriront encore en perdant
une partie de leur couleur ; ce défaut les expose à l’amer¬
tume, comme nous l'avons souvent constaté
2* Catégorie, — Vins du Gard de 1893. Canton de Beknis.
1° et 2° Considérons d'abord les vins de Garrigue et de la
côte du Grès qui sont naturels et naturellement faits.
Ces vins sontdans les limites de l’équilibre, maisprèsdela
limite inférieure; ils ont environ 9* d’alcool, ce qui est un
peu faible pour des vins du Midi, tandis que leur acidité
D° 8
atteint et dépasse même 6 grammes. Le rapport —— est
très près delà limite inférieure (11), ce qui provient de ce
que leurs proportions d’acidité sont un peu fortes pour le
degré d’alcool qu’ils possèdent.
Cependant ces vins sont des vins de table très hygiéni-
te faire et se parfaire naturellement, non seulement pendant le pre¬
mier hiver, mais pendant un ou deux ans, au lieu de tant se presser
de les vendre de suite sans attendre même qu’ils soient faits.
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— 408 —
ques ; nous le savons par expérience. La raison de leur
supériorité est qu’une grande partie de leur acidité est
due spécialement à l’acidité œnolique qui est très forte
(1, 7 à 2, 0), et cette acidité des œnotannins s’harmonise
très bien avec l’alcool et, par suite, exerce sur ses effets
dans les organes digestifs la plus grande et la plus heu¬
reuse influence. De sorte que, même avec le rapport
égal à la limite inférieure (11), l’alcool est suffisamment
équilibré grâce aux œnotannins. '
Nous l’avons déjà dit, mais ne saurions trop le répéter,
il faut, pour juger les vins, tenir le plus grand compte
de cette influence exceptionnelle de l’acidité œnolique.
Ces deux vins de Garrigue et de la côte du Grès ont
d’ailleurs leurs autres éléments dans de bonnes propor¬
tions. Les extraits sont 23 gr. et 24 gr. ; les cendres 2 g. 0
et 1 gr. 8 ce qui leur donne pour la somme (D + A) 16
et 15,6 qui sont dans les limites 13 et 17.
D° 8
—^— = 3, 15 pour les deux, proportion qui est bien dans
E
C
les limites 3 'et 4 ; —— est pour l’un 0,085 un bon rapport
et pour l’autre 0,079 un peu faible.
3° L 'Aramon de la plaine e st le vin commun du pays. Il
se rapproche beaucoup des vins du Centre ; il était bon en
1893. Avec ses éléments :D°=8 , 2 A =5,6et (D+A)=13,8,
il satisfait la règle (D + A) ^{g.
D° 8
Avec son rapport —— =11,7 ,il est dans les limites de
la règle d’équilibre.
D° 8
Avec ses 22 gr. 2 d’extrait, le rapport —g— = 2, 9 est
au-dessous de la limite inférieure 3, c’est sa faiblesse en
alcool qui en est la cause principale.
Q
Le rapport —— est pour lui 0,085, dans les limites.
E
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— 409 —
Enfin, sa provision de sucre 1,8 est suffisante ; il est
riche en tartre 3,4 ; l’acididité œnolique 1,0 ne lui manque
pas trop non plus.
4° Le Paillet est une sorte de vin qu’on ne laisse fer¬
menter que 24 heures en cuve au contact de la grappe ;
la fermentation s'achève ensuite dans les fûts. Il en résulte
qu’il pord beaucoup en œnotannins, en extraits et surtout
en cendres ; mais il gagne en alcool : ce qui n’est pas, nous
le répétons, gagner en qualités hygiéniques.
Nous avons trouvé à l’analyse : Alcool 9°, 8 ; acidité
générale 5 dont 0,6 seulement d’acidité œnolique : Extrait
19,2* cendres 1,5 ; sucre 1,75; tartre 2,70; ce qui, pour
les règles d’œnologie, donne :
D + A = 14,8 dans les limites.
D° 8
—— = 15,6 au delà de la limite supérieure de l’é¬
quilibre ; son trop peu d’acidité générale, d’acidité œno¬
logique surtout, en est cause.
iV) Q
—-— = 4, atteint la limite extrême à cause de l’été—
vation du degré D° et du peu d’extrait E dus au mode de
vinification.
c
Enfin le rapport —g- tombe à 0,077 au-dessous de la
limite et montre, lui aussi, que sa vinification anormale a
nui à ses qualités naturelles.
A la dégustation, ce vin a un goût d'eau-de-vie peu
agréable ; il porte le sang à la tête par une excitation trop
forte, qui n’est pas suffisamment tempérée par les œno¬
tannins. Il n’a pas les qualités hygiéniques qui le feraient
rechercher comme boisson ordinaire. Il est tout au plus
bon pour exciter l’appétit avant les repas.
5* Vins dü Midi, région du S. -O.
Nous avons analysé un vin du château de Bages, dans
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— 410 —
l'Aude, un de ceux qu’on a eu tant de peine à vendre en
1893 ; on s’en souvient encore.
A la dégustation, ce vin avait un goût âcre et amer peu
agréable ; sa couleur d’un rouge violacé prévenait peu en
sa faveur.
A l’analyse, il nous a donné :
D° = 10° 3 trop élevé pour son acidité générale A = 5 g.
et son acidité œnolique (E = 1 g. 0.
Son extrait E = 22,3, ses cendres C = 2 g. 1.
D 4- A = 15,3 est dans les limites ;
D*
= 16,5 au-dessus de la limite supérieure de l’é¬
quilibre, résultat dû à un excès d’alcool par rapport à son
acidité.
D° 8
—= 3,6 est dans les limites.
—— = 0,094 est dans les limites.
E
En somme, ce n’est pas un vin bien équilibré : c’est un
vin de qualité médiocre, aussi la mévente de ces sortes de
vin, qui a suscité tant de plaintes de la part des producteurs,
n’a pu inspirer que de faibles regrets aux consommateurs.
2» PARTIE DU TABLEAU.
Vins du Loiret ,
1” CATÉGORIE. — VINS DD CÉPAGE CRIS-MEUNIER.
Ce cépage, le plus répandu dans le Loiret, aux environs
d’Orléans surtout, méritait à ce titre toute notre attention,
aussi avons-nous soumis à l’étude, des échantillons d’authen¬
ticités incontestables que le professeur départemental,
M. Duplessis, a pris soin de demander lui-même aux
viticulteurs les plus recommandables. Nous en avons analysé
10 variétés.
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• ELEMENTS GENERAUX
r ANT A APPRÉCIER LA VALEUR
COMMERCIALE DES VINS.
I
ACIDITÉ 1
en S 03 HO 1
A
i
EXTRAIT
à îOO®
E.
4.6
22.7
4.5
21.2
5.2
20.0
4.8
21.0
4.6
23.3
4.4
23.5
5.6
23.0
4.8
23.2
4.1
23.7
5.2
20.7
OBSERVATIONS
. SUR LA VALEUR DES VINS
RÈGLE
cendres d’après la règle de l’équilibre
JL. a 'i ' . D« 8 > il
des éléments — ^ JK
™ k n A < 15 ’
0.092 Acidité trop faible pour le degré
alcoolique.
I Assez bien équilibré, mais aciditél
encore un peu faible.
Equilibre parfait; la règle est sa-
0.090 tisfaite même à sa moyenne.
Approche de l’équilibre, mais son
acidité est trop faible pour son alcool
0.095 qui a été relevé probablement par un
coupage.
Vin mal équilibré, trop peu d’aci-
0.085 dité, trop d’alcool provenant de su¬
crage .
Vin très mal équilibré, très pauvre
en acidité, degré alcoolique surélevé
0.089 par le sucrage et le coupage par un
vin alcoolique.
Vin équilibré assez bien par nn su-
0 082 crage mod0r0 > Ja r ®&l 0 atteint la li¬
mite supérieure.
Vin mal équilibré, trop peu d’acidité
degré alcoolique surélevé par le su-
0.090 crage et même par un coupage de vin
très alcoolique.
Vin très mal équilibré, mauvais
0.106 goût, vin tout à fait inférieur.
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411 —
Les vins de Gris-Meunier de l’année 1892, que nous
avions analysés pour déterminer les limites de l’équilibre,
étaient, faute de maturité suffisante, d’un assez faible degré
alcoolique (7° 5à 8° 5) et d’une acidité assez forte (6 à 7 gr.).
Ce sont les proportions ordinaires des éléments de ces
vins, et c’est au climat du Loiret, ordinairement humide et
trop froid pour bien mûrir les raisins, qu’il faut attribuer
cette faiblesse de vinosité. Mais, en 1893, la saison d’été
fut sèche et chaude, plus favorable par conséquent à la
végétation de la vigne ; les vins ont pu en profiter. Il était
donc du plus grand intérêt d’en constater les effets, de
savoir en particulier si le Gris-Meunier du Loiret peut,
dans les années favorables, donner des vins naturels et
naturellement faits, de bonnes qualités hygiéniques et bien
équilibrés.
La plupart avaient leur degré alcoolique de 8° 5 à 9° 5,
relevé d’un degré environ sur celui des années ordinaires:
c’était l’effet favorable de l’été exceptionnellement chaud
de 1893.
Mais, il y avait à craindre que les vins de Gris-Meunier ,
plus riches en alcool, ne se fussent trop appauvris en acidité
par suite de l’influence des chaleurs excessives de cette
année, et que, par conséquent, ils ne sortissent des limites
de l’équilibre nécessaires aux qualités hygiéniques du vin.
Cependant les vins de Bernis avaient, nous venons de le
voir, échappé à ce danger, bien que la chaleur fut plus
excessive dans le Gard que dans le Loiret. Ils avaient
de 9 à 10° d’alcool, mais ils avaient aussi de 5 à 6 grammes
d’acidité, ce qui suffisait à équilibrer l’alcool. Comment
a-t-on obtenu dans le Gard cet excellent résultat ? Tout
simplement en choisissant, pour les vendanger, un degré
convenable de maturité des raisins.
Voyons si, dans le Loiret, les viticulteurs ont été aussi
heureux. Il suffit, pour en juger, de consulter le tableau des
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412 —
résultats numériques que nous avons obtenus dans le
dosage de leurs éléments.
• I. — Considérons d’abord les trois vins deSaint-Jean-de-
Braye, l’un de nos vignobles les plus renommés à juste
titre.
1* Nous trouvons d’abord un vin parfaitement équilibré.
Tous ses éléments sont à égale distance des limites : avec
8“ 9 d’alcool et 5^2 d’acidité, on a :
D A= 14,1 entre les limites 13 et 17.
-j— = 13,7 entre les limites 11 et 15.
D* 8
-g- =3,5 entre les limites 3 et 4; et enfin
-g- = 0,09, la moyenne exactement.
Ce vin paraît également excellent à la dégustation ; sa
couleur est d’un rouge vineux assez intense sans l’être
trop ; sa saveur est celle de franc goût de vin.
Conclusion. — Ces résultats montrent qu’on a pu faire
d’excellent vin de Gris-Meunier en 1893. On y est parvenu
à Saint-Jean-de-Braye par un bon choix de l’époque des
vendanges, c’est-à-dire au moment d’une maturité ni trop
ni trop peu avancée.
2° A côté, nous trouvons un vin du même viticulteur,
mais moins bien équilibré, ^-5 = 15,4, dépassant la limite
supérieure 15. Il est trop pauvre en acidité (4^ 5 pour son
degré alcoolique (8° 5) ; il a encore assez bon goût ; il est
bien naturel et naturellement fait ; mais il est inférieur au
précédent. Pourquoi ne le vaut-il pas ? Le vitioulteur nous
l’a dit-franchement : « Parce qu’il a été vendangé trop
tard , quand le raisin était trop avancé ».
Donc, pour avoir un bon vin bien équilibré, il faut, on le
conçoit bien, vendanger les raisins an dégré de maturité
convenable.
3* Considérons maintenant le troisième vin de Saint-Jean-
de-Braye. U satisfait aux règles des vins naturels, mais il
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— 413 -
est mal équilibré. Il a trop d’alcool (9° 4) pour son acidité
(4* 1 8). Il a de plus une couleur de trop grande intensité, qui
nous a paru suspecte. < D’où vient cette coloration si
intense ? ai-je demandé au propriétaire. — J’y ai mélangé
du vin d’Espagne, c’est mon habitude ! » me répondit-il
franchement. C’est falsifier un excellent vin, ai-je répondu,
cela est regrettable. C'est une habitude à perdre.
4* Le vin de Saint-Jean-le-Blanc du clos des Capucins
est naturel et sans mélange. Sa couleur est d’un rouge vi¬
neux, mais très peu intense. On n’y a rien mélangé, pas
même des raisins teinturiers comme cela se pratique pres¬
que partout dans le Loiret.
A la dégustation, il a le franc goût de vin. La consom¬
mation au repas nous a très bien réussi, aussi avons-nous
estimé sa valeur au-dessus de la moyenne. Il est riche en
tartre (3 gr ) et assez riche en acidité œnolique (l^O), il
a suffisamment de sucre l gr 6. Mais son acidité générale
4^6 est trop faible pour son degré alcoolique 9°3, ce qui
lui fait dépasser la limite supérieure 15 de la régie d’équi¬
libre <jj. il n’a que ce défaut, mais il est grave,
puisqu’il détruit l’équilibre nécessaire aux qualités hygié¬
niques du vin. La vendange avait été faite trop tard : les
raisins trop avancés commençaient à se gâter,nous avoua
son propriétaire.
5° Vin des Aydes. — Sa couleur due à un excès de vins
teinturiers était un peu trop intense pour du Gris-Meunier.
Son degré 9* 5, un peu fort, provenait d’un léger sucrage
des moûts, car on y trouva encore plus de 2 gr de sucre.
C’est, après les 4 précédents, le meilleur des vins de gris-
meunier que nous ayons analysés. Nous le préférons
même au Saint-Jean-de-Braye coupé de vin d’Espagne.
Le sucrage des moûts, bien que modéré, était inutile
dans une année aussi chaude que 1893. Il était même
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l'Aude, un de ceux qu’on a eu tant de peine à vendre en
1893 ; on s’en souvient encore.
A la dégustation, ce vin avait un goût âcre et amer peu
agréable ; sa couleur d’un rouge violacé prévenait peu en
sa faveur.
A l’analyse, il nous a donné :
D° = 10° 3 trop élevé pour son acidité générale A = 5g.
et son acidité œnolique Œ = 1 g. 0.
Son extrait E = 22,3, ses cendres C = 2 g. 1.
D + A = 15,3 est dans les limites ;
D*
= 16,5 au-dessus de la limite supérieure de l’é¬
quilibre, résultat dû à un excès d’alcool par rapport à son
acidité.
D° 8
* = 3,6 est dans les limites.
E
C
—g- = 0,094 est dans les limites.
En somme, ce n’est pas un vin bien équilibré : c’est un
vin de qualité médiocre, aussi la mévente de ces sortes de
vin, qui a suscité tant de plaintes de la part des producteurs,
n’a pu inspirer que de faibles regrets aux consommateurs.
2* PARTIE DU TABLEAU.
Vins du Loiret ,
1** CATÉGORIE. — VINS DO CÉPAGE GRIS-MEUNIER.
Ce cépage, le plus répandu dans le Loiret, aux environs
d'Orléans surtout, méritait à ce titre toute notre attention,
aussi avons-nous soumis à l’étude, des échantillons d’authen¬
ticités incontestables que le professeur départemental,
M. Duplessis, a pris soin de demander lui-même aux
viticulteurs les plus recommandables. Nous en avons analysé
10 variétés.
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e 1893.
Ri
■ ELEMENTS GENERAUX
(
'ANT A APPRECIER LA VALEUR
COMMERCIALE DES VINS.
4.6
22.7
4.5
21.2
5.2
20.0
4.8
21.0
OBSERVATIONS
SUR LA VALEUR DES VIN8
REGLE
des
cendres
C
E
0.08 il 0 10
d’après la règle de l'équilibre
j ,,, . D« 8 > Il
des éléments -r- C
A < lî»’
0.092
Acidité trop faible pour le degré
alcoolique.
0.094 .
Assez bien équilibré, mais acidité
encore un peu faible.
0.090
Equilibre parfait; la règle est sa¬
tisfaite môme à sa moyenne.
0.095
Approche de l’équilibre, mais son
acidité est trop faible pour son alcool
qui a été relevé probablement par un
coupage.
0.085
Vin mal équilibré, trop peu d’aci¬
dité, trop d’alcool provenant de su¬
crage.
0.089
Vin très mal équilibré, très pauvre
en acidité, degré alcoolique surélevé
par le sucrage et le coupage par un
vin alcoolique.
0.082
Vin équilibré assez bien par nn su¬
crage modéré, la règle atteint la li¬
mite supérieure.
Vin mal équilibré, trop peu d’acidité
degré alcoolique surélevé par le su-
0.090 crage et môme par un coupage de vin
très alcoolique.
Vin très mal équilibré, mauvais
0.106 goût, vin tout à fait inférieur.
SHE
411 —
Les vins de Gris-Meunier de l’année 1892, que nous
avions analysés pour déterminer les limites de l’équilibre,
étaient, faute de maturité suffisante, d’un assez faible degré
alcoolique (7° 5à 8° 5) et d’une acidité assez forte (6 à7 gr.).
Ce sont les proportions ordinaires des éléments de ces
vins, et c’est au climat du Loiret, ordinairement humide et
trop froid pour bien mûrir les raisins, qu’il faut attribuer
cette faiblesse de vinosité. Mais, en 1893, la saison d’été
fut sèche et chaude, plus favorable par conséquent à la
végétation de la vigne ; les vins ont pu en profiter. Il était
donc du plus grand intérêt d’en constater les effets, de
savoir en particulier si le Gris-Meunier du Loiret peut,
dans les années favorables, donner des vins naturels et
naturellement faits, de bonnes qualités hygiéniques et bien
équilibrés.
La plupart avaient leur degré alcoolique de 8° 5 à 9° 5,
relevé d’un degré environ sur celui des années ordinaires:
c’était l’effet favorable de l’été exceptionnellement chaud
de 1893.
Mais, il y avait à craindre que les vins de Gris-Meunier,
plus riches en alcool, ne se fussent trop appauvris en acidité
par suite de l’influence des chaleurs excessives de cette
année, et que, par conséquent, ils ne sortissent des limites
de l’équilibre nécessaires aux qualités hygiéniques du vin.
Cependant les vins de Bernis avaient, nous venons de le
voir, échappé à ce danger, bien que la chaleur fut plus
excessive dans le Gard que dans le Loiret. Ils avaient
de 9 à 10° d’alcool, mais ils avaient aussi de 5 à 6 grammes
d’acidité, ce qui suffisait à équilibrer l’alcool. Comment
a-t-on obtenu dans le Gard cet excellent résultat? Tout
simplement en choisissant, pour les vendanger, un degré
convenable de maturité des raisins.
Voyons si, dans le Loiret, les viticulteurs ont été aussi
heureux. Il suffit, pour en juger, de consulter le tableau des
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— 412 —
résultats numériques que nous avons obtenus dans le
dosage de leurs éléments.
• I. — Considérons d’abord les trois vins deSaint-Jean-de-
Braye, l’un de nos vignobles les plus renommés à juste
titre.
1* Nous trouvons d’abord un vin parfaitement équilibré.
Tous ses éléments sont à égale distance des limites : avec
8° 9 d'alcool et 5^2 d’acidité, on a:
D + A = 14,1 entre les limites 13 et 17.
-j— = 13,7 entre les limites 11 et 15.
D* 8
-j— = 3,5 entre les limites 3 et 4; et enfin
-g- = 0,09, la moyenne exactement.
Ce vin paraît également excellent à la dégustation ; sa
couleur est d’un rouge vineux assez intense sans l’être
trop ; sa saveur est celle de franc goût de vin.
Conclusion. — Ces résultats montrent qu’on a pu faire
d’excellent vin de Gris-Meunier en 1893. On y est parvenu
à Saint-Jean-de-Braye par un bon choix de l’époque des
vendanges, c’est-à-dire au moment d’une maturité ni trop
ni trop peu avancée.
2° A côté, nous trouvons un vin du même viticulteur,
mais moins bien équilibré, -j- = 15,4, dépassant la limite
supérieure 15. Il est trop pauvre en acidité (4* r 5 pour son
degré alcoolique (8° 5) ; il a encore assez bon goût ; il est
bien naturel et naturellement fait ; mais il est inférieur au
précédent. Pourquoi ne le vaut-il pas ? Le vitioulteur nous
l’a dit-franchement : « Parce qu’il a été vendangé trop
tard , quand le raisin était trop avancé >.
Donc, pour avoir un bon vin bien équilibré, il faut, on le
conçoit bien, vendanger les raisins an dégré de maturité
convenable.
3* Considérons maintenant le troisième vin de Saint-Jean-
de-Braye. Il satisfait aux règles des vins naturels, mais il
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— 413 -
est mal équilibré. Il a trop d’alcool (9° 4) pour sou acidité
(4^ 8). Il a de plus une couleur de trop grande intensité, qui
uous a paru suspecte. « D’où vient cette coloration si
intense 1 ai-je demandé au propriétaire. — J’y ai mélangé
du vin d’Espagne, c’est mon habitude ! » me répondit-il
franchement. C’est falsifier un excellent vin, ai-je répondu,
cela est regrettable. C'est une habitude à perdre.
4“ L.9 vin de Saint-Jean-le-Blanc du clos des Capucins
est naturel et sans mélange. Sa couleur est d’un rouge vi¬
neux, mais très peu intense. On n’y a rien mélangé, pas
même des raisins teinturiers comme cela se pratique pres¬
que partout dans le Loiret.
A la dégustation, il a le franc goût de vin. La consom¬
mation au repas nous a très bien réussi, aussi avons-nous
estimé sa valeur au-dessus de la moyenne. Il est riche en
tartre (3* r ) et assez riche en acidité œnolique (1^ 0), il
a suffisamment de sucre 1^6. Mais son acidité générale
4^6 est trop faible pour son degré alcoolique 9°3, ce qui
lui fait dépasser la limite supérieure 15 de la régie d’équi¬
libre Il n’a que ce défaut, mais il est grave,
puisqu’il détruit l’équilibre nécessaire aux qualités hygié¬
niques du vin. La vendange avait été faite trop tard : les
raisins trop avancés commençaient à se gâter,nous avoua
son propriétaire.
5° Vin des Aydes. — Sa couleur due à un excès de vins
teinturiers était un peu trop intense pour du Gris-Meunier.
Son degré 9* 5, un peu fort, provenait d’un léger sucrage
des moûts, car on y trouva encore plus de 2 gr de sucre.
C’est, après les 4 précédents, le meilleur des vins de gris-
meunier que nous ayons analysés. Nous le préférons
même au Saint-Jean-de-Braye coupé de vin d’Espagne.
Le sucrage des moûts, bien que modéré, était inutile
dans une année aussi chaude que 1893. Il était même
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- 414 —
nuisible aux qualités des vins; car il leur faisait dépasser
artificiellement leur degré alcoolique naturel.
6° et 7° Que dire des vins de Semoy et de Chaingy ? Ils
n'ont que 4 gr -4 et 4 gr -8 d’acidité, et avec cela 10* 4 et 10* 5
d’alcool, plus que les vins de grands crus du Bordelais ! A
qui ferait-on croire que ces vins étaient naturels? Ou ils
étaient des vins simplement vinés, comme le feraient penser
leurs extraitsun'peu faibles (23* r 5 et 23^2 pour 10 # 5 d'alcool);
ou des produits de sucrage excessif des moûts comme l’at¬
testent leurs fortes proportions de sucre; ou bien encore
des produits de coupages par des vins d’Espagne, comme le
ferait croire leur couleur d’une intensité excessive ? Peut-
être ces trois procédés artificiels avaient-ils été employés
simultanément. Quoi qu’il en soit, ces produits falsifiés
étaient d’un goût désagréable à la bouche, ils étaient épais
à la gorge.
8° Le vin de Beaugency a les mêmes défauts dus pro-
bablementaux mêmes causes ; mais ces défauts étaient moins
accentués. Il a, comme les deux vins précédents, trop d’al¬
cool (10° 5) pour un vin du Loiret. Mais son acidité 5^ 6
est suffisante pour équilibrer son alcool. Ce résultat,
5 gr 6 d’acidité, montre que la vendange des raisins qui ont
donné ce vin a été faite à un degré de maturité favorable.
S’il eût été naturel et naturellement fait, ce vin eût valu
au moins autant que le meilleur vin de Saint-Jean-de-
Braye. Mais les moyens artificiels employés pour sa vinifi¬
cation lui ont fait perdre une partie des qualités hygiéni¬
ques qu’on eût été en droit d’en attendre.
9” Quant au vin de Combleux, il n’a aucune qualité
hygiénique. Il résulte d’un essai malheureux qu’a voulu
faire le propriétaire ; il avait laissé les raisins dans la cuve
de vendange pendant tout l’hiver. On pense comment ont
dû travailler à leur aise pendant ce long temps, les ferments
de tous genres, les mycodermes de toutes espèces, les
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— 415 —
microbes et les parasites de toutes sortes. Nous ne signa¬
lons ce fait exceptionnel que pour rappeler que les marcs
doivent être séparés aussitôt après la fermentation tumul¬
tueuse.
10° Vin de Saint-Marc. — Nous devons signaler parti¬
culièrement ce produit remarquable.
Ce n’est pas du Gris-Meunier pur, le vigneron nous a
franchement avoué qu’il était fait d’un quart de raisins
gascons et 3/4 de raisins Gris-Meunier. Est-ce une faute?
Non, car le résultat a été excellent ; ce vin a tous ses élé¬
ments en équilibre; il a très bon goût, et ses qualités
hygiéniques sont au moins égales à celles des meilleurs vins
de Gris-Meunier pur ; les raisins, mélangés dans la cuve,
ont fermenté ensemble, et leurs éléments ont pu s’unir
intimement.
Est-ce un exemple à suivre ? Oui, si les raisins des cépa¬
ges sont au même degré de maturité comme cela s’est pré¬
senté en 1893 ; non, si les raisins ne sont pas murs en
même temps.
CONCLUSIONS POUR LES VINS DE GRIS-MEUNIER.
De la dégustation et de l’analyse des 10 échantillons de
vins de Gris-Meunier, il résulte clairement qu’on peut tou¬
jours dans les années sèches et chaudes comme 1893,
obtenir de très bons vins de ce cépage, desvinsayantde8°5à
9° 5 d’alcool, ce qui est la meilleure proportion pour des
vins de table, avec 5* 1 - à 6 gr - d’acidité, nécessaires pour
équilibrer ces proportions d’alcool.
Mais il faut pour cela remplir plusieurs conditions essen¬
tielles qu’il est bon de rappeler.
1° La première condition est de savoir choisir le degré
de maturité des raisins le plus favorable. C’est à leur expé¬
rience pratique que les viticulteurs avisés doivent avoir
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recours pour cela. Ils ne doivent pas craindre, à ce point
de vue, de faire leur vendange en plusieurs fois, si cela est
nécessaire ; la qualité supérieure de leurs vins paiera large¬
ment leurs frais, et les récompensera de leurs soins et de
leur supplément de travail.
2° Une autre condition est de prendre pour la vinifica¬
tion tous les soins nécessaires ; nous les avons décrits
dans le chapitre V de la première partie du mémoire. Le
meilleur moyen d’obtenir des vins hygiéniques est de
laisser les fermentations se faire naturellement.
Le sucrage des moûts a toujours plus d’inconvénients
que d’avantages. (Le chapitre III de la l r * partie nous l'a
montré clairement).
Les procédés artificiels de clarification, plâtrage, mu¬
tage, etc., sont plus mauvais encore, ils empoisonnent le
vin. (Voyez le chapitre IV de la 1” partie).
Les coupages enfin, tels qu'on les pratique dans le
Loiret avec de gros vins d’Espagne ou du midi, sont des
fraudes, car c’est tromper l’acheteur sur la nature delà
marchandise vendue.
En un mot, dirons-nous aux vignerons, que vos vins
soient naturels et naturellement faits et vendangez en
temps propice, afin que les éléments soient bien équilibrés.
Et surtout ne vous pressez pas de les vendre; laissez les
passer l’hiver dans vos caves, pour qu’ils aient le temps
d’unir leurs éléments. Vous serez sûrs d’obtenir de votre
cépage de Gris-Meunier, des vins dignes de la renommée
qu’ils possèdent encore aujourdhui. Mais si vous vous
laissez aller à des procédés artificiels, à des sucrages, à
des mutages, à des coupages, vous aurez bientôt perdu cette
vieille renommée qui fait votre honneur et assure vos
succès.
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te de 1893
!
NOLOOIE.
§§ a |S«
*S < a
9.8 5.
OBSERVATIONS
SUR LA VALEUR DES TINS
d'après la règle de l’équilibre
, . D« 8 > Il
des éléments -j- ^ 15#
O 093 I P ar ^ a ^ équilibre, sans appro
u. wo | c j iep des limites.
ia i r q Bien équilibré, et près de la limite
* ’ 3.1 0.096 de la règle ( Alcool plus acide) comme
les vins de Bordeaux.
9.6 6.3 23
.5 5.8 1
o q QQQ I En équilibre, sans être trop près
Ide la limite de l’acidité.
Ce cépage étranger manque sur-
0.100 tout d’alcool, et un peu d’extrait et
de cendres.
8.3 26
0.088 1893. Grand excès d’acidité; fai-
0.088 blesse extrême en alcool.
0.078 1891. Excès d’acidité et d’extrait.
1891. Efcxcès d’acidité et surt. d’ext
1893. Excès d’acidité et d’extrait.
1891. Grand excès d’acidité etd’ext.
1890. Grand excès d'acidité et d’ext.
Graod excès d’acidité et d’extrait
0.065 comme les vins des producteurs!
directs américains. '
e
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— 4H —
2* CATÉGORIE DE VINS DU LOIRET. — VINS DU CEPAGE GASCON.
L’analyse des vins de ce cépage, nous a consolé de celle
des vins de Gris-Meunier, où nous n’avions guère trouvé
que 3 échantillons sur 10, qui fussent des vins naturels et
bien équilibrés.
Les trois vins Gascons analysés étaient tous des vins
naturels et leurs éléments étaient en parfait état d’équilibre.
Voici le tableau qui résume les résultats numériques
obtenus par le dosage de leurs éléments principaux :
Gascon
de St-Mesmin
Gascon
d’Oüvet
Noir dur
d’Olivet
Avec des degrés alcooliques :
9*8
10* 1
et
9° 6
Et une acidité générale :
5^4
5,9
et
6,3
Des extraits assez élevés :
22,4
26,0
et
25
Des cendres
en bonnes proportions
: 2,1
2,5
et
2,2
/ D + A =
15,2
16
et
15,9
Les 4 lois
I D* 8
1 A
14
13,7
et
12
sont
\ D ° 8
I E “
F r
3,5
3,1
et
3
satisfaites :
I L
\ TT
0,093
0,096
et
0,088
Ces résultats rapprochent sensiblement ces vins des bons
vins de Bordeaux ; leur richesse alcoolique, environ 10°,
est la même, leur acidité est plus forte et par suite, les
met dans un état d’équilibre plus satisfaisant que les vins
de Bordeaux. Ce sont des vins presque parfaits ; à six
mois à peine, ils avaient un franc goût de vin , et déjà un
bouquet qui s’affinera en vieillissant. Grâce à leur fortes
proportions d’acidité œnolique, ils se conserveront très
bien pendant 6à8ans, car, déplus, ils sont riches en tartre
comme en œnotannins.
Pourquoi, dès lors, n’en cultive-t-on pas en plus fortes
proportions dans le Loiret ? La raison en est simple ; ils
mûrissent difficilement sous son climat froid et humide ; il
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- 418 —
fallait les fortes chaleurs de 1893, pour les mûrir à point,
et en faire les excellents vins que nous venons de signaler.
A côté des gascons purs de Saint-Mesmin et d’Olivet,
nous avons placé, un des plus vieux cépages de la
contrée, que les viticulteurs désignent sous le nom de
noir dur. Il est de même nature que le Gascon, mais s’est
montré cependant inférieur, par suite de son acidité
un peu en excès, que rachète cependant son acidité
œnolique très grande (1,9) qui lui donne sa coloration
extrêmement intense.
3* CATÉGORIE. — VINS DE PRODUCTEURS DIRECT8 AMERICAINS
Il y a 4 à 5 ans, peu après les désastres produits par le
phylloxéra dans les vignobles de l’Orléanais, on avait pré¬
conisé la plantation des vignes américaines, surtout à
cause de l’abondance de leurs produits ; en rouge, le
Canada et surtout l’Othello, en blanc, le Noah. Beaucoup de
viticulteurs en essayèrent, quelques-uns même avec une
sorte d’engouement dont on est bien revenu aujourd’hui.
Cependant toutes les plantations de producteurs directs
n'ont pas encore disparu, et on peut craindre qu’on ne les
conserve en espérant se défaire par des coupages, de leurs
vins si abondants. C’est pourquoi nous avons pensé qu’il
était utile d’en faire l’analyse, pour achever de persuader
aux viticulteurs de s’en défaire et de renouveler leurs
vignobles exclusivement par le greffage de leurs cépages
naturels sur les porte-greffes américains capables de résis¬
ter au phylloxéra.
Voici les résultats des analyses. Les rouges, Othello,
Canada et autres donnent des vins très faibles en alcool,
(6° à 7°) et trop acides (7®* à 9 gr ). Il en résulte que la règle
de l’équilibre 51? > ” ne peut être satisfaite. Ce rapport
tombe de beaucoup au-dessous du mininum 11, vers 8 à 9.
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— 419 —
Les extraits secs sont trop abondants pour leur degré
alcoolique ^ tombe au-dessous de la limite inférieure 3.
On a cherché à relever le degré alcoolique de l’Othello
par le sucrage ; on est parvenu à obtenir 8° à 9° (voyez le
tableau). Ce n’est pas encore assez pour équilibrer son aci¬
dité naturelle ; et ce qui est plus grave, on a dans ce cas des
extraits qui s’élèvent jusqu’à 28 à 30 gr,, tellement que le
rapport descend à 2,5 et 2,2 bien au-dessous du mini¬
mum 3 des vins rouges.
Ces Othello sucrés ont plus mauvais goût encore que
ceux qui sont naturels. Les viticulteurs doivent donc, à
tous les points de vue, renoncer à leur culture.
4 * CATEGORIE. — VINS DU SATINAIS.
1° Le Gouet du Gâtinais. — M. le Professeur départe¬
mental nous a procuré, pour les analyser, mais sans
indiquer nettement leurs cépages, un vin du Gâtinais dési¬
gné sous le nom de Gouet, un deuxième échantillon était
un mélange de raisins de Gouet et de raisins de Gris-
Meunier.
1° A la dégustation, le gouet pur, de couleur rouge gro¬
seille, est acide et amer, insupportable à la bouche.
A l’analyse, il a donné 8°,9 d’alcool, ce qui est suffisant,
mais 8^,3 d’acidité générale, ce qui est beaucoup trop pour
obtenir l’équilibre des éléments.
D° 8
Pour ce vin le rapport — tombe à 8,6 bien au-dessous de
la limite inférieure 11 ; le rapport ^ est 2,7 au -dessous de
la limite inférieure 3 ; le rapport -g- est plus anormal encore
0,065. C’est donc un produit qui ne peut avoir aucune
qualité hygiénique.
2° Gouet et Gris-Meunier'. — C’est sans doute pour
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— 420 —
améliorer le Gouet qu’on l’a coupé par du Gris-Meunier;
on ne nous a pas dit dans quelles proportions. La couleur
se rapproche un peu du rouge vineux ; son goût est encore
amer, mais moins désagréable que celui du gouet pur. Il
y a donc amélioration du Gouet, mais falsification du Gris-
Meunier.
A l’analyse, nous avons trouvé le même degré alcoolique
8° 9, mais une diminution sensible de l’acidité qui de
D° 8
tombe à 6^,3; le rapport — s’est relevé à 11,3 au-dessus de
la limite inférieure 11. Le rapport s’est relevé à la
limite 3. Le rapport -g- égal à 0,078 se rapproche aussi de
la limite 0,08. En somme, le mélange de gris-meunier a
fait du bien au vin de gouet ; mais était-ce bien la peine
de sacrifier du gris-meunier pour améliorer un vin aussi
mauvais par lui-même que le gouet.
Par son acidité excessive, le gouet se rapproche mani¬
festement des vins de producteurs directs américains. Sa
culture n’est pas à encourager même dans le Gâtinais.
3. — PORTUGAIS BLEU ET AUTRES CÉPAGES.
Quelques amateurs, non décidés encore au greffage des
vignes, toujours assez difficile à réussir, ont pensé à intro¬
duire quelques autres cépages, notamment du Portugais
bleu ; nous en avons analysé un échantillon. En voici les
résultats :
A la dégustation, ce vin est assez agréable quoique nn
peu acre, il ne déplaît pas trop à la bouche.
Il avait 7° 5 d’alcool et 5 gr ,8 d’acidité, un peu trop pour
satisfaire à la loi de l’équilibre, car le rapport 2-5 tombe à
10,4 au-dessous delalimite inférieure 11. En somme, c’est
un petit vin, qui ne remplacerait pas avantageusement
les gris-meuniers naturels.
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— 421 —
3* PARTIE DU TABLEAU.
VIN8 BLANCS DC DIVER8E8 PROVENANCES.
Nous n’avons pu nous procurer qu’un très petit nombre
d’échantillons de vins blancs authentiques.
M. le Professeur départemental nous, en donna pour le
Loiret deux seulement, un des Aydes, l’autre de Belle-
garde. Nous y avons joint un vin blanc de Château de
Bages en Roussillon ; un vin de Bernis, dit de Picpoul ;
un vin de Chasselas préparé par nous-même ; des vins de
Noah de 1893 et 1891 et enfin un vin de raisins blancs,
dits de Bourgogne, récolté à Saint-Jean-de-Braye.
Pour juger ces vins, nous ferons remarquer d’abord que
pour trois des règles de l’œnologie, les limites inférieures et
supérieures établies pour les vins rouges doivent être modi¬
fiées pour les vins blancs. Ainsi leurs extraits sont, pour le
même degré alcoolique, toujours plus faibles que ceux des
vins rouges (17 gr. à 22 gr., au litfu de 20 à 25). Cette
faiblesse est naturelle et due à plusieurs causes, notam¬
ment à l’absence presque complète des œnotannins colo¬
rants qui ne sont que de 0 gr. à 0* r 5 dans les vins blancs,
au lieu de 1 er 5 à 2 gr. qu’ils ont dans les vins rouges; cela
diminue d’autant les extraits des vins blancs.
C'est pour cette raison que M. Girard, dans sa règle 515
a pris en 1882, pour les vins blancs, les limites 4 et 5, qu’il
a même relevées depuis à 4,5 et 6,5. La règle de M. Gautier
admet pour les vins blancs les limites 12 à 16. Pour la règle
d’équilibre qui porte directement sur l’acidité, nous
devons relever les limites 11 et 15 et les porter à 13
et 17.
Ceci étant bien compris, interprétons les résultats des
analyses consignés au tableau ; nous avons pris soin d’ins¬
crire en caractères plus gros ou plus petits les dosages
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— 422 —
qui dépassent les limites supérieures ou inférieures , afin
de permettre au lecteur de suivre nos explications.
1° Le vin blanc des Aydes, mélange de Meslier et de
Pineau, est agréable au goût, riche en alcool et assez acide ;
il est dans les limites de composition et d’équilibre. C’est
un type des bons vins blancs de 1893, récolté dans de
bonnes conditions de maturité et de vinification.
2» Le vin blanc de Bellegarde, mélange de Meslier et de
Saint-François, est au contraire mal équilibré ; il est faible
en alcool et d’une acidité si forte qu’il est désagréable au
goût, à peine supportable à la bouche.
3° Le vin blanc de Roussillon a, comme celui des
Aydes, ses éléments principaux dans de bonnes propor¬
tions et assez bien équilibrés; il ne le vaut pas cependant,
parce que son acidité générale est un peu faible et par
suite son goût un peu plat, mais sans être désagréable.
4° Le vin de Picpoul de Bernis est d’une espèce toute
différente des précédents. Il est très alcoolique 10* 4,
d’une acidité 4 gr 3, insuffisante pour équilibrer ce fort
degré ; ce qui lui fait dépasser de beaucoup la limite de
l’équilibre, même relevée à 17. Ce vin est plat et cependant
porte a la tête par son excès d’alcool ; c’est un peu un vin
de liqueur, mais de valeur médiocre. Il lui faudrait pour
être bon un peu plus de sucre et d'acidité.
5° Le vin fait avec des raisins de table (Chasselas) est un
peu de même espèce. Nous avions pris soin d’égrener les
grappes pour ne pas les laisser dans le moût. Pour en régler
la fermentation, nous y avions mêlé un dixième environ de
raisins noirs de Gris-Meunier.
Le produit est assez agréable au palais, mais trop faible
en acidité, jusqu’à paraître plat au goût. Il est assez rap¬
proché cependant de la limite des règles de l’équilibre : 11,9,
au lieu de 12 et de la règle (D + A) ; 17,7 dépassant la
limite 17 des vins blancs.
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Ce petit vin riche en tartre et en sels minéraux, est d'une
consommation agréable et bienfaisante.
6° Les vins de Noah sont comme les américains rouges,
leurs congénères, caractérisés par une acidité extrême
7® r 8 et 9* r 5, en partie composée d’acide malique qui leur
donne un goût de cidre. Leur degré alcoolique assez
élevé 10°,5 et 11°,2 ne suffît pas pour équilibrer leur
excès d’acidité. Leur goût n’est cependant pas trop désa¬
gréable; ils trouvent même des amateurs que flatte
leur force alcoolique. Quoi qu’il en soit, la culture en
grand des vins blancs des producteurs directs américains
n’est point à conseiller, pas plus que celle des vins rouges.
On fera bien, à tous les points de vue, de leur préférer nos
bons petits vins blancs, de Meslier et de Pineau.
7° Le plant nouveau de blanc Bourguignon, qu'on a essayé
â Saint-Jean-de-Braye, a les mêmes défauts que le Noah
et il est moins riche que lui en alcool ; il est donc double*
ment inférieur à nos vins blancs du Loiret.
Remarque sur les effets des soutirages des vins.
Nous terminerons cette ’étude des vins de 1893 par une
importante remarque que nos essais de vins de Chasselas
nous ont permis de faire sur les effets des soutirages. Nous
en avons fait trois analyses : la première après le premier
soutirage en novembre, sur le vin à peine dépouillé ; la
deuxième après un deuxième soutirage en décembre ; la
troisième après l’hiver, quand le vin avait achevé de
déposer ses lies et s’était ainsi perfectionné.
Voici le tableau des résultats des analyses :
Do
A’
E
c
Premier soutirage,.. 7°,5
4,5
23,3
2,5
i viu eu traiu
Deuxième soutirage.. 8°,1
3,9
20,0 .
2,4
) de se faire.
Troisième soutirage. 8°,2
3,7
17,4
2,0
vin fait.
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— 424 —
Ce tableau montre (ce que chacun sait d’ailleurs) qu’en
fermentant pendant les six premiers mois, le vin gagne en
alcool et perd en acidité et en extrait ; ce qui doit être
puisqu’il dépose la partie impure de ses extraits et laisse
dégager ses acides volatils.
Ce qu’il faut bien comprendre surtout, c’est que l’ana¬
lyse d’un vin ne permet de reconnaître et de fixer numé¬
riquement sa valeur hygiénique, que quand la vinification
est achevée, car si on veut l’analyser avant l’hiver, les
résultats ne seront point ceux que le vin présentera quand
il aura achevé de fermenter et sera devenu bon à boire.
Qu’on nous permette, en conséquence, un dernier con¬
seil ; c’est une faute pour les consommateurs que de faire
leur provision de vins nouveaux avant l'hiver, puisque
l’analyse elle-même donnerait des renseignements inexacts
sur leur valeur. Il faut attendre que le vin ait déposé ses
lies naturellement, si on ne veut pas être trompé ; c’est
donc au printemps seulement que la dégustation doit être
pratiquée. N’oublions pas, en outre, que son jugement
devra être complété par un dosage des élémonts principaux,
dont les résultats feront connaître les véritables qualités
hygiéniques des vins de la dernière récolte.
Cependant, les négociants en gros ont l’habitude d’ache¬
ter les vins aussitôt après les vendanges ; s’ils le font,
c’est d’abord pour ne pas se laisser devancer chez les pro¬
ducteurs par des concurrents qui pourraient accaparer
les récoltes ; c’est aussi pour quelques-uns dans un but
de spéculation, dans l’espoir que par des coupages habile¬
ment pratiqués, ils obtiendront des produits qui leur per¬
mettront de réaliser des bénéfices considérables. Cepen¬
dant c’est toujours une imprudence, à ce deuxième point
de vue, car il y a autant de chances pour eux de ne pas
réussir leurs coupages et d’avoir des déboires, que de
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— 425 —
faire des opérations lucratives par des coupages plus ou
moins frauduleux.
Mais, nous le répétons, le consommateur qui n'achète
que pour lui et les siens ne doit faire ses choix qu’au
printemps suivant, parce que c’est à cette époque seule¬
ment que les vins auront acquis toutes leurs qualités
hygiéniques, et l’acheteur ne risquera plus de se tromper
sur leur valeur en les dégustant et en les analysant.
Quant aux producteurs, ils feront bien aussi de ne pas se
presser de vendre leurs, vins, surtout si leurs produits
sont naturels et naturellement faits , ce qu’il faut espé¬
rer pour leur honneur ; leurs vins pourront, dans, ces con¬
tions, se conserver sûrement et acquérir, par des soins
convenables, toutes les qualités hygiéniques que la
nature de leur cépage permet d’obtenir.
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RAPPORT
SUR LA DEUXIÈME PARTIE DU
MÉMOIBB Q/TTI PRÉCÈDE
Par M. H. CAUSSE.
Séance du 3 janvier 1896.
La section de Médecine, par l'intermédiaire de son pré¬
sident, M. le docteur Arqué, m’a chargé de faire un
rapport sur un mémoire communiqué par M. Masure.
Ce mémoire comprend deux parties bien distinctes :
dans la première, l'auteur traite des vins au point de vue
hygiénique ; la seconde est spécialement consacrée à
l’analyse chimique. Une plume plus autorisée que la
mienne traitera ce qui concerne l’hygiène ; je ne m’occu¬
perai que de l’analyse des vins. Aussi bien la tâche est
lourde, et il a fallu l’insistance de notre honorable prési¬
dent, pour me décider à faire un rapport. Le nom de
M. Masure appartient à la science et ses procédés d’ana¬
lyse de terres sont aujourd’hui classiques. Ce passé scien¬
tifique me mettrait dans une situation délicate, facile à
comprendre, si je n’étais assuré d’avance de votre bien¬
veillance, et si, dans ce qui suivra, nous ne sommes pas
toujours de l’avis de l’auteur. Si nous ne partageons pas
le même optimisme, soyez assurés qu’aucun parti pris n’a
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guidé nos critiques ; seul le désir d’arriver à une entente
sur un sujet passablement confus, les a motivées.
Le vin est le résultat de la fermentation du jus de rai¬
sins frais. Nous laisserons de côté les détails relatifs au
mode opératoire, et nous ne nous occuperons que de la
composition qui, seule, nous intéresse. Sans doute, on
trouve toujours les mêmes éléments essentiels, quelle que
soit l’origine des vins, mais la quantité est variable ; elle
dépend d’une foule de circonstances, dont voici les princi¬
pales: conditions climatériques, ordinairement variables
d'une année à l’autre, soins apportés pendant la fermen¬
tation, degré de maturité des raisins, etc... On conçoit
alors, que le vin ne puisse avoir une composition
immuable ; aussi s’agit-il plutôt de rapport entre les divers
éléments, ou encore de la recherche d’une substance qui
ne doit pas exister dans le vin, que de la comparaison des
résultats fournis par l’analyse, avec des tables dressées
d’avance et obtenues avec des vins types. Ces tables,
d’ailleurs, il est facile de le montrer, ont une valeur rela¬
tive ; elles peuvent servir de guide, mais en aucun cas
elles ne permettent de décider si le vin analysé est naturel
ou artificiel, conséquence immédiate de la variabilité de
composition des vins. Si l’on voulait appuyer ces faits par
des exemples, il suffirait de citer le procès qui s’est déroulé
cet hiver devant les tribunaux de notre ville. Les tables
condamnaient un vinaigre, le qualifiaient de mauvais et
l’attribuaient à du vin de raisin sec un examen plus
approfondi a conduit à une conclusion diamétralement
opposée. Cet exemple, que l’on pourrait multiplier, fait de
l’analyse d’un vin une opération de chimie des plus déli¬
cates, nécessitant de nombreuses recherches. Il y a quel¬
ques années, les falsifications étaient inexpérimentées, les
fraudes étaient grossières, faciles à découvrir, mais aujour¬
d’hui les fraudeurs sont au courant des nouveaux prooédés
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— 428 —
T
et un grand nombre de maisons ont à leur tête des chimistes
très habiles. En outre, les falsifications actuelles portent
principalement sur des coupages ; des vins de bonne qua¬
lité sont mélangés avec des vins médiocres, ou encore
avec des vins de raisins secs, des piquettes, des vins de
sucre ou de seconde cuvée.
Un pareil mélange est fort difficile à caractériser ; la
dégustation y parvient parfois, et la chimie réussit le plus
souvent après des recherches longues et nombreuses, por¬
tant sur les divers éléments qui entrent dans la composi¬
tion du vin. A ce point de vue, le travail de M. Masure
nous paraît incomplet.
Telle qu’elle est exposée par l’auteur, la méthode est ce
qu’on appelle l’analyse courante ; olle comprend la déter¬
mination des éléments. Dans la majorité des cas, cette
détermination est suffisante. Toutefois, pour lui donner un
caractère très général, l’auteur, à notre sentiment, aurait
dû insister et décrire avec détail l’examen polarimétrique,
comparé au dosage du sucre dit réducteur, par la liqueur
de Fehling. De cette comparaison ressort bien souvent
la preuve évidente de la qualité du vin et de sa nature ;
nous y reviendrons plus loin. Nous nous occuperons d'abord
de la description des procédés d’analyse dont quelques-
uns sont particuliers à M. Masure.
Dosage de Vextrait sec. — L’auteur opère d’üne façon
particulière et qui n’est certainement pas celle dont on se
sert ordinairement. Il prend le résidu de la distillation en
vue du dosage de l'alcool, et pousse l’ébullition jusqu’à
ce que le volume du liquide, y compris l’eau de lavage,
puisse contenir dans la capsule dont on dispose. Nous
sommes loin des précautions recommandées en pareil cas,
et l'on se demande ce que devient la glycérine, et les
autres produits, sinon volatils, du moins entraînés par la
vapeur d'eau, et qui doivent figurer dans ce que l’on
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appelle l'extrait sec. Cette lemarque est d’autant plus
importante que l’auteur dose la glycérine (chapitre II bis
du mémoire) dans ce même extrait. En second lieu, la
capsule pleine est portée sur un bain-marie et l’on évapore
jusqu’à ce que les vinasses tournent au sirop ; après quoi
le même extrait est porté dans une étuve de Gay-Lussac à
eau bouillante, et la ân de l’opération est marquée par ce
fait, qu'une cuillère d’argent exposée au-dessus de la cap¬
sule ne se ternit pas. Cette méthode, je l’ai dit, ne res¬
semble en rien à celle qui est préconisée par les auteurs ;
aussi il eut été nécessaire d’avoir des résultats compara¬
tifs obtenus, en appliquant à un même vin la méthode que
nous allons donner, qui est la méthode officielle, et celle
de M. Masure.
Parmi les dosages des divers éléments des vins, celui de
l’extrait sec est un de ceux qui ont suscité le plus de polé¬
miques et aussi le plus de discussions. Pour mettre un
terme aux controverses, les chimistes experts ont décidé
l’adoption d’un procédé unique : on mesure 25 centilitres
de vin que l’on verse dans une capsule de platine à fond
plat, on évapore au bain-marie bouillant pendant six
heures, puis la capsule est portée dans un dessiccateur à
acide phosphorique anhydre ; et après refroidissement on
pèse. La quantité de glycérine perdue est relativement
faible et mieux vaudrait évaporer à froid dans le vide.
Cependant, pour les analyses courantes, ce procédé donne
des résultats satisfaisants.
Dans le chapitre II bis et qui a pour titre: < calcination
de l’extrait vers 120° — 150° » notions sur la proportion de
glycérine des vins, nous lisons : < Elle a pour but de faire
sortir de l’extrait, la glycérine, qui nuirait à l’incinération
par le boursoufflement qu’elle produit dans la masse des
extraits, et d’en profiter pour avoir une idée assez précise
de la proportion de glycérine dans le vin.
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Nous n'insisterons pas sur cette opération, d’autant plus
qu’elle est pratiquée sur un extrait qui a subi une longue
ébullition, puis l’évaporation au bain-marie, enfin la des¬
siccation à l’étuve de Gay-Lussac. La proportion de gly¬
cérine qui doit rester dans ces conditions est faible. C’est
au moins l’opinion des chimistes, mais, malgré ces imper¬
fections le procédé serait susceptible de donner des rensei¬
gnements utiles si les résultats étaient contrôlés. L’auteur
dit que l’on obtient pour la glycérine un pour centage
exact à 1 ou 2 grammes près. Il est difficile, sans autres
preuves que celle que donne le mémoire, de partager l’o¬
pinion de l’auteur.
Avec le chapitre qui a pour titre : « Dosage de l’acidité
générale et de l’acide œnolique », nous abordons un côté
personnel à M. Masure.
L’auteur commence par discuter les procédés de
MM. Pasteur, A. Gautier et Girard, les trouve mauvais
ou imparfaits, et leur substitue une méthode qui ne semble
pas à l’abri des critiques ; elle est basée sur des idées
personnelles, et le point de départ de tout ce chapitre
repose, à notre avis, sur une interprétation incomplète des
réactions. En effet, parmi les éléments qui communiquent
au vin la réaction acide se trouvent les acides carbonique,
acétique, succinique, tartrique et par-dessus tout le bi-
tartrate de potassium. A tous ces corps, susceptibles de
rougir la teinture de tournesol, ou même d’influencer la
phtaléine du phénol, M. Masure ajoute les œnotannins,
substances très complexes sur la constitution desquelles on
n’est pas bien fixé. Possèdent-elles réellement une fonction
acide ? c’est là, il nous semble, le premier point qu’aurait
dû éclaircir le mémoire. Or, parlant des œnotannins,
l’auteur ajoute < qu’ils sont dans le vin, contenus avec des
bases le plus souvent ferrugineuses ». On ne voit pas
alors comment il est possible de les déterminer par l’aoidi-
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— 481 —
métrie. Ce n’est pas tout, le réactif dont se sert M. Ma¬
sure est la phtaléine du phénol ; or, on sait que cette
substance, à l’inverse du tournesol, n’est sensibilisée par
les alcalis, qu’autant que toutes les fonctions acides et les
fonctions phénoliques, qui se trouvent dans un composé,
sont neutralisées. Il est certain que les œnotannins ren¬
ferment des hydroxyles phénoliques, mais alors il eût été
nécessaire de les isoler, de les étudier, tout au moins de
faire sur un vin des analyses comparatives consistant, je
suppose, à ajouter de ces composés et à voir si la soude,
après addition de pthaléine, accusait l’augmentation.
Aussi, malgré les assertions contraires de l’auteur, nous
trouvons très sage le silence des chimistes compétents
(MM. Pasteur, A. Gautier, Portes, Girard) sur cette ques-
. tion.
En ce qui concerne le dosage de crème de tartre , des
sulfates , des chlorures , l’auteur emploie des procédés
classiques sur lesquels nous n’avons rien à dire ; ils ont
fait leurs preuves depuis de longues années.
En terminant, nous nous arrêterons quelques instants
sur le dosage du sucre réducteur. M. Masure ne fait que
signaler ce dosage sans insister ; tel qu’il est décrit il est
impraticable et nous doutons, qu’avec ces données, il soit
possible de trouver des chiffres comme ceux qu’il indique
dans les tableaux. Ordinairement le vin est décoloré avec
du noir, selon Girard, et même avec du sous-acétate de
plomb. Ce procédé à l’avantage de permettre l’examen po-
larimétrique, dont M. Masure ne paraît pas faire grand
cas et cependant, de la comparaison du pouvoir rotatoire
lu sur l’échelle saccharimétrique du polarimètre Laurent,
avec la quantité de sucre donnée par le dosage au moyen
de la liqueur de Fehling, découle bien souvent la preuve
d’une fraude ; et le plus souvent elle permet de déclarer
marchand, un vin sur lequel il serait nécessaire de prati-
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— 432 -
querdes recherches longues et difficiles. En effet, tout
vin qui, soumis à un traitement plombique, accuse à la
liqueur de Fehling, plus de trois grammes de sucre par
litre, et qui dévie à droite de plus de un degré saccha-
rimétrique, doit être considéré comme suspect d’addition,
de' saccharose, de glucose, de sucre massé ou de deytrine.
Avec les données fournies par l’analyse chimique,
M. Masure a formulé des règles qu’il nomme < Règles
d’œnologie », au moyen desquelles on peut reconnaître
les falsifications des vins ; elles sont basées sur les
rapports qui existent entre les divers éléments. Nous
avons dit plus haut que la composition du vin n’était pas
absolue ; l’absence ou la présence d’une trop grande quan¬
tité d’un élément mettra sur la voie d’une altération. C'est
ainsi que la constatation d’une dose exagérée d'extrait sec
indiquera un vin de raisins secs ; une quantité minime de
cendres par rapport à l’extrait, portera l’attention du chi¬
miste sur l’addition de la glycérine, etc... Il est donc
nécessaire d’établir une comparaison des résultats obtenus
avec ceux que donne un vin naturel. A ce point de vue,
le mémoire dé M. Masure est complet ; cette partie est
bien traitée, et sera toujours consulté avec fruit.
Parvenus à ce point, il nous reste, pour terminer le
rapport, à donner les conclusions :
Pour ce qui est des méthodes analytiques propres à
M. Masure, nous regrettons que l’auteur n’ait pas appuyé
ses assertions sur des expériences comparatives.
A côté des nombres obtenus par les méthodes indiquées,
il eût été nécessaire d’inscrire ceux que donne le procédé,
sinon officiel, du moins accepté par la totalité des chi¬
mistes œnologues, et que nous avons sommairement
indiqués. En procédant a,insi, M. Masure fermait la porte
à la critique et au doute toujours présent à l’esprit du
chimiste, surtout quand il s’agit d’un, sujet aussi délicat que
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— 433 —
celui de l’analyse des vins. En outre, c’eût été un argu¬
ment irréfutable qui, avec les tableaux que j’ai signalés,
aurait fait de ce travail uue œuvre complète, très utile,
bonne à consulter.
Néanmoins, il faut reconnaître qu’il s’agit ici d’un mé¬
moire de longue haloine ; c’est le résumé de plusieurs
années de recherches sur les vins, et nous pensons qu’abs-
traction faite de quelques passages un peu démodés, il fait
honneur à l’esprit d’investigation de l’auteur ; mon rôle de
rapporteur s’arrête où commence celui de la Section de
médecine tout entière qui résume ses conclusions après
la lecture du second rapport.
♦
28
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ANNEXES
Aü
MÉMOIRE SUR LES VINS
Par M. F. MASURE.
Séance du 6 mars 1896.
PREMIÈRE PARTIE DE L*ANNEXE
Le rapporteur du mémoire sur la partie qui concerne
l’analyse des vins, l’honorable M. Gausse, reproche à
l’auteur :
1° De n’avoir pas donné des explications complètes sur
les principes scientifiques, les méthodes et les procédés
de dosages des éléments principaux des vins, notamment
des extraits secs, des cendres de ces extraits, du sucre et
des acidités ;
2° Il lui reproche surtout de n’avoir pas comparé les
résultats obtenus par ses procédés de dosage de l’extrait
sec, avec ceux qu’on obtient par la méthode adoptée par le
laboratoire municipal de Paris.
Ces critiques sont fondées, nous le reconnaissons.
Notre devoir est : 1* de combler, autant que possible, les
lacunes qui ont été signalées ; 2° de comparer les résultats
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— 435 —
obtenus par notre méthode de dosage des extraits secs,
avec ceux qu'on obtient sur les mêmes vins par les autres
méthodes.
Nous serons aussi concis que possible pour compléter
les explications jugées insuffisantes sur les trois principaux
points : 1° Le dosage des cendres ; 2° Les principes du
dosage des acidités ; 3* Le dosage des sucres réducteurs.
Mais nous traiterons complètement la question de la
comparaison des différentes méthodes de dosages des
extraits. Nous avons entrepris dans ce but une série
d’expériences nouvelles.
PREMIER POINT. — PRÉPARATION BT DOSAGE DES CENDRES.
La préparation et le dosage des cendres sont tout aussi
délicats que ceux des extraits. Pour parvenir à une inciné¬
ration complète, M. Girard, au laboratoire municipal de
Paris, chauffe l’extrait : 1° à 120° (sans indiquer comment
il procède), pour faire partir ce qui reste de glycérine;
2° au petit rouge , au moyen d’un bec Bunsen et enfin 3° au
rouge vif dans un moufle. Ces deux derniers chauffages
ont lieu au moyen du gaz, à l’aide de régulateurs qui en
maintiennent constant le degré de température. M. Gautier
y ajoute la lixiviation après le chauffage au petit rouge,
afin d’éviter la décomposition des chlorures et des phos¬
phates qui nuirait à l’incinération. Nous n’avons pas pu
user de ces procédés perfectionnés des grands laboratoires,
nous y avons suppléé autant que possible par des disposi¬
tions qui conduisent aux mêmes résultats.
Les principes sont toujours de faire partir d’abord la
glycérine, de décomposer ensuite l’extrait jusqu’à sa
complète carbonisation, enfin d’incinérer la masse char¬
bonneuse.
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— 436
r Départ de la glycérine. — Un treillis métallique
ayant la forme et les dimensions de la capsule de platine,
est disposé au-dessus de la lampe de l’appareil de Salleron
et reçoit cette capsule (voyez fig. 5, page 331). La mèche
de la lampe située au-dessus est raccourcie de manière
à lécher à peine le treillis métallique ; on obtient ainsi
pour la capsule des températures de 120 à 150° environ,
nécessaires et suffisantes pour faire partir toute la glycé¬
rine de l'extrait ; elle se dégage sous forme de fumées
d'une odeur de graisse surchauffée. On facilite ce déga¬
gement à l'aide d’un fil de platine adapté dans l’étui
médullaire d'une petite branche de coudrier ; ce fil sert à
crever les cloques et à répandre l'extrait sur toute la
partie intérieure de la capsule (1).
(1) En déterminant par une pesée la perte de poids due à la calci¬
nation de l’extrait on a une idée assez précise , avons-nous dit dans
notre mémoire, du poids par litre de la glycérine que contient le vin.
C’est une indication de l’abondance de cet élément, mais non un
dosage , il était facile de le comprendre.
En effet, si tout ce qui reste de glycérine dans le sirop de vin s’en
dégage, ce n’est pas le seul élément qui en sorte, le sucre se caramé¬
lise, les matières gommeuses et mucilagineuses s’altèrent, les œno-
tannins perdent leur coloration, les éléments azotés se décomposent,
les tartres et autres seU organiques subissent eux-mêmes un commen¬
cement de décomposition, etc. Cependant, comme la glycérine est l’élé¬
ment le plus abondant de l’extrait et qu’elle se dégage entièrement ,
c’est elle surtout qui est perdue dans la calcination et, par suite, la
perte de poids de l’extrait calciné la représente et indique son plus
ou moins d’abondance dans le vin ; c’est une indication précieuse que
le chimiste ne doit point négliger. Précisons :
Dans une série d’analyses que nous avons faites en 1892, nous avons
dosé, par la méthode du docteur Carie, de Bordeaux, la glycérine
d’une dizaine de vins, nous avons pris sur ces vins les poids perdus
par la calcination des extraits ; nous avonB trouvé que les poids ne
différaient que de 2 grammes au plus, des dosages de glycérine quand
1 es vins sont naturels; qu’ils ne dépassent jamais 10 gr., dans ce cas et
qu’au contraire les pertes dépassent 10 gr., quand le vin a été glycériné
artificiellement ; ce qui indigue , quand ce cas se présente, qu’il sera
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— 437 —
2° Combustion . — Pour brûler l'extrait après le départ
de la glycérine, on allonge la mèche de la lampe de Salle-
ron de manière à ce que la flamme porte au rouge sombre
la capsule de platine débarrassée de sa toile métallique.
Des gaz et vapeurs combustibles se dégagent, on les
enflamme pour n avoir pas à en respirer l’odeur.
3° Incinération complète . — La masse charbonneuse
qui est dans le creuset doit être entièrement réduite en
cendres ; on la chauffe au rouge au moyen d’une forte
lampe à alcool à grosse mèche sur le support dé laquelle
est placé le creuset de platine (voir fig. 6, page 333).
Pour faciliter cette incinération, on pulvérise le résidu
dans le creuset lui-même, à l’aide d’une baguette de verre
ronde à son extrémité et servant de pilon. De temps en
temps on arrête pour pulvériser de nouveau la masse
refroidie ; on aide la combustion du charbon en remuant
la masse avec le fil de platine.
N. B. — Il arrive parfois, quand la lampe chauffe trop
fortement, que la matière devient à demi fondue par suite
de la décomposition par le charbon restant des chlorures,
des phosphates et des autres sels. Pour éviter cet inconvé¬
nient, on laisse refroidir le creuset, on y met quelques
gouttes d'eau distillée et on délaie la masse avec la
baguette de verre. Les parcelles de charbon mises à nu
sont répandues sur toute la surface, un coup de feu suffit
nécessaire de doser directement la glycérine, pour prouver cette
falsification.
Dans l’analyse des vins de la récolte de 1893, les pertes de poids des
extraits secs, dues à la calcination, n’ont jamais dépassé 1 à 8 gr.
Ces vins n’étaient donc pas suspects de glycérinage. Nous n’avons pas,
en conséquence, fait pour ces vins de dosage de glycérine; les tableaux
de nos résultats d’analyses n’eu contiennent aucun. Les dosages de
glycérine n’avaient aucune importance dans l’étude des lois d’œno¬
logie que nous leur avons appliquées.
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— 438 —
alors pour achever l’incinération. On obtient des cendres
blanchâtres, sans traces de points noirs, il ne reste plus
qu’à peser.
Nous renvoyons au mémoire (page 335) X analyse de ces
cendres pour laquelle nous croyons avoir donné des
détails suffisants.
Remarque. — Si on a l’intention de doser les chlo¬
rures, on doit, entre la combustion des extraits et leur inci¬
nération, laver la masse charbonneuse, comme l’indique
M. A. Gautier, et faire porter le dosage des chlorures
sur les eaux de lavage qui les contiennent entièrement.
DEUXIÈME POINT. — PRINCIPES SCIENTIFIQUES DU DOSAGE
DBS ACIDITÉS.
Dans notre méthode, ces dosages comprennent : 1* celui
de l’acidité générale due à tous les acides, tant incolores
que colorés, qui se trouvent dans le vin ; 2° l’acidité œno-
lique due spécialement aux acides des matières colo¬
rantes, qu'on doit y distinguer.
L’acidité des matières colorantes repose en principe sur
les recherches qu’a faites M. Gautier (1), sur les matières
colorantes naturelles des vins.
Premier principe. — M. Gautier a reconnu leur nature
acide et les a appelés acides œno ligues. Il en a signalé
en particulier neuf variétés dont il donne les formules.
L’acidité des matières colorantes est donc établie scien¬
tifiquement.
Deuxième principe. — M. Gautier divise les matières
colorantes en quatre groupes ; les deux premiers qui sont
de la nature des tannins (astringents et tannant la peau)
sont les œnotannins qu’il ne divise en deux groupes que
(1) Gautier, pages 201 à 204, sophistication des vins.
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— 439 —
d’après leur solubilité ou leur insolubilité dans l’eau pure.
Ces œnotannins forment la presque totalité des matières
colorantes des vins rouges.
Le troisième groupe comprend des matières azotées
ou ferrugineuses, ou à la fois azotées et ferrugineuses.
Le quatrième groupe est une matière colorante jaune,
peu abondante et sans grande importance dans les vins
rouges.
Troisième principe. — L’acidité des matières colo¬
rantes est d’une nature analogue à celle de l'acidité due
aux acides incolores, soit libres, soit à l’état de sels
acides (tartrique, succinique, acétique, etc.). Les matières
colorantes contiennent comme eux des acides, en partie
libres et en partie combinés. M. Gautier indique la couleur
violette de certains vins, comme due à des sels de fer.
Conclusion. — D’après cette constitution, la soude
caustique doit agir sur les acides colorés comme sur les
acides incolores, c’est-à-dire par la neutralisation de leur
acidité. C’est, en effet, ce que l’expérience nous a montré.
4° Observations expérimentales de l’auteur. — L’étude
attentive des réactions de la soude caustique sur les vins
nous a fait découvrir que la soude, au lieu d’agir simulta¬
nément sur tous les acides, neutralise les acides incolores
avant d’agir sur les acides colorés.
En effet, si on verse goutte à goutte, au moyen de la
burette de Mohr, la soude titrée, le vin conserve sa cou¬
leur rouge naturelle jusqu’à ce que ses acides incolores
soient neutralisés, ce qui montre que les acides colorés
ne sont point attaqués jusque-là.
Puis, tout à coup, la couleur rouge tourne au violet et
au jaune verdâtre, c’est le moment où les acides colorés
sont attaqués à leur tour.
Enfin, la soude continuant d’agir, la liqueur tourne au
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rouge vif dès que le phtaléine du phénol est & son tour
attaquée.
En résumé , nous avons observé successivement, d’abord
la neutralisation des acides incolores, puis celle des acides
colorés et enfin le virage au rouge de la phtaléine.
Conclusion. — Il 7 a donc lieu de distinguer, l’une
de l’autre, l’acidité incolore qui est neutralisée la première
et Xacidité œnolique qui l’est ensuite. Quant à l’acidité
générale ou totale, elle est évidemment la somme des
deux.
5 # Remarques sur Vapplication de ces principes aux
dosages des acidités. — Le virage de la couleur rouge du
vin à la teinte violacée et verdâtre n’est pas assez net pour
fixer le moment où finit la neutralisation des acides inco¬
lores et où commence la neutralisation des acides colorés.
En conséquence, il faut, par une opération spéciale, doser à
part l’une des deux, c’est l'acidité incolore que nous
avons choisi pour la doser par la méthode de M. Girard.
Il n’y a plus ensuite qu'à retrancher cette acidité incolore
de l’acidité générale obtenue par la méthode de M. A. Gau¬
tier, pour avoir l’acidité œnolique.
C’est ce que nous avons décrit en détail dans le mémoire
(voyez page 342).
Deuxième remarque. — Il est inutile, dans cette ques¬
tion de principes, de se préoccuper de la réaction de la soude
sur la phtaleïne du phénol ; ce qu’il suffit de savoir, c’est que
le virage au rouge qu’elle donne marque nettement la fin
de l’opération, aussi bien pour l'acidité générale que pour
l’acidité incolore.
Iroisième remarque. — La méthode et les procédés
d’analyse des acidités sont expliqués en détail dans le
mémoire, il est inutile d’y revenir ici ; mais nous ferons
observer et nous ne saurions trop répéter : 1* que pour
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— 441 —
l’acidité générale, la méthode et les procédés sont les
mêmes que ceux de M. Gautier ; 2° que la méthode et les
procédés de l'acidité incolore sont exactement ceux de
M. Girard ; de sorte que, en retranchant les résultats de
M. Girard de ceux de M. Gautier pour le même vin, on
obtient le dosage de son acidité œnolique.
Le seul point qui nous soit personnel est d'avoir, dans
l’acidité totale, pu distinguer l’acidité œnolique et d’avoir
proposé de la doser à part.
Quatrième remarque. — M. Gautier recommande, pour
le dosage de l’acidité générale, de prendre d’abord 100 e *
du vin à analyser, de les faire bouillir pendant quelques
minutes pour en faire partir l’acide carbonique et les acides
volatils qui peuvent s’y trouver, de ramener à 100“ en
ajoutant de l’eau distillée et d’opérer ensuite le dosage sur
ce liquide. Nous avons cherché par l’expérience les effets
de cette préparation préalable du vin. Le tableau ci-après
donne les résultats des dosages d’acidité : 1° sur le vin
naturel ; 2” sur le vin préalablement bouilli et 3° les diffé¬
rences qu’on obtient.
Les chiffres prouvent que pour les vins vieux bien con¬
servés la différence est nulle, et que pour les vins nou¬
veaux ou les vins piqués elle peut aller jusqu’à un
gramme. C’est donc dans ce dernier cas seulement qu’il
est utile de faire bouillir le vin avant de procéder aux
analyses de ses acidités.
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- 442 —
TABLEAU DES RÉSULTATS DES EXPÉRIENCES
SUR LES ACIDITÉS.
1
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4.5
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2.0
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0.6
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2.9
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6.1
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0
Bordeaux
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TROISIÈME POINT. — DOSAGE DBS SUCEES.
Nous partageons l’opinion de M. Gausse sur l’utilité de
la polarimétrie pour reconnaître sûrement l’origine des
sucres qui sont dans les vins, pour découvrir si ces sucres
sont naturels ou s’ils proviennent du sucrage artificiel
des moûts, ou s'ils sont dus à la présence des vins de
raisins secs ; nous avons insisté sur la nécessité de l’emploi
du polarimètre pour découvrir ces fraudes et ces falsifica¬
tions, dans le chapitre qui traite ces questions.
Dans les analyses courantes , les données de la polari¬
métrie ne sont pas toujours nécessaires, elles ne remplacent
pas les dosages faits par la méthode de Fehling, qui seuls
sont nécessaires dans ce cas.
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— 443 —
M. Gausse dit lui-même dans son rapport : < Toutes les
« fois qu’un vin contient moins de 3 grammes par litre de
« sucre réducteur, il n’est pas suspect de fraude par
« sucrage, ou par emploi de vin de raisins secs. »
Si on se reporte au tableau des résultats de nos analyses,
on y verra que les dosages obtenus par la méthode de
Fehling varient de O* 1 9 à 2* r 6. Il n’y avait donc pas néces¬
sité de les soumettre au polarimètre.
Quant à la méthode et aux procédés que nous avons
suivis au laboratoire agricole, avec le concours de M. Quan-
tin, ce sont ceux (nous l’avons indiqué) que recommande
M. Gautier dans son ouvrage (page 110).
DEUXIÈME PARTIE
BECHBBCHBS EXPÉRIMENTALES SUB LES DIFFÉRENTES
MÉTHODES EMPLOYÉES POUR LE DOSAttE DBS EXTRAITS SECS
DES VINS.
I
CHOIX DES ÉCHANTILLONS.
1* Bordeaux vieux, récolte de 1888. Analysé en 1890
par l’ancienne méthode de l’étuve de Gay-Lussac, il a
donné :
Degré alcoolique D® = 10,5.
Extrait.
Gendres. 2 gr -4.
Aujourd’hui, après 5 ans de bouteille, il a pu changer
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de degré alcoolique et perdre une partie de ses extraits,
on le verra par une nouvelle analyse.
2° Côtes du grès de Bernis (Gard), récolte de 1893.
Analysé en 1894 par notre méthode, il a donné :
Degré alcoolique D" = 9,3.
Extrait sur 25“. 24 gr -,
Extrait des vinasses. 23 gT -7.
Cendres. l* 1 #.
Aujourd’hui, après 2 ans de bouteille, il a pu changer,
on a dû, en conséquence, l’analyser de nouveau.
3° Vin blanc Picpoul de Bernis (Gard), récolte de 1893.
Analysé en 1894 par notre méthode, il a donné :
Degré alcoolique D 4 = 9,2.
Extrait sur 25“. 17^0.
Extrait des vinasses de 100“ 16 gr -7.
Cendres....,. l^S.
Aujourd’hui, après 2 ans de bouteille, la composition a
pu changer, on a dû l’an&lyser de nouveau.
N. B. — A ces trois vins, pris dans notre cave, nous
avons ajouté les quatre suivants :
1* Vin rouge de Saint-Ay, fourni par M. Bardin, récolte
de 1895, considéré comme naturel.
Degré alcoolique D* = 9,6
2° Yin de Combleux, fourni par M. Quantin, pro¬
priétaire, qui l'a récolté et préparé lui-même en 1894.
Degré alcoolique D° = 10.
3» Yin de Bordeaux, récolté près Castres (Gironde),
fourni par M. Aubineau, de Beautiran, récolte de 1895.
Degré alcoolique D 4 = 10,4.
N. B. — L’échantillon de ce vin n’étant pas assez
abondant, on n’a pu le soumettre à tous les dosages d’extrait.
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— 445 —
4» Via blanc vendu sous le nom de vin de Graves, par un
négociant de Bordeaux. D’après l’analyse de M. Causse, il
a donné :
Degré alcoolique D° = 9,10.
Extrait à 100'. 24 gr -10.
Cendres. 2 gr 15.
II
MÉTHODE ET PROCÉDÉS D’ANALYSE.
APPAREILS EMPLOYÉS.
On a successivement opéré par les sept méthodes et
procédés suivants :
1° et 2° Ea méthode employée par nous dans nos
recherches sur les vins de 1893 a été pratiquée : 1° sur
25“ de vin naturel ; 2° sur les vinasses de 100“ de ce vin.
Dans ces deux séries les dosages ont été faits par nous-
même sur les sept échantillons choisis.
3° Nous avons ensuite appliqué l’ancienne méthode du
laboratoire municipal de Paris, employant exclusivement
l’étuve à eau bouillante de Gay-Lussac, en opérant sur
20“ de vin.
4° Pour la méthode actuelle du laboratoire municipal de
Paris, recommandée par le Comité consultatif des arts et
manufactures, les dosages ont été faits par M. Barruet,
pharmacien-expert, qui procède avec l’appareil officiel.
5° La méthode du laboratoire municipal de Paris, avec
bain-marie à niveau constant, a été modifiée légèrement,
pour son grillage, au laboratoire agricole d’Orléans.
Les dosages, avec cet appareil, ont été exécutés par
M. Quantin, directeur de ce laboratoire.
6' Les dosages par la méthode de l’œnobarométre ont
été faits sous nos yeux par M. Bardin, négociant à Orléans ;
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7° Enfin, M. le D'Magnier de la Source lui-même a bien
voulu déterminer les extraits dans le vide de nos six
espèces de vins.
Nous allons successivement expliquer chaque méthode,
décrire les appareils et donner les résultats que nous aurons
à comparer entre eux.
§ I
MÉTHODE DE L’AUTEUR APPLIQUÉE A 25“ DE VIN.
PRÉPARATION BT DOSAGE DES EXTRAITS SECS.
En principe le but est de séparer, par l’action de la
chaleur, les gaz et les liquides du vin, l'eau, l’alcool et
ses éthers, ainsi que les acides gazeux et volatils ; et de
conserver, sous le nom d extraits, les éléments solides
dissous dans le vin : les acides organiques fixes, libres ou
à l’état de sels acides, la glycérine, les sucres, les gommes
et mucilages, les matières azotées, les sels organiques et
minéraux.
Notre méthode consiste à faire deux opérations suc¬
cessives dans deux appareils différents :
1* L’évaporation du vin à l’air libre, sous l’influence
de températures variant de 75 à 85°, poussée jusqu’à consis¬
tance de sirop ;
2° La dessication du sirop qui en provient par le chauf¬
fage aux environs de 95° dans l'étuve à eau bouillante de
Gay-Lussac, aérée par un courant d’air peu oxydant sec
et chaud.
1» ÉVAPORATION DD VIN.
Notre èvaporomètre (voir la description et la figure à la
page 329) est une casserole d’eau bouillante, dont le cou-
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— 447 —
vercle est percé à son centre d’an trou circulaire où se
place une capsule de platine assez large, mais à fond sphé¬
rique ; elle reçoit 25“ de vin. La vapeur de la chaudière
sort au-dessous de son couvercle et sur les bords, de sorte
que la capsule est entourée d’une atmosphère d'air sec
et assez chaud. C’est donc un chauffage à la vapeur.
Une partie de la chaleur est employée comme chaleur
latente de vaporisation, de sorte que, tant qu’il est
liquide, le vin reste à une température intérieure à 100°.
Le vin (nous l’avons constaté avec un thermomètre de
précision) reste à des températures variant de 75 à 85
degrés; à ces températures la glycérine se décompose
très peu. La température ne s’élève vers 90° que lorsque
le vin est à l’état de sirop. L’extrait pourrait alors s’altérer
au contact de l’air, si on n’avait pas soin d’arrêter l’éva¬
poration aussitôt que se manifestent des traces de cette
altération.
2° DESSICATION DD SIROP DE VIN.
La capsule est alors déposée dans l’étuve de Gay-Lussac,
préparée à cet effet, c’est-à-dire chauffée d’avance jusqu’à
l’ébullition.
Pour l’aérer on en laisse la porte à demi-close (voir
page 330 la figure de l’appareil en expérience), au-dessus
des charbons allumés du fourneau. L’air qui la traverse
est chargé d’acide carbonique et très peu oxydant. Dans
ces conditions le sirop se décompose à peine et conserve la
couleur rouge du vin.
Un thermomètre constate que la température à l’inté¬
rieur de l’étuve est d’environ 95®.
3® FIN DE LA DESSICATION ET PESÉE.
Lorsqu’une cuillère d’argent bien polie ne se ternit plus
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- 448 —
à la sortie des vapeurs de l'intérieur de l’étuve, on fait une
première pesée ; on remet ensuite la capsule dans l'étuve
et on répété les pesées de demi-heure en demi-heure ; on
considère la dessication comme terminée, quand deux
pesées consécutives ne diffèrent que de 2 à 3 milligr.
La capsule est pesée encore chaude et sèche au sortir de
l’étuve et par suite on n’a pas besoin de recourir à
un dessicateur spécial.
N. B. — Les résultats des séries 1° et .2* de nos expé¬
riences montrent que la méthode est assez sûre pour per¬
mettre d’opérer sur des poids considérables d’extrait, sans
avoir à craindre d’erreurs notables, comme nous allons
l’expliquer au § IL
§ H
MÉTHODE ET PROCÉDÉS DE LA PRÉPARATION
DES EXTRAITS DES VINASSES DE 100“.
Ils nécessitent trois séries d’opérations dans trois appa¬
reils différents.
1° Ebullition du vin. — On fait bouillir, avec l’appa¬
reil Salleron, 100“ de vin, jusqu’à ce que les vinasses
soient réduites à 20“ environ. Cette ébullition fait dégager
des acides volatils qu’on retrouve dans l’alcool recueilli.
Il n’y a pas à craindre de décomposer sensiblement la glycé¬
rine, car elle est intimement unie à la masse du vin. C’est
ainsi que procède le docteur Carie pour doser la glycérine
des vins.
2* Évaporation des vinasses. — EUes sont mises
dans la capsule de platine disposée sur Yévaporomètre à
vapeur , on y ajoute l’eau distillée qui sert à laver la chau¬
dière de Salleron. L’évaporation dure environ une heure et
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— 449 —
demie. Elle ne fait pas non plus perdre sensiblement de
glycérine si on l’arrête avant que le sirop ne brunisse.
3° Dessication du sirop. — La capsule est mise dans
l’étuve de Gay-Lussac, aérée comme nous l’avons dit au §1,
la dessication dure de 2 à 3 heures. On pèse toutes les
demi-heures comme il est dit plus haut.
L’opération est terminée quand deux pesées successives
ne diffèrent pas de plus de 5 milligrammes. Dans ces condi-
tions les résultats obtenus avec les vinasses de 100 cc sont
concordants avec ceux que donnent 25 co de vin et, par con¬
séquent, la méthode est applicable à l'un et à l'autre cas.
Les avantages de la méthode sont :
1° De ne pas faire perdre par l’évaporation (de 75*
à 85°), ni même par l’ébullition qui, dans le second cas, la
précède, des quantités notables de glycérine et des autres
matières volatiles ou décomposables du vin ;
2° D'opérer dans l’étuve de Gay-Lussac (à 95”), aérée
par un courant d’air sec, chaud et peu oxydant, une dessi¬
cation complète des sirops de vin en des temps relative¬
ment courts (environ 1 heure pour 25 00 de vin, 2 à 3 heures
pour les vinasses).
3° Cette dessication, opérée dans des conditions favo¬
rables, ne fait subir aux extraits que des pertes de glycérine
les plus faibles possible.
C’est pourquoi on ne devra pas être surpris de trouver,
par cette méthode, des résultats plus élevés que ceux que
peuvent donner les autres méthodes.
Voici le tableau des résultats ramenés à 1 litre de vin
qui ont été obtenus dans ces deux séries, pour le dosage
des extraits de sept espèces de vin.
29
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TABLEAU I
EXTRAITS SECS OBTENUS PAR I.A MÉTHODE DE I.’AUTEUR.
SUR
25 ce.
SUP
les
vinasses
de 400 ce.
DIFFÉRENCES.
Saint-Ay.
22.4
22.9
+ 0.5
Combleux.
22.0
21.6
— 0.4
Bernis.
24.0
23.7
- 0.3
Bordeaux vieux.
22.8
22.5
— 0.3
Bordeaux nouveau.
24.5
25.0
+ 0.5
Picpoul.
15.4
15.0
— 0.4
Graves.
26.0
25.7
— 0.3
Remarque. — Les différences sont très faibles et tantôt
dans un sens, tantôt dans l’autre ; elles proviennent évi¬
demment des inexactitudes inévitables commises par l’opé¬
rateur dans ses manipulations et dans ses pesées. Dans la
première série les erreurs sont multipliées par 40 pour pas¬
ser de 25“ à 1 litre, c’est pourquoi les pesées successives
doivent donner des résultats différant de moins de 2 à
3 milligrammes, tandis que pour 100“ il suffit que la diffé¬
rence soit de 5 milligrammes, puisque l'erreur est multipliée
par 10 seulement. On doit donc considérer ces résultats
comme aussi concordants qu’on peut le désirer.
Nous comparerons ces résultats, pour chaque espèce de
vin à ceux que donnent les autres méthodes, en choisissant
de préférence pour cela les résultats obtenus par 25“ de
vin, puisque dans toutes les autres méthodes on opère sur
cette quantité de vin.
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— 451 -
III.
MÉTHODE DE L’ÉTUVE DE GAY-LUSSAC
EMPLOYÉE SEULE
L’étuve est une chaudière à double fond (Voyez la figure
page 330, du mémoire), dont l’intérieur est de tous côtés
entouré d’eau bouillante, excepté devant la porte. Les
capsules qui sont à l’intérieur sont donc en dessus, en côté
et en dessous à une température d’environ 95°, comme
nous l’avons expliqué précédemment. Les vapeurs de l’eau
et de l’alcool du vin se dégagent par un tuyau allant de
l’intérieur dans l'atmosphère. Telle était la méthode suivie
d’abord par le laboratoire municipal de Paris (1) et par
nous-mêmo, à son exemple, dans les premières années de
nos recherches sur les vins. Nous n’avons employé que
depuis 1890, époque où on nous la signala de Paris, la
méthode que nous suivons aujourd’hui et dont les avan¬
tages nous avaient frappé.
La méthode de l’étuve de Gay-Lussac peut donner des
résultats concordant avec ceux do la méthode actuelle du
laboratoire, car M. A. Gautier (2) nous dit « lorsqu’on a
desséché pendant 4 h. 1/2, dans une capsule de platine à
fond plat, 10 à 12 centimètres cubes devin au bain-marie,
ou bien 8 heures à Vétuve de Gay-Lussac aérée, on peut
considérer son extrait comme sec. »
Nous avons expérimenté cette méthode en employant
20? de vin, comme on le fait pour la méthode du bain-
marie. Nous avons d’abord recherché par l’expérience
(1) Girard. Documents sur les falsifications des denrées alimen¬
taires , l r# édition, 1882, page 78.
(2) Gautier, page 65.
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— 452 —
combien d’heures il fallait pour dessécher complètement
les 20 cc de vin, nous avons pesé ensuite les extraits.
Nous avons employé des petites capsules en porcelaine
assez minces pour prendre facilement la température de
l’étuve et pouvant tenir toutes les six dans la même étuve.
Les poids de ces capsules sèches et chaudes étaient déter¬
minés à l’avance. Ces capsules, chargées chacune d’une
espèce de vin, étaient étiquetées et placées dans l’appareil.
On les a pesées une première fois au bout de 8 heures,
puis successivement d’heure en heure; au bout de 11 heures,
toutes avaient fini par prendre un poids sensiblement stable.
En en retranchant le poids de la capsule on obtient l’extrait
pour 20 cc , puis multipliant par 50 on a le poids de l’extiait
pour un litre.
Le tableau suivant donne pour chaque vin les résultats
des pesées successives.
TABLEAU II
DESSÈCHEMENTS SUCCESSIFS DES VINS DANS i/ÉTUVE DE GAY-LUSSAC.
POIDS DES CAPSULES
CHARGÉES D'EXTRAITS AU BOUT DE
POIDS
dès
capsules
POIDS
de E
8 heures
9 heures
10
heures.
il
heures.
seules
vides
et sèches
sur
20 ce.
Saint-Ay..
ë r
22 “75
gr-
22 70
§ r -
22 70
§ r *
»
gr-
22 29
g r -
O 41
Combien*.
17 92
17 87
17 86
17 86
17 4ü
B
Bernis...
19 57
19 56
19 56
»
19 13
H
Bordeaux vieux.
23 27
23 25
23 24
23 24
22 8!
0 43
Picpoul t .. ,.. _ T T .
22.56
22 55
22 55
t
22 27
0 28
Graves.
26 75
26 70
26 68
26 67
26 18
0 49
Ce dernier vin resté seul dans l’étuve au bout de
Il heures donnait le même résultat, 26 gr 67, une demi-
heure après.
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- 453 -
Remarque . — Les résultats montrent que pour certains
vins (Saint Ay, Bernis, Picpoul) 9 heures ont suffi à leur
évaporation et à la dessication de leur sirop ; que pour
d’autres (Combleux, Bordeaux) il a fallu 10 heures ;
qu’enfin pour ceux qui sont très chargés d’extrait,
comme le Graves, il faut plus de 11 heures.
Conclusion . -• Quand il s’agit de l’étuve de Gay-
Lussac, on ne doit pas fixer d’avance la durée de l’opé¬
ration, mais laisser la balance décider seule la question de
la durée nécessaire à la dessication complète. C’est aussi la
règle que nous avons suivie dans notre méthode.
Ne devrait-il pas en être de même pour la méthode des
bains-marie ? C’est ce que nous verrons dans le para¬
graphe IV.
Les avantages de la méthode de l’étuve de Gay-Lussac
sont de ne jamais exposer le vin à l’air libre dont l’oxy¬
gène tend, aux environs de 100% à décomposer assez forte¬
ment la glycérine du vin, tandis que dans l’étuve où
circule un air peu oxydant, cette décomposition est moins
à craindre.
L 'inconvénient est de laisser très longtemps (de 8 à
12 heures) le vin et son sirop à des températures assez
élevées pour décomposer Ja glycérine par l’effet de la
chaleur seule. Il est clair que plus la durée est grande, plus
il y a perte de glycérine.
On comprend aussi que les extraits dosés dans l’étuve
subissant des pertes plus fortes, seront moins considérables
que dans notre méthode.
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— 454
TABLEAU III
COMPARAISON DBS RÉSULTATS TROUVÉS PAR IA MÉTHODE DE L'ÉTUVE
DE GAY-LUSSAC.
MÉTHODE
de
l’auteur.
MÉTHODE
de l’etuve
de
Gay-Lussac.
DirrÉRKÜCBS.
Saint-Ay.
22.4
20.5
1.9
Combleux.
22.0
21.0
1.0
Bernis...
24.0
21.5
2.5
Bordeaux vieux.
22.8
21.5
1.3
Picpoul.
15.4
14.0
1.4
Graves.
26.0
24.5
1.5
La différence moyenne est de l gr 6 par litre ; les varia¬
tions, de 1 gramme à 2 gr 5, sont peu considérables ; elles
dépendent de la nature des diverses espèces de vins.
§ IV-
MÉTHODE DU LABORATOIRE MUNICIPAL
DE PARIS (1).
Cette méthode consiste à effectuer successivement l'éva¬
poration du vin et la dessication de son sirop dans une
meme opération , avec le même appareil de chauffage, et
à soumettre tous les vins, quelle que soit leur composition,
à la même durée de chauffage, fixée à 6 heures.
L'appareil doit être un bain-marie d'eau bouillante à
niveau constant sur lequel affieure une grille métallique
(1) Girard. Documents sur les falsifications des vins , nouvel
éditiou.
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— 455 —
\
destinée à recevoir des capsules de platine à fond plat où
sont mis les vins à essayer.
Enfin les capsules, au sortir du bain-marie, sont placées
dans le même dessicateur à acide phosphorique.
En vertu d’une délibération du Comité consultatif des
arts et manufactures (1), une instruction ministérielle a
prescrit aux laboratoires officiels français d’opérer de la
façon suivante pour évaluer l’extrait sec des vins :
« On évaporera au bain-marie d’eau bouillante 20 cen-
« timètres cubes de vin placés dans une capsule de platine
« à fond plat, de diamètre tel que la hauteur du liquide
« n’y dépasse pas un centimètre. La capsule sera plongée
« dans la vapeur; elle émergera seulement d’un centi-
< mètre de la plaque sur laquelle elle sera posée. Les
« capsules devront être placées sur le bain préalablement
« porté à l’ébullition, et l’évaporation sera continuée pen-
« dant six heures. »
Nous en donnons le texte entier, car nous devons traiter
cette question avec tout le soin que demande une pres¬
cription officielle, et par suite obligatoire , dans les exper¬
tises légales sur les vins.
Les avantages de celle méthode sont de soumettre tous
les vins à une même température bien définie (100°) pen¬
dant le même temps (6 heures) dans des capsules de
platine de même forme et de dimensions arrêtées. On
évite ainsi, dans les expertises légales, les contestations
qui pourraient s'élever sur les procédés de dosage.
Mais la méthode a des inconvénients graves. En effet,
ce n’est Das de l’eau seulement qui sort de l’extrait, quand
il est réduit en sirop, ce sont de plus les produits volatils
de la décomposition de la glycérine et des autres éléments
des extraits ; de là, des pertes d’autant plus grandes que la
(1) Rapporteurs MM. V. de Luynes, A. Ruhe et A. Gautier.
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— 456 —
température est plus élevée et que la durée de la dessication
du sirop est plus prolongée.
De plus ces causes d’erreurs varient pour chaque espèce
de vin, car elles dépendent de leur composition élémentaire
qui peut être très différente ; s'ils ont par exemple plus de
glycérine et autres matières décoraposables ou volatiles,
leurs extraits subiront des pertes plus grandes. Dès lors
on n’aura plus de certitude pour aucun dosage d’extrait,
et c’est cette pensée sans doute qui a inspiré la conclusion
suivante émise au sujet de la méthode de Yœnobaro-
mètre (1).
< Elle doit être préférée à la dessication à 100° qui
« comporte tant de causes de variations et d’erreurs. »
Les résultats trouvés par la méthode du laboratoire
municipal pour les six vins expérimentés mettront ces con¬
clusions en lumière.
Chez M. Barruet, pharmacien expert, où nous avons vu
fonctionner l’appareil, les capsules ont les dimensions
réglementaires (7 millimètres de diamètre et 23 millimètres
de hauteur). Dans son bain-marie la constance du niveau
est assurée par la circulation de l’eau de bas en haut. Il était
chauffé au gaz pour y maintenir l’ébullition. Une toile en
âls de laiton affleurait sur l’eau ; sur la toile métallique
était disposée une feuille de papier à filtre afin, sans doute,
que les sels de l’eau ne se déposassent pas sur les capsules
et n’en augmentassent pas le poids. Le bain-marie pouvait
recevoir 4 capsules ; le vin y avait une hauteur qui n’était
même pas d'un centimètre ; il ne fut donc pas possible d’en
prendre la température avec un thermomètre à mercure,
mais elle était évidemment de 100° au fond des capsules.
La vapeur d’eau bouillante sortant en nuages assez épais
du papier à filtre entourait les capsules de toute part et y
(1) Gautier, page 77.
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- 457 —,
maintenait la température de ICO 0 sans trop nuire à l'éva¬
poration du vin. C'est donc bien un chauffage à 100° qui
était assuré.
En suivant de près l'opération, on voyait que l’évapo¬
ration se faisait régulièrement sans trace d’ébullition. Au
bout de 1 heure à 1 heure 1/2, suivant les espèces de vin,
l’évaporation était achevée laissant le vin en sirop; on
voyait ensuite se former comme une espèce de peau à la
surface de ce sirop. Bientôt cette peau était trouée de
vésicules qui allaient se multipliant de plus en plus comme
dans une éruption de variole. Pour nous, il était évident
que, pendant la dessication des sirops de vin, ces vésicules
ne provenaient fias seulement du peu d eau qui pouvait se
dégager encore, mais surtout du dégagement des produits
volatils de la décomposition de la glycérine et des autres
matières volatiles ou décomposables. Cette déperdition du¬
rant sans interruption jusqu’à la sixième heure pour toutes
les espèces de vin, était en conséquence considérable pour
tous. Pour les vins réduits en sirop au bout d’une heure,
la dessication du sirop durait cinq heures ; pour ceux qui
étaient en sirop au bout de deux heures, la dessication
durait quatre heures seulement et par suite subissait des
pertes moins grandes.
La méthode du laboratoire a donc pour inconvénient
grave de faire subir aux extraits de vin une perte d’autant
plus grande que l'opération dure plus longtemps à partir
de la formation des sirops de vin.
Ces pertes seront notablement plus grandes que celles
que nous avions dans notre méthode où la dessication des
sirops de vin dans l’étuve de Gay-Lussac ne dure que de
1 à 2 heures.
Le tableau suivant des résultats rapportés au litre fait
connaître pour les sept espèces de vins étudiés les diffé¬
rences de poids de l’extrait obtenu par le bain-marie avec
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— 458 -
ceux qui ont été obtenus pour les mêmes vins par notre
méthode.
TABLEAU IV
DOSAGES COMPARÉS DES EXTRAITS SECS.
MÉTHODE
de
l’auteur.
MÉTHODE
du
laboratoire.
DIFFÉRENCES.
Saint-Ay.
22.4
19.76
2.6
Combleux.
22.0
19.20
2.8
Bernis.
24.0
20.44
3.6
Bordeaux vieux.
22.8
19.24
3.6
Bordeaux .
24.5
22.56
2.0
Picpoul.
15.4
11.80
3.6
Graves. .
26.0
23.12
2.7
Ces différences sont en moyenne de 3 gr., quantité con¬
sidérable , et elles oscillent de part et d’autre, suivant la
nature du vin, de 2 gr 0 à 3 gr 6. Ces variations considérables
sont une nouvelle preuve des inconvénients graves de la
méthode du bain-marie.
REMARQUE SUR LA RÈGLE ÉTABLIE PAR M. CH. GIRARD
POUR DÉCOUVRIR LE VINAGE ET LE MOUILLAGE.
Les expériences faites avant 1882 au laboratoire muni¬
cipal de Paris (1), jointes à 250 résultats du D r Magnier de
la Source, avaient fait fixer à 4 la limite supérieure du
rapport du poids de l’alcool au poids de l’extrait dans
1 litre de vin (^< 4) pour les vins naturels et tout au
(J) Girard. Documents sur les falsifications des matières alimen -
t air es, l re édition, 1882, page 101.
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— 459 —
moins pour les marchandises loyales et marchandes. Cette
limite 4 se trouve confirmée, nous le verrons, par les ré¬
sultats de nos expériences faites sur les vins de 1893, et
nous avons en conséquence cru devoir la maintenir.
Actuellement la limite supérieure adoptée au laboratoire
municipal est 4,6. Ce changement de limite provient, sans
aucun doute, de ce que les expériences faites actuellement
par la méthode du bain-marie au laboratoire municipal de
Paris donnent pour les extraits des résultats beaucoup
plus faibles que ceux obtenus par la méthode de l’étuve
de Gay-Lussac qui avaient servi à fixer la limite supé¬
rieure 4.
Si on s’en rapporte au tableau précédent des résultats des
expériences de M. Barruet, les extraits sont plus faibles
que les nôtres de 3 grammes en moyenne. Calculons
d'après cela, en prenant comme exemple un vin où D°=- 10
et E = 20.
Dans notre méthode = tjj =4, limite supérieure an¬
cienne. Si, par le fait de la méthode du bain-marie, E subit une
perte do 3 grammes au lieu de 20 grammes, on aura E = 17,
ce qui donne ^ = 4,7 limite qui est sensiblement la nouvelle
4,6 admise actuellement.
Donc, la limite 4 adoptée pour nos dosages d’extraits
secs correspond à la limite 4,6 pour les extraits secs dosés
par la méthode du bain-marie.
SV.
MÉTHODE DU BAIN-MARIE A NIVEAU CONSTANT,
APPAREILS DU LABORATOIRE AGRICOLE D'ORLÉANS.
Résultats de M. Quantin.
L’appareil est un bain-marie d’eau bouillante à niveau
constant, comme au laboratoire muuicipal de Paris ; mais
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— 460 —
il est surmonté d'un couvercle percé de trous pour recevoir
les capsules. Au-dessous, dans chaque trou, se trouve une
toile métallique affleurant l’eau bouillante, et sur cette
toile reposent des capsules de platine à fond plat de dimen¬
sions réglementaires. L’appareil est chauffé au gaz, réglé
de manière à entretenir constamment une ébullition
modérée. La différence avec le bain-marie officiel ne consiste
donc que dans l’addition d’un couvercle ; mais ce couvercle
a pour effet de rejeter de côté les nuages de vapeur ; le
fond des capsules est chauffé à 100°, mais leurs bords et la
surface du vin sont refroidis légèrement dans l’air. Nous
avons constaté, au moyen d’un thermomètre plongé dans
le vin, que les températures varient de 80° à 90°, plus
faibles notamment que celles du bain-marie à toile métal¬
lique où les capsules sont enveloppées d’un nuage de
vapeurs d’eau bouillante. Ce n’est que dans sa dessication
que l'extrait est porté plus près de 100°. La durée de l’opé¬
ration est de 6 heures , suivant les prescriptions ministé¬
rielles. Le dessèchement des capsules au sortir de l’appareil
est fait dans un dessicateur ad hoc .
Le tableau suivant fait connaître les résultats obtenus :
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— 461 —
TABLEAU V
MÉTHODE DO BAIN-MARIE. — RÉSULTATS DE M. QUANTI N.
MÉTHODE
de
l’auteur.
MÉTHODE
de
M. Quantin.
DIFFÉRENCES.
1
Saint- Ay.
22.4
20 60
1.8
Jcombleux.
22.0
21.08
0.9
1
Ber ois.
24.0
23.00
1.0
Bordeaux vieux.
22.8
21.02
1.1
Bordeaux ....
24.5
23.20
1.3
Picpoul.
15.4
13.00
2.4
Graves.
26.0
24.00
2.0
Les différences sont en moyenne 1,5, moitié de celles
qui ont été obtenues avec l'appareil de M. Barruet, ce qui
est dû manifestement aux températures plus basses (90* à
95° an lieu de 100°), qui régnent pendant la dessication du
sirop.
Les variations 0,9 à 2,4 sont dues sans aucun doute aux
différences de composition des vins ; 0,9 à 1,8 pour les vins
rouges, 2 à 2,4 pour les vins blancs.
§ VI.
MÉTHODE DE L’QENOBAROMÈTRE.
M. Houdart, préoccupé des intérêts commerciaux des
négociants en vins, a imaginé un appareil spécial destiné à
indiquer les poids des extraits secs des vins en déter¬
minant :
1° Le degré alcoolique des vins (D°), au moyen de l’ébul-
lioscope de M. Maligand ;
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— 462 -
2° La densité du vin, au moyen d’un aréomètre spécial
auquel M. Houdart a donné le nom d’œnobaromètre ;
3° Enfin, en corrigeant les résultats qu’ils donnent pour
l’extrait, à l’aide d’un thermomètre faisant connaître la
température (t) du liquide.
Des tables, calculées d’après les principes scientifiques du
problème, font connaître le poids de l’extrait d’un vin dont
on a déterminé le degré (D°), la densité (Œ) et la tempéra¬
ture (t). Or ces données ne demandent que des lectures de
degrés sans exiger les manipulations d’appareils scienti¬
fiques. Les négociants peuvent donc sans peine et en peu de
temps connaître le poids des extraits avec une exactitude
suffisante pour les besoins de leurs transactions commer¬
ciales.
La méthode de rœnobaromètre de M. Houdart a mérité
d’être prise en considération, même par les chimistes les
plus experts. M. Girard dit : « L’œnobaromètre de M. Hou¬
dart donne la teneur en extrait des vins non sucrés, avec
une approximation suffisante pour les besoins commer¬
ciaux. »
M. Gautier, de son côté, écrit page 76 : « La méthode
œnobarométrique a été étudiée par l’auteur avec le plus
grand soin sur plus de 300 échantillons de vin variés.
« M. Magnier de la Source l’a vérifiée sur 600 échantil¬
lons.
€ M. Bardy, directeur du laboratoire central des contri¬
butions indirectes, l’a examinée dans 547 cas différents.
€ D'après ces savants, cette méthode donne générale¬
ment pour les vins de table courants des résultats compa¬
rables entre eux. »
Les déterminations par l’œnobaromètre ont été faites
par un de nos élèves, M. Maurice Bardin, négociant en
vins à Orléans, qui en a l'habitude et qui a bien voulu faire
les opérations sous nos yeux.
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— 463 —
TABLEAU VI
MÉTHODE DE L’ŒNOBàROMETRE. — RESULTATS DE M. BARDIN.
MÉTHODE
de
l’auteur.
MÉTHODE
de
l’œnobaro-
mètre.
DIFFÉRENCES.
Saint-Ay...
22.4
20.0
2.4
Combleux.
2 s.0
21.1
0.9
Semis.
24.0
22.0
2.0
Bordeaux.
22.8
20.5
2.3
Picpoul..
15.4 *
13.0
2.4
Graves.
26.0
24.0
2.0
La moyenne des différences est 2,0 et les variations ont
été de 0,9 à 2,4.
Nota. — Cependant, suivant nous, on ne peut accorder à
l’œnobaromètre une confiance absolue. Si le vin ne conte¬
nait que deux éléments, par exemple l’alcool et l’eau
comme les eaux-de-vie, l'aréométrie pourrait faire connaître
exactement leurs proportions, c’est ainsi qu’avec sûreté,
Malcoomètre de Gay-Lussac fait connaître exactement les
proportions d’alcool et d’eau. Mais le vin contient, en outre
des acides organiques libres ou combinés, de la glycérine,
des sucres gommes et mucilages, des matières azo¬
tées, etc. Tous ces éléments sont en quantités variables
dans les vins, ils y sont non pas mélangés, mais intime¬
ment unis comme l’alcool à l’eau dans les eaux-de-vie ; la
densité de l’ensemble dépend de cette union autant que
des proportions de chacun de ces éléments. Elle ne
saurait donc donner exactement les poids d’extrait.
En résumé, l’œnobaromètre est un excellent procédé
commercial, mais ne saurait donner scientifiquement des
résultats absolument exacts.
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TABLEAU DES RÉSULTATS COMPARÉS DES EXTRAITS SECS
DOSÉS PAR LES SIX MÉTHODES.
Pour comparer plus facilement les résultats obtenus
avec les différentes méthodes que nous venons d’étudier,
nous les avons réunis dans le tableau suivant.
Dans l’étude comparative que nous venons de faire des
diverses méthodes de dosage de l’extrait sec vers 100°,
nous avons constaté, en prenant pour terme de comparai¬
son les résultats de la méthode adoptée par nous, qu'en
moyenne ces résultats sont plus élevés que ceux donnés
par les autres méthodes :
De 3 gr. pour la méthode du bain-marie avec l’appareil
du laboratoire municipal de Paris ;
De 1^5 pour la méthode du bain-marie avec l’appareil
modifié par M. Quantin ;
De 1^4 pour la méthode de l’étuve de Gay-Lussac, em¬
ployée seule ;
De 2 gr. pour la méthode de l’œnobaromètre.
Ces écarts sont dus aux principes différents des méthodes
employées, et spécialement aux influences de la tempéra¬
ture de Vévaporation du vin et surtout de la température
et de la durée de la dessication des sirops. Mais ces diffé¬
rences ne prouvent pas que l’une de ces méthodes soit
meilleure et par suite préférable.
Il est certain, en effet, qu’aucune ne remplit le but pro¬
posé, c’est-à-dire de dégager du vin tous les liquides
(alcool, eau, etc.) en conservant tous ses solides (glycé¬
rine, acides, sels et autres). Toutes laissent dégager, en
même temps que l’eau, de la glycérine accompagnée
d'autres matières volatiles par elles-mêmes, ou décompo-
sables en produits volatils à la température plus ou moins
près de 100° à laquelle on opère, ce qui est une cause de
perte pour l’extrait.
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TABLEAU I.
465
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— 466 —
Il était donc utile sinon nécessaire d’étudier en même
temps une méthode qui pût opérer le départ de l’eau et
des autres éléments liquides du vin à des températures et
dans des conditions où la glycérine et les autres éléments
de l’extrait ne se décomposent pas en produits volatils.
Les chimistes sont d’accord pour admettre que la dessi¬
cation dans le vide, aux températures ordinaires de l’air
ambiant, est la méthode qui peut le mieux remplir ces con¬
ditions. Son auteur, M. Magnier de la Source, a bien voulu
se charger de faire lui-même sur nos six espèces de vins
les dosages des extraits dans le vide.
§ vu
DOSAGE DES EXTRAITS DANS LE VIDE.
APPAREILS ET PROCÉDÉS D'ANALYSE DE U. LE DOCTEUR MAGNIER
DE LA SOURCE.
Sur la platine d’une machine pneumatique se trouve
une assiette remplie de substances desséchantes destinées
à concentrer sur elles les vapeurs qui se dégageront du
vin. Au milieu de la platine se dresse un support vertical
portant trois étages de plateaux creusés de larges trous
destinés à recevoir de petits cristallisoirs en verre de 20"
de surface et de 2° de hauteur qui reçoivent le vin d’un
volume connu 10".
Les plateaux étant chargés sont recouverts d’une cloche
en verre s’adaptant sur la platine de la machine dont la
garniture supérieure communique avec une série de tubes
desséchants pour la rentrée de l’air extérieur.
Le robinet de la cloche étant fermé, on y fait le vide
en réduisant la pression au-dessous de la tension que pos¬
sède la vapeur d’eau à la température du laboratoire : au-
dessous de 10 m “ de mercure, par exemple.
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— 467 —
Les liquides que contient le vin s’évaporent chacun
sous l’influence de sa tension à la température qui règne
sous la cloche : les acides gazeux et volatils se dégagent
en se répandant dans la cloche pour aller se déposer sur
les substances desséchantes, l’alcool et ses éthers s’éva.
porent et leurs vapeurs sont aussi absorbées par ces subs¬
tances ; la tension de la vapeur d’eau fait également déga¬
ger ses vapeurs qui sont, elles aussi, absorbées par les
matières desséchantes. La tension de la vapeur d'eau
étant très faible aux températures ordinaires, l’évaporation
de l’eau est longue et doit continuer plusieurs jours avant
d’être achevée.
En montant l’appareil, on avait chargé d’abord l’assiette
de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique pour absorber
les vapeurs de l’eau, de l’alcool et des éthers.
Au bout de deux ou trois jours, quand on voit que les
vins sont changés en sirop, on fait rentrer l’air extérieur
sous la cloche, on enlève la ponce sulfurique et on la rem¬
place par de la ponce saupoudrée d’acide phosphorique
solide capable d’absorber les dernières traces de la vapeur
d’eau qui peut encore sortir des sirops.
L’opération n’est terminée qu’au bout de 4 à 5 jours en
été, 8 à 10 jours en hiver. On la considère comme achevée
quand deux pesées successives, à 1 jour d’intervalle, donnent
des résultats différant de moins de 1 milligramme.
Ces pesées sont faites avec une balance de précision en
ayant soin de recouvrir les cristallisoirs d’un obturateur
qui empêche l’extrait, qui est très hygroscopique, d’absor¬
ber la vapeur d’eau atmosphérique dans le transport et
pendant les pesées.
«c Cos procédés permettent d’obtenir des poids d’extraits
secs calculés pour 1 litre à moins de 5 décigrammes près,
nous a écrit M. le D r Magnier de la Source. »
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(1) On n’a pas établi les différences pour ce vin qui était eocceptionnolltment chargé d’extraits.
2) 11 est à remarquer que pour le vin nouveau de SainUAy très chargé de C02 et A peine fait, les différences sont plus petites que pour les autres vins.
(3) Les différences moyennes sont plus faibles, mais les variations sont aussi grandes.
(A) Les résultats numériques étant en concordance avec les résultats obtenus avec {5 ce de vin n'ont pas été Inscrites,
— 469 —
§ vni
DISCUSSION DES RÉSULTATS DES DOSAGES D’EXTRAITS
OBTENUS PAR LES DIFFÉRENTES MÉTHODES.
Nous avons réuni, dans le grand tableau de la page pré¬
cédente, les résultats obtenus pour les mêmes vins par les
différentes méthodes et nous avons inscrit les différences
avec les résultats de ces méthodes comparés à ceux de
M. Magnier de la Source.
On y remarquera : 1° les différences moyennes ; 2* les
variations de ces différences. En voici le résumé :
Les
DIFFÉRENCES
moyennes
sont :
Les Variations
sont :
5.1
3.6
3.5
3.9
1.9
de 3.5 à 6.2soit2.7
de 2.5 à 5.0 — 2.5
de 2.8 à 4.0 — 1.2
de 3.0 à 5.0 - 2.0
de 0.9 à 2.6 — 1.7
dans les expériences de M. Barruet.
— — deM.Quantin.
dans la méthode de l'étuve.
— — de rœnobaromètre.
dans notre méthode.
Les différences moyennes et leurs variations avec les
diverses espèces de vins que nous venons de signaler,
s’expliquent pour chaque méthode par deux causes prin¬
cipales : l’influence de la température de la dessication
des sirops et l’influence de sa durée.
Nous remarquerons d’abord que l’évaporation du vin ne
fait perdre que très peu d’extrait, si on a soin de l’arrêter
dès que le sirop commence à s’altérer; c’est qu’en présence
d’une quantité de vin suffisante, la glycérine se maintient
incorporée aux autres éléments sans subir de décomposi¬
tion. Il en est tout autrement dans la dessication du sirop
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— 470 -
pendant laquelle, l'eau faisant défaut, la glycérine se
décompose en produits volatils qui sortent de l’extrait.
Nous ferons observer d’abord (en admettant que le vide
aux températures ordinaires ne fasse rien perdre aux
extraits) que les différences représentent les pertes de
glycérine que subissent les extraits dans chaque méthode.
Sa décomposition est naturellement d'autant plus grande
et ses effets plus considérables :
1° Que la température est plus élevée ;
2* Que la durée de la dessication est plus longue ;
3° Que l’air ambiant est plus oxydant.
Gela étant posé et bien compris, considérons les condi¬
tions que présentent les différentes méthodes de dosage
des extraits :
1° Méthode du Bain-marie à grille du Laboratoire de
Paris ou à toile métallique de M. Barruet.
La dessication des sirops de vin s’y fait à 100°, tempéra¬
ture la plus élevée. Elle dure de 4 à 5 heures suivant les
espèces devins, comme nousl’avonsexpliqué précédemment;
elle se fait au contact d’un air oxydant et humide, favorable
à la décomposition de la glycérine. Pour ces trois causes, la
perte est la plus élevée, plus de 5 gr. par rapport à l’extrait
dans le vide avec des variations de 3®’6 à 6® r 2 qui dé¬
pendent de la composition élémentaire du vin et de l’union
plus ou moins intime de ses éléments.
2* Méthode du Bain-marie à couvercle du Laboratoire
agricole d’Orléans.
La température s’y élève un pou moins (90 # à 95») à cause
du refroidissement des capsules de platine au contact de l’air
ambiant; mais la durée est la même (4 h. à 5 h.) et l’air envi¬
ronnant est un peu moins oxydant, parce qu’il est moins
humide. On comprend donc que la perte d'extrait, 3** 6,
soit un peu moins forte, mais ses variations, de 2® t 5 à
5 gr., dépendant de la nature des vins, sont aussi étendues.
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- 471 -
3* Méthode de VÉtuve de Gay-Lussac.
La température, qui est de 90* à 95° pendant l’évapora¬
tion du vin, se fixe à 95° pendant la dessication de son
sirop.
Mais la durée en est très longue, de 8 h. à 11 h., et quel*
quefois plus encore. Cette longue durée augmente la décom¬
position de la glycérine.
En revanche, l’air, qui remplit l’intérieur, provenant du
fourneau, est moins oxydant et, par suite, n’est pas aussi
favorable que l'air ambiant à Ja décomposition de la glycé¬
rine; aussi obtient-on une perte moyenne (3 P 5) comme
dans la méthode précédente, mais des variations moindres
2^8 à 4^0.
Nous n’avons pas à parler ici de la méthode de l’œno-
baromètre où n’interviennent ni l’évaporation du vin, ni la
dessication de son sirop.
4* Dans notre méthode, on emploie d’abord le chauf¬
fage à la vapeur pour l’évaporation du vin jusqu’à consis¬
tance sirupeuse ; la température qui varie de 75° à 85° est
peu favorable à la décomposition de la glycérine.
La dessication se fait ensuite à 95® dans l’étuve de Gay-
Lussac. Si on emploie 25 cc de vin, elle dure environ une
heure ; elle est de deux heures, trois au plus, suivant la
nature des vins, si on opère sur les vinasses de 100“ ; de
plus la dessication se fait dans un air peu oxydant. Pour
ces deux raisons la glycérine se décompose en moins fortes
proportions ; la perte moyenne est à peine de 2 grammes,
cependant ses variations, de 0 gr 9 à 2 gr 7, sont encore assez
considérables. Nous opérons donc dans des conditions assez
favorables au dosage des extraits secs, mais qui sont loin,
nous aimons à le répéter, d’atteindre au degré de perfection
de la méthode de M. le D r Magnier de la Source qui, dosant
les extraits aux températures ordinaires, ne leur fait pas
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— 472 —
perdre leur glycérine ni aucune autre matière décomposable
ou volatile.
En résumé, nous partageons l’opinion de M. Gautier
sur l’excellence de la méthode de M. le D r Magnier de la
Source ; sa supériorité est incontestable. Ses seuls inconvé¬
nients sont : 1° d’opérer sur des volumes très faibles de
vin, 5 grammes autrefois, 10 grammes aujourd’hui, d’après
ce que M. Magnier de la Source nous a écrit récemment ;
2° d’exiger un appareil où on fasse le vide. On y remédiera
en trouvant le moyen d’opérer dans l’air sec, comme
l’a déjà fait M. Magnier de la Source (1).
En conséquence, nous émettons le vœu que les dosages
des extraits secs soient toujours effectués, surtout
dans les expertises légales, d’après la méthode de
M. le D’ Magnier de la Souice.
Cependant les dosages de l’extrait sec des vins par la
chaleur étant encore jusqu’à ce jour en usage dans la plu¬
part des laboratoires, malgré les imperfections que nous
avons signalées, il importe de faire un choix parmi les
méthodes qu’on peut employer.
§ IX.
CHOIX D’UNE MÉTHODE DE DOSAGE
DES EXTRAITS SECS.
EXAMEN PRÉALABLE DES INFLUENCES QUI S’EXERCENT SUR LES PERTES
SUBIES PAR LES EXTRAITS DANS LEUR PRÉPARATION PAR LA
CHALEUR.
Elles sont de deux sortes : 1° des influences secondaires
dues à la forme des récipients et au volume de vin
employé ; 2° des influences principales de température et de
(1) Voyez Annales de chimie analytique , n° du l #r janvier 189$,
page 7,
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- 473 —
durée qui s’exercent pendant la préparation des sirops de
vin par f évaporation du liquide et surtout dans la dessica¬
tion de ces sirops.
Les résultats numériques portés au tableau vont nous
permettre de résoudre la question si délicate d’un choix à
faire ; nous devons, pour la traiter, rappeler les principes
déjà exposés ; mais il y aura, à les répéter, plus d’avantages
que d’inconvénients.
Nous ferons observer d’abord que ces méthodes sont
toutes imparfaites, parce que toutes laissent perdre de
fortes proportions de glycérine (1). Ces pertes sont accusées
par les différences de poids de l’extrait trouvé dans le vide,
et des poids des extraits préparés à l’aide de la chaleur;
ces différences représentent les pertes de glycérine dues
aux effets de la chaleur.
Ces pertes doivent être jugées, non seulement par la
différence moyenne pour chaque méthode, mais encore
par les variations de cette différence avec les diverses
espèces de vins .
Avant de traiter la question à ces deux points de vue,
nous allons examiner d’abord les influences secondaires et
ensuite les influences principales, exercées sur ces pertes.
J. — Influence du vase .
Les récipients les plus convenables sont ceux qui sont
en usage au laboratoire municipal de Paris, c’est-à-dire
des capsules de platine à fond plat, larges et peu élevées,
parce que ce sont les récipients qui favorisent le plus l’éva¬
poration des éléments liquides du vin.
(1) Nous discuterons seulement sur la glycérine, bien que les pertes
puissent porter sur d’autres matières décomposables et volatiles
çomjne elle,
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- 474 -
11. — Volumes de vin employé. '
Ils ne doivent être ni trop faibles ni trop forts. Les plus
convenables sont 20 cc avec le coefficient 50 pour ramener
au litre, ou 25 “ avec le coefficient 40.
III. — Préparation du sirop de vin.
On peut, suivant nous, se servir avec les mêmes avan¬
tages du bain-marie à niveau constant ou de 1 ’èvapo-
romèlre à vapeur.
Quoi qu’il en soit, pour que le choix soit bon, il faut se
soumettre à la condition que l’opération soit arrêtée dès que
le sirop est formé, c’est-à-dire dès qu’il commence & brunir
et avant que sa surface ne soit trouée de petites vési¬
cules qui accusent une décomposition très active. Si on
veut continuer, comme on le fait au laboratoire municipal
de Paris, à se servir du bain-marie pour dessécher le
sirop, il faudra compter le temps réglementaire qu’il faut
accorder à la dessication, deux heures par exemple, à partir
du moment où le sirop de vin est fait et non à partir du
commencement de l'évaporation du vin.
IV. — Dessication du sirop de vin.
L’évaporation du vin jusqu’à consistance sirupeuse
fait perdre, nous le répétons, très peu de glycérine, c’est
pourquoi le choix du mode de chauffage n’a pas, suivant
^nous, une grande importance. Il n’en est pas de même de la
dessication du sirop, car c’est pendant cette opération
que sont perdues les plus grandes quantités de glycé¬
rine.
lo Cette déperdition est due d’abord à l’action directe de
la chaleur, car c’est de 80° à 120» que la glycérine se décom¬
pose en produits volatils, et cette décomposition est d’autant
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— 475 —
plus grande que la température est plus élevée. Eu consé¬
quence le chauffage au bain-marie, où la température est
de 100°, fait perdre plus de glycérine que le chauffage à
Tétuve de Gay-Lussac où la température est de 95°. C’est
pourquoi ce dernier mode nous a paru préférable.
2° La décomposition a lieu en outre sous Y influence
oxydante de l’air ambiant. D’après cela, dans la méthode
du bain-marie où le sirop est à l’air libre très oxydant et
dans une atmosphère très humide qui augmente encore son
action, la décomposition est plus grande que dans l’étuve
de Gay-Lussac où règne un courant d’air sec et peu
oxydant si on a soin de tenir la porte de l’étuve demi-close
au-dessus des charbons de bois qui la chauffent. C’est
donc une seconde raison de préférer l’étuve de Gay-
Lussac au bain-marie, pour la dessication du sirop .
3° Influence de la durée de la dessication . Enfin la
décomposition du sirop est évidemment d’autant plus consi¬
dérable que sa durée est plus longue; il importe donc de ne
pas la continuer trop longtemps. On doit, suivant nous,
cesser l’opération aussitôt que deux pesées successives à des
intervalles égaux, une demi-heure par exemple, n’accusent
plus de pertes sensibles.
4° Influence de la nature du vin. On ne devrait pas
non plus donner à la dessication la même durée pour tous
les vins, car, d’après leur nature et surtout d’après les
quantités de glycérine que chaque espèce contient, les
vins perdent des quantités très différentes de leurs extraits,
ce qui empêcherait toute comparaison dans les résultats
si on imposait, pour toutes ces espèces de vins, la même
durée à la dessication de leurs sirops.
Pour cette dernière raison, il vaut mieux, suivant nous,
admettre comme convention que la durée de la dessica¬
tion sera limitée par la condition que deux pesées succes¬
sives donnent sensiblement les mêmes résultats.
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— 476 —
§ X.
CONCLUSIONS SUR LE CHOIX
DES MÉTHODES DE DOSAGE DES EXTRAITS SECS
SOUS L’INFLUENCE DE LA CHALEUR.
Ces choix doivent être faits d’après les pertes moyennes
et d’après les variations de ces pertes inscrites au grand
tableau de la page 468.
Si on devait juger la question exclusivement d’après les
différences moyennes des poids d’extraits dans le vide et
des poids d’extraits obtenus par les diverses méthodes,
elle serait nettement résolue en principe par les résultats
numériques du tableau général.
On pourrait classer les méthodes en mettant en pre¬
mière ligne celle qui donne les pertes d’extrait les plus
faibles et, au dernier rang, celle qui fait perdre le plus
d’extrait. Telle n’est pas cependant la conclusion que nous
avons à proposer. Pour la formuler en toute assurance, il
eût fallu que la méthode préférable donnât les mêmes
pertes pour les diverses espèces de vins, afin que la concor¬
dance des résultats fût assurée sans contestation possible.
Il n’en est rien pour aucune méthode ; le tableau montre
qu’avec notre méthode, il y a en moyenne l p 9 de perte,
mais que les variations de ces pertes sont de 0 gr. 9 à 2* r 4
pour les vins rouges, de 2 gr 6 à 4 gr. pour les vins blancs,
pendant qu’avec la méthode du Laboratoire municipal,
elle est de 5^1 en moyenne avec des variations de 3^5
à pour les vins rouges et de 6^2 à 7 gr 5 pour les vins
blancs.
Ce sont donc des variations à peu près de même ordre
pour les deux méthodes et nous devons en déduire qu'elles
sont à peu près aussi imparfaites l’une que l’autre.
Conclusions. — Mais nous pouvons en conclure, malgré
leurs imperfections, qu’elles peuvent l’une et l’autre
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— 477 —
rendre des services importants dans les recherches des
falsifications et des fraudes sur les vins, pourvu, bien
entendu, qu’on applique aux vins que l’on veut comparer
et étudier la même méthode et des procédés identiques.
Voici, en conséquence, les conclusions que nous propo¬
sons :
Toutes les méthodes de dosage des extraits secs font
subir à ces extraits des perles inévitables ; cependant
toutes peuvent servir à appliquer les règles de l'œno¬
logie. Mais à deux conditions; d’abord, que ce soit la même
méthode qu’on applique à tous les vins qu’on doit juger
pour reconnaître si ce sont des vins naturels ou des vins
artificiels ; une deuxième condition, plus importante
que la première, est que les limites de ces règles soient
établies d’après la méthode de dosage adoptée. Ainsi, par
exemple, on peut se servir, conformément aux prescrip¬
tions ministérielles, de la méthode du bain-marie à niveau
constant et à grille ou à toile métallique, avec une durée
précise de six heures pour l’opération ;
Mais, avec les extraits (E) ainsi dosés, on devra prendre
pour la règle de M. Ch. Girard
, ,. .. I inférieure 3,5.
les limites ]
( supérieure, 4,b.
Si on emploie notre méthode qui donne des extraits (E’)
de 3 grammes plus élevés en moyenne, il faudra prendre
pour le rapport (%-•)
, ,. .. I inférieure 3,0.
les limites <
( supérieure 4,0.
Si ce sont celles qui font perdre en moyenne 3 gr 5, comme
celle de l'étuve de Gay-Lussac ou celle du bain-marie
perfectionné par M. Quantin, il faudra prendre
les limites
inférieure 3,2.
supérieure 4,3.
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— 478 —
Ces modifications de limites fondées sur les résultats
d’expériences bien acquises 3ont la meilleure solution,
suivant nous, de la délicate question des méthodes de
dosage des extraits.
Cette solution s’applique mieux encore à la méthode de
M. le D' Magnier de la Source.
Il ne nous reste plus qu’à renouveler, en terminant,
le vœu que nous avons émis déjà. Nous avons dit :
La méthode de préparation des extraits dans le vide est
la seule qui puisse ne rien faire perdre aux extraits de vin ;
elle est en conséquence à l’abri de toute contestation dans
les expertises légales et par suite doit être préférée à toutes
les autres.
Mais nous devons ajouter qu’il faudra nécessairement,
si elle est officiellement adoptée, changer les limites infé¬
rieure (3,5) et supérieure (4.6) admises par le Labora¬
toire municipal de Paris pour le rapport
Or, ces extraits dans le vide étant en moyenne de 5 gr.
plus élevés que les extraits secs à 100% tels qu’on les dose
aujourd’hui dans la méthode du bain-marie, les limites
devront être abaissées en conséquence. Considérant que
les extraits dans le vide sont de 5 gr. plus élevés que ceux
obtenus par la méthode du bain-marie, la limite supérieure
devra être 3,6, la limite inférieure 2,8 et la règle de M, Ch.
Girard deviendra
d*. s> 2,8
~k~< 3,6
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RAPPORT
SUR LES ANNEXES OU
IsÆBDiÆOIK/B Q,TJI IPIRÉCÈIDE
Par M. l’abbé MAILLARD.
Séance du 1" avril 1896
Pour comprendre l’utilité des quelques pages que
M. Masure intitule : Annexes au mémoire sur les vins,
il faut se rappeler que l’analyse des vins comporte onze
opérations, parmi lesquelles les dosages des Cendres, des
Acides, du Sucre et de l’Extrait sec.
Les procédés employés par l’auteur pour ces quatre
parties pouvaient paraître incomplets ; de plus lesvrésultats
obtenus par sa méthode de dosage de l’extrait sec n’avaient
pas été comparés aux résultats donnés par les chimistes
qui se sont fait une spécialité de ce genre d’analyse. C’est
pour répondreàces justes critiques, formulées par M. Causse,
que M. Masure a entrepris cette nouvelle étude ; et, il faut
le reconnaître, il y a apporté un soin, une précision, une
clarté qui ne laissent prise à aucun reproche.
La méthode de dosage de l’Alcool, des Cendres, des
Sucres, n’apporte rien de nouveau aux procédés employés
dans tous les laboratoires ; celle du dosage de l’Acidité
œnolique est personnelle àM. Masure.
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480 —
Il existe dans les vins une acidité particulière due
aux matières colorantes queM, A. Gautier appelle : Aci¬
dité œnolique. Par un procédé simple, dû à une curieuse
remarque de l’expérimentateur sur l’action de la soude
en présence de la Phtaléine dans les vins, M. Masure
démontre que l’acidité œnolique est la différence des
acidités trouvées par M. A. Gautier et parM. Ch. Girard.
Mais la partie la plus complète de ce nouveau travail est
sans contredit la comparaison des méthodes employées par
l’auteur et des méthodes employées dans les différents labo¬
ratoires pour le dosage de l’extrait sec.
C’est en effet dans l'analyse des vins le point délicat, le
plus sujet aux variations et aux controverses. La méthode
la plus parfaite étant, à priori, celle qui fait perdre le
moins d'éléments à l’extrait, c’est l’évaporation dans le
vide qui donnera les meilleurs résultats, et ces résultats
pourront servir de contrôle pour apprécier la plus ou
moins grande exactitude des autres procédés.
Six échantillons de différents vins ont donc été choisis
et remis à différents chimistes. Les méthodes officielles ont
été employées par MM. Barruet et Quantin, l’œnobaro-
mètre a été employé par M. Bardin. M. Masure s’est réservé
sa méthode fondée sur l'emploi de l'étuve de Gay-Lussac.
M. Magnier de la Source s’est mis gracieusement à la
disposition de notre collègue pour opérer en présence du
vide.
Après avoir décrit les appareils employés, les avantages
et les inconvénients de chaque système, M. Masure établit
les tableaux comparatifs des résultats.
Les écarts moyens entre ces résultats et ceux fournis par
la méthode qu’on peut appeler rationnelle de l’évaporation
dans le vide, sont, par litre de vin étudié, de :
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— 481 —
5 gr. pour la méthodes officielle.
3.9 pour celle de Gay-Lussac.
3.9 pour celle de l’œnobaromètre.
1.9 pour celle de M. Masure.
Faut-il conclure de là que cette dernière doive être
substituée aux autres? L’auteur ne le demande pas, mais
son travail conduit aux conclusions importantes qui
suivent :
Les rapports qui existent entre les différents éléments
des vins naturels, de bonne venue, de bon terroir peuvent
servir à établir des règles d’œnologie au moyen des¬
quelles, sans autre analyse qualitative, on reconnaîtra un
vin hygiénique ou nuisible, naturel ou falsifié.
En particulier, le rapport du poids de l’alcool au poids
de l’extrait sec est un indice précieux et à peu près certain
qui décèle la fraude s’il y en a. Or, moins on perd
d’extrait, moins ce rapport est élevé. En 1882, on admet¬
tait le nombre 3 comme limite inférieure et le nombre 4
comme limite supérieure de ce rapport. L’évaporation à
100® a fait déplacer ces valeurs, on admet aujourd’hui les
nombres 3,5 et 4,6. La méthode de M, Masure, dont les
résultats se rapprochent le plus de ceux de M. Magnier,
ramène (8) aux chiffres 3 et 4. Si l’évaporation dans le
vide est adoptée, il faudra reculer les deux limites à 2,8
et à 3,6.
En ce moment, M. Magnier est à la recherche d'un ap¬
pareil simple, peu coûteux pour l’emploi de sa méthode;
souhaitons que seule elle soit acceptée dans les analyses
légales.
C’est un mérite pour M. Masure que d’être parvenu, avec
de très simples instruments, à des résultats que personne
n’avait obtenus jusqu’ici.
31
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Dussé-je blesser la modestie de l’auteur, j’ajouterai qu'il
a fait école ; trois fils de négociants de notre ville emploient
ses procédés d’analyse ; de savants chimistes de Paris lai
ont prêté leur concours et l’ont félicité ; M. A. Gautier
s’est offert pour revoir la première partie de son travail et
l’annoter, il a donc une place bien méritée dans les
Mémoires de la Société.
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TABLE DES MATIÈRES"’
Pages.
Avant-propos : But des recherches de l’auteur, catégories de
lecteurs qu’elles peuvent intéresser. 178
Division de l’ouvrage . 180
PREMIÈRE PARTIE.
Propriétés hygiéniques des bons vins naturels.
CHAPITRE PREMIER. — Ce que c’est que le vin.
Eléments principaux des vins. — Agents organisés qu’ils
renferment. — Vie du vin.
Première section. — Composition élémentaire des vins natu¬
rels. — Eau. — Alcool. — Acides de diverses espèces. —
Principes hydrocarbonés. — Produits organiques. — Matières
fermentescibles. — Sels minéraux. — Eléments aromatiques. 181
Deuxième section. — La vie du vin. — Ses agents organisés. —
Levures du vin. — Parasites. — Mycodermes. — Microbes .. 184
CHAPITRE II. — Propriétés hygiéniques spéciales des prin¬
cipaux ÉLÉMENTS NATURELS DU VIN.
Première section . — Propriétés et rôles hygiéniques de l’eau
naturelle du vin.. 187
Deuxième section .— Propriétés et rôles hygiéniques de l’alcool
dans le vin. 189
Troisième section. — Propriétés et rôles hygiéniques des acides
dans le vin.... 191
Troisième section (bis). — Propriétés et rôles hygiéniques de
l’acidité générale du vin. 192
Quatrième section. —Propriétés et rôles hygiéniques des acides
naturels, tartres et analogues ... 193
(1) On s imprimé en caractères (italiques ou gras) l'indication-des figures qui enri¬
chissent l’ouvrage ainsi que celle des nombreux et importants tableaux qui résument les
résultats des expériences
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— 484 —
P»ge*.
Cinquième section. — Propriétés et rôles hygiéniques de l’aci¬
dité œnolique (œnotannins). 194
Sixième section . — Propriétés des acides produits dans le vin
pendant les fermentations alcooliques (carbonique, succinique,
pectique, œnanthique). 196
Septième section. — Propriétés et rôles funestes des acides nés
dans les fermentations acides, acétique et lactique. 197
Huitième section. — Propriétés et rôles hygiéniques des principes
hydro carbonés du vin et de la glycérine en particulier. 198
Neuvième section. — Propriétés et rôles hygiéniques du sucre
de raisin resté dans le vin. 199
Dixième section. — Propriétés et rôles hygiéniques des matières
fermentescibles des vins. 200
Onzième section. — Propriétés et rôles hygiéniques des sels du
vin.. 202
Douzième section. — Rôle des éléments du bouquet des vins.. 203
Tableau résumant les principales qualités hygiéniques spè¬
ciales de chacun des éléments du vin . 204
Conclusions. — Qualités hygiéniques des bons vins naturels... 205
Conditions nécessaires pour que le vin possède toutes les qualités
hygiéniques. 206
CHAPITRE III. — Première condition hygiénique. —
Le vin doit être naturel. 207
Première section . — Vins de sucre. — Observations préalables.
— § i* r . — Sucrage des moûts d’après les principes de
Chaptal. — Avantages et inconvénients. — Qualités et
défauts....». 210
§n. — Sucrage des moûts d’après la méthode de Gall. —
Défauts principaux. 212
§ ni. — Vins de sucre par le procédé de Petiot. — Leurs
graves défauts. 214
Deuxième section. — Vins de raisins secs. — Avantages et
inconvénients. — Qualités et défauts. 216
Conclusion générale du chapitre . 217
CHAPITRE IV. — Falsifications des vins naturels. 218
Première série . — Falsifications provenant des procédés artifi-
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— 485 —
Pages.
ciels de clarification des vins. — Plâtrage et déplâtrage. —
Tartrage. — Phosphatage. — Alunage. — Tannage. —
Collage. — Salage... 219
Deuxième série. — Falsifications provenant des procédés artifi¬
ciels employés pour conserver et transporter les vins. —
Mutages, soufrage des vins, emploi de l’hyposulfite de soude,
des acides tartrique, borique (borax), salycilique, sulfurique,
etc., lithargiration, sels de cuivre, d'arsenic. 221
Troisième série. — Falsifications par les colorants artificiels... 224
Quatrième série . — Falsifications et fraudes commises sur les
vins par addition de matières analogues à leurs éléments natu¬
rels. 223
i. — Vinage des vins faibles. — n. — Vinage des piquettes du
Midi. — iii. — Vinage et mouillage avec addition d’extraits
artificiels (glycérine, glucose, etc.)..... 225
Conclusion du chapitre. — Les vins doivent être vinifiés natu¬
rellement. 229
CHAPITRE V. — Principes et procédés de vinification
PROPRES A ASSURER DANS LES VINS l’üNION INTIME DES ÉLɬ
MENTS . 229
Principes de la vinification . 230
Première condition . — Maturité des raisins. 230
Deuxième condition. — Développement des levures de vin.... 230
Principes et procédés de la vinification naturelle pour diriger:
î. — La fermentation tumultueuse... 231
ii. — La fermentation modérée (conditions favorables). 233
iii. — Les fermentations lentes en tonneaux dans les caves.... 234
îv. — Procédés à suivre pour favoriser la fermentation lente... 235
v. -- Fermentation très lente. — Vieillissement du vin. —
Méthode et procédés des Bordelais pour favoriser le dévelop¬
pement du bouquet. 237
vi. — Principes et procédés de la conservation du vin en cave
et dans les transports. 239
Tableau des maladies des vins. — Moyens de les prévenir et
de les guérir. 240
i. — Mesures & prendre contre les microbes aériens des caves.. 242
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Pag**.
h. — Mesnres à prendre contre les mycoderme*. 243
m. — Metores à prendre contre les parasites aérobies. —
Aération du vin. — Soutirages. 244
iv. — Influences secondaires exercées sur les parasites aérobies.
1° Variations de température. 245
2<> Effets des transports. 246
Pasteurisation des vins. 246
Conservation des vins en bouteilles. 247
CHAPITRE VI. — Quatrième condition nécessaire pour
DONNER AUX VINS LEURS QUALITES HYGIENIQUES.
Première section. — Equilibre des éléments des vins. 248
Caractères des vins dont les éléments ne sont pas équilibrés,
alcooliques, acides, tartrés, tannés, glycérinés, sucrés, salés. 249
Caractères des vins dont les éléments sont en équilibre. —
Franc goût de vin... 251
Application de la dégustation pour caractériser Tétât d’équilibre
des éléments des vins... 252
Méthode et procédés de la dégustation. 252
Deuxième section. — Etablissement de la règle numérique de
l'équilibre des éléments des vins.. 254
î. — Choix des éléments destinés à fixer numériquement
la règle de l'équilibre. 255
il. — Détermination expérimentale des limites du rapport
représentant la règle d'équilibre. 257
D* 8
Tableaux des résultats numériques de —
1* Pour les vins du Midi .. 257
2° Pour les vins rouges du Loiret (Gris-Meunier) . 259
3° Pour les vins de Bordeaux . *60
Conclusion. — Règle de l’équilibre ^ JJ . 261
Table-barrême pour les applications pratiques de la règle. 262
Type des vins hygiéniques ordinaires déduit théoriquement de
la règle de l’équilibre et des autres règles de l'œnologie. 263
CHAPITRE VII. — Coupage des vins.
Définition et classement des coupages. — Mélange des vins
naturels entre eux et mélange des vins naturels aux vins arti¬
ficiels. 265
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487
Pages.
Première section. — Coupage des vins dans le but d’améliorer
leurs qualités hygiéniques. — Méthode des Bordelais. 266
Principes et procédés des coupages bordelais. 267
Importance de l’équilibre des éléments. 268
Deuxième section. — Principes et procédés du Beaujolais, fondés
sur le coupage des raisins. 270
Coupages des raisins du même vignoble, mais de cépages diffé¬
rents...... 271
Coupages des raisins peu colorés par les raisins teinturiers. —
Vins de montagne du Midi... 272
Troisième section, — Coupages commerciaux. — 1® Coupages
des vins faibles par des vins capables d’élever leur degré
alcoolique et d’augmenter l’intensité de leur coloration. 274
2° Coupages par les vins de couleur destinés seulement à
augmenter l’intensité de la coloration. 275
Quatrième section, — Coupages frauduleux. — Coupages des
vins blancs ou peu colorés par les vins rouges.. 276
Coupages des vins de sucre par les vins rouges. 277
Coupages des vins.de raisins secs par les vins rouges. ». 277
Vins d’alcool de toute nature. — Vinage et mouillage des vins. 278
Rapport de M. le D r Geffrier sur la l r# partie du Mémoire. 281
DEUXIÈME PARTIE
Recherches des falsifications des vins et détermi¬
nation des fraudes commises dans le commerce
des vins.
Préliminaires. — Position de la question. — Définitions des fal¬
sifications et des fraudes... «... 291
CHAPITRE PREMIER. — caractères spécifiques des vins
NATURELS ET RÈGLE8 DE L’ŒNOLOGIE.
Caractères chimiques. — i. — Limites des éléments simples et
des groupes de ces éléments... 294
n. — Limites des règles de l'œnologie sur la composition élé¬
mentaire des vins.•... 295
Tableau des limites de la composition chimique des vins
naturels. 297
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— 488
Pages.
ni. — Règles de l'œnologie. — 1° Règle, alcool plus acide,
d’Armand Gautier (D -f A) gopérîèara î?. 299
D° 8
iv. — 2° Règle du rapport-g- de l'alcool à l'extrait sec, de
( Limite inférieure 3 «ma
Tableau-barême pour l'application de la règle de Ch. Girard ,
üli < *. 303
K >4
Application de la règle de Ch. Girard..... 304
y. 3° Règle de l'oenologie sur le rapport du poids des cendres au
poids de 'extrait. — Détermination expérimentale de ses
limites. 305
Applications de la règle ^ 0,10 • . 306
vi. — 4° et 5° règles (complémentaires de la 3 # ), fondées sur les
limites de la composition des cendres de vins naturels. 307
4* Règle \
&• Règle f |
Limite inférieure 0,2 < (Sa) Sels alealins des cendres
Limite supérieure 0,8 j estimés en carbonate de potasse.
Limite inférieure 0,3 ( (Si) Sels insolubles des cendres
Limite supérieure 0,5 { (C).
307
Résumé des cinq règles de l'œnologie. 306
Deuxième partie des recherches analytiques sur les vins. 309
CHAPITRE II. — ENQUETE Bua LES FALSIFICATIONS DES VINS.
i. — Caractères organoleptiques. 309
Tableau des caractères organoleptiques des vins fournis par la
dégustation. 309
il. — Caractères fournis par les propriétés physiques dans les
opérations de l'analyse générale. 310
ni. — Caractères chimiques fournis par les dosages. 312
Caractères des colorations naturelle et artificielle. 314
Essais sur les colorants extraits de la houille par l'alcool amylique
et par le réactif de M. Bellier. 315
iv. — Caractères particuliers fournis par le dosage de l’acidité
œnolique. 316
CHAPITRE III. — DOSAGE DES PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DANS
l’analyse générale des vins . 318
1° Méthode d'analyse. — Dosage par série d'éléments. 319
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— 489 —
Pages.
2° Procédés d'analyse. — Choix d'appareils simples, mais
suffisants. 321
Première série d'analyses . — I. — Détermination du degré
alcoolique des vins. 322
Méthode et procédés de l’ébullition du vin avec l’appareil
deSalleron. 323
Fig. 1. — Appareil de Salleron , monté pour les manipu¬
lations . 324
Manipulations des expériences. — l re Partie. — Distillation du
vin. 325
2« Partie. — Prise du degré alcoolique. 326
Fig. 2. - Burette avec le thermomètre et Valcoomètre . 326
Correction de l’acidité entraînée dans l’alcool distillé. 327
il. — Dosage de l’extrait sec. — 1° Evaporomètre spécial pour
la préparation des sirops de vin. 328
Fig. 3. — Evaporomètre , monté pour les manipulations . 328
2° Dessication des sirops de vin dans l’étuve de Gay-Lussac.... 329
Fig. 4. — Etuve de Gay-Lussac , montée pour les mani¬
pulations . 329
ni. — Dosage des cendres de l’extrait. — 1° Calcination de
l’extrait vers 120° à 150°. 331
Fig. 5. —Appareil monté pour les manipulations . 331
2° Incinération de l’extrait au rouge vif, pour la préparation
et le dosage des cendres. 332
Fig. 6. — Appareil monté pour le grillage de Vextrait . 332
> ni. — Lavage de la capsule. — Manipulations préparatoires à
l’analyse des cendres. 334
îv. — Dosage de l'alcalinité des cendres en carbonate de
potasse. —Sels alcalins (Sa). 335
v. — Dosage de la partie insoluble des cendres. — Sels inso¬
lubles (Si)... 336
Déduction par différence de la partie soluble des cendres. 336
Deuxième série d'analyses .
vi. — Principes du dosage de l’acidité générale ou acidité
totale (A). 337
vii. — Principes du dosage particulier de l’acidité œno-
lique(Œ). 338
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— 490 —
Pages.
viii. — Appareil de dosage des acidités. . . 342
Fig. 7. — Burette de Morh à robinet .... 342
ix. — Procédés du dosage de l'acidité générale. 343
x. — Dosage à part de l'acidité incolore. Méthode de M. Ch. Gi¬
rard . 344
Fig. 8. — Appareil de la séparation des a*;ides incolores . 345 .
Troisième série d'analyses .
i. — Dosage des tartres. Méthode et procédés de MM. Berthelot
etdeFleurieu. 346
il. — Dosage de l’acide tartrique libre. 347
m. — Dosage des sucres réducteurs. Méthode de M. Fehling .. 347
iv. — Dosage de la glycérine :
1° Méthode de Pasteur. 349
2° Méthode du D r Carie, de Bordeaux. 349
v. — Dosage des sulfates dans les vins. Méthode et procédés
de M. Marty. 351
CHAPITRE IV. — Principes, méthodes et procédés a employer
DANS LES EXPERTISES LEGALES SUR LES FALSIFICATIONS ET LES
FRAUDES DES VINS . ...... ’. 353
Première section , — Recherches complémentaires à faire sur
les falsifications indiquées par les opérations de l'analyse
générale.... 355
Plâtrage. — Tartrage. — Phosphatage. — Alunage. — Tan¬
nage. — Salage. — Salycilage. — Acides minéraux (sulfu¬
rique, chlorhydrique, borique, etc.). — Sels toxiques (de
plomb, de cuivre, d’arsenic). 356
Deuxième section — Dosages complémentaires de l’analyse géné¬
rale utilisés dans les expertises légales. — Extrait dans le
vide, du D r Magnier de la Source. — Acide aucciniquo. —
Chlorures des cendres. — Polarimétrie. (Recherche des
sucres). — Colorimétrie. 359
Troisième section . — 1° Conditions à remplir dans les recherches
spéciales des expertises légales et marche à suivre pour qu’elles
donnent des preuves certaines et concluantes. — Nomination
officielle des experts chimistes. — Prise d’échantillons authen¬
tiques de vins-types. ... 361
Première série d’analyses . — Recherches sur les vins-types. —
Détermination des limites spéciales .... 363
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— 491 —
Pages.
Deuxième série d analyses..—r Recherches des falsification pré¬
sumées du vin incriminé. 365
Troisième série d'analyses. — Dosage dans le vin incriminé des
onze éléments ou groupes d’éléments. 365
Quatrième série d'analyses. — Recherches à faire en commun
par les experts.... 365
Conclusions à tirer des expertises.. 366
CHAPITRE V. — Recherches a faire pour caractériser en
PARTICULIER LES FALSIFICATIONS ET LES FRAUDES DÉCOUVERTES
DANS LES EXPERTISES LÉGALES.
Première section. — Recherches spéciales des falsifications par
des analyses qualitatives. 368
Deuxième section. — Caractères spéciaux des diverses espèces de
fraudes commises sur les vins. 369
i. — Caractères des sucrages opérés d’après les principes de
Chaptal. 370
Tableau de la composition élémentaire des vins naturels com¬
parée à celle des vins faits par le sucrage . 370
il. — Caractères des sucrages préparés par la méthode de Gali. 373
Tableau de ta composition élémentaire des vins naturels com¬
parée à celle des vins faits par sucrage préparé par la
méthode de G ail . 374
ni. — Caractères des sucrages fabriqués par les procédés de
Petiot. 375
iv. Caractères spéciaux dos vins de raisins secs. 376
Tableau de la composition élémentaire des vins naturels de
raisins frais comparée à celle des vins de raisins secs . 377
v. — Caractères spéciaux des vinages simples. 378
vi. — Caractères spéciaux des fraudes commises avec les pi¬
quettes de marcs du Midi après vinage. 379
Tableau de la composition élémentaire des vins naturels com¬
parée à celle des piquettes du Midi après vinage . 380
Troisième section. — Recherches sur les caractères spéciaux du
vinage et mouillage des vins — Observations préalables sur
l’importance de la question. — Loi du 24 juillet 1894. 381
i, — Recherches sur les vins de mouillage . 384
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— 492 —
Piges.
ii. — Vins que Ton peut mouiller. 385
iii. — Caractères spécifiques des vins de mouillage des produc¬
teurs directs américains. 387
Tableau de la composition élémentaire du Jacquez après
mouillage au double . 387
iy. — Caractères spécifiques des vins de mouillage de l’Espagne 391
Tableau de la composition élémentaire des vins cPEspagne
après mouillage au double . 391
y. — Caractères spécifiques des vins de mouillage du Rous¬
sillon. 393
Tableau de la composition élémentaire de ces vins après
mouillage au double ... 393
vi. — Vins de couleur du Gard. 394
Tableau de la composition élémentaire des vins naturels du
Gard . 394
vu. — Vins de mouillage des Costières..... 395
Tableau de la composition élémentaire des vins de Costières ... 395
Conclusions des recherches sur les vins de mouillage. 396
vil. — Observations sur l’application des cinq règles de l'oeno¬
logie employées pour découvrir le mouillage des vins.
1° Règle alcool plus acide de M. A. Gautier. 397
2* Règle de M. C. Girard —5. 398
3° Règle des cendres ^. 398
4° Règles complémentaires et ~. — Conclusions générales des
observations. 399
5* Règles des limites L et 1 des éléments ou groupe d’éléments . 40i
6° Indication des éléments qu’il faut doser. 401
CHAPITRE VI. — Première annexe. — Recherches particu¬
lières SUR LES QUALITÉS HYGIENIQUES DES VINS DE LA RÉCOLTE
1893
i. — Grands tableaux synoptiques des analyses des vins
présentant les caractères tirés de la dégustation et des opéra¬
tions physiques, et comprenant les résultats numériques des
dosages des éléments des vins :
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— 493
Pages.
1° Tableau. Vins de Bordeaux et du Midi . 406
2° Tableau. Vins de gris-meunier du Loiret . 410
3° Tableau. Vins de divers cépages du Loiret ... 417
4° Tableau, y ins blancs de diverses provenances. . 421
n. — Conclusions sur les résultats obtenus pour les diverses
catégories des vins analysés.
Première catégorie. — Vins de Bordeaux. 406
Deuxième catégorie. — Vins du Gard, canton de Bernis. 407
— Vins du Midi, région du S.-0. 409
Deuxième partie du tableau. — Vins du Loiret.
Première catégorie. — Vins du cépage Gris-Meunier. 410
— Conclusions pour les vins de Gris-
Meunier. 415
Deuxième catégorie. — Vins du cépage Gascon. 417
Troisième catégorie. — Vins de producteurs directs amé¬
ricains. 418
Quatrième catégorie. — Vins du Gâtinais . 4J9
Troisième partie du tableau. — Vins blancs de diverses
provenances . 421
Remarques sur les effets des soutirages des vins. 423
Rapport sur la deuxième partie du mémoire qui précède par
M. Causse.•. 426
Annexes au Mémoire sur les Vins
PREMIÈRE PARTIE.
Compléments aux dosages... 434
Premier point. — Préparation et dosage des cendres. —
Départ de la glycérine. — Combustion de l’extrait. — Inci¬
nération complète. 435
Deuxième point. — Principes scientifiques du dosage des aci¬
dités. — Remarque sur l’application de ces principes. 438
Tableau des résultats des expériences sur les acidités. 442
Troisième point . —Dosages des sucres réducteurs. 442
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— 494 —
DEUXIÈME PARTIE.
Recherches expérimentales sur les différentes méthodes
employées pour le dosage des extraits secs des ▼ins.
I. — Choix des vins soumis aux analyses comparatives. 443
II. — Méthodes d’analyses soumises aux études comparatives... 445
§ l #r . — Méthode de l'auteur appliquée à 25 cc de vin. 446
1° Evaporation du vin dans un évaporomètre spécial. 446
2° Dessication du sirop de vin et pesée. 447
§2. — Méthode de l'auteur appliquée à 100™ de vin.
1<> Ebullition du vin ; 2° évaporation des vinasses ; 3* dégus¬
tation du sirop et pesée. 448
Avantages de cette méthode. 449
Tableau des résultats obtenus avec 25 e0 et avec 100™. — Con¬
cordance de ces résultats.. 450
§ III. — Méthode de l'étuve de Gay-Lussac employée seule. 451
Tableau des dessèchements successifs des vins à intervalle
d’une heure... 452
Tableau des résultats trouvés comparés à ceux obtenus par la
méthode de l'auteur..... 454
§ IV. — Méthode du Laboratoire municipal de Paris. 454
Appareil de M. Barruet. —Son fonctionnement. 456
Tableau des résultats numériques des dosages comparés à
ceux de la méthode de l’auteur. 458
§ V. — Méthode du bain-marie à niveau constant, appareil du
Laboratoire agricole d'Orléans. 459
Tableau des résultats de M. Quan tin, comparés à ceux de la
méthode de l'auteur. 461
§ VI. — Méthode de l’œnobaromètre de M. Houdart. 461
Tableau des résultats de M. Bardin, comparés à ceux de la
méthode de l'auteur... 463
Tableau synoptique des résultats comparés du dosage des
extraits secs obtenus par les différentes méthodes. 465
§ VII. '— Dosage des extraits secs dans le vide par le docteur
Magnier de la Souroe. — Appareil et procédés de ses ana¬
lyses...«. 466
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— 495
Pages.
Tableau synoptique des résultats obtenus par le docteur
Magnier de la Source comparés à ceux donnés par les
autres méthodes ..... 468
§ VIII. — Discussion des résultats des dosages d'extraits obte¬
nus par chacune des différentes méthodes. 469
Tableau des différences moyennes et Variations des différences . 469
Conclusion. — Excellence de la méthode du docteur Magnier de
la Source. 472
§ IX. — Choix d’nne méthode de dosage des extraits secs par
la chaleur. — Examen successif : 1° Influence du vase ; 2° Vo¬
lume du vin à employer ; 3° Préparation du sirop de vin ;
4° Dessication du sirop de vin (Influence du degré de tempé¬
rature, de l'oxydation de l'air ambiant et de la durée de la des¬
sication) . 472
§ X. — Conclusion sur le choix d'une méthode de dosage des
extraits secs par la chaleur.
D # . 8
Modifications à donner aux limites du rapport -g— dans cha¬
cune des méthodes...
Loi de M. Ch. Girard appliquée aux extraits dans le vide
( D°. 8 \ > 24,8
E ) <3,6 .
Rapport de M. l'abbé Maillard sur les recherches de l’auteur
faites au sujet des différentes méthodes de dosage des extraits
secs...
476
477
478
479
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TABLE DU TRENTE-QUATRIÈME VOLUME
La Sologne et sa chasse, l’invasion et la répression dü
Lapin, par M. Edgard de Buzonnière. 15
Rapport sur ce Mémoire, par M. Huau. 28
Synthèse de l’acide mésoxalique et mêsoxalate de Bismuth,
par M. H. Causse. 94
Sur les Nitrosalicylates de Bismuth, par M. H. Causse. 130
Rapport sur ce Mémoire, par M. l’abbé Maillard. 137
Le Symbolisme de la Licorne, par M. Ch. Cuissard. 36
Rapport sur ce Mémoire, par M. Emile Huet. 90
La Bibliothèque de M. Laurent de Saint-Aignan , par
M. l'abbé Desnoyers. 103
Rapport sur ce Mémoire, par M. L. Jarry. 113
Dictionnaire grec de M. Bailly, Compte-rendu par M. Guer¬
rier. 116
Registre de la Société des Sciences et Arts, par M. l’abbé
Desnoyers..... 140
Rapport sur ce Mémoire, par M. Pelletier. 149
Le Physicien Charles, par M. l’abbé Maillard. 152
Rapport sur ce Mémoire, par M. Pelletier. 174
Recherches sur les qualités hygiéniques des Vins, par
M. Félix Masure. . 177
Rapport sur la première partie de ce Mémoire, par M. le
docteur Geffrier. 280
Rapport sur la deuxième partie de ce Mémoire, par
M. Càus8e. 426
Rapport sur les Annexes de ce Mémoire, par M. l’abbé
Maillard. 479
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